25 septembre 2026, 23:59

IQ (+ ESTHESIS)

@ Paris (Alhambra)


Abondance de biens ne nuit pas, affirme le proverbe. Dans le cas de IQ, peut-être un peu quand même : pour son quatrième passage en deux ans à Paris, après une disette de plus de 20 ans, le groupe britannique est loin de faire le plein à l’Alhambra ce vendredi soir. Une salle à moitié remplie, devant de plus faire face à la concurrence du concert de CORONER, qui a dû attirer une bonne partie des amateurs de metal adeptes de parties techniques et alambiquées.

Mais voyons le bon côté des choses. La formation progressive, qui fête ses 45 ans de carrière, n’affiche de son côté aucune saturation, son leader, le chanteur Peter Nicholls, reste un vrai gentleman, et nous avons droit à une jolie première partie, ESTHESIS.
Ce groupe venu de Toulouse a déjà sorti trois albums depuis 2020, dont le récent « Out Of Step », applaudi par la critique. Un rock progressif moins métallisé et plus ambient que celui de IQ, et qui fait mouche auprès du public durant ses 50 minutes de prestation. 

ESTHESIS est emmené par Aurélien Goude, chanteur et claviériste, dont l’instrument trône au milieu de la scène. L’homme se voit, sur un morceau sur deux, en général plus doux, par une chanteuse, Mathilde Collet. Le groupe propose une bonne partie de « Out Of Step », dont le morceau-titre, aux voix trafiquées et durant lequel Marc Anguill joue en basse slappée. Ou "The Storm", qui débute calmement et s’énerve plus tard, une formule connue mais souvent gagnante. « Merci beaucoup, c’était chouette ! », s’exclame Aurélien Goude en fin de show. Il n’a pas tort.


IQ était donc présent dans la capitale il y a quasiment pile un an, au Casino de Paris, pour deux dates successives, après un passage en 2024 au Café de la Danse dans une ambiance littéralement tropicale. Le groupe, qui n’a pas sorti de nouvel album depuis « Dominion » (2025), ne modifie pour autant pas totalement sa set-list par rapport à l’an passé, avec une demi-douzaine de titres en commun, soit la moitié de son répertoire. 
Cette année, il entame son show avec une longue pièce d’une dizaine de minutes, "Sacred Ground", pas forcément le morceau le plus accessible. Mais les musiciens sont conscients qu’ils se produisent devant des spectateurs pas venus par hasard, qui connaissent leur patrimoine et privilégient la qualité.
Les visiteurs apprécient également l’extrême civilité de Peter Nicholls, toujours soucieux lorsqu’il se trouve dans notre pays, de parler le plus possible en français, ou en franglais, comme il le regrette lui-même. C’est ainsi qu’il traduit en langue de Molière, le plus possible, la plupart des titres des chansons jouées, livre quelques anecdotes et commentaires dont le définitif « c’est incroyable vu notre air juvénile ce soir, mais ce groupe a 45 ans »…

Des vidéos viennent appuyer la musique, avec par exemple un Dracula illustrant le titre "From The Outside In" (« de l’extérieur vers l’intérieur », annonce Nicholls), une « chanson pour les vampires », dixit le même. Le seul à vraiment bouger sur scène, ses compères restant rivés à leur instrument. Il faut dire que les morceaux ambitieux se taillent bien entendu la part du lion dans ce qui sort des enceintes, tel l’enchaînement "Stronger Than Friction" qui se conclut sur "State Of Mine", ou les 20 bonnes minutes de "The Unknown Door", touffu mille-feuilles musical à rendre amok un amateur de grindcore égaré à l’Alhambra.


IQ sait cependant varier les plaisirs avec quelques pastilles plus directes, tel l’obligatoire tube "No Love Lost", ou encore "Through The Corridors", sans doute le moment le plus drôle de la soirée. Ceci grâce à ses images et clips des années 80, où Nicholls arbore une coupe mullbilly (mulet + banane boostés à la mousse coiffante) qui nous fait grimper très haut dans l’échelle de la hideur capillaire. Non, je vous le dis les amis, les années 80 n’ont pas eu que de bons côtés…

"Subterranea", l’un des moments les plus rapides du répertoire, fait toujours son effet. D’autant qu’il est suivi par trois morceaux très émouvants, "Leap Of Faith", "Closer", et "Never Land", dédié à Mark, un roadie du groupe récemment décédé après une longue maladie. Un tiercé gagnant où s’illustrent les maestros de IQ, le guitariste Mike Holmes, le bassiste Tim Esau, le batteur Paul Cook (homonyme de celui des SEX PISTOLS, ou alors c’est le même avec une perruque ?), et le claviériste Neil Durant, tous aussi discrets que virtuoses.

Le rappel survient au bout d’une heure 50 de concert. C’est "The Wake" qui est choisi ce soir, dans une solide version débordant d’électricité, permettant au show de franchir le cap des 2 heures, un minimum syndical pour IQ. Un concert qui n’effacera pas celui de 2024, mais quand même un super moment.

Blogger : Michel Valentin
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Michel Valentin
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