12 octobre 2026, 14:31

ONSLAUGHT (+ THE PROPHECY 23 + TORANAGA UK)

@ Paris (Petit Bain)

Onslaught


Jamais aucun groupe de thrash britannique n’a accédé à la première division. Le constat est dur, mais sans appel. Malgré toute leur bonne volonté et une énergie indéniables, ACID REIGN, XENTRIX, SABBAT ou RE-ANIMATOR ont débarqué, produit leurs disques, tourné (souvent en évitant soigneusement la France), puis ont été emportés par les vents de l’Histoire. 
ONSLAUGHT mérite cependant qu’on s’intéresse à son cas. Le groupe, précurseur historiquement puisque apparu dès le début des 80s, a certes lâché l’affaire au début des années 90s, mais il a remis le collier à partir de 2005. Non sans moult remue-ménages au sein de l’équipe, à l’image de son chanteur, Simon "Sy" Keeler, champion des allers-retours. Ne reste donc du début que le fondateur, le guitariste Nigel "Nige" Rockett, toujours à la barre. Qui doit se réjouir de voir aujourd’hui son bébé, qui sort toujours un album de temps en temps accéder au statut de groupe culte. Et de jouer enfin à Paris en tête d’affiche, seule une apparition, en première partie de ANNIHILATOR en 1989, ayant été recensée par nos services.

Pour l’étape parisienne de ce "The Force From Hell European Tour", ONSLAUGHT a emmené dans ses bagages un autre représentant du thrash de Sa Majesté, TORANAGA. Ou plutôt TORANAGA UK, le groupe d’origine ayant été contaminé par le même mal que VENOM ou TANK, et été atteint de scissiparité suite à une embrouille entre les musiciens d’origine. Bref, il existe apparemment de nos jours deux versions du groupe, qui jouent le même répertoire. 

Toranaga UK


Ce que nous entendons ce lundi soir ("Food For The Gods", "Hammer To The Skull", "Psychotic", etc) provient exclusivement de l’album « God’s Gift » (1990), soit du thrash standard bien exécuté, sans imagination, mais qui reçoit toutefois un bon accueil du public. Carton jaune quand même délivré au titre final, "Execution", pompage honteux de "The Four Horsemen", ou de "The Mechanix", suivant votre clan d’affiliation, METALLICA ou MEGADETH. Fallait oser !

D’autres qui osent tout, ce sont les Allemands THE PROPHECY 23. Ils mélangent thrash, hardcore, black metal, pour un résultat d’une versatilité étonnante qui nous fait rapidement fuir les lieux aux premiers growls. Joker donc pour ce coup-là, mais là encore, le public affiche un avis différent et applaudit les musiciens. 

ONSLAUGHT prend possession des lieux vers 21h30, et balance directement la purée, avec le délicat "Onslaught (Power From Hell)". Keeler, qui a économisé des sommes folles en n’allant plus chez son coiffeur/barbier depuis des décennies, éructe au micro ses paroles apocalyptiques d’une voix plus que rapeuse. Rockett, la crinière toujours bien noire, riffe comme un malade, et le batteur James Perry aplatit tout ce qui se trouve à portée de ses bras et jambes, avec une prédilection pour la double grosse caisse. 
Voilà du thrash solide, costaud, du vrai, qui provoque en quelques secondes le premier pogo dans la fosse. Même les quelques jeunes femmes glissées dans les premiers rangs apprécient. Et ceux qui ont acheté les disques à l’époque retrouvent leurs 15 ans. Ah, le  pouvoir magique du thrash…

ONSLAUGHT possède deux disques références dans sa carrière, les deux premiers : « Power From Hell » (1985), et « The Force » (1986). Devinez quoi ? Ces disques fournissent les trois quarts du répertoire balancé ce soir, soit 9 des 13 titres expédiés plus vite qu’un drone ukrainien sur un data center russe.
L’offensive sonique aligne de rang des pièces poétiques de choix : "Thermonuclear Devastation", "Death Metal" (qui n’en est pas), "Angels Of Death" (on notera la fidélité à certains concepts) et "Steel Meets Steel". Rien qu’à lire les titres, on se régale, alors, imaginez sur scène ! 
 

Onslaught


A l’issue de la première pause dans ce tir de barrage, James Perry saisit son smartphone pour immortaliser le champ de bataille qui se trouve devant lui, lui-même épaté par l’ambiance et la motivation des soldats du thrash, pardon, des spectateurs. 
Un grand sourire au milieu de sa barbe, Keeler remercie le public, et annonce que l’offensive va continuer avec des extraits d’un disque sorti il y a 40 ans, « The Force ». Et c’est parti pour une nouvelle séance qui rendrait maboul un fan de Céline Dion ayant confondu la Plenitude Arena avec le Petit Bain. 

Allez, on se fait plaisir de nouveau avec ces titres d’anthologie : "Let There Be Death", "Metal Forces", "Fight With The Beast", qui pilonnent de rang, garantis sans samples ni accordéon. Et si c’est encore possible, ONSLAUGHT pousse encore un cran dans l’agression avec trois extraits d’un album plus récent, « Killing Peace » (2007), dont le très pesant "Destroyer Of Worlds", et un sauvage "Burn", qui n’a rien à voir avec DEEP PURPLE. Quant à "Killing Peace", le morceau, on en retiendra l’image dantesque de Keeler répétant la phrase choc de la chanson, « spitting blood on the face of God », ça vous donne une bonne idée de l’ambiance.

Une petite douceur pour la fin, quand même : une solide reprise du "Iron Fist" de MOTÖRHEAD, lors duquel les slammeurs se déchaînent comme jamais. Un seul rappel au compteur, l’occasion d’un sautillant "Demoniac" balancé à fond la caisse, qui permet d’atteindre l’heure de concert. Et oui, pas plus, mais ONSLAUGHT a davantage donné en 60 minutes que bien des groupes en trois fois plus de temps. Une sympathique soirée entre humanistes, et une injustice historique enfin réparée après quatre décennies d’attente.

Blogger : Michel Valentin
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Michel Valentin
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