18 mai 2021, 17:09

Ayron Jones

"Child Of The State"

Album : Child Of The State

Amis lecteurs, avant de rentrer dans le vif du sujet, je dois vous faire un aveu. J’ai dû, pour écrire cette chronique, faire mes devoirs et apprendre mes leçons. Car en effet je le confesse, il y a peu, je n’avais jamais entendu parler d’Ayron Jones. Ainsi, lors de mes recherches j’appris que le chanteur-guitariste originaire de Seattle avait déjà fait parler de lui mais, sans maison de disques pour assurer une promotion correcte, son nom n’était bien évidemment pas arrivé jusqu’aux oreilles du public français ou bien auprès d’un nombre restreint, et par le bouche à oreille uniquement. Pour autant, son talent n’est pas passé inaperçu outre-Atlantique avec notamment des participations à des émissions de télévision depuis 2014 en tant que découverte locale et la formation a même réussi à décrocher des premières parties prestigieuses et éclectiques (PUBLIC ENEMY, Jeff Beck, GUNS N’ ROSES entre autres). Sa récente signature sur le label du styliste John Varvatos associé à Big Machine Records l’ayant amené à sortir ce « Child Of The State », la situation risque de changer drastiquement et l'on espère pour lui que tout cela va révéler son existence à une audience plus large et mondiale.

« Child Of The State » est donc le fruit mûr d’un arbre ayant donné une première récolte discographique en 2013 avec « Dream » un album produit par le rappeur vétéran Sir Mix A Lot qui a découvert le trio. Un deuxième album sortira début 2017, « Audio Paint Job », produit par Barrett Martin qui a également joué sur le disque et l'a distribué sur son propre label Sunyata, et Jack Endino. En 2021, en sont repris 5 titres remis en son pour l’occasion avec des moyens bien plus importants, ne faisant pas appel à n’importe qui pour le mastering, lui qui a travaillé avec quelques illustres noms tels Billy Joel, BEHEMOTH, Norah Jones ou encore SLIPKNOT, j’ai nommé Ted Jensen. Associé à la production d’Eric Lilavois, on obtient ainsi dans nos enceintes un résultat compact et plutôt décoiffant dès lors que l’on pousse un peu son ampli dans les tours. Quid des compositions me direz-vous ? Point de metal ici ni même de hard rock au sens où vous le connaissez. Non, nous avons affaire-là à un rock dur abreuvé aux mamelles de la scène grunge de Seattle et de ses représentants, à l’instar de Jimi Hendrix dont les influences sont prégnantes dans l’approche guitaristique d’Ayron Jones. On retrouve aussi au fil des compositions de très fortes connotations à aller chercher du côté du répertoire d’un certain Lenny Kravitz et quiconque est familier des albums « Let Love Rule », « Mama Said » et « Are You Gonna Go My Way » ne pourra dire le contraire lorsqu’il entendra ''Spinning Circles''. Jusqu’ici, le postulat, tant en termes de mise en condition sonore qu’en ce qui concerne le ressenti de l’auditeur, ne pêche nullement. Le triplé de tête s’impose d’ailleurs méchamment et on se demande parfois comment un trio peut sonner aussi lourdement – quelques ajouts de claviers, cordes et chœurs se greffent à l’ensemble de temps à autre et étoffent le propos avec intelligence, et avec autant de groove (''Mercy'' et l’imparable single ''Take Me Away''), le tout saupoudré d’une bonne dose de niaque comme sur ''Boys From The Puget Sound'', une chanson qui parle du creuset d’où Ayron est originaire.

C’est pourquoi on pardonnera au groupe de tirer un peu dans tous les sens, l’album étant un véritable melting pot entre rock, grunge, R&B, hip hop et même musique classique, et que le tout manque de fait un peu d’unité, disons plutôt de cohérence, mais c’est ce qui fait aussi paradoxalement son charme. On passe aussi l’éponge sur la sucrée ''My Love Remains'' qui use de ficelles un peu trop évidentes alors que le monsieur sait les tirer avec bien plus de singularité à d’autres moments. Avec ''Baptized'' par exemple, version 2.0 de ''Baptized In Muddy Waters'', une composition déjà ancienne et, surtout, la sublime ''Take Your Time'' et ses volutes de basse cognant le plexus qui clôt le débat au bout de 45mn, soit la durée idéale d’un disque pour maintenir l’attention de l’auditeur d’un bout à l’autre, ce qui est notre cas présentement. Avant de terminer, impossible de taire la sensibilité à fleur de peau de Jones que l’on retrouve sur ses chansons et dans sa voix, lui qui n'a pas toujours connu une vie facile et que certains obstacles n'ont pas épargné, mais c'est aussi de ces heures sombres de sa vie qu'il tire les inspirations les plus brutes de sa musique.

Vous le savez déjà, chez HARD FORCE, nous n’avons pas d’œillères et l’unique condition à notre cahier des charges pour une musique est qu’elle soit suffisamment amplifiée. Avec « Child Of The State », Ayron Jones coche cette case 12 fois de suite et s’apprête à prendre (tout) le monde de court avec son insolent talent. On vous aura prévenus...

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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