23 octobre 2026, 23:59

KORN + ARCHITECTS + YOUTH CODE

@ Paris (Accor Arena)


Le nu-metal semblait brièvement avoir disparu au début des années 2010. LIMP BIZKIT se faisait plus discret avec « Gold Cobra », LINKIN PARK se dirigeait vers des sphères plus pop, KORN tente de changer le paradigme avec Skrillex, et les groupes comme CRAZY TOWN, SNOT, P.O.D. et HED P.E. perdent peu à peu en influence (malheureusement, ou heureusement selon certains). Cependant, alors que le metalcore a gravi les sommets, les groupes de ce style n’ont pas oublié leurs racines, et citent volontiers KORN, DEFTONES ou LINKIN PARK comme influence principale, ouvrant le genre à un nouveau public, plus jeune et avec un accès plus facile que jamais à une quantité inimaginable de chansons nu-metal. C’est dans ce contexte de second souffle que KORN a pu jouer en tête d’affiche au Hellfest 2025, et ce soir devant un Accor Arena plein à craquer depuis le lendemain de sa mise en vente ! Le groupe de Bakersfield a en effet bénéficié d’un regain de popularité absolument dantesque depuis 2022 et la sortie de « Requiem », et propose à ses fans de fêter les 30 ans de « Life Is Peachy » en famille, entre "freaks" déchaînés. Et pour illustrer mon propos sur le lien entre la scène nu-metal et la scène metalcore, qui de mieux qu’ARCHITECTS pour jouer juste avant les géants américains ? Accompagnés également de YOUTH CODE, les deux groupes ont prévu du lourd pour ce soir, et on est impatient de savoir ce qui nous attend !
 

YOUTH CODE ouvre la soirée, et il est clair qu’il n’est pas évident pour le duo mélangeant techno et metal industriel de séduire une foule aussi grande. Avec des lumières assez simples et une animation impliquant un chien et leur logo en fond de scène, Sara Taylor et Ryan George se donnent pourtant à fond dès la première note ! Derrière ses platines, le DJ enchaîne les rythmes breakés et y superpose les riffs hardcore qui ont fait la notoriété du duo depuis 2012, tandis que Sara Taylor s’époumonne en arpentant la scène de la mythique Accor Arena de long en large devant un public qui... Ne bouge pas. Eh oui, YOUTH CODE a beau inspirer beaucoup de groupes de hardcore moderne, et avoir laissé une trace indélébile dans la scène californienne, le public de KORN semble plus d’humeur à hurler des refrains fédérateurs qu’à danser sur du hardcore industriel. On se surprend donc à imaginer YOUTH CODE jouer dans une plus petite salle, comme un Trabendo par exemple, et à se dire qu’il serait sûrement bien plus adapté pour eux de jouer devant un public restreint mais motivé que devant plus de 15 000 métalleux dans l’attente de leurs idoles. C’est donc avec un salut poli mais qu’on sent légèrement déçu que le groupe quitte la scène, laissant le soin à ARCHITECTS de réveiller tout ce beau monde.


C’est remontés comme des pendules (et peut-être même décidés à venger leurs frères d’armes YOUTH CODE) que les Anglais ARCHITECTS débarquent sur scène comme des diables hors de leur boîte. Il faut dire que le single "Whiplash", extrait du dernier (et très bon) album du groupe, « The Sky, The Earth And All Between », s’y prête particulièrement bien ! Les riffs surpuissants, les beats sismiques et les hurlements déchirants de Sam Carter se mêlent donc immédiatement, avant de laisser place au refrain aussi mélodique que catchy : le tableau est aussi spectaculaire que le clip de la chanson !

Si le chanteur a expliqué sur Instagram quelques jours plus tôt que l’acharnement des "haters" sur sa voix lui causaient des crises d’angoisse (et donc plus de problèmes vocaux), on sent ce soir Sam Carter en grande forme, et on a même par moments l’impression qu’il se retient !


Les growls sont immaculés et les screams fonctionnent parfaitement, tandis que le chant clair du chanteur de Brighton n’ont jamais été aussi bons. Et cela tombe bien : la set-list est entièrement composée à partir des derniers albums d’ARCHITECTS, bien plus concentrés en chant clair que le reste de leur discographie ! "Everything Ends", "Seeing Red", "Animals", "Doomsday"... Les hits s’enchaînent à une allure folle et les mosh-pits se déchaînent déjà dans la fosse de l’Accor Arena ! Mais après seulement une petite quarantaine de minutes, ARCHITECTS quitte la scène, non sans présenter son nouveau single ultra entraînant, "Machine", devant la deuxième plus grande salle de concert de Paris ! "Paris" réussis pour ARCHITECTS, qui récolte une ovation générale et conquiert encore une fois plus de fans qui reviendront à n’en pas douter les voir lors d’une prochaine tournée !


Si après un set aussi impressionnant on aurait presque l’impression d’une fin de soirée, un grand drap devant la scène vient rappeler qui nous sommes venus attendre : KORN ! Et dès les premières secondes de son et l’apparition des silhouettes du groupe derrière le drap, une clameur monte : "It’s On!" Le drap tombe et nous révèle Jonathan Davis, Brian Welch, James Shaffer, Ray Luzier et Ra Diaz en gigantesque forme, entièrement entourés d’écrans et de spots lumineux ! Avec une forme olympique, nos quatre quinquagénaires et notre quadragénaire (eh oui, Ra Diaz n’a que 41 ans) sautent partout sur scène et font voler les dreads de partout dès les premières secondes, égalant l’énergie de la foule qui ressemble déjà à une mer agitée. Les slammeurs ne tardent pas à flotter au-dessus des embruns, et on retrouve immédiatement l’énergie des années 2000 qu’on aime tant !


KORN semble l’avoir anticipé car la set-list va directement dans cette direction avec "Here To Stay", accueilli à bras ouverts par une foule qui n’attend que ça ! Les écrans se font graduellement plus présents, présentant un genre de cadre autour du groupe californien, les plaçant entre des câbles, dans des décombres ou entre divers insectes et monstres, créant une atmosphère absolument unique, entre rêve et réalité (et sans IA apparente, chapeau !)

Le nouveau single, "Reward The Scars" passe presque inaperçu tant la set-list est bourrée de hits : KORN a en effet concocté un enchaînement qui parle à l’adolescent qui est en nous : "Got The Life", "Twist" et même "Rotting In Vain", issu de « The Serenity Of Suffering » sont jetés en pâture à un public qui dévore chaque note comme un lion affamé. Pour honorer « Life Is Peachy », quelques chansons plus "obscures", (sauf pour ceux qui écoutent les albums en boucle, on vous connaît), sont également proposées, comme "Chi" et "Kill You", introduites par un Jonathan Davis souriant et triomphal quand il annonce une suite de chansons du deuxième album de KORN (considéré par beaucoup comme le meilleur), qui se conclut par un "A.D.I.D.A.S." attendu comme le messie lors de cette communion metal.


Personnellement, venant d’une contrée un peu à l’Ouest de la France dont on aperçoit le drapeau dans la fosse (et dans toutes les autres fosses de concerts), je me dresse sur mon siège lorsque Jonathan Davis débarque avec sa traditionnelle cornemuse sur "Shoots And Ladders", et je hurle les paroles de "Coming Undone" avec lui. Lors d’une véritable vague cathartique, les hits "Did My Time", "Make Me Bad" et "Y’All Want A Single" passent en un clin d’œil, nous faisant oublier tout problème pendant dix minutes de néo mélodique comme on l’adore...

KORN quitte cependant la scène quelques instants, nous sortant de cette transe pour mieux nous ancrer dans le moment présent pour ce qui arrive : un rappel imparable ! "Falling Away From Me" et son introduction mystérieuse à la guitare lance un séisme qui ne gagnera qu’en intensité dans le quartier de Bercy au cours des 20 minutes qui suivent. Le groupe a en effet gardé le meilleur pour la fin avec l’aussi culte qu’inattendu en plein set "Blind" (on l’aurait plus vu en intro comme en 2025, ou pour ouvrir le rappel), qui ne lance pas moins de 4 walls-of-death dans la fosse de la salle mythique ! "Twisted Transistor" calme le mosh mais pas les ondes sismiques : le refrain fédérateur fait hurler le public plus fort que la sono de l’Accor Arena avant un final absolument dantesque sur "Freak On A Leash" sur lequel KORN est rejoint par un mystérieux monstre difforme sur les écrans.


Près d’une heure et demi après le début du set, les fans se rendent compte qu’un instant absolument mythique et magique vient de se dérouler devant leurs yeux, alors qu’ils quittent la salle sous une pluie de médiators lancés par "Munky" et "Head" aussi ravis que les "freaks présents". Jonathan Davis n’est pas en reste, plus souriant que jamais devant ses ouailles, visiblement aussi enthousiastes qu’à "la grande époque". Et si cette "grande époque" était celle-ci, avec une adéquation parfaite entre la puissance de la musique et la popularité de celle-ci ? Une question que nous allons méditer en attendant le prochain passage de KORN en France, qu’on ne manquera pour rien au monde !


Photos © Benjamin Delacoux - Portfolio

Blogger : Valentin Pochart
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Valentin Pochart
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