Nouveau venu dans le landerneau métallique français (aux aspirations plus larges que cela en fait) voici donc ce fameux SUPERFIZ, vaisseau insubmersible lançant ses torpilles dans un déluge de vagues électriques, réussissant sa campagne et pénétrant rapidement, profondément nos cuirasses de vieux briscards, en trouvant toujours le centre de la cible, à savoir notre coeur.
Premier album éponyme, production qui ferait rougir de jalousie le dernier LAMB OF GOD (imaginez donc la puissanc! e de feu !), ce SUPERFIZ n'a déjà plus rien a prouver.
Olivier Spitzer (au C.V. étourdissant : STATORS, REBEL, DISASPORA, OSKAR, SATAN JOKERS...), capitaine à la vision dégagée tente un nouveau débarquement aidé en cela de musiciens inspirés, éblouissants et armés jusqu'aux dents (Philippe Kalfon aux guitares, Aurel aux peaux, le bassiste et luthier Didier Duboscq). Sans oublier la voix porte-drapeau du prometteur groupe (qui, disons-le en passant, aurait mérite un meilleur patronyme...) , le ténébreux et majestueux Pierre Benvenuti (Quasimodo dans la comédie musicale Notre Dame de Paris sous le pseudo Adrian Devil en remplacement du Garou) le groupe de reprises MANEC ainsi que deux albums solo éponymes disponibles) qui est l'absolue plus-value du projet, habillant et sublimant de sa voix chaude, rauque, (en bref : Rock) des compositions puissantes, mélange habile d'un metal moderne que ne renierait pas un Rob Zombie avec un squelette plus rock'n' roll dans l'expression, un groove absolument dantesque rehaussé de soli acérés ou dotés de riffs made-in-RAMMSTEIN.
"Le Long Des Villes" annonce le cahier des charges avec son lourd speed totalitaire, simple et concis : clairement, il n'y aura aucun survivant !
Textes français loin de toute mièvrerie et investissement dans l'interprétation, souvent plane dans les intonations le fantôme d'un Bernie arrivé à maturité, comme un Hallyday moins caricatural qui nous appartiendrait vraiment, qui répondrait à nos silencieuses et souterraines doléances. Pierre Benvenuti, solaire, libre et frondeur comme sa Corse convoque notre adolescence, et alors on se souvient des émois que charriait TRUST, et alors on se remémore TELEPHONE, dans cette jouissive insouciance qui faisait de nous des jeunes électriques affamés de vie. Pierre devient alors le Révélateur d'une jeunesse sépia qui ne veut pas s'éteindre, un Lavilliers Blues-rock ("Le Vent Du Soir", "Ta Voix Tombe Dans Le Silence" qui au bout de la deuxièm! e écoute devient instantanément un classique, une évidence). Imaginer et / ou espérer que les prochains textes pourraient se radicaliser et s'ancrer un peu plus dans un terreau critique (politique ?) du quotidien (comme les "grand-frères" l'ont initié en 1979), serait à mon sens le chemin indiqué et écrin parfait pour cette magnifique et profonde voix (dire que la scène et le public français attendent comme le messie un nouveau TRUST est peu dire, et ce SUPERFIZ testosteronné en possède la fougue et l'aplomb...qui vivra verra...).
Gros rock effronté ("Sex and Love") ou mid-tempo Orwellien menaçant ("Démocratique Dictature"), tube bombastique qui irait comme un gant à un STATUS QUO énervé ("Je ne t'appartiens pas"), avec son solo infernal et son jeu de baguettes à la Stewart Copeland, en passant à l'ambitieux "Tu Rêves Toujours Du Rif", tout est ici probant, affirmé, le meilleur des deux mondes en somme, metal et chanson française, une "modernité vintage"(la furie des WHO alliée avec la rigueur d'un METALLICA par exemple), ajoutant le charme de la langue de Molière, ici en totale symbiose. Les dantesques "Le monde Encore" et le furieux "Glisser En Toi", avec ses cordes malmenées et hypnotisantes ou "Bad Trip" (et ses hu! meurs de titanium à la FEAR FACTORY, AC/DC se lovant dans les courbes d'AMARANTHE !), en demeurent les preuves parfaites, véritables machines à broyer les vertèbres (comme NO ONE IS INNOCENT ou ZUUL FX savent si bien le faire).
Choeurs chromés à l'efficacité redoutable ("La Fin Du Monde"), et toujours cette puissance vocale qui survole allègrement les cimes, elle qui propulse au firmament un gang soudé, musiciens techniquement irréprochables n'oubliant jamais le maître mot qu'est "Feeling" ("Rien à Perdre"), cette voix profonde qui grave aujourd'hui dans l'histoire du metal français (et pas-que !) un nouveau chapitre d'un livre qu'on aura plaisir à voir s'écrire, années après années, nouveau compagnon de nos prochains meilleurs souvenirs.
Seul hic : mais où est donc le tee-shirt qui me permettrait d'arborer fièrement les armoiries SUPERFIZ le long de ma plage et de laisser enfin reposer celui à la pelleteuse imprimée et troué aux couleurs défraîchies...?