13 octobre 2026, 18:12

HORSKH

Interview Bastien Hennaut


Le 25 septembre, HORSKH a sorti son quatrième album « MTNT ». Entre électro et metal indus, la musique du trio navigue d’un beat appuyé à une saturation chère aux musiques extrêmes, taillant ainsi une identité sonore singulière et immédiatement reconnaissable. À l’occasion de cette sortie, nous avons pu discuter avec Bastien Hennaut, frontman et tête pensante de ce projet.
 

Vous aviez déjà amorcé une réflexion sur le corps avec l’album « Body » en 2024. « MTNT » arrive en 2026, assez rapidement après. Est-ce qu’il a été composé et écrit sur la lancée de l’album précédent ?
Bastien Hennaut : Depuis le début de HORSKH, il y a une continuité d’un album à l’autre. « Dawn », le premier EP sorti en 2014, marque le commencement du groupe. Ensuite, le premier album « Gate » met en scène un personnage qui casse une vitre, comme si on allait quelque part en mettant un coup de pied dans la fourmilière. Puis avec « Wire », le personnage crée du lien, essaye de se connecter aux autres et de créer un univers autour de lui. Le personnage sur la pochette de « Body » se façonne lui-même et se construit de façon plus prégnante. « MTNT » représente davantage une idée de transformation.

L’idée de transformation est présente aussi bien pour la musique que pour le sujet des transformations physiques ?
Les thèmes de l’album sont très liés à la transformation sous toutes ses formes : que veut dire le fait d’être un humain aujourd’hui ? Comment en vient-on à se transformer ? Ça parle aussi de notre rapport aux technologies. Dans le son, il y a aussi beaucoup d’évolutions parce qu’on n’a pas envie de fixer de barrières. Il y a des morceaux beaucoup plus énervés et d’autres beaucoup plus calmes, notamment les deux premiers titres de HORSKH à être vraiment calmes, pour tester de nouvelles choses et avoir une création plus ouverte.

Est-ce que tu souhaitais aborder les transformations qu’on subit ou celles qu’on choisit ?
Les deux. Je n’avais pas vraiment envie de me concentrer sur une idée unique et une seule manière de penser, j’aime ouvrir les possibilités. Dans le thème et les paroles, il y a souvent des contradictions et des paradoxes parce que j’aime jouer avec ça. Certains titres parlent davantage de mutations choisies et assumées alors que d’autres abordent plutôt le penchant "négatif", même si j’essaie de ne pas avoir de point de vue manichéen. J’ai été influencé par pas mal de choses, aussi bien pour la musique que les idées et les concepts. J’ai été très influencé par NIRVANA : c’est le premier groupe que j’ai écouté et qui m’a donné envie de faire de la musique quand j’avais neuf ou dix ans et, en lisant les paroles, je trouvais l’aspect poétique très intéressant, tout comme le fait qu’il y ait plusieurs lectures possibles. Le film Lost Highway m’a aussi beaucoup fait réfléchir à l’idée de narration et de cheminement non-linéaire : il y a de nombreuses dérivations dans la narration, notamment le fait que le personnage principal soit joué par plusieurs acteurs.

Selon toi, que serait un hyperhumain dans le monde d’aujourd’hui ? Une personne très connectée, très transformée ?
Sur ce titre, je questionne la définition d’un humain et son évolution, ce que ça va devenir avec le rapport aux technologies mais aussi sans elles : qu’est-ce qu’être vraiment humain ? Est-ce que le fait d’être entouré de machines, au point où ça ressemble presque à des prothèses, fait de nous un nouveau type d’humain ou bien est-ce qu’on n’est plus humain ? Le courant transhumaniste, la littérature et la science-fiction m’intéressent depuis que je suis un gosse, depuis que j’ai vu Terminator et Robocop qui m’ont beaucoup marqué. C’est drôle parce qu’actuellement, on se retrouve pas mal dans Terminator avec le rapport qu’on a avec l’intelligence artificielle qui fait penser à Skynet… J’ai toujours aimé la science-fiction et les thèmes qu’elle aborde, dont parle beaucoup l’album « MTNT ».


Est-ce que ces thèmes ont aussi nourri les clips des singles de l’album ? Chacun a une identité visuelle très marquée, peux-tu m’en parler un peu ?
J’avais envie de faire quelque chose de très différent pour chaque clip pour, encore une fois, rappeler l’idée de mutation et dire qu’on n’est pas un groupe qui reste cantonné à la scène metal indus. J’avais vraiment envie d’apporter des changements visuels et musicaux avec un premier single plutôt vert et blanc avec beaucoup de glitchs pour "Bad Glitch", un deuxième plutôt multicolore et le dernier qui est vraiment rouge, noir et blanc. C’était assez important d’avoir un univers particulier pour chaque titre, d’autant plus que j’avais envie de créer une cohérence entre tous les titres de l’album et une forme de continuité entre les clips et l’écoute des musiques.

"Bad Glitch" parle d’un don qui doit rester secret. Quel est ce bug qui isole aussi bien qu’il rend unique ?
La base des textes de ce titre est assez proche de la COVID qui a fait que, du jour au lendemain, on s’est retrouvé potentiellement porteurs d’un virus. Comme dans beaucoup de textes de HORSKH, je ne voulais pas me restreindre donc j’ai gardé l’idée de base de transmettre quelque chose involontairement. On peut transmettre un virus comme le Covid mais aussi des idées, des fake news qui se dispersent très vite jusqu’à ce que certaines personnes les considèrent comme des informations fiables, etc. Ce titre parle de ça : de transmission, volontaire ou non, qui peut être souvent négative, mais pas seulement.

Tu es le compositeur principal de HORSKH. Comment vous répartissez-vous ce processus, à trois ?
Ça a évolué au fil des années. Au départ du groupe, j’ai été vraiment le seul à m’en occuper pour le premier EP et le premier album. J’avais fait appel à Briou (Sylvain Abriel, batterie, ndlr) pour le live. Pour le deuxième album, Briou et Jordan (Daverio, machines, guitare, backing vocals, ndlr) ont un peu participé à la composition puis ça a été pareil pour « Body ». Pour « MTNT », je l’ai fait plutôt tout seul et ils sont là pour le live, les visuels et les clips puisqu’ils ont une place importante dans le groupe et dans la vie du groupe, notamment pour la vie en tournée.

C’est amené à évoluer ou tu souhaites toujours rester le principal maître à bord ?
Rester maître principal, oui, puisque c’est mon projet et que je sais assez précisément ce que je veux. Mais les participations restent toujours ouvertes, même pendant la composition : j’envoyais régulièrement les compositions à différentes étapes de leur avancement, Briou et Jordan pouvaient me faire des retours s’ils en avaient envie, etc. J’ai aussi demandé l’avis d’autres personnes dans mon entourage à qui je faisais écouter les musiques pour avoir des retours qui aient moins la tête dans le guidon que moi (rires). Il y avait plusieurs personnes, notamment Thomas Fournier qui fait notre son en live et Frédéric Garcia qui joue dans VIOLENCE, avec qui on a fait deux collaborations, et GHOST DANCE, un projet plus électro qui fait pas mal de tournées avec SHAÂRGHOT, Carpenter Brut, etc. On se comprend plutôt bien musicalement et humainement. Il y a aussi Thibault Chaumont qui a fait le mixage et le mastering de l’album, à qui j’ai envoyé les compositions en amont et qui m’a fait quelques retours.


L’image de la pochette d’album change par rapport aux pochettes habituelles : le nom du groupe n’apparaît plus, l’image est plus dépouillée et, dans ce sens, plus étrange parce qu’on est face à une personne dont on a du mal à identifier les caractéristiques et qui nous regarde. Est-ce une façon de montrer que tu es allé plus loin dans le développement du style musical de HORSKH ?
Quand la pochette a été choisie, j’avais déjà beaucoup de compositions, j’avais aussi le thème de l’album, beaucoup de choses étaient déjà en place et il y avait cette artiste, Johanna Jaskowska, qui faisait un travail que j’adorais et que je suivais depuis longtemps. Je me disais que ça serait génial qu’elle travaille sur cet album donc je lui ai demandé, elle a accepté et on a beaucoup échangé sur ce que je voulais et ce qu’elle envisageait. Elle m’a fait plusieurs propositions et on est tombés d’accord sur ces visuels qui accompagnent l’album. Le fait d’avoir quelque chose de très minimaliste s’adapte aux nouvelles habitudes d’écoute : le nom du groupe est déjà indiqué par la plateforme de streaming donc on n’a pas besoin de le réécrire sur la pochette. En plus, l’image vivait très bien par elle-même donc ça aurait été dommage de la dénaturer.

Est-ce que, dans les façons de s’améliorer et de chercher à être toujours mieux que soi-même, on peut se questionner sur la quête de beauté poussée à son extrême ?
Ça peut être ça, quand on cherche à être toujours plus beau, à se montrer sous son meilleur jour sur les réseaux sociaux, etc. Le titre "Bodybuilding" sur l’album « Body » en parlait déjà un peu : de plus en plus de gens vont à la salle de sport. Ça parle du culte de soi mais aussi de l’idée de bizarrerie, d’être étrange et de créer des choses bizarres pour faire évoluer le monde.

Ça m’a beaucoup fait penser à l’artiste contemporaine Orlan...
C’était l’une des premières à faire des modifications corporelles dans l’art contemporain donc il y a une filiation avec tous ces thèmes.


Vous avez collaboré avec Carpenter Brut pour un titre de « MTNT », et vous avez fait des tournées avec de nombreux artistes. Avec qui d’autre aimerais-tu travailler à l’avenir ?
J’ai plein d’idées ! Certaines sont réalisables, d’autres appartiennent plutôt au fantasme (rires). On a fait un remix de HEALTH, groupe que je trouve très cool et avec lequel on est déjà partis en tournée, on a travaillé avec VIOLENCE, on a fait un remix de SHAÂRGHOT, un autre de SIERRA VEINS, donc il y a eu pas mal de choses et il y en aura d’autres plus tard. Dans les rêves que j’ai, ça serait vraiment génial de travailler avec NINE INCH NAILS. Peut-être TEN56 parce que c’est très différent de ce qu’on fait et je pense que ça serait vraiment cool. On s’est déjà croisés sur des festivals donc on se connaît un peu. Il y a beaucoup d’artistes avec qui ça pourrait être chouette, aussi bien dans l’électro que dans le metal.

Est-ce que cette identité entre électro et metal t’a déjà donné envie de t’approcher davantage de la sphère électro ?
Au début du groupe, les compositions étaient beaucoup plus électro mais malgré tout, on jouait déjà dans des festivals et des concerts plutôt metal, même si dans le public, il y avait des gens qui écoutaient un peu de tout. La présence d’une voix saturée bloque peut-être un peu les festivals électro, il n’y a pas beaucoup d’artistes qui incluent de la voix dans leur musique, ou bien ce sont des samples. Mais la voix mise en avant reste rare dans ces festivals.

Vous avez un style musical particulier qui mélange le metal indus, l’électro et le grunge, ce qui va avec une expérience live particulière et tout aussi unique. Quelle serait, selon toi, l’expérience ultime pour vivre votre musique ?
Il y a plusieurs manières de vivre l’expérience live et les gens apprécient différentes choses. Certaines personnes préfèrent jouer dans de toutes petites salles pour être plus proches du public, d’autres préfèrent aller dans des grosses salles pour en prendre plein la tête. Nous, on utilise ces deux aspects puisqu’on a envie de présenter un spectacle complet : on fait attention à la lumière, on essaie de penser tout le live. On pourrait imaginer que l’expérience ultime serait de jouer sur une immense scène avec des écrans vidéo, des flammes, des lasers, etc. Ça pourrait être très cool ! Mais on aime aussi la proximité avec le public, le fait de ressentir l’énergie des gens et vice versa. Je dirais que les deux sont intéressants, même si j’aimerais, un jour, avoir la possibilité de faire quelque chose de vraiment énorme.
 


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