
De la floppée de formations de metal symphonique qui naviguent sur les traces de NIGHTWISH, WITHIN TEMPTATION, EPICA, XANDRIA est à la fois l’une des plus performantes et parmi celles qui sillonnent le plus régulièrement la France.
La preuve avec cette tournée, et un nouveau passage à Paris, le dernier remontant à trois ans, en ouverture de DELAIN. Pour ce périple européen, le combo allemand a embarqué dans ses bagages deux ensembles américains, SEVEN SPIRES et TULIP. Bingo, l’association des trois remplit le Nouveau Casino de la capitale en ce mardi soir.
TULIP entre en premier en lice, à 19h30. Le quartette canadien, basé aujourd'hui au Texas, affirme que son nom ne fait pas seulement référence à la fleur, mais constitue surtout l’acrostiche de cinq concepts évoqués dans le calvinisme, religion dont a été excommunié le couple fondateur, la chanteuse Ashley Semkiw et le guitariste Colin Parrish (T pour total depravity, U pour unconditional election, etc).
A Paris et sous un déluge sonique qui dépasse les 100 décibels, les références religieuses paraissent un peu éloignées des préoccupations des spectateurs. Mais ce n’est pas péché que d’apprécier ce metal tantôt symphonique, tantôt aux influences très modernes. C’est sûr, Semkiw possède du coffre, et on note aussi avec intérêt que le bassiste joue, soit avec un instrument à 6 cordes, soit qu’il utilise une pédale d’effets raccordée à sa guitare pour la transformer en basse.
En une demi-heure et 6 morceaux, l’affaire est pliée, et TULIP repart avec quelques convertis dans sa poche.

SEVEN SPIRES constitue le véhicule principal mené par la chanteuse Adrienne Cowan, qu’on a pu apprécier lors des concerts d'AVANTASIA. Là comme dans son groupe, ses capacités vocales laissent en permanence pantois, car elle se montre capable de passer soudain, et dans le même morceau, de vocalises ultra-haut perchées à de bons vieux growls caverneux qui feraient peur à un grizzly enragé (on compatit pour ses enfants lorsqu’ils se font engueuler à la maison quand ils n’ont pas rangé leur chambre).
On peut assister à ces sidérantes performances au micro aussi bien dans le morceau d’ouverture, le long "Songs Upon Wine-Tainted Tongues", que le final et encore plus démesuré "Gods Of Debauchery", pas loin d’un quart d’heure. Tenue moulante noire et cornes de diablotin sur la tête, Cowan attire clairement tous les regards. Ceci, même si le guitariste, Jack Kosto, effectue une vraie performance de shredder et que la section rythmique pilonne gravement, tous étant aidés de quelques bandes (synthés, chœurs, violon, etc), tandis que Ashley Semkiw revient de temps en temps partager le chant avec Cowan.
Dans ce cadre, le titre "Lightbringer", ultra-pop et qui fait jumper une partie du public, s’avère quand même très décalé… Mais pour le reste, ça défouraille sévèrement, le summum étant atteint lors d’un "Love Souvenir", qui débute tout doucement avant de finir en apocalypse sonore comme on en a rarement entendu ! Un morceau extrait, comme deux autres ce soir, de l’album « A Fortress Called Home » (2024), qui vient d’être réédité digitalement, comportant en bonus une version symphonique, une autre instrumentale, et des morceaux live, qu’on se le dise.

Dur après ça pour XANDRIA de monter sur les planches ? Que nenni ! Les Germains viennent non seulement de sortir l’un des albums les plus forts de leur carrière, « Eclipse », disponible depuis août dernier, mais ils disposent d’un atout de taille : la chanteuse Ambre Vourvahis, une Franco-grecque désormais bien installée dans son rôle, après quatre ans et deux disques commis avec la formation. Cette dernière, menée par le bassiste Marco Heubaum, a subi d’innombrables changements depuis ses débuts, en 1994, mais il semble tenir là la bonne équipe.

XANDRIA promeut donc majoritairement son dernier disque, avec les très symphoniques "Eclipse" et "Colours" pour débuter. Le son, particulièrement compact, se voit bien entendu renforcé, comme chez SEVEN SPIRES, par des bandes omniprésentes, mais l’élément humain demeure primordial. A commencer par la frontwoman, qui se met le public dans sa poche en quelques secondes « bonsoir, ça fait plaisir d’être à Paris ». Elle enfoncera le clou très profond plus tard d’un définitif « votre énergie est incroyable, Paris ne déçoit jamais ». Comment voulez-vous être mal reçu après ça ?
Le vieux tube "Ravenheart" ou le nouveau, le très entrainant "The Shannon’s Home", celtique au possible, le très NIGHTWISH "Forevermore", font donc logiquement un tabac. Même la ballade "The Last Generation" met la larme à l’œil des métalleux en tee-shirt noir, et le concert passe à toute vitesse. A 22h30, Ambre Vourvahis ne peut que conclure : « vous êtes incroyables, soyez fiers ! »
Le rappel mise sur l’effet nostalgie, avec "Valentine" et "Nightfall". Deux classiques pour récompenser les fans de longue date, très en verve ce soir. La prochaine fois, il faudra clairement réserver une salle plus grande.
