« Ras le pompon ! » Je ne vois pas comment exprimer autrement mon ressenti au sujet des commentaires et railleries en tous genres concernant METALLICA. Pour ceux qui seraient tentés de croire, de prime abord, à un traitement de faveur dans cet exercice rédactionnel, sachez que je ne leur fais aucun favoritisme, car ce n’est pas mon groupe préféré. Soyons clairs d’entrée de jeu. Mais si la plupart des commentaires et réflexions lus et entendus ne m’ont jamais donné envie de tapoter frénétiquement sur mon petit clavier afin d’exprimer « toute ma colère et que les gens, c’est des pas gentils », là j’avoue que j’en ai « ras le pompon » et qu’il y aurait quelques bourre-pifs à distribuer. Je m’explique, ou du moins tente de le faire, abordant sans ordre particulier les principales sources de mécontentement recensées ici et là.
On reproche au groupe de ne faire que des tournées estivales, ceci au détriment du temps qu’ils pourraient passer en studio à composer et donc, à sortir des disques. En comparaison, quand on entend ce que certains groupes qui ont commencé sensiblement à la même époque sortent dans les bacs de nos jours, on serait presque tentés pour ces derniers de leur dire d’arrêter de pondre des albums et de se contenter de tourner. Ou même de tout arrêter pour certains, car même leurs concerts sont faisandés. Il faut savoir aussi que les quat’ z’amis ont adopté depuis vingt-cinq ans un certain train de vie (voire un train de vie certain) et que la perspective de quitter leurs maisons de 20 pièces situées sur les hauteurs de diverses cités californiennes pour des meublés humides downtown et sis entre deux rades pour dames de petite vertu et junkies n’est pas vraiment dans leurs projets à venir. Beaucoup moins en tout cas je l’imagine depuis qu’ils sont mariés et pères de famille.
Ça vous dirait vous ? Oui, moi non plus.
De fait, quelle solution s’offre à eux pour maintenir ce standing ? Partir en tournée, pardi ! Là, certains font un calcul savant et se disent qu’avec 80 000 personnes qui paient leur place environ 80 € dans un stade signifie que le groupe empoche 6,5 millions d’euros par concert. Je n’inclus pas les revenus du merchandising qui représentent une somme conséquente, on va s’y perdre sinon. Eh les cocos, faut enlever à ce chiffre les frais de tournée : location du stade, une équipe de plus de 100 personnes à payer au quotidien (concert ou pas). Sans oublier tous les frais de logistique : l’hébergement, les déplacements, la restauration, le matériel, les prostituées et les drogues (non là, je taquine). Attention, je ne suis pas en train de dire qu’ils émargent au SMIC mais ils ne se mettent pas 1,5 million d’euros dans la poche par musicien à chaque concert comme certains aiment à le croire. Faut rétablir les choses dans leur contexte pour pouvoir se permettre de parler.
Savoir de quoi qu’on cause en somme…
Et bien qu’on puisse mettre à leur crédit grâce à cet album un regain d’agressivité et d’authenticité au genre qui leur a fait connaître le succès, on doit bien reconnaître que « Death Magnetic » ne brille pas par son caractère exceptionnel. Sachant le temps passé sur sa gestation et les méthodes employées pour arriver à la délivrance, nul besoin d’être expert pour savoir que les gars étaient déjà rincés en 2008. A ce stade, avoir fait appel à Rick Rubin lorsque SLAYER s’en défaisait pour son inutilité (dixit le groupe) était à mon sens un mauvais indicateur. Certains sont prolifiques du début à la fin de leur carrière, d’autres moins. Les Mets font partie de la deuxième catégorie, c’est un fait. Mais êtes-vous toujours au top dans vos actions personnelles ? Bon, eh bien fermez vos claque-merdes comme l’aurait si bien dit Francis Blanche. Et puis, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise sur le prochain album, non ? Du moins, s’il arrive un jour, me rétorqueront certains, les Horsemen étant, on vous l’a déjà dit, un tantinet essorés. Si on ajoute pour Kirk Hammett la perte de son iPhone dans un taxi, on n’est pas rendu, c’est clair. Intox pour gagner du temps ? Hoaxbuster ne s’est pas exprimé à ce sujet. Dommage. Ou pas.
Autre élément à intégrer dans la réflexion : les ventes d’albums qui, de nos jours, sont inexistantes. Ou presque. Bien que dans leur cas et pour quelques autres également, ce ne soit pas les plus catastrophiques, il est vrai. METALLICA compte plus de 30 millions de fans sur Facebook. Et ne cumule même pas 3 millions de ventes de « Death Magnetic ». Eh bien, ils sont beaux les fans ! Presque logique, ce sont les fidèles, les die-hards qui achètent. Rien que moi, j’ai trois versions différentes de cet album et j’en connais d’autres qui ont une démarche similaire. Mais alors, on ne serait au final qu’un million environ à soutenir ce groupe en achetant ses disques ? Ça en laisse beaucoup d’autres pour gloser à discrétion. Chacun son rôle. Ce n’est pas que l’on demande à chaque personne de dire amen à chaque produit estampillé du logo, mais l’écart me paraît trop important pour le passer sous silence. Et puis, si personne n’achète, ça ne sert donc à rien d’y passer des lustres et à disserter dans le vide pendant trois plombes. Il y en a qui, décidément, ne savent vraiment pas quoi faire de leur temps.
Autre sujet de discorde, le « Ouais mais là, c’est le énième live qu’ils sortent. Et alors ? Personne n’a un couteau sous la gorge pour les acheter ? Passez votre chemin si cela ne vous plaît pas, mais n’en dégoûtez pas les autres. Surtout que les plaignants sont les mêmes que ceux qui pestent lors de tournées annuelles se ressemblant toutes et qui n’ont même pas été fichus de proposer une set-list originale lors de la tournée By Request lorsque cela leur a été proposé. Même Kirk Hammett s’en est amusé (clairement, il s’est foutu d’eux et il bien eu raison, j’aurais fait pareil). Alors, c’est qui les veaux ? J’ajouterai à leur crédit la volonté de proposer une liste de morceaux différents à chaque concert, hormis certains obligatoires tels que ‘’Enter Sandman’’, ‘’Master Of Puppets’’ ou bien ‘’Seek And Destroy’’, pour ne citer que ceux-là. Si on les compare à des pointures équivalentes telles que AC/DC ou IRON MAIDEN qui partent au front tous les soirs pendant un an et plus en tirant les mêmes cartouches, eh bien c’est à nouveau à mettre au bénéfice des Californiens.
Le cas Through The Never ou l’histoire d’un gouffre financier. Ah là, ils en ont pris plein la gueule. Qui de sa critique sur l’entreprise en elle-même, qui de sa diatribe concernant le procédé utilisé (la 3D) ou encore le partage entre les séquences live et celles concernant le film. Vérité : ce film a perdu énormément d’argent. Du grisbi investi personnellement par le groupe, sur leurs petits bas de laine, ne voulant permettre à aucun studio d’avoir un quelconque levier sur leur façon de voir et de faire. Mais c’est louable, ça ! Investir sur fonds personnels plus de 30 millions de dollars au risque de les perdre, si ce n’est pas ce que l’on appelle avoir une grosse paire de cojones, c'est quoi alors ? Et puis, qui d’autre a proposé un truc pareil dans la sphère metal, qui ? Voilà, on est bien d’accord.
Lars Ulrich. En voilà aussi un bon gros sujet. Le sujet n’est qu’un petit gros, diront ses détracteurs. A tort, car il s’est affiné ces dernières années. Tout juste garde-t-il une bonne bouille. Mais je m’éloigne. On aura tout entendu à son sujet et s’il est vrai qu’il peut agacer par moment par un côté suffisant et hautain, c’est peut être également dû en partie au personnage public qu’il a su se créer. Certes, une part de ce personnage est forcément empruntée à son vrai caractère, sinon il ne serait pas devenu musicien mais acteur (il a bien essayé). Il forme avec James Hetfield un binôme aussi charismatique que celui formé par Tyler et Perry, Axl et Slash ou bien Mick et Keith. Les deux sont on ne peut plus différents, donc quoi de plus normal que d’avoir un Lars Ulrich exacerbé, plus que loquace et larger than life dans ses propos et attitude, lorsqu’il y a en face un James Hetfield en retrait, avare de conversations si non sollicité et vous regardant du haut de son mètre quatre-vingt-cinq avec circonspection. Je ne m’attarderai pas sur les critiques formulées à son encontre concernant son jeu de batterie, car je reconnais que ce problème dépasse mes capacités de compréhension et que je n’ai pas de piste à proposer pour tenter d’expliquer le phénomène. Qui plus est, je ne suis pas batteur. A l’instar d’une majorité qui critique. Mais pour eux, ce n’est pas un frein. Piste évoquée et lue sur le Net : se remettre à boire et à sniffer comme à la grande époque où il jouait bien. Mouais, je reste dubitatif sur cette éventualité. Mais bon, un peu d’humour ne nuit pas. Si c’en est.

Enfin, si on compare à nouveau le groupe aux pointures citées précédemment et en se référant aux rééditions de leurs catalogues respectifs, METALLICA se place à nouveau largement en tête. Le premier album qui s’apprête à être réédité, « Kill ‘Em All », sera accompagné d’un live inédit de 1984. Certains devraient en prendre de la graine…
Pour en finir avec cet état des lieux, je ne leur souhaite pas d’avoir la lumineuse et merveilleuse idée de sortir un double album à l’instar de leurs illustres confrères anglais, car ce serait encore un levier pour se faire taper dessus (un triple même ? Ils en seraient bien capables les bougres). Personnellement, je prendrai ce qu’il y aura à prendre et trierai le bon grain de l’ivraie. Pour l’anecdote, j’avais, à l’époque de « Load » et « Reload », fait une compilation de dix titres que j’ai appelé « Reloaded » et qui ne contient – à mon sens – que les meilleurs titres. C’est celui que j’écoute encore vingt ans plus tard. A ce jour donc, je n’attends pas leur prochain album et n’en espère rien non plus. C’est encore le meilleur moyen de ne pas être déçu. On devrait avoir ce genre d’attitude avec nos semblables, vous ne croyez pas ? Mais cet état des lieux n’aurait pas existé, du coup. Oh attendez, j’entends mon ami Jon qui me dit : « Keep the faith »...