Trois ans après l’excellent « Purge », et deux après « A World Lit Only By Dub », le duo fondateur de Birmingham est de retour aux affaires. Toujours flanqué de son fidèle compère G.C. Green à la basse, Justin Broadrick livre ici une nouvelle partition monolithique de premier ordre, prise entre lourdeur écrasante et dissonances poisseuses. Sans rien renier du jusqu’auboutisme de « Streetcleaner » (1989), ni de la rigueur clinique de « Pure » (1992), ce onzième album assène une salve de coups de boutoir administrés avec une précision chirurgicale. A l'image d'un "Master and Slave" d'ouverture à la puissance meurtrière.
Tout au long du disque, le larynx de Broadrick explose sans s'accorder de répit, tandis que la boîte à rythmes enfle sans jamais baisser la garde. La basse, elle, bourdonne et fracasse, pendant que la schizophrénie guette, tapie dans l'ombre, prête à engloutir sa proie toute désignée : vous. Le tout est magnifié par ces guitares aux notes désincarnées, véritable marque de fabrique du groupe, ponctuées par des déclamations hantées qui confèrent une dimension mécanique, glaciale à cette sinistre entreprise.
La bête des West Midlands retranscrit une nouvelle fois avec son toucher intouchable, trempé dans le noir, le gris, le goudron et le ciment, tout ce qui faisait le sel des albums de la dernière décennie. Ce "Living/Ending", obsédant à souhait, tout comme "Fear Of Man", se noie dans les dissonances pour mieux happer l'auditeur. Quand "Feral Colony" ajoute son empreinte destructrice en accélérant le tempo pour mieux jouer avec vos nerfs, "Fodder" prend le chemin inverse avec une approche monolithique à souhait. Le tout exécuté avec méthode avant de dévoiler le grand final, le coup de grâce. C’est en effet sur "Consume Me" que l’album s’achève : une longue descente aux enfers de 12 minutes qui s’installe sournoisement au cœur d’une atmosphère lourde et profondément dérangeante, qui monte doucement en tension. Avant d'imploser en une apocalypse rythmique balayée par les cris d'un Justin totalement possédé. Un final éprouvant, magistral, qui laisse l'auditeur à terre, vidé et sonné.
Symbole d’une alliance parfaite entre structures d'acier et dissonances intraitables, cette cuvée GODFLESH 2026 prend directement aux tripes et les retourne sans sourciller. Porté par un artwork sombre à souhait et une production colossale forgée aux studios Avalanche, ce disque impose une évidence : « Decay » porte bien son nom : un déclin inéluctable, étouffant… qui rappelle à quel point son metal industriel peut impacter au plus profond de la chair.