23 mars 2022, 21:38

Michael Romeo

Interview

Michael Romeo, le guitariste de SYMPHONY X, est de retour avec son 3e album solo, la seconde partie de son hommage musical à H.G. Wells « War Of The Worlds, Pt 2 », une synthèse cinématographique, orchestrale et heavy de ce qu’il sait faire de mieux. Il s'est imposé comme l'un des guitaristes non-conformistes les plus passionnants du monde du heavy metal et, influencé par les dieux de la guitare que sont Randy Rhoads, Yngwie Malmsteen, Dimebag Darrell et Uli Jon Roth, il est également imprégné des œuvres de Beethoven, Ravel et Stravinsky. Mais le magicien et compositeur du New Jersey a aussi une autre facette, celle d'un amoureux des géants de la musique de film comme Bernard Herrmann, John Williams, Danny Elfman et Hans Zimmer, et même si la guerre des mondes ne devrait pas avoir lieu, il nous raconte, depuis son studio personnel, l’histoire de ce projet et ceux à venir.
 

Comment tu résumerais ce nouvel album en quelques mots ?
(Il réfléchit). En quelques mots... difficile. Heavy, metal, orchestral, cinéma, épique ! Oui, ça c’est bien !

Le titre de l’album « War Of The Worlds, Pt. 2 », même s’il se rapporte à l’ouvrage de H.G. Wells comme pour la pemière partie, est vraiment dans l’actualité. Etait-ce initialement un projet en deux parties ?
C’est vrai pour le titre de l’album mais ce n’est pas voulu du tout. C’est un pur hasard. Ce projet solo a été initié en 2018. Je voulais faire un album avec une thématique cinématographique, de science-fiction. J’ai écrit, composé pendant des mois et des mois. Je me suis retrouvé avec beaucoup de matériel avec tout le temps que j’ai eu. Je me suis dit que j'allais prendre la moitié des compositions pour faire un premier album et utiliserais l’autre moitié pour un second. Ca faisait sens pour moi, ce titre aussi.

Pourquoi avoir attendu quatre ans entre ces deux albums solo ?
Pourquoi ? (rires). Parce que le monde est parti en torche et tout s’est arrêté. En 2020, le travail était réalisé mais je devais voir ce qui allait se passer, à quel moment sortir l’album, le promouvoir et... J’ai repris un peu certaines choses pour cette 2e partie de l’album. Nous avions une tournée avec SYMPHONY X en avril 2020 et la COVID a tout stoppé. Le monde s’est confiné, les studios ont été fermés, tout s’est mis au ralenti. Je continuais à travailler chez moi puis, en 2021, les concerts reprogrammés ont été annulés et une nouvelle fois reportés. Il a fallu repenser notre stratégie professionnelles.

Quelle est ta façon de composer ? Tu procèdes toujours de la même manière ?
Pour moi, ce qui est important c’est de partir d’une idée, d’un thème, d’une image. Tu vois, avec SYMPHONY X pour « Paradise Lost » ou « Odyssey », ça part d’un gros truc. Vraiment, avant d’écrire, il me faut un thème. Cela me motive pour la suite. Je suis fan de cinéma, de Science-Fiction, d’orchestration de B.O. de films et de guitare bien sûr. J’aime bien les trucs électroniques aussi. Je vais dans mon studio personnel (The Dungeon), je prends ma guitare, je joue un riff cool, parfois ça donne quelque chose, et des fois, non ! Je peux m’asseoir au piano et jouer un truc cool ou pas. Ca change tout le temps. Je peux être sur une intro que je veux orchestrale comme dans un film. J’écris sur papier et les choses dépendent vraiment du moment, de mon feeling, de mon état d’esprit. Je peux très bien prendre une guitare acoustique et faire quelque chose. J’ai expérimenté le violoncelle, la guitare à 7 cordes et des instruments à corde orientaux sur cette 2e partie...

Comment as-tu décidé de choisir le chanteur Dino Jelusick pour ce nouvel album ?
Dino est impressionnant. Depuis le début, je savais que je voulais peut-être essayer quelque chose de différent avec le chant, j'ai pensé alors à un chanteur différent pour chacune des chansons et rapidement, je me suis non ! Ce n'était peut-être pas la bonne solution. Les chansons sont toutes liées entre elles, il y a un thème central. Il me fallait une seule personne et j’ai commencé à penser à plusieurs chanteurs. Je parlais au téléphone avec Simone Mularoni, qui a travaillé avec moi sur le mixage notamment. Ce mec est génial. Il me dit « Je vais juste demander à mon ami Dino, il adorerait le faire ». Je connaissais un peu Dino et il nous a mis en contact. Il m’a rapidement répondu : « Ouais mec, compte sur moi. J'adorerais le faire ». Je lui ai donc envoyé des pistes instrumentales et il me renvoyait les siennes avec le chant. C’était excellent et le travail avançait vite. C’est exactement ce qu’il me fallait. J’adore le fait d’être assis dans mon studio et de faire évoluer les démos. Je programmais la batterie, jouais de la basse ou avais des idées de mélodies. Je les envoyais à tous les musiciens qui m’ont accompagné sur cet album et leur demandais vraiment d’apporter leurs idées. C’était vraiment cool, de cette manière, le processus était simple. Apporter leurs idées sur les miennes était vraiment efficace et ils l’ont fait sans changer drastiquement les choses mais leur apport a été non négligeable. L’idée était qu’ils apportent quelque chose de meilleur au point de départ basique.

Cet album, comme on l’a dit, est très cinématographique, orchestral. Quelles sont tes principales influences ?
Il y en a plein. Pour le côté classique, je dirai plutôt des choses modernes, du 20e siècle, du romantique, du Stravinsky. Holst aussi. J’aime bien les trucs autour des planètes. Depuis que je suis petit, je suis fan de Star Wars. J’apprécie John Williams et tous ces genres de films avec de grands thèmes et une grande orchestration. Zimmer et Elfman et tous ces gars aussi. Lorsque je vais voir un film maintenant, c'est comme si je faisais beaucoup plus attention à la musique. J’aime l’ambiance des films d’Hitchcook aussi, le côté électronique de Hans Zimmer. J’ai aussi grandi avec IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST, BLACK SABBATH et RUSH. J’aime ça aussi. Il me fallait pouvoir tout mélanger dans mon esprit.

Tu nous parles un peu des deux premiers singles "Divide & Conquer" et "Metamorphosis" ?
"Divide & Conquer" et "Metamorphosis" étaient déjà écrites lors de la 1ère partie de ce projet solo. Je ne savais pas ce que j’allais utiliser pour l'une ou l'autre partie. "Divide & Conquer" était définitivement une chanson qui devait ouvrir l’album avec son côté up-tempo et ce riff central. Il y avait ce gros solo, ces superbes mélodies. La 1ère partie avait déjà ce genre de chanson pour démarrer, alors je me suis dit : « ok, ce n’est pas grave, j’utiliserai cette chanson pour la 2e partie ». Après l’avoir réécouté quelques mois plus tard, je me suis dit que "Divide & Conquer" allait bien présenter les choses pour ce nouvel album avec sa musique, cette super ligne de chant et la fin orchestrale qui rappelle l’intro de l’album. quant à "Metamorphosis", elle est plus progressive, plus dans l’esprit de RUSH. C’est vraiment une chanson qui vient de mes influences musicales lorsque j’étais plus jeune, quand j’apprenais la guitare, la musique. Il y a un beau solo mélodique sur ce titre. Ces deux singles représentent parfaitement mon nouvel album et sa direction artistique. Il y a des interludes cinématographiques orchestrales aussi, tout au long de l’album.

Travailles-tu tous les jours dans ton studio "The Dungeon" ?
Définitivement, oui ! Tous les jours. C’est ma vie. Je m’entraine, j’écris de la musique, des chansons. J’ai déjà composé des B.O. pour des petits films aussi.

Des nouvelles de SYMPHONY X ?
Nous devrions partir en tournée en mai prochain. Nous n’avons pas joué depuis deux ans comme beaucoup. Nous réfléchissons, travaillons sur un nouvel album, nous en parlons beaucoup, nous avons des idées de thèmes. Nous y allons lentemnt mais sûrement. Le groupe n’a rien fait depuis deux ans donc on se reconnecte un peu. Nous avons hâte de repartir et j’en parle beaucoup avec les autres membres.  

Quand est prévu le prochain album de SYMPHONY X ?
Il n’y a rien de prévu encore mais il y en aura un. C’est notre priorité. J’ai déjà commencé à écrire du matériel et nous en parlons tous les jours. Lorsque nous allons recommencer les répétitions le mois prochain, cela va être comme si rien ne s’était passé. Let’s do it !

J’aime bien les anniversaires d'albums... Il y a ceux de « The Divine Wings Of Tragedy » (1997), « The Odyssey » (2002), « Paradise Lost » (2007) qui arrrivent... 25, 20 et 15 ans. Des souvenirs de ces albums ?
J’ai des souvenirs de certaines périodes. Pour « The Divine Wings Of Tragedy », nous étions un nouveau groupe, nous étions bien heavy musicalement. Il y avait déjà ces influences de musique classique et elles sont d'ailleurs toujours bien présentes encore aujourd'hui. Il y avait de longues chansons avec le côté progressif aussi. Cet album a été le départ de tout pour nous et je me souviens des gars en studio. Russ notre chanteur était touché émotionnellement après avoir écouté l’album. C’était quelque chose de nouveau, de frais ! C’était notre bébé. Le souvenir, c’est vraiment ce que nous avons créé, quelque chose de mélodique, de progressif, de heavy. « Paradise Lost » était plus agressif, plus heavy. Le temps passe...

De nombreuses générations écoutent SYMPHONY X et ton projet solo, et aujourd'hui tu es considéré comme l'un des meilleurs guitaristes de ta génération, qu'en penses-tu ?
(Touché). C’est vraiment cool, merci ! C’est un honneur. Je suis toujours un fan de musiciens, de guitaristes et je me souviens lorsque j’étais plus jeune quand j'écoutais Randy Rhoads, Eddie Van Halen, JUDAS PRIEST, RUSH... même PANTERA ! Toutes ces influences m’ont inspiré. Je les ai intégrées, digérées, utilisées, je les ai connectées à ce que je faisais. C’est vraiment super pour moi de pouvoir à mon tour influencer les autres et leur apporter quelque chose. Même s’ils se connectent ou utilisent certaines choses, c’est déjà super. C’est vraiment cool !

Et pour terminer, un petit jeu : je te donne un nom de guitariste et tu me donnes le premier mot qui te vient à l’esprit.
Angus Young
:
Classique.

Uli Jon Roth :
Dur ! Il y en a plein de mots. Un Maître !

George Lynch:
Cool.

Eddie Van Halen :
Une légende.

Michael Schenker :
Un mot. C’est une légende aussi. Un délice ! Un jeu goûtu.

Randy Rhoads :
Mon héros.

Glenn Tipton :
Je suis archi fan de JUDAS PRIEST. Ce n'est un secret pour personne. Je dirai metal !

Yngwie Malmsteen :
Un autre maestro
Si je devais faire un résumé de tous ces guitaristes, je dirais un seul mot : le feu ! Cela va plus loin que la technique de chacun d'entre eux. Ce sont tous de grandes influences !


Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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