Deux années après avoir repoussé l’horizon avec « Push Back The Horizon », LESOIR est de retour pour nous annoncer que demain commence aujourd’hui. Avec « Tomorrow Is Now Today », le groupe de rock progressif de Maastricht continue à tracer son chemin selon une formule immuable, éprouvée de longue date. C’est ainsi que l’on retrouve John Corfield (MUSE, Ben Howard, SUPERGRASS...) assisté du guitariste Ingo Dassen à la production et Paul Reeve (MUSE...) chargé de la production vocale depuis « Mosaïc ».
Toutefois, le groupe continue d’explorer son univers créatif en poussant plus loin l’intégration d’éléments classiques dans ses compositions. C’est ainsi que l’on retrouve aussi, aux côtés de la flûte traversière de Maartje Meessen, des arrangements de cordes réalisés par Bryan Raets et enregistrés par Rob Driessen. A noter aussi que LESOIR s'enrichit de trois nouveaux membres : Staf Wouters qui remplace Ingo Jetten à la basse, Rutger Martens (guitare, chœurs) et Ramon Reijnders (percussions, programmation).
La pochette, réalisée par l’artiste peintre et plasticienne Pon Archer, représente un visage plongé dans ses pensées à travers lesquelles transparaissent diverses émotions. C’est la dimension art-rock du groupe qui met en image les paroles écrites par Maartje Meessen. Des textes qui posent un regard sur le monde avec lesquels la chanteuse se fait porte-parole de ceux dont l’histoire mérite d’être mise en lumière.
Pièce la plus longue de l’album, "Is It Nothing" est un morceau d’une grande richesse. Une forme d’ode à Gaïa dont les paroles s'inspirent de la théorie de James Lovelock. On y trouve une irrésistible ligne de basse, une orchestration discrète qui amplifie admirablement le refrain et un solo lumineux. Incontestablement une des plus belles compositions jamais écrites par le groupe jusqu’ici.
"Back To You" est un titre qui propose un crescendo allant de la tristesse à l’espoir. Il commence sur une guitare acoustique chaleureuse rapidement rejointe par les violons. Inspiré par le parcours du président ukrainien, le chant posé de Maartje retranscrit parfaitement le drame vécu par la population de ce pays. Si l’envolée dans la seconde partie résonne comme un message d'espoir, les secondes de silence qui assurent la transition avec "Hidden Fire" résonnent comme l’incertitude du lendemain dans un monde devenu chaotique et imprévisible.
Face aux désordres qui nous plongent dans l’incertitude, on ressent le feu qui couve au travers des tiraillements intérieurs. C’est ce qui se traduit dans "Hidden Fire" qui commence sur un chant déterminé, soutenu par une instrumentation dépouillée. Dans un second temps, les structures rythmiques percutantes du trio basse/guitare/batterie, transforment le chant qui devient revendicateur. Le tout débouche sur un passage instrumental typique qui allie flûte traversière, ambiance rock, sublimé par l’apport des cordes dans lequel le dernier couplet devient incantatoire.
"Nadeli" est un instrumental en quatre temps. Il commence par une très belle partie acoustique, enchaînée sur un crescendo tout aussi entraînant qui monte en puissance avec les instruments électriques, suivis d'un superbe solo de guitare, pour se terminer en douceur en revenant sur la guitare acoustique.
Nous passons à quelque chose de plus heavy et futuriste avec "Free Pass". Le chant se fait martial. Toutefois, le titre n’est pas linéaire et comporte une belle ligne de basse et un passage aérien dont le chant n’est pas sans rappeler THE GATHERING.
Le morceau le plus surprenant est "La Même Langue" chanté en français. Les couplets parlés sont tristes et mélancoliques. Le tout se termine sur un final explosif où la narration implore l’autre de livrer ses sentiments afin que les interlocuteurs puissent se comprendre. Maartje exprime ici qu'au-delà de la barrière de la langue, il est important que les interlocuteurs s’expriment à cœur ouvert pour pouvoir se comprendre. Dans cet exercice périlleux de chanter dans une langue qui n’est pas sa la sienne, il est à noter qu’elle réussit superbement bien l’exercice !
A travers le folk acoustique de "Stay Close To Me", Maartje se livre avec une ligne de chant chaleureuse et solaire. En retour, Ingo lui répond avec un solo qu’il délivre au point culminant du crescendo.
L’entraînant "Pendulum" est un instrumental caractéristique de LESOIR. La première partie est basée sur un pattern de batterie et un gimmick de guitare irrésistible avant de laisser place à une très belle discussion entre une basse dynamique, des synthés ambiants et des cordes aériennes. Le tempo lent de "Army Of Love" se révèle pesant et triste et présente un solo de guitare où se dégage un sentiment de douleur.
La chanson-titre "Tomorrow Is Now Today" clôt le disque et se termine sur une note douce où l’on reste suspendu à la ligne vocale de Maartje.
En dix-sept ans d'existence, LESOIR réalise avec ce septième album l'œuvre la plus aboutie de sa discographie. « Tomorrow Is Now Today » nécessite certes plusieurs écoutes pour appréhender l’ensemble des richesses qu’il abrite, mais ce temps est un investissement payant. A quelques semaines du début de la tournée européenne en première partie d’Anneke van Giersbergen, nous ne pouvons que vous inviter fortement à assister à l’un des concerts de cette tournée. En particulier le 12 novembre à Paris (La Machine du Moulin Rouge), et le 14 à Lyon (O Totem Live).