
Après dix-sept ans de carrière, GET THE SHOT a su s’imposer en fer de lance de la scène hardcore québécoise. Si leur dernier album « Merciless Destruction » remonte à 2022, c’est en 2025 avec le single «Torture your corpse» qu’est introduite une nouvelle ère marquée par l’arrivée de Mathieu Dhani au micro et de Guy-Pierre à la guitare. Pour entériner cette nouvelle équipe, l’EP « Crucifixion Depiction » est sorti le 23 octobre pour toujours plus de bagarre sonore ! Entretien avec Dany Roberge, bassiste et membre fondateur du projet.
La discographie de GET THE SHOT est riche en albums, pourquoi choisir de revenir vers nous avec un format court ?
Dany Roberge : La décision de créer cet EP s'est faite avec la volonté d'en faire un polaroïd : une capture d'un moment précis dans le temps, plutôt qu'un ancrage définitif. Pour nous, un album répond à une autre logique, même si l'on peut appliquer ce raisonnement à un concept-album. Par exemple, je suis un grand fan de Blink-182 : s'ils sortent un album qui se veut différent et qu'il ne me plaît pas, je l'écoute une fois puis je passe à autre chose. Cela ne définit pas pour autant l'ensemble de leur œuvre.
L'arrivée de cet EP a coïncidé avec un changement dans notre dynamique d'écriture. Le premier single, "Torture Your Corpse", a été composé dans un sentiment d'urgence. Il fallait créer rapidement cette nouvelle dynamique et montrer au public que le groupe restait solide. La création de l'EP s'est ensuite faite dans une phase de retrouvailles. Elle a marqué le retour de Guy-Pierre, qui collabore à notre structure depuis 2010 mais s'était éloigné ces dernières années, ainsi que l'arrivée de Mathieu.
Après une année où les réseaux sociaux ont pris énormément de place et ont fini par polluer notre état d'esprit, nous avons ressenti le besoin de tout couper. Nous voulions nous concentrer exclusivement sur les individus présents dans la pièce et créer de manière instinctive. L'objectif était de composer ce que nous ressentions, sans nous soucier de savoir si les gens allaient aimer, si les chiffres de streaming allaient suivre ou de toute cette logique marketing centrée sur les données. Notre mantra était clair : « Fuck la data, fuck tout ».
Nous voulions créer un projet court et spontané, ce qui a donné ce format de quatre titres. Certains morceaux marquent un retour à un son plus hardcore et thrash metal. D'autres sont extrêmement rapides - à peine quarante secondes - ce que nous n'avions jamais fait auparavant. Nous les avons d'ailleurs composés à Paris, pendant notre tournée avec RISE OF THE NORTHSTAR, dans un esprit très CONVERGE. Nous avons également exploré des productions plus deathcore modernes, avec un son très lourd.
L'idée centrale était simplement d'explorer. Est-ce que cet EP définit le son futur de GET THE SHOT ? Je ne le sais pas, et je ne le pense pas. En revanche, il est parfaitement représentatif de la période dans laquelle nous nous trouvions à ce moment précis.

Est-ce que l’arrivée de Mathieu a un eu impact particulier sur votre processus d’écriture ?
Au niveau musical, non. Mathieu n'est pas parti travailler seul dans son coin sur le processus d'écriture, car nous avons composé collectivement. Le véritable changement s'est opéré au niveau des textes et des thématiques. Nous avons écrit ces paroles à trois, alors qu'auparavant, personne d'autre n'avait jamais participé à l'écriture des textes ; ce n'était tout simplement pas notre façon de travailler.
Cette fois-ci, chacun écrivait de son côté. De mon côté, j'ai toujours écrit des textes de manière individuelle, sans les partager. Mathieu en avait beaucoup en réserve, issus de ses autres groupes, et Olivier (Roy, guitariste - ndlr) en avait également de son côté, notamment pour son autre projet, DON’T TRY. Nous nous sommes réunis et nous sommes partis de la structure d'un thème proposé par Mathieu. Bien qu'il nous connaisse depuis plusieurs années, son arrivée récente dans le groupe lui a permis d'apporter un regard extérieur sur notre situation, et cela l'a inspiré pour proposer ces thèmes.
Ensuite, Olivier et moi avons complété et retravaillé le tout. Nous avons intégré nos propres phrases et nos tournures, en nous mettant toujours d'accord à trois sur la direction à suivre. Nous nous posions des questions concrètes : que veut voir notre personnage ? Quel est son rôle d'interlocuteur ? Quels angles cherche-t-on à explorer ? L'objectif était de garder un ensemble cohérent en collaborant à trois.
Le changement majeur réside vraiment là. C'est l'apport d'une personne extérieure qui intègre un groupe qui venait, sans pour autant panser ses plaies, de traverser vents et marées au cours de l'année passée. Ce regard externe a été une véritable source d'inspiration.
Comment est arrivée l’idée de collaborer avec DON’T TRY sur « Cruxifiction Depiction » ?
L'idée de ce morceau ne date pas d'hier. Nous collaborons avec notre ingénieur du son, Maxime Lacroix, qui agit un peu comme notre producteur et technicien. À la base, nous voulions concevoir un projet collaboratif d'envergure pour mettre en valeur la scène locale du Québec. Nous nous sommes laissés porter par cette envie. Au début du processus, une section du morceau avait été composée spécifiquement pour accueillir le groupe BLIND WITNESS, mais la formation s'est malheureusement dissoute entre-temps.
Nous avions également prévu un passage très deathcore, pensé sur mesure pour les membres de DESPISED ICON, et j'en avais parlé avec Matt de CRYPTOPSY. Notre but était de réunir les figures marquantes de la scène québécoise pour incarner cet esprit de communauté qui nous est cher. Finalement, la logistique s'est avérée trop complexe.
Nous avons donc choisi de rester proches de nos plus fidèles camarades. En plus de partager un membre avec eux, Maxime Maltais, le chanteur de DON’T TRY, collabore avec nous depuis des années en tant que photographe et vidéaste. Il réalise d'ailleurs nos clips. C'est un véritable travail en collectif. Pour diverses raisons, nous n'avions jamais pu concrétiser une telle démarche auparavant, mais cette fois-ci, nous avons décidé d'y aller à fond. Cela reflète parfaitement le nouvel état d'esprit qui règne au sein du groupe : une dynamique beaucoup plus communautaire, collaborative et festive.
Peux-tu nous parler de l’influence de Maxime Lacroix dans ce processus créatif ?
Maxime nous a énormément aidés. Si l'on remonte aux origines, le groupe a été fondé en 2009. Dès la première année, nous avons connu des changements de line-up, mais la base reposait sur l'ambition initiale que j'avais de bâtir ce projet. Aujourd'hui, après dix-sept ans d'existence, ces nouveaux changements de membres imposaient de faire une pause. Il fallait se regarder en face, faire le point sur ce que nous étions devenus à l'aube de la quarantaine - ou une fois la quarantaine atteinte - à la fois en tant qu'individus et en tant qu'artistes.
Pour être honnête, nous étions un peu perdus. La scène musicale a profondément évolué, tout comme l'impact des réseaux sociaux sur les groupes. Il y a énormément de jeunes formations qui émergent et les sonorités ne sont plus les mêmes. C'est là que Maxime est intervenu : il nous a aidés à sanctuariser notre démarche. Il a apporté un regard interne et externe à la fois, en nous disant clairement : « Pour moi, l'essence de GET THE SHOT, c'est ça ». Sa collaboration a été indispensable. Je l'ai appelé personnellement pour lui dire que j'avais besoin de sa présence pour nous accompagner durant les sessions d'écriture.
Le premier été, nous nous sommes isolés en groupe dans un chalet en bois rond. Nous avons apporté tout notre matériel et nos instruments pour composer. Je tenais absolument à ce que Maxime soit du voyage, car il possède une force créatrice hors norme. Il est capable de composer de la musique aussi naturellement qu'il parle. Sa présence était essentielle pour nous garder centrés et soudés autour d'un objectif précis.
De mon côté, je craignais que nous nous mettions trop de pression en essayant à tout prix de faire "du GET THE SHOT". Qu'est-ce que l'identité du groupe, au fond ? Comme je le disais, nous avons notre histoire, mais elle peut évoluer et bouger. Cette pression, je la ressentais fortement : j'avais peur de tourner en rond et de simplement dupliquer ce que nous avions déjà fait par le passé. Pour en revenir à la question, avoir la chance de compter Maxime parmi nous a tout changé. Il nous a véritablement aidés à canaliser notre énergie et à formaliser ce que nous devions accomplir.

© Maxime Maltais | Arising Empire
Cet EP conjugue à la fois des sonorités typiquement hardcore et des idées plus metal ou deathcore, penses-tu que cela va surprendre ?
Comme je le mentionne, tout dépend du moment où le fan est entré dans l'aventure. Je connais des gens qui étaient présents lors de nos premières tournées en Europe en 2013, à une époque où nous jouions plutôt dans des squats autogérés. Nous proposions alors une musique beaucoup plus énervée et rapide, avec des références ancrées dans le son des années 2000 comme RUINER ou BANE. Certains de ces fans ont déjà décroché ou nous ont dit qu'ils préféraient cette période.
Par la suite, j'ai l'impression que nous avons été davantage influencés par le thrash metal, qui correspondait à ce que nous écoutions alors, avant de nous tourner vers un son un peu plus death. Chaque album existe et évolue à son rythme ; ils resteront toujours disponibles pour ceux qui souhaitent les écouter. En même temps, j'espère que le public sera surpris.
Pour être tout à fait honnête, je dois dire que pour cet EP, je m'en fous un peu. Nous sommes ravis si les gens l'apprécient, mais nous l'avons véritablement fait pour nous. C'était un besoin viscéral de composer pour nous-mêmes, et nous l'avons écrit sans penser à qui que ce soit d'autre. Alors, si les gens sont satisfaits, j'en suis évidemment heureux. Mais est-ce que cela a une réelle importance ? Je ne sais pas.
Le morceau "Strain" dure à peine 44 secondes très intenses, est-ce qu’il est écrit dans l’idée de déclencher une bagarre dans vos concerts ?
Sur scène, ce morceau, c'est ce qu'on appelle familièrement le "trou normand" de notre setlist : un véritable décapant sur une palette de peintre. Je ne sais pas encore si cela va déclencher une énorme bagarre générale dans la fosse ou si les gens vont simplement rester figés, sans comprendre ce qui leur arrive pendant ces quarante-cinq secondes.
La création a été purement instinctive. Comme je le disais, nous l'avons composé à Paris. Nous sommes partis de rien, et cela faisait très longtemps que nous n'avions pas écrit de cette façon. Il n'y avait pas d'ordinateur, pas de plan de route, pas de structure préétablie. Personne n'avait travaillé ce morceau en amont. Nous avons simplement demandé à notre batteur : "Comment tu lances le prochain morceau ?" Il a juste frappé quatre coups sur sa caisse claire — pa, pa, pa, pa —, on a démarré et on a balancé les impacts. Quarante secondes plus tard, c'était plié et la chanson est née. C'était ultra-spontané. On s'est demandé : "Est-ce qu'on la garde ou pas ?" Personnellement, ça m'évoque un peu l'esprit d'un marteau-piqueur. J'ai dit : "Moi, je garde ça". Je trouve que le rendu est très brut, très CONVERGE, très limite.
Le titre "Feed Me To The Pigs" est sorti en juin, avez-vous déjà pu le faire tourner en live ?
Nous jouons ce morceau tout l’été en festival. De plus, cet hiver, nous avons fait plusieurs dates en salle avec nos copains de LIONHEART, principalement en Allemagne. Nous avons pu le tester en conditions réelles et la réaction du public est incroyable. On se demande toujours si, après un certain temps, les gens ne veulent pas simplement entendre les morceaux les plus connus, ceux qui sont confortables. Or, nous avons sorti ce titre juste avant de partir en tournée, et c'est pourtant l’un de ceux qui a suscité le plus gros impact. Le two-step à la fin amène une excellente dynamique.
En studio, la création de ce passage nous a beaucoup amusés. Notre idée était de construire une montée en puissance (build up) qui laissait présager un breakdown presque beatdown, pour finalement basculer sur tout autre chose. Cela a d’ailleurs provoqué une petite prise de bec en studio. De mon côté, je trouvais que l'on se cassait trop la tête à vouloir intellectualiser un processus qui se voulait instinctif à la base. Les autres m'ont dit : "On pourrait simplement jouer du deathcore". Puis l'un d'eux a lancé : "Et si on partait plutôt sur un two-step ?" Le résultat en festival est une explosion totale. Intégrer ce two-step fonctionne à merveille et la réception est excellente.
J’ai perçu effectivement cette bascule, vous avez voulu surprendre ?
La surprise fait partie du plaisir. L'art sert aussi à cela : il est essentiel de se laisser surprendre. C'est précisément ce qui pousse à la réflexion et c'est là que la démarche devient intéressante.
Lorsqu’on écoute la fin de "Prying Eyes" et qu’on revient ensuite sur "Feed Me To The Pigs", cela semble s’enchaîner avec les sonotités de fin et de début, est-ce que c’est une démarche volontaire ?
Je vois cet EP complet comme une œuvre à part entière. Au format physique, même si l'on s'entend sur le fait qu'il n'y a que quatre morceaux pour environ douze minutes de musique, j'ai refusé l'option d'un format 7 pouces. J'ai tenu à ce qu'il soit pressé sur un vinyle 12 pouces, comme un album complet (LP).
C'est un vinyle monoface : la musique n'occupe qu'un seul côté, tandis que l'autre face présente une gravure ou un picture-disc. Ce choix s'explique par le fait que l'EP a été pensé pour être écouté d'une seule traite ; je le perçois vraiment comme une pièce d'ensemble. Il s'ouvre sur "Feed Me To The Pigs", qui débute par un fondu et une mise en ambiance. Vient ensuite "Crucifixion Depiction" qui accélère le rythme, puis "Strain" qui s'enchaîne à toute allure avec "Crying Eyes". Ce dernier titre se conclut sur des sonorités très noisy, créant une sorte de fondu vers le silence. D'ailleurs, si l'on écoute le projet au format digital, je trouve qu'il gagne à être joué en boucle : la fin de "Crying Eyes" s'articule parfaitement pour relancer le début de l'EP.
C’est effectivement ce qui s’est passé lorsque j’ai écouté, je vois que c’est réfléchi…
Nous nous sommes rendu compte que la gestion des enchaînements est devenue complexe avec les algorithmes et le fonctionnement des plateformes de streaming. Même lorsque l'on anticipe ces paramètres, il y a parfois des ruptures de lecture ou des bascules inattendues d'un morceau à un autre. Pour garantir que le projet s'écoute de manière fluide et continue, nous avons fait le choix de réserver le titre "Torture Your Corpse" exclusivement à la version digitale. Nous allons la placer tout à la fin de l'EP. Même si elle fait partie intégrante de l'œuvre, positionner "Torture Your Corpse" en clôture permet d'assurer une transition naturelle pour que la musique continue de jouer sans interruption.
J’aimerais évoquer le clip de "Crucifixion Depiction" si tu veux bien ?
Cette vidéo est un sujet passionnant, et je suis ravi de pouvoir en parler. Tout d'abord, concernant le concept de la crucifixion appliqué au morceau, je voulais éviter une imagerie trop évidente, une reconstitution littérale de la scène de la croix. Je trouvais beaucoup plus fort et évocateur de situer l'action au bord d'une route un peu décrépite. Pour le vidéo-clip de "Crucifixion Depiction", nous avons conservé cette même approche. Nous refusions les clichés sans nuance, et il n'y a donc aucune connotation religieuse ni scène de crucifixion classique dans le clip.
Généralement, nous réalisons nos vidéos nous-mêmes, soit en interne, soit avec Maxime Maltais, le chanteur de DON’T TRY. C'est ce que nous avions fait pour le clip de "Torture Your Corpse", tandis que Maxime avait géré celui de "Dominant Predation" . Cette fois-ci, nous avions envie d'expérimenter autre chose. J'ai donc appelé Anthony Altamura - que l'on surnomme "The Dragon Neck" - l'ancien bassiste de STRAY FROM THE PATH. C'est un grand ami et un passionné de cinéma. Cela fait sept ou huit ans que nous nous échangeons des messages en nous disant qu'il faudrait absolument que l'on mette nos équipes en commun pour un projet de film, tant nous partageons la même vision. L'occasion s'est enfin présentée, et je lui ai dit : « Allez, on se lance ».
Pour ce projet, nous nous sommes beaucoup inspirés de l'équipe française qui a réalisé les effets spéciaux et le maquillage du film The Substance de Coralie Fargeat, ainsi que de la réalisatrice elle-même. Notre but était de faire du body horror à l'ancienne, en privilégiant les effets spéciaux pratiques au détriment des effets numériques. Nous nous sommes donc rendus dans le studio d'Anthony à Long Island, à New York. C'est lui qui est arrivé avec l'axe principal du clip. De mon côté, j'avais imaginé un scénario totalement différent qui exigeait trop de ressources, mais que nous mettrons peut-être de côté pour plus tard. Anthony est parti de cette idée de vulnérabilité et de santé mentale. Il m'a dit : "Je veux installer une atmosphère carcérale, mais pour que l'on comprenne que cette prison est avant tout intérieure". C'est de là qu'est venue l'image de Matt qui s'extrait de son propre corps. Quand il m'a exposé sa vision du body horror à l'aide d'effets physiques, j'ai tout de suite adhéré. Le résultat final est formidable. Nous avons su doser les effets sans tomber dans la surenchère en les réservant pour le final, ce qui donne un équilibre parfait. Nous voulions vraiment sortir de notre zone de confort. Nos précédents clips étaient essentiellement centrés sur la performance scénique pure. Ici, nous avons exploré une autre voie. Tout en conservant la même intensité et l'énergie brute propres au groupe, nous avons pris un plaisir immense à faire du vrai cinéma.
C'était également une opportunité incroyable de faire venir Maxime en tournée avec LIONHEART pour qu'il vienne chanter son featuring sur scène. Le voir arriver sur le morceau "Crucifixion Depiction" [avec cette imagerie de la chaise électrique], c'était exceptionnel. C'est un pur bonheur interne et une vraie fierté de pouvoir créer et collaborer ainsi avec notre propre équipe.
En parlant de scène, quelles sont vos futures dates en France ?
Notre parcours passera par Paris, à l'Alhambra, Lyon à La Rayonne et Strasbourg à La Laiterie. Ce seront les concerts les plus importants de notre carrière, organisés en tête d'affiche dans de grandes salles. La tournée s'est déroulée autour de la période d'Halloween : nous avons joué à Lyon et à Paris à la fin du mois d'octobre, et ce sera Strasbourg le 8 novembre.
Cette tournée servira de lancement pour notre EP. Nous avons cependant dû nous réorganiser en un temps record. À l'origine, nous devions partir pour cinq semaines sur les routes en compagnie de la formation belge NASTY. Malheureusement, un problème de santé est survenu dans leur camp - une urgence médicale touchant le père du chanteur —, ce qui a annulé ce plan initial.
Alors que nous pensions assurer ces cinq semaines, nous nous sommes soudainement retrouvés démunis à seulement quelques semaines de l'échéance, alors même que l'EP s'apprêtait à sortir. Notre agent a fait un travail remarquable pour rebondir instantanément et nous booker directement en tête d'affiche. Nous débuterons ainsi d'ici quelques semaines, entre fin octobre et début novembre, pour trois semaines de tournée intensive afin de présenter ce nouveau matériel sur scène.

Est-ce que vous pensez aussi déjà à la suite de l’EP ?
Nous commençons déjà à travailler sur notre prochain album complet. Ce projet de long format est crucial pour nous, et personnellement, il me tient énormément à cœur. Je souhaite qu'il soit profondément réfléchi.
Alors que nous avons adopté une approche purement instinctive et spontanée pour l'EP, je veux cette fois-ci que l'album soit construit autour d'un fil conducteur bien précis. Nous allons voir où cette démarche nous mène. J'espère que nous pourrons le sortir le plus rapidement possible, mais je vais prendre tout le temps nécessaire pour parfaire cette réflexion.
Vous avez encore beaucoup à dire c’est ça ?
Au cours de cette année de transition, je trouve que, face aux dérives de notre société, cela fait du bien de dédramatiser un peu. Nous parlons souvent de préserver ce côté humain, cette compassion et cette empathie. Il est primordial de conserver une forme de respect et d'humanité à travers tout cela. Nous faisons de l'art, et l'art est censé être rassembleur. C'est le message que nous tentons de communiquer.
Pourtant, nous restons un groupe qui évoque l'horreur, la violence et la laideur. Que ce soit au niveau des thématiques textuelles ou de la musique, nous ne saurons jamais faire de morceaux doux. La colère m'habite encore pour longtemps. Cependant, je reste convaincu que derrière toute cette brutalité doit se cacher quelque chose de plus grand : les gens ne devraient jamais oublier la dignité humaine et le respect de l'autre.