
Après le jubilé des 60 ans de SCORPIONS c’est au tour de JUDAS PRIEST d’être de retour en Alsace. En ce 12 septembre c’est une rentrée heavy metal qui se pointe au Zénith de Strasbourg. L’affluence aurait dû être au top, il semblerait que les impôts et la déprime post-vacances aient joué dans cette salle où il reste quelques centaines de places. On s’en fiche, nous les fidèles répondons présents.
NEVERMORE entre en scène avec "Narcosynthesis". J’avoue que je ne suis pas un familier du groupe. Et pourtant nous avons un dieu de la guitare sur place en la personne de Jeff Loomis. Né des cendres du grunge de Seattle, NEVERMORE balance son metal alternatif et progressif, avec une belle rythmique qui fracasse ses fûts façon "Chaos AD". "My Acid Words" emballe encore plus le public, avec ses riffs enlevés et sa voix post-grunge. Lui succède "Inside Four Walls" extrait de l'album majoritairement représenté ce soir « Dead Heart In a Dead World ». On y trouve des accents de l'ère Loomis chez ARCH ENEMY, même si le chant fait plus dans le heavy pur.
NEVERMORE enchaîne 8 titres au total sur un set de trois quarts d’heure. "Engines Of Hate" est parfait, une "bourrin" attitude parfaite avant l’arrivée des princes de Birmingham. Des fûts enflammés et des riffs huileux au service d’un chant cérémoniel. Les néophytes comme moi sont un peu déroutés par le mélange des genres, mais tous saluent l’efficacité du groupe. Avec en final "Enemies Of Reality" aux accents diaboliquement heavy metal parfois même dans l'ombre de BLACK SABBATH, le concert se termine magnifiquement dans une débauche de riffs lourds et de chant prophétique. Pause.

A 20h45, "War Pigs" retentit. Nous sommes tous tendus... Entrée des légendes sur "You’ve Got Another Thing Comin’". C’est tout de suite la claque. Leçon de true heavy metal dirigée par le chef d’orchestre Rob Halford. Balancement des riffs de gauche à droite, batterie métronomique, le groove est d’un jouissif incroyable. Et le chant toujours aussi haut perché qui vient se poser sur la charpente, nous voilà partis pour des horizons temporels lointains.
JUDAS PRIEST, 50 ans de carrière a capté immédiatement toute notre attention. Les "Metal Gods" sont toujours au sommet, le morceau arrive même trop tôt pour le souligner. On ne reprend pas son souffle. "Breaking The Law" n’a pas pris une ride. Nous scandons le refrain à n’en plus pouvoir, avec un Richie Faulkner qui a bien pris ses aises et un Ian Hill indéboulonnable, l’hymne à la liberté cuir et clous retentit dans le Zénith. Vous l’aurez compris JUDAS PRIEST explore sur cette tournée chaque pan de sa discographie. "The Ripper" y a une place de choix, c’est à saluer, un moment très fort. Passé un magistrat "The Sentinel", qui rappelle qu’à tout âge les Anglais ont composé des monuments, nous partons pour les "Desert Plains". Le hit oublié d’un album sorti après la bombe « British Steel », ce qui l’a desservi, on prend aujourd’hui la mesure enfin de "Desert Plains".

Après la pluie d’éclairs "Lightning Strike", une virée en mode "Turbo Lover" indémodable, et bien d’autres douceurs huileuses, place à une "Panic Attack", seul extrait de la dernière salve de cette décennie et qui ne dépareille pas avec son riff obsédant et exemplaire. La voix même, aiguë à souhait après toutes ces années, ressuscite les glorieuses années des vestes à patchs. Transition temporelle improbable, nous prenons un escalier à remonter vers le paradis des décennies auparavant. "Victim Of Changes" est toujours aussi incroyable, comme un chaînon manquant entre LED ZEPPELIN et BLACK SABBATH. Cette débauche d’énergie seventies nous prend aux tripes. Je suis transporté !
Vient l’extatique "No Surrender", l’un de mes morceaux récents préférés, comme un hymne à notre passion metal. Je me suis toujours demandé combien de vierges avaient été sacrifiées (cela n’a pas du beaucoup attrister Rob) pour que Lucifer offre au groupe les riffs impitoyables de "Painkiller", en tout cas les oreilles se régalent de ce hit heavy thrash indestructible. Combien de groupes doivent leur envier cette composition ?
Il est l’heure du rappel et des adieux. Silence et ténèbres. Un vrombissement de Harley, évidemment. Le maître Halford arrive, cravache entre les dents pour le mythique "Electric Eye". Le light-show et dantesque et brille de mille riffs colorés. "Hellbent For Leather" est ovationné avant le final d’un long et passionné "Living After Midnight". Ce soir une fois encore JUDAS PRIEST nous a chauffés à blanc, crucifiés de plaisir avec son heavy metal tantôt speed, tantôt gorgé de power-sound. Pour 30 deniers, on a de nos jours droit à de sacrées crucifixions... de plaisir.
Photos © Christian Ballard - Portfolio
