
Non, les jeunes métalleux d’aujourd’hui ne jurent pas que par le metalcore, le black ou le death ! Etrangement, certains d’entre eux s’intéressent aussi aux musiques écoutées par leurs parents, voire grands-parents : le hard rock, le classic rock ou le prog rock.
La preuve, ce vendredi soir, avec HÄLLAS, quintette suédois à mi-chemin entre RUSH des années 70 et YES même époque, à la Machine du Moulin Rouge, à Paris. Une salle capable d’accueillir quelque 700 personnes, et densément remplie pour la présence des Scandinaves, venus défendre leur quatrième album, « Panorama ». Et donc, dans la foule, quelques têtes chenues, voire dégarnies capillairement, mais surtout, beaucoup de vingtenaires, trentenaires, quadragénaires, et ainsi de suite, qui vont faire un triomphe aux Nordiques.
Un public qui accueille déjà très favorablement la première partie, EARTH TONGUE. Le duo venu de Nouvelle-Zélande, a déjà été reçu dans la capitale avant Ty Segall ou ACID KING, et comprend une chanteuse et guitariste, Gussie Larkin, et un batteur, Ezra Simon, qui assure également des vocaux. Ce sont d’ailleurs beaucoup ces vocalises à deux qui permettent à la musique du tandem, du stoner/doom/psyche, de se distinguer de la concurrence (et puis aussi le superbe ensemble rouge arboré par la jeune femme, reconnaissons-le).
Fort de trois albums sous le bras, EARTH TONGUE livre 35 minutes intenses, d’où nous retiendrons surtout les convaincants « Harvester » ou le morceau d’introduction « Sit Next To Satan » (le duo parle beaucoup du Cornu dans ses chansons). Quelques nappes de wah-wah ou de fuzz épicent les compositions pour leur plus grand bienfait. Résultat : le stand de merchandising, vide avant la prestation du groupe, fait le plein après !
Celui de HÄLLAS ressemble à un guichet de la Sécu dès l’ouverture des portes, et il se redensifiera en fin de soirée. Normal, le concert se révéle un plébiscite pour le groupe, qui possède désormais en France une conséquente fan base.
Surprise : les 5 musiciens se présentent sur scène à 20h40 tout en noir, alors que nous les avions toujours vus en blanc auparavant. Mais au-delà du changement vestimentaire, c’est surtout l’ambiance sonore qui change.
Alors que, à notre humble avis, les disques de la formation venue du pays de EUROPE manquent cruellement de puissance, un défaut dupliqué sur scène par le passé, cette fois, le responsable de la table de mixage a enlevé ses moufles. Ca y est, les guitares tranchent, le synthé virevolte, la batterie et la basse secouent, et la voix… euh, la voix du bassiste Tommy Alexandersson, ne constitue toujours pas le point fort d’HÄLLAS mais, aidée d’une bonne réverbération et d’une détermination sans faille, elle guide les compositions vers de brillants horizons.

HÄLLAS sait qu’il se trouve à un tournant de sa carrière. Avec suffisamment de confiance en lui pour ouvrir son dernier opus, « Panorama », avec « Above The Continuum », une épopée de 21 minutes, ici également servie d’entrée dans le show. Pari réussi, quoi qu’on pense de cette compo particulièrement alambiquée, mais bien rock dans sa deuxième partie, le public la réceptionne avec un enthousiasme qui ne retombera pas au cours de la soirée.
Le vieux et rapide « Tear Of A Traitor » maintient la pression, avant un « Repentance » qui cavale lui aussi pas mal. Rivés devant leurs instruments (Alexandersson et un des deux guitaristes disposent également d’un petit synthé devant eux), les musiciens capés ne bougent pas trop, mais la décoration compense, avec un monolithe à la « 2001 » au milieu de la scène, des cierges fondus en forme de termitière, ou encore un cristal géant suspendu au plafond.

HÄLLAS propose ce soir la quasi intégralité de « Panorama », y compris le très calme « Bestiaus », interprété par le chanteur et deux acolytes aux claviers. Avant une fin de concert nettement plus rock ’n’ roll, et saluée par un public en fusion.
C’est d’abord « Stygian Depths » qui assène un premier coup de boutoir (et rappelle aux plus anciens dans la salle le souvenir d’un WISHBONE ASH), avant deux impétueux boogies prog (oui, ça peut aller ensemble), ce qui ressemble le plus à des tubes pour HÄLLAS, les irrésistibles « Face Of An Angel » (sans de jets de sang comme dans le clip) et « Carry On ».
Le groupe s’arrête alors - ce qui est un peu court, jeunes hommes ! - seulement 1h05 sur les planches. Le rappel ajoute toutefois un bon quart d’heure au concert. D’abord, « The Astral Seer », puis surtout « Star Rider », réclamé à cor et à cri par la foule, qui se met ensuite à chanter la mélodie en même temps que les musiciens ne la prodiguent. Le tout finit sur un « Hällas » plus pêchu que sa version d’origine, avant que les Suédois, clairement émus, ne saluent leurs visiteurs.
