7 novembre 2026, 18:37

MENTAL CRUETLY

Interview Lukas Nicolai


La sortie du cinquième album studio des allemands MENTAL CRUELTY, « Echoes Of a Forlorn Land » propulse le groupe sur la sphère des plus grosses formations du deathcore européen et nous fait basculer dans le froid glacial et la noirceur d’un univers mythologique riche, et incontournable. Lukas Nicolai, le chanteur, nous invite alors à explorer cet univers lors d’une interview.
 

L'album « Echoes Of a Forlorn Land »  est profondément ancré dans la mythologie nordique, avec des références à Midgard, Alfheim, aux Draugr et aux Valkyries. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette mythologie et pourquoi avez-vous voulu raconter à nouveau ces histoires, ou les utiliser pour explorer des thèmes plus contemporains ou personnels ?
Lukas Nicolai : Je dirais que l'idée est née d'une chanson, et le reste de la musique a suivi ; tout a commencé avec "Hellheim". C'était le moment où nous commencions tout juste à nous aventurer dans la mythologie nordique ; c'était vraiment amusant d'explorer ces différentes histoires, ces éléments sonores variés, et tout le reste. On s'est inspirés d'univers anciens, de ports d'autrefois et d'instruments médiévaux, comme la mandoline et ce genre de choses. La chanson a été très bien accueillie, et on a pris beaucoup de plaisir à composer la musique et à écrire les paroles. Ensuite, tout naturellement, on a continué à explorer ces paysages sonores et ces histoires. C'est venu tout seul, car on écoutait beaucoup de groupes scandinaves - comme MIRACLE, HEILUNG, WARDRUNA et d'autres formations aux sonorités folk ou païennes. C'est pour ça qu'on a voulu écrire sur tous ces sujets, car ils façonnaient naturellement notre musique.

"Raise The Raven Banner" est l'un des titres les plus longs de l'album et s'accompagne d'un clip visuellement très ambitieux. Avez-vous délibérément cherché, avec ce titre, à pousser plus loin le côté épique et atmosphérique du groupe ?
Ah, oui, tout à fait. L'histoire derrière la chanson, c'est celle du déploiement de la bannière au corbeau. C'est évidemment un chant de guerre, un titre sur le thème de la guerre. Mais nous avons adopté une approche différente vis-à-vis de la mythologie nordique et de tous ces thèmes associés car nous ne voulions pas écrire sur des hommes barbus partant au combat sur leurs drakkars, ce genre de clichés. Alors, tout naturellement, nous avons commencé à écrire davantage sur les femmes, notamment dans la mythologie nordique. Prends le serpent de Midgard : dans la mythologie nordique, c'est le fils de Loki. Mais chez nous, ce serpent est incarné par une femme ; elle malmène Thor et finit par le noyer. C'est aussi le cas dans la chanson "Raised The Raven Banner". Il y est question d'une reine guerrière viking qui part au combat avec ses hommes ; elle livre bataille, finit par mourir, mais doit continuer à se battre dans l'au-delà. L'idée est de mettre en scène des femmes fortes, tout en montrant que la guerre est un état permanent, une boucle sans fin qui ne s'arrête jamais. C'est plutôt... disons que c'est une chanson antimilitariste. Comme le son est très épique, on voulait une imagerie tout aussi épique. On a donc fait appel à l'équipe de Riivata Visuals qui a aussi réalisé des clips pour HUMANITY’S LAST BREATH, ORBIT CULTURE et d'autres groupes scandinaves. Ils viennent de Finlande, tout comme l'un de nos collaborateurs, qui joue aussi de la guitare dans HUMANITY’S LAST BREATH. Ils étaient parfaits pour ce genre de musique épique, ce métal épique. Ils ont écouté la chanson et ont tout de suite compris ce qu'on attendait. Le résultat est génial. J'adore vraiment le clip ; il est incroyable, honnêtement. J'adore le regarder.

Vous avez choisi "Ride Of The Valkyries" pour clore l'album. Qu'est-ce qui a fait de ce titre la conclusion idéale, tant sur le plan musical que thématique ?
Tout d'abord, il est question de femmes : dans la mythologie nordique, les Walkyries sont des figures puissantes qui emmènent au Valhalla les hommes tombés au combat. C'est encore une histoire de femmes fortes, un sujet que je trouve absolument captivant. Et j’espère que tu aimeras le clip car il va être génial lui aussi. Mais pour en revenir à la question : pourquoi avoir décidé d'en faire le morceau de clôture ? C'est tout simplement le morceau le plus long, surtout si l'on inclut l'intro, car il faut écouter l'intro puis la chanson à la suite, ce qui donne environ huit minutes au total. C'est donc le titre le plus long, le plus épique et le plus démesuré de tous. On s'est dit : « OK, c'est ça. » C'est comme le Big Bang, le grand final. C'est le dernier titre qu'on voulait faire, parce qu'on tenait à ce que l'album s'achève sur cette chanson ; on y a vraiment tout mis. Elle boucle l'ensemble, en quelque sorte, c'est pour ça qu'elle s'est naturellement imposée comme le morceau de clôture de l'album.

Tu as dit que le clip devrait me plaire. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
On va faire un clip vraiment épique pour ça. C'est une chanson tirée de "The Valkyries" ; on l'a tournée avec l'équipe de Group of 13, les gars qui réalisent les clips de BEHEMOTH et AMON AMARTH. Ils ont travaillé avec tellement d'artistes géniaux. On a réuni un bon budget et on a vraiment essayé de créer une histoire épique qui occupe toute la durée du morceau - huit minutes - autour d'une Valkyrie, une reine guerrière viking qui meurt au combat avant de ressusciter en Valkyrie. On est en train de finaliser le tout en ce moment. On peaufine les derniers détails, et j'espère que ça va faire le buzz sur Internet.


​Pour en revenir à cette dimension visuelle, il y a une qualité très cinématographique dans tous vos albums. Aujourd'hui, quand vous composez, est-ce que vous partez toujours de riffs ou de chansons individuelles, ou bien réfléchissez-vous de plus en plus en termes de paysages, de mythologie, d'atmosphère et de narration ?
C'est une très bonne question. J'ai beaucoup de chance, car les gars finalisent les chansons dans leur intégralité. La chanson est donc entièrement composée. Ils me l'envoient et me disent : « Bon, maintenant il nous faut les paroles, le flow et l'histoire qui va avec. » J'ai alors la chance de pouvoir écouter le morceau en entier et de réfléchir à l'histoire que j'y perçois. Prenons l'exemple d'un morceau très sombre et atmosphérique comme "Frost". Il fallait aborder un thème plus lugubre, comme le symbole de l'hiver, cette poussière qui recouvre tout pendant trois ans. Ce sont trois années d'obscurité. Il fallait donc une ambiance sombre et atmosphérique. À l'inverse, on a des titres comme "Scenario", qui sont très rapides, agressifs et typés black metal. Il était donc tout naturel d'écrire sur un loup courant à travers les bois, pour finalement être enchaîné par les dieux. Les thèmes s'imposent naturellement car les morceaux sont déjà aboutis ; je sais tout de suite ce qui conviendrait.

Tu parlais du fait que vous explorez davantage de facettes que celles pour lesquelles vous étiez connus auparavant, mais j'ai l'impression que vous repoussez encore plus loin les limites du deathcore, tout en intégrant, comme tu l'as dit, davantage d'éléments de black metal, de death metal mélodique ou symphonique, voire de folk, et même, je dirais, quelques influences power metal par moments. Est-ce une évolution que vous avez consciemment discutée en tant que groupe ?
Oh, tout à fait. Honnêtement, je pense que c'est un mélange des deux. Nous avons essayé d'inviter plus de monde à la fête, car nous aimons toujours autant notre public deathcore, et l'on retrouve d'ailleurs des breakdowns typiques du genre sur tout l'album. Mais nous voulions simplement élargir nos horizons et intégrer davantage la musique que nous écoutons aussi en privé. Comme je l'ai mentionné, nous écoutons énormément de groupes scandinaves. Marvin, notre compositeur principal, écoute par exemple WINTERSUN, CHILDREN OF BODOM, INSOMNIUM... Tous ces groupes de metal scandinaves. On écoute aussi beaucoup de black metal, comme BEHEMOTH ou SATYRICON et ce genre de choses. Parfois, il était un peu dérouté et disait : « Oh, les gars, je ne suis pas un adepte de la démonstration vocale pure », vous voyez ? Alors on a dû calmer le jeu et se dire : « OK, peut-être qu'on n'a pas besoin de faire des acrobaties vocales. » Et au final, il a eu l'occasion de créer un mix intemporel. Ce sera probablement un excellent mix. Un mix qui restera pertinent même dans dix ans.


Votre musique est devenue de plus en plus riche en couches sonores et en détails. C'est indéniable. Y a-t-il un moment, durant le processus d'écriture, où vous devez délibérément vous retenir et dire : « OK, cette chanson n'a besoin de rien d'autre » ?
Comment savoir quand s'arrêter ? C'est une excellente question. Parce que parfois, si l'on prend un titre comme "Ride Of The Valkyries", par exemple... si on l'écoute avec l'intro, il dépasse les huit minutes. Et je me dis : « Oh là là, une chanson de huit minutes... » Mais ensuite, j'écoute le morceau en entier et c'est tellement plaisant qu'on ne sent pas passer ces huit minutes. Cela dit, il arrive qu'on ait d'autres chansons de plus de six minutes, avec une nouvelle cassure rythmique ou une autre partie chargée en émotion au milieu. Et là, je dois parfois dire aux gars : « Hé, on peut couper ça et le placer ailleurs. »  Ou peut-être que c'est un peu trop, mais je pense que c'est toujours une question d'équilibre, du 50-50 en quelque sorte. Parfois, il faut juste trouver les bonnes paroles, le bon débit vocal et l'émotion juste pour rendre le morceau captivant et éviter qu'il ne devienne ennuyeux. On a des chansons qui dépassent les six minutes et oui, c'est vraiment une question d'équilibre, c'est du 50-50 par moments.

Vous allez vous lancer dans une vaste tournée européenne en tête d'affiche. Est-ce que le fait d'être en tête d'affiche pour une tournée de cette envergure change votre façon d'aborder le concert ?
Oh oui, absolument. Nous sommes très enthousiastes à l'idée de faire notre première tournée européenne en tête d'affiche. Jusqu'ici, nous n'avions pas réussi à organiser une telle tournée en Europe, car nous étions très occupés et le public américain réclamait sans cesse notre présence. Nous sommes donc ravis d'être enfin en tête d'affiche, notamment à Londres. Nous passerons aussi par Paris.
Comment abordons-nous la production ? Nous prévoyons quelque chose de spécial, car nos chansons racontent des histoires. Qu'il s'agisse du serpent Midgard, du loup Fenrir ou des Valkyries, la narration occupe une place centrale. On essaie donc d'intégrer un peu de narration et une mise en scène plus élaborée pour ces concerts. On a prévu quelque chose de spécial pour créer une véritable expérience, un voyage pour le public, plutôt que de simplement avoir des lumières clignotantes et de répéter les trois phrases habituelles qu'un chanteur sort sur scène avant de s'en aller. Non, on a vraiment prévu quelque chose de particulier pour que les gens puissent vivre une histoire qui se déroule sur scène.


Vu le programme très intense, car vous allez jouer dans plus de vingt villes en moins d'un mois, qu'est-ce qui vous réjouit le plus dans cette tournée ?
Oh, oui : retrouver de vieux amis. On a déjà tourné avec... Je serai ravi de tourner avec mon ancien groupe, SUN EATER, c'est le groupe dont je faisais partie avant MENTAL CRUELTY. J'adore toujours ces gars, et ils font un boulot formidable avec le nouveau chanteur. Et oui, on se soutient mutuellement. C'était donc une excellente décision de l'emmener en tournée avec nous. J'ai vraiment hâte d'y être. On va jouer un tas de concerts en Allemagne, ce qui nous permettra enfin de jouer davantage devant notre public local. La tournée se terminera dans notre ville natale de Karlsruhe, mais cela fait aussi une éternité qu'on n'est pas allés en France, la dernière fois, c'était avec CRADLE  OF FILTH. Il est donc temps de retourner voir le public français. C'est quelque chose qui m'enthousiasme énormément. On va aussi retourner en Scandinavie.

Comment vous préparez-vous pour une série de concerts aussi exigeante ?
Le truc, c'est qu'on est très impliqués dans tout : on essaie de participer activement à l'organisation, à la production, à la gestion de la tournée, et tout le reste. On a bien un régisseur de production, un régisseur de tournée et un manager, mais on essaie quand même d'organiser un maximum de choses nous-mêmes. Du coup, on n'a pas vraiment le temps de se préparer individuellement. Bien sûr, j'aimerais faire du cardio ou des échauffements vocaux, peut-être deux ou trois semaines avant le début de la tournée, mais je sais déjà que je n'aurai probablement pas le temps, car je serai trop occupé à gérer tout ce qui gravite autour, comme la production et tout le reste. Et peut-être les tenues, et je ne sais quoi d'autre.  Est-ce que je pourrai préparer la tournée dans son ensemble ? Absolument. Il faut juste que je le fasse, ou plutôt qu'on le fasse, et que je me rappelle que l'un des meilleurs conseils qu'on puisse donner à un jeune chanteur de deathcore, c’est de ne pas trop se prendre la tête. Fais juste ce que tu as à faire. Aie confiance en toi, et le reste viendra naturellement. Si tu te prends trop la tête avec tous les aspects de la performance, tu risques surtout de paniquer. On va probablement jouer un set de plus de 60 minutes, tout le monde a sans doute peur de s'épuiser en cours de route. Mais on a toujours réussi à gérer la situation, quelles que soient les conditions, la température ou autre. Je suis donc sûr qu'on y arrivera cette fois aussi.


​Le fait de jouer avec ton ancien groupe est quelque chose de vraiment fantastique. C'est un beau cadeau pour tout le monde...
En tant que groupes, nous devons apprendre à collaborer davantage au lieu de nous voir comme des concurrents. Et puis, si des membres partent ou décident de passer à autre chose, il faut simplement apprendre à préserver de bonnes relations, ce genre de choses. Les gens me demandaient : « Alors, tu leur parles encore ? Vous êtes toujours en bons termes ? » Et je répondais : « Oui, bien sûr. Je les adore. » On a grandi ensemble dans ce genre musical, on a vécu tellement de choses... Évidemment que je les aime toujours. Si l'on finit par entretenir une relation, ne serait-ce que professionnelle, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille se détester. C'est absurde. Les gens sont toujours complètement sidérés de voir des chanteurs se produire ensemble. Je me dis simplement : « Oui, entre groupes, nous sommes des collègues. » On s'apprécie et on se connaît. Je suis très reconnaissant quand des gens comme Will et les mecs de LORNA SHORE me disent : « Hé, si tu veux monter sur scène, vas-y, fais-toi plaisir. » J'essaie de faire la même chose pour mon groupe et pour d’autres formations ; il faut se soutenir mutuellement, car nous en avons tous besoin. Nous devons nous serrer les coudes pour survivre dans ce monde qui devient de plus en plus hostile et qui semble se nourrir de haine.

Après avoir poussé le groupe aussi loin, avez-vous déjà une idée de la direction que vous pourriez prendre ensuite ? Ou préférez-vous ne pas y penser pour l'instant et vous concentrer sur le moment présent ?
La réponse facile serait sans doute de dire que toutes les portes sont ouvertes, que tout est possible. On peut jouer un peu partout maintenant, mais je serais vraiment ravi si l'on parvenait à toucher un public plus large : peut-être les fans de death metal, ou ce vieux métalleux avec sa veste à patchs... S'il vient à nos concerts, c'est qu'on a forcément fait quelque chose de bien. Et si le gamin fan de deathcore avec sa casquette, ses cheveux teints et son t-shirt Lana Del Rey vient aussi nous voir et fait le signe des cornes sur du power metal... alors là, je me dis : « Ouais, on a réussi. » Si on arrive à réunir tout le monde pour faire la fête et à grandir grâce à ça... Je trouve que nos morceaux sont vraiment épiques, qu'ils ont une ampleur incroyable. Si on peut jouer dans des stades ou des arènes, comme le fait Lana, ce serait génial ; là, je serais vraiment comblé. Je pense qu'on a vraiment réussi notre coup avec cet album.

Pour terminer, si tu devais choisir un seul titre de « Echoes Of a Forlorn Land » qui représente le mieux MENTAL CRUELTY en 2026, celui qui contient, en quelque sorte, l'ADN actuel du groupe : lequel choisirais-tu et pourquoi ?
Évidemment, je dirais que c'est "The Serpent Of Myth", parce que ça traite de l'une des histoires les plus célèbres de la mythologie nordique, le combat entre Thor et le serpent. Mais on a fait du serpent mythique une femme. C'est parce qu'on trouve ces histoires centrées sur des femmes tout simplement plus intéressantes. Et puis, dans "The Serpent Of Myth", c'est très rapide, très agressif, mais aussi très folk. Il y a tellement d'éléments folk pleins d'âme dans ce morceau. Je pense que cette chanson capture vraiment l'essence de l'ensemble. C'est pour ça qu'on a décidé d'en faire le tout premier single, pour que tout le monde sache à quoi s'attendre.
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Blogger : Sonia Salem
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Sonia Salem
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