
Le metal, phénomène autrefois limité à la sphère occidentale (plus le Japon), s’est internationalisé à un point incroyable depuis quelques années, et on ne s’étonne plus de voir surgir des artistes talentueux de régions qu’on croirait pourtant réticentes aux musiques saturées.
THE HU, originaire de Mongolie, a quand même pris le monde par surprise, avec une preste conquête du monde démarrée en 2019 qui ferait la fierté de Gengis Khan, fondateur au XIIe siècle de l’empire mongol. A Paris, cela se traduit ce mardi soir par un Olympia affichant complet, et empli d’un public chaud comme la braise.
Un taux de remplissage peut-être favorisé par la présence en première partie de SKÁLD, l’un des phénomènes du moment. Et à juste raison. Alors que sa musique, sur disque, me laisse relativement indifférent, la prestation en live de l’orchestre français de folk païen nordique change complètement la donne.

Déjà grâce à un décorum aussi soigné que spectaculaire. Cinq musiciens sur scène, dont trois percussionnistes (le fondateur Christophe Voisin-Boisvinet, Steeve Petit et Marti Ilmar Uibo au centre), l'un d'entre eux optant au bout d’un moment pour une guitare ou autre instrument à cordes. Et quand on dit percussionnistes, n’imaginez pas une bonne vieille batterie ou des castagnettes. Non, chez SKÁLD, on préfère les tambours suspendus, frappés par des instruments contondants, si besoin un gros os !
Les voix se montrent gutturales, à l’exception de celle de l’unique membre féminin de l’équipe, Marie Potosniak, dont les aigus survolent souvent les notes instrumentales. Elle et ses compères évoluent souvent sous formes de silhouettes éclairées par derrière, et même carrément dans une semi-obscurité au tout début du show.
Le tout bâtit une ambiance pour le moins spéciale, une transe chamanique d’une quarantaine de minutes qui enflamme le public et impacte la mémoire.

Des termes qu’on peut également employer lors de la prestation de the HU, un peu plus tard. Une chevauchée mongole d’une heure et quart, mais qui laisse là aussi le public pantois devant un spectacle pour le moins insolite.
Via sa musique d’abord, nettement plus metal que celle de SKÁLD, mais elle aussi dotée de grosses influences folkloriques, avec également à l’occasion des tournures western spaghetti très agréables.
THE HU, ce sont aussi des voix à nulle autres pareilles, souvent très graves, parfois plus aigues, et même étrangement une ou deux fois proches des déclamations black metal. Des vocalises commises par tous les musiciens, qui peuvent ainsi se passer de la voix claire qu’aurait nécessité une duplication intégrale de la chanson « Lost Soul », celle ouvrant le concert et invitant dans sa version studio, Jonny Hawkins de NOTHING MORE.

Non, ici, on reste entre guerriers mongols, accoutrement compris, et dûment équipés d’instruments presque tous plus étranges les uns que les autres. La palme revenant sans conteste au mythique morin khuur, alias la vièle à tête de cheval, expertement maniée par le maître de cérémonie de la soirée, Galbadrakh Tsendbaatar, Gala pour les intimes et les journalistes paresseux (dont nous faisons partie).
Un Gala qui remercie les spectateurs à chaque fois qu’il le peut, mais se retrouve un peu court devant son micro entre deux titres. Sa plus longue déclaration, en milieu de concert ? « Cette chanson s’appelle Echoes Of My Father. Pour tous les pères du monde »…

Des talents d’orateur limités, certes, mais largement compensés par une présence scénique indéniable, à l’image de ses compères, tous capillairement riches et adeptes du headbanging comme de l’hélicoptère.
Subjugué, le public met également la main à la pâte, multipliant les « Hu, Hu, Hu » entre deux titres, comme ceux qui concluent le pesant « Shadow ». Un extrait du dernier album en date, « Hun », sorti en juillet dernier, très bien représenté ce soir avec pas moins de 8 représentants. Dont un « The Men » qui sort du lot avec sa guimbarde et son solo délivré à l’aide d’un instrument à la sonorité proche de celle du violon. Ou ce « Warrior Chant » médiéval et aux voix enchevêtrées. Ou encore le rapide « The Real You », rare cavalcade de la soirée et finalement assez proche d’un titre metal traditionnel.

Le plus ancien « Black Thunder » voit l’installation sur scène d’une statue géante de Gengis Khan, mais ce qui fait vraiment entrer le public en éruption, c’est l’irrésistible tube « Yuve Yuve Yu », début d’une fin qui nous emmène au fin fond des steppes du désert de Gobi, via le tribal « Wolf Totem », puis le définitif « This Is Mongol » et son « hou yahi yaho » sans doute piqué à Brian Johnson.
Un seul rappel au programme. « Est-ce que vous aimez IRON MAIDEN ? », nous demande Gala. Prélude bien entendu à la reprise de « The Trooper », un classique désormais dans le set de THE HU, mais qui surprend toujours par sa tonalité décalée.