Lors de son dernier passage à Paris, en mars 2025, THE TEMPERANCE MOVEMENT évoluait encore en mode résurrection surprise. Dissout en 2020 suite à une fatigue générale, et quelques problèmes d’alcoolisme du chanteur Phil Campbell (rien à voir avec le défunt guitariste de MOTÖRHEAD), le groupe britannique s’était reformé dans l'étonnement le plus général en 2024. Le succès d’une compilation et d’un live sortis durant la pause n’y étant peut-être pas étranger…
Bref, en 2025, la formation de classic rock ne faisait pas trop de plans sur la comète. Mais le plaisir de se retrouver sur les planches, et l’accueil positif reçu à travers toute l’Europe lors de la tournée a finalement incité les musiciens à remettre plus sérieusement le couvert.
Ce qui s’est traduit d’abord par un 4e album studio, « New Promised Land Incorporated », sorti le mois dernier. Un disque bien dans la lignée de ses prédécesseurs, à savoir un classic rock plus rock-blues que hard rock, avec parfois des teintes soul ou funk, mais toujours dans l’esprit du meilleur des années 70. Un quatrième volet ceci dit quand même inférieur à ses trois grands frères, aucun classique évident ne sautant aux oreilles de prime abord. Mais peut-être le disque vieillira-t-il bien, le temps le dira…
Avant d’arriver sur scène ce samedi soir, les Britanniques se font précéder d’un compatriote en première partie, Davey Horne. Un Ecossais que Phil Campbell introduit sur scène, avant de le laisser seul, lui, sa guitare et son harmonica, pour une demi-heure acoustique bien reçue par le public parisien.

Horne possède une sacrée voix, et prend le temps de discuter un peu entre les chansons, même si son accent écossais à couper au couteau ne facilite pas la compréhension. Il pioche dans un premier disque déjà sorti depuis 2021 et la poignée de morceaux proposés depuis en ligne pour se bâtir un set cohérent, au croisement de Bob Dylan et Neil Young.

L’électricité, c’est pour plus tard, lorsque THE TEMPERANCE MOVEMENT débarque sur l’inattendu « Always Been Love », nouveauté au riff funky. Pas forcément le truc idéal pour lancer la machine, mais le morceau permet de vérifier immédiatement deux points primordiaux. D’abord que Phil Campbell a conservé son incroyable puissance vocale, qui ne peut que rappeler de bons souvenirs à ceux qui apprécient Rod Stewart (époque JEFF BECK GROUP ou FACES) ou Steve Marriott (SMALL FACES, HUMBLE PIE). Ensuite, que le même Campbell n’a toujours pas pris de cours de chorégraphie, ressemblant donc sur scène à un pantin aussi épileptique que désarticulé, ou un adepte de danses tribales sous champignons. Comme il se promène de plus habillé d’un marcel blanc et d’un pantalon baggy noir, on comprend qu’il n’est pas non plus devenu un fashion addict !

THE TEMPERANCE MOVEMENT enquille sans transition sur un classique, « Ain’t No Telling », extrait du tout premier album, dont le répertoire sera ce soir sollicité à 6 reprises, score uniquement dépassé par « New Promised Land Incorporated » (8 titres).
Sans pause, hormis un prompt « merci » lancé en français, le groupe continue à fond avec une autre nouveauté, le rapide « Eat You Alive ». Puis un nouveau classique, l’indispensable « Three Bulleits », boogie glam dont les spectateurs s’époumonent sur le « hey hey hey » du refrain. Ils sont récompensés à la fin lorsque Campbell avoue, en français SVP, « on est super contents de vous voir » !
Tout le monde se calme un peu lors de la ballade « Pride », poursuivi par un autre morceau introspectif, du moins sur son début, « Scars » (étrangement, le groupe inverse l’ordre affiché sur la setlist), mais le dyptique fonctionne très bien ainsi.
Retour avec un classic rock directement inspiré des ROLLING STONES via « Be Lucky », puis grâce à l’un des moments les plus intenses de la soirée, le sautillant « Caught In The Middle ». Les deux guitaristes, Luke Potashnick et Paul Sayer (qui accompagne ces dernières années Michel Polnareff sur scène), pas trop mis en avant jusqu’à présent, brillent enfin sur le long « Smouldering » et ses ambiances éthérées, ou sur le très sudiste « Silverlight Blues », l’un des meilleurs morceaux du dernier album.

Le batteur, Simon Lea, lance d’une frappe de mule à la John Bonham « Built-In Forgetter », qui riffe sévèrement, et propice à quelques courts solos qui permettent à chacun des musiciens de faire le malin sous les projecteurs.
Campbell se munit d’une guitare acoustique pour accompagner ses copains sur deux ballades, « Let It All Out » et « Saving Grace », avant un final beaucoup plus remuant. D’abord le très péchu, et stonien en diable, « Only Friend », durant lequel le public ne se fait pas prier pour chanter sur les paroles « trouble is my only friend ». Puis le boogie qui doit tout à John Lee Hooker, « Take It Back » qui fait secouer la tête de chaque spectateur, qu’il possède encore ses cheveux ou pas, malgré un passage central un peu étiré.

Le rappel débute aussi étrangement que le concert avait commencé, avec une nouveauté. En l’occurrence, « Hometown Kings & Queens », morceau qui prend son temps avant d’entrer dans le vif du sujet, et dont la principale qualité reste de nous faire languir avant un vrai classique, le frénétique « Midnight Black », lui-même suivi d’un dernier brûlot, le quasi punk « Love Kicks », d’à peine plus de 2 minutes. Ainsi se termine le show au bout d’une heure 30. Certains fans, un peu étonnés par le choix d’autant de nouveautés, restent un peu sur leur faim, mais d’autres considèrent le concert du soir supérieur à celui de l’an dernier. Nul ne peut pour autant nier que le groupe ne s’est pas économisé, et que la machine TEMPERANCE MOVEMENT est repartie sur de bons rails.