2 novembre 2026, 19:23

ROYAL BLOOD

Interview Mike Kerr


À l'occasion de la sortie, avancée d'une semaine, de son nouvel album « Dead Company » le 6 novembre, Mike Kerr, chanteur et bassiste de ROYAL BLOOD, revient sur la gestation d'un disque explosif, enregistré sans pression, conçu pour capturer l'énergie brute du groupe et retrouver la fraîcheur des débuts. Entre pause salvatrice, écriture instinctive et ambitions scéniques, le musicien nous explique comment le duo britannique a retrouvé l'étincelle.
 

Après plusieurs écoutes, je trouve ce nouvel album vraiment incroyable. Ce qui m'a frappé, c'est qu'il procure exactement les mêmes sensations que votre premier disque : une énergie débordante, une puissance immédiate. J'adore cette intensité que vous avez injectée dans ces nouvelles chansons. Tu as évoqué le concept d'anti-production pour parler de l'album. Peux-tu expliquer ce que tu entends par là ?
Mike Kerr : J'ai toujours eu une relation un peu particulière avec l'idée de s'auto-produire, parce que cela me semble parfois légèrement contradictoire. Ce que je voulais dire par "anti-production", c'est que la chose la plus importante pour cet album a été de consacrer un maximum de temps au travail des chansons avant même d'installer le moindre micro ou d'enregistrer quoi que ce soit. Nous avons mis énormément d'efforts dans cette phase de préparation. Ainsi, lorsque nous sommes finalement entrés en studio, tout le travail de production avait déjà été accompli d'une certaine manière. Il ne restait plus qu'à se concentrer sur l'interprétation, sur l'énergie, et à ne pas chercher la perfection à tout prix. Je pense que nous avons privilégié l'intention et l'attitude plutôt que la précision absolue.

Vous vouliez donc préserver avant tout cette sensation de live et cette énergie brute ?
Exactement.


Vous avez également expliqué avoir fait une véritable pause et pris du recul par rapport au groupe afin de recharger les batteries et retrouver l'inspiration. Qu'avez-vous fait pendant cette période pour revenir avec autant d'énergie et créer ce disque ?
L'idée était surtout de prendre du temps... mais sans réfléchir à ce que nous allions faire ensuite. Par le passé, nous avons déjà pris quelques mois de pause, mais même pendant ces périodes je restais constamment préoccupé par la suite : des idées de chansons me venaient déjà en tête et je pensais au prochain album. Cette fois, je voulais vraiment déconnecter totalement. J'ai un peu voyagé. Je suis allé au Japon, ce qui a été une expérience incroyable. Mais honnêtement, en dehors de ce voyage, j'ai simplement repris une vie normale (rires). J'ai aussi résisté à la tentation de retourner immédiatement en studio. Même lorsque nous commencions à en avoir envie, je me disais qu'il était important de rester avec cette frustration, avec cette envie de créer, tout en s'interdisant encore de le faire. Je voulais que lorsque nous finirions par nous y remettre, les batteries soient totalement rechargées. Que nous arrivions avec une énergie pleine à craquer. Cela dit, nous ne savions absolument pas ce que nous allions faire. Nous n'avions aucun plan précis. Nous ne nous sommes jamais dit : « Voilà les sons que nous allons explorer » ou « Voilà le type d'album que nous allons enregistrer ». Nous voulions simplement laisser cette énergie guider le processus et découvrir où elle nous mènerait.

Une phrase de METALLICA résume parfaitement ce que je ressens à l'écoute de l'album : « Full speed or nothing »...
J'adore ça. C'est vraiment un superbe compliment.

Êtes-vous partis d'une page totalement blanche ou aviez-vous conservé certaines idées du précédent album ?
C'était une page blanche complète. Et je pense que c'était extrêmement important. Pour être honnête, cela faisait même un peu peur. D'habitude, nous avons toujours quelques idées en réserve. Là, je me souviens très bien du premier jour : Ben et moi nous regardions presque en silence, essayant maladroitement de faire naître quelque chose. Mais cette atmosphère a disparu dès que nous avons commencé à travailler sur "Swallow The Bomb". C'est vraiment ce morceau qui a tout déclenché. C'est l'une des premières fois où nous nous sommes regardés en disant : « D'accord, là il se passe quelque chose. »


J'ai l'impression que vous avez retrouvé la même sensation qu'à vos débuts, lorsque vous avez fondé le groupe. Vous étiez alors face à une page blanche également, avec toute la liberté de construire quelque chose ensemble. On sent beaucoup de plaisir et de spontanéité dans cet album...
Oui, absolument. Tout semblait très frais, très excitant. Mais surtout, il n'y avait aucune pression. Les chansons que nous écrivions n'étaient pas du genre qu'on améliore simplement en s'acharnant dessus ou en forçant les choses. Tout reposait sur une énergie très concentrée. Parfois, nous travaillions quatre ou cinq heures d'affilée, mais avec une telle intensité qu'à la fin nos oreilles sifflaient et nos cerveaux étaient complètement épuisés. Il fallait littéralement arrêter et revenir le lendemain pour retrouver cette même intensité. Nous avons beaucoup travaillé, énormément même, mais cela n'a jamais été source de stress. Je pense que nous avons simplement appris à gérer notre énergie. Tout devait être un sprint.

L'inspiration provient de sources extrêmement variées. Vous avez notamment évoqué un battement de cœur du bébé de Ben...
Pour moi, tous les thèmes des paroles sont directement issus de la musique. Nous étions dans cette démarche totalement tournée vers l'énergie, et les textes sont venus comme une réaction naturelle à ce que nous créions musicalement. Je n'avais pas de concept lyrique prédéfini. "10 Over 10" est un bon exemple. Cette chanson incarnait déjà son propre thème. Elle représentait l'énergie maximale. C'est ce qui m'a conduit à réfléchir à la persévérance, à l'idée de se rapprocher le plus possible de son plein potentiel, quel que soit le domaine de sa vie. Finalement, ces chansons sont devenues des outils capables de donner de la force, de motiver. Et au bout du compte, le message est profondément positif.


Mon morceau favori est "Rear View Mirror". J'adore cette chanson. L'introduction est fantastique, le riff est absolument imparable. Pour moi, cela aurait même pu être un single. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
​Tout est né directement dans la salle de répétition. Le riff d'introduction me faisait rire parce qu'il est incroyablement accrocheur et possède ce côté très démonstratif, presque glam metal des années 80. Même le riff du refrain est particulier. À l'origine, il aurait très bien pu n'être qu'un simple riff et non une section entière de morceau. Puis, à force de jouer, nous avons réalisé qu'il pouvait devenir le cœur de la chanson. Une fois que tout s'est mis en place avec cette introduction, tout est devenu évident. C'est un morceau extrêmement amusant à jouer. Et honnêtement, j'ai hâte de l'interpréter sur scène. Je pense qu'il va être très fun.

Le problème, c'est qu'il y a énormément de grandes chansons sur cet album. Choisir les futurs morceaux pour la set-list risque d'être très compliqué. On a déjà pu constater cet été que les nouveaux titres fonctionnaient parfaitement avec les classiques du groupe. Vous allez devoir jouer plus longtemps qu'avant...
Je crois que tu as raison (rires). Tous les morceaux ont été pensés avec le concert en tête. Nous voulions nous assurer que tout ce que nous enregistrions fonctionnerait parfaitement en live. Parce qu'au fond, nous sommes avant tout un groupe de scène. C'est d'ailleurs de là que vient notre manière de faire des albums. Nous pensons toujours aux concerts lorsque nous écrivons. Mais comme tu le dis, c'est plutôt un beau problème à avoir (rires).


Pour terminer, j'aimerais parler de "Mother Never Told You". Peux-tu nous expliquer un peu plus la signification de cette chanson ?
Cette chanson est née alors que je préparais un marathon. Je me suis fracturé un os à cause du stress de l'entraînement. Une partie du texte est directement liée à cette expérience. Notamment cette idée de ne pas toujours écouter les bons conseils que l'on reçoit. Tout cela s'est mélangé à l'intensité de la préparation d'un marathon. Mais il y a aussi quelque chose de très spécial dans ce morceau. Tu en parlais en amont, il est construit à partir du battement de cœur du fils de Ben. Dès le départ, c'était l'élément central autour duquel nous avons écrit la chanson. Pour cette raison, elle a toujours eu une importance très particulière à nos yeux.


Avancée donc d'une semaine, la sortie du 5e album studio de ROYAL BLOOD, « Dead Company », est prévue pour le 6 novembre chez Warner Records.
 

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Blogger : Julien Meurot
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