
Obtenir le statut de groupe culte ne suffit pas toujours à remplir les salles. La preuve avec THE OBSESSED, qui n’attire en ce dimanche soir de fin de vacances qu’une centaine d’amateurs de doom et de stoner, alors que la formation n’a jamais joué dans la capitale en tête d’affiche. Ceci dit, sa présence la veille au Westill Festival, près de Nantes, avec une affiche de folie (le même jour, CANDLEMASS, MESSA, MY SLEEPING KARMA, et la veille, STONED JESUS et KADAVAR, en la faisant courte), n’a pas dû non plus aider au remplissage de la date parisienne…
Culte, donc, THE OBSESSED, dont un prochain album est attendu pour l’année prochaine, lui dont le dernier, « Gilded Sorrow », remonte à 2024, et après un trou d’air de 7 ans. Pour cette tournée, le fondateur, le chanteur et guitariste Scott "Wino" Weinrich, s’est entouré de trois acolytes, parmi lesquels on reconnait le batteur actuel de MONSTER MAGNET, Bob Pantella, habillé d’un tee-shirt FOGHAT. La classe. Le recrutement d’un chanteur n’aurait peut-être pas été de trop non plus…
Wino et ses amis se présentent toutefois plein d’énergie, et débutent leur set à 21h45 avec le bien costaud "Neatz Brigade", premier extrait de l’album « The Church Within », de loin le plus joué ce soir avec pas moins de 7 extraits. Un mid-tempo bien pesant, d’où surnage la voix clairement fatiguée et bien râpeuse du maître de cérémonie.
Ce dernier, la crinière toujours exubérante (manifestement, un des critères obligatoires pour figurer dans le groupe), mais probablement la vue moins affutée qu’autrefois (jamais vu une setlist écrite aussi gros), enquille pourtant les morceaux sans discontinuer. A peine "Neatz Brigade" terminé, les musiciens embrayent sur le court "A World Apart". Court, un des mots clés de la soirée, les titres interprétés, à l’exception du tout premier, dépassant rarement les 3 ou 4 minutes, et se terminant souvent fort abruptement.

Le seul inédit du jour, "Live Fast, Love Hard, Die Free", sort d’ailleurs de ce moule. Mais THE OBSESSED reste l’un des patrons du doom, et les pièces suivantes délivrées ce soir, comme le fantastique "Sacred" (hélas le seul extrait de l’album du même nom), "Streetside", "Jaded", "The Way She Fly", "Skybone" et sa vrombissante intro à la basse, le rappellent de fort belle manière, même si elles comptent aussi quelques passages plus véloces.
Peu prolixe, Wino s’enquiert quand même, sans doute inquiet après avoir joué "It’s Not OK", « est-ce que vous appréciez ? » La réaction du public le rassure, et c’est reparti pour une nouvelle séance de doom plombant, autant au niveau musical que dans ses paroles ("Mourning", "Climate Of Despair"), avec un moment vraiment intense lors de "Hiding Mask", au riff irrésistible.
THE OBSESSED conclut avec l’un des morceaux les plus mammouthesques de son répertoire, le très pesant "Stoned Back To The Bomb Age", à ne pas écouter les jours de déprime, mais ici ce soir au Glazart parfaitement à sa place. Le rappel nous permet de bénéficier d’une dizaine de minutes de rab. D’abord avec le rapide "Freedom", puis un dernier témoignage bien doom "Brother Blue Steel", des titres non joués au Westill… Les musiciens descendent ensuite de scène pour discuter le bout de gras avec les spectateurs, à l’évidence heureux, surtout pour Wino, d’avoir enfin proposé le premier set complet de l’histoire du groupe à Paris.
En première partie, nous avions auparavant eu droit à un spectacle insolite, celui proposé par EL ALTAR DEL HOLOCAUSTO. Pas du black ou de death, comme le laisse penser le nom, mais du post-rock en provenance d’Espagne. Quatre gars habillés tout de blanc, avec cagoule sur le visage, livrant une quarantaine de minutes totalement instrumentales. Les Ibériques ont déjà quelques albums derrière eux, et s’avèrent compétents sur scène. Après, il faut accrocher à cette musique sans vocaux et légèrement répétitive. Le public a apprécié, nous avons un peu décroché à mi-parcours…
