1 octobre 2012, 00:00

ENSLAVED : "Riitiir"

Album : Riitiir


Les Norvégiens ENSLAVED auraient-ils le symptôme de la date fixe ? Non, parce que c'est tout de même étonnant de voir que depuis « Vertebrae », les cinq compères nous livrent une nouvelle galette tous les deux ans et que celle-ci sort à chaque fois un 27 ou un 28 septembre. Mais rassurez-vous (ou pas) : bien que les dates restent soumises à un même algorithme clair-obscur, ENSLAVED continue d'évoluer pour nous proposer en cette année 2012 un « RIITIIR » plein de surprises.
C'est d'ailleurs chez Nuclear Blast Records que s'effectue cette rentrée des classes et l'on peut déjà gager qu'elle sera mouvementée, tant « RIITIIR » est un brûlot complexe et déroutant, où la nuance et le paradoxe deviennent voisins de palier.

Si « Axioma Ethica Odini » était un bijou de compositions accrocheuses, de rythmiques léchées et de riffs accrocheurs, « RIITIIR » s'inscrit quant à lui dans une ligne moins directe et accessible. Les titres prennent encore un peu plus en longueur pour s'approcher d'un calibre similaire au progressif, l'esprit black en plus. Les huit titres qui en résultent résonnent d'une manière furieusement organique et ambitieuse, comme le montrent les deux titres disponibles à l'écoute avant sa parution : « Thoughts Like Hammers » et « Veilburner ».

« RIITIIR » réussit le pari d'un album homogène sur la longueur et pourtant varié dans ses applications. A l'image de « Thoughts Like Hammers », de son intro dissonante, ses accélérations fulgurantes et ses envolées mélodiques, ENSLAVED cultive l'art de la nuance dans des compositions au rythme soutenu, riches d'ambiances aussi différentes que complexes. Un délice pour les oreilles exigeantes, au risque parfois de malmener l'auditeur à la recherche de simplicité.

Voilà donc un album mature, probablement abouti en soi qui nécessite de longues écoutes attentives pour en saisir toutes les nuances, mélodies et ambiances qui peuplent ce 'rite des Hommes' venu de Norvège, douzième album d'un groupe qui n'a pas encore perdu l'inspiration.
ENSLAVED en testerait presque de nouvelles sonorités, qui font ainsi de fugaces apparitions sur nombres des titres de l'album. Des riffs typés Hard Rock à la AUDREY HORNE (side-project pétillant d'Ice Dale), pour « Death In The Eyes Of Dawn » aux mystiques nappes de claviers de « Forsaken » en passant par l'ambiance westernisante de « Storm Of Memories » et les quelques relents orientaux sur l'éponyme « Riitiir », le groupe ne s'est visiblement pas reposé sur ses lauriers.

Mais ce qui frappe le plus, c'est l'importance qu'a pris le chant clair et voilé d'Herbrand, qui ne semble plus se cantonner aux choeurs sur les refrains. Sa présence renforcée dynamise confortablement les compositions, favorise les nombreux changements d'ambiance et ne rend que plus délicieux encore le retour à la brutalité de Grutle. Les deux caractères semblent se répondre et se confronter au fur et à mesure que l'album se déroule et il ne fait nul doute que cette dialectique a été conçue pour s'intégrer au concept de l'album, entre mythe et réalité. Reste encore à savoir si ce regain d'attention pour celui qui passait pour le claviériste-canon-au-fond-de-la-scène plaira à tous les fans d'ENSLAVED ; rien n'est encore dit.

Ce qui ne fait en revanche aucun doute, c'est que « RIITIIR » propose un concentré de compositions à la maturité et l'aboutissement rares qui parviennent à nous surprendre à chaque coin de riff, loin d'une linéarité convenue. Les amateurs de basses se pourlécheront certainement les babines avec « Storm Of Memories », et son intro entêtante longue de plus de trois minutes qui débouche alors sur un petit bijou de brutalité , mélancolique à souhait qui finit par laisser place à la narration mystique d'Herbrand nous emmenant l'air de rien vers d'interminables ténèbres. Difficile d'ailleurs de faire un classement qualitatif parmi tous ces morceaux puisqu'aucun ne ressemble à un autre en plus de ne souffrir que de rares faiblesses de compositions (en encore l'appréciation reste très personnelle). La voie de la facilité n'a pas eu sa place sur cet album.

Alors bien sûr, certains titres sont plus cadencés que d'autres (notamment le brillant « Roots Of The Mountain »), mais la tendance générale va vers une progression graduelle de l'intensité et même le si brutal « Roots Of The Mountain » se plie à la règle, d'une manière inversée certes, pour nous offrir un final fluide et aérien qui restera très certainement dans les annales. On se surprendra par la suite à repasser en boucle le très mélodique « Death In The Eyes Of Dawn » (qui ne se situe pas si loin que cela de l'esprit de « The Watcher » à l'époque de « Vertebrae » ), et à spéculer sur l'ambiance à la Kubrick du dernier « Forsaken » qui clôt magistralement ce « RIITIIR », exposant sur onze minutes toute la variété et l'ingéniosité de cet album magistral.

La belle pochette de Truls Espedal représente à elle-seule l'essence même de cet album. Une progression expérimentale vers la lumière à plusieurs voix et mains différentes, traversant un dégradé de couleurs et de sonorités pour se frayer un habile chemin vers une délivrance que l'on ne peut pas apercevoir. De quoi se trouver rassasié pour un bon bout de temps.

Blogger : Leonor Ananké
Au sujet de l'auteur
Leonor Ananké
S'arrêter d'headbanger pour prendre des photos avec un gros appareil au milieu de la folie des concerts : un peu étrange, non ? C'est également ce que pense Leonor en commençant à écrire ses premiers live-reports qu'il faudrait bien illustrer. En peu de temps, c'est devenu quelque chose de naturel et d'exaltant… Jusqu'à ce qu’elle ne puisse plus s'imaginer se déplacer pour un concert sans prendre avec elle son reflex... en plus de sa paire de cheveux. Faire vivre le metal à travers sa dimension visuelle est devenu un véritable activisme, sans pour autant s'empêcher de continuer à réaliser chroniques, live- reports et interviews en secouant toujours aussi frénétiquement la tête.
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