24 mars 2026, 23:59

KREATOR + CARCASS + EXODUS + NAILS

@ Paris (Le Zénith)


Est-ce parce qu’il s’agit d’une date en semaine, du prix des billets relativement élevé bien qu’il s’agisse d’un « mini-festival » avec quatre groupes, de l’horaire d’ouverture, d’un manque d’intérêt du public ou autre chose passé sous le radar ? Car ce n’est pas la foule des grands soirs (ou après-midi avec une ouverture des portes à 17h30) qui se presse à l’entrée du Zénith. En entrant dans la salle, on remarque que les côtés de la scène sont bâchés ainsi que le haut des gradins, que deux petits bars installés dans la fosse occupent un peu de l’espace alloué et que la scène a été conséquemment rapprochée. C’est bien simple, on ne se croirait pas au Zénith mais dans une autre salle si la configuration des lieux et ses gradins aux sempiternels fauteuils rouges ne nous le rappelaient pas. Environ 2500 personnes seulement ont fait le déplacement pour prendre part à la tournée européenne de KREATOR en support de son nouvel album, « Krushers Of The World ». Les Américains EXODUS en profitent également pour faire leur promo, eux qui viennent de sortir « Goliath », un disque sur lequel on retrouve le nouvel-ancien chanteur Rob Dukes et dont il s’agit du cinquième enregistré avec ses compagnons californiens.
En revanche, pas d’actu pour CARCASS et NAILS qui sont là pour le plaisir de régaler.
Altruisme quand tu nous tiens…

C’est bien entendu aux "petits" NAILS d’essuyer les plâtres, entendant profiter de la demi-heure qui leur est allouée pour mettre au pas et dans la danse une audience déjà fournie en dépit de l’heure à laquelle débutent les agapes. Tant mieux pour eux, d’autres premières parties ne pouvant se targuer de jouer devant autant de monde. Qualifié d’hardcore punk sur le papier, le style développé par le groupe est autrement plus complexe et ratisse large. Thrash, une pointe de doom, du groove metal (bien que j’abhorre cette appellation), du hardcore keupon, oui y’en a. S’appuyant sur leur premier album « Unsilent Death » plus que sur les suivants avec quatre titres sur les quatorze interprétés, ça joue vite et ça enchaîne comme à la parade. En dépit d’un son dégueulasse dans l’ensemble (horrible caisse claire !), le trio tire son épingle du jeu et parvient à faire bouger le public qui répond bien au fur et à mesure de la prestation. Court mais intense, à un horaire pas évident, on peut dire que NAILS a coché toutes les cases et mérite ses applaudissements.

Court changement de plateau pour EXODUS qui débarque au son de "3111", première chanson de « Goliath » et de sa prestation, l’un des morceaux-patator de ce nouveau disque. Là encore, il va falloir composer avec une mise en son approximative, chaque guitare étant pannée dans la sono, ne permettant pas au côté gauche du public d’entendre l’un des deux guitaristes et inversement. Dommage parce qu’en tendant l’oreille ça joue bien. Pour dire, même Rob Dukes peine à se faire entendre dans tout ce fouillis. Une setlist mixée entre morceaux récents (logique), d’autres période Zetro Souza et ceux de Paul Baloff, classiques absolus et incontournables ("Bonded By Blood", "Strike Of The Beast") et ceux de Dukes, prenant un peu par surprise du coup. L’occasion donc d’entendre "Deathamphetamine" et "Blacklist", des titres longs (6 et 8 minutes environ) qui ne figurent pas non plus parmi les plus grands morceaux d’EXODUS, soyons francs. Pour la rareté et la nouveauté pour rester positif. On notera quand même que "Blacklist" permet à Dukes et Gary Holt de se prêter à un petit jeu sympa où le chanteur se saisit d’un mediator et gratte les cordes de Holt qui, lui, garde le contrôle du manche et de la rythmique. Fun et sans prétention, montrant le côté bon enfant d’une formation qui joue les gros durs. Flanqué d’un immense patch SLAYER sur sa veste, Holt dégaine rapidement le riff de "Raining Blood" en préambule/faux départ de "The Toxic Waltz", un clin d’œil fort logiquement suivi d’une clameur et d’une forêt de metal horns dressés. Quarante-cinq minutes qui passent en coup de vent et se finissent sur la bourrasque "Strike Of The Beast". Bref, net et concis, EXODUS est viendu, a vu et a vaincu.

Avec un temps de jeu similaire à ses camarades de la Bay Area, la perfide Albion est représentée ce soir par CARCASS, groupe des vétérans Bill Steer et Jeff Walker, formation culte s’il en est et qui présente bien ce soir, jugez-en. Backdrop géant, quatre blocs-écran entre les musiciens projetant des visuels et animations, appropriation du promontoire d’avant-scène de la tête d’affiche avec, en prime, le sourire et le plaisir d’être là se lisant particulièrement sur le visage du chanteur-bassiste. Bref, toutes les conditions sont remplies pour passer un – très – bon moment. Ce qui ne manque pas de se produire. Prestation raccourcie oblige, le quartette taille dans le gras et met en avant l’évident « Heartwork », paru en 1993.

On ne se plaint pas le moins du monde, surtout qu’enfin la sono semble fonctionner correctement (à moins que leur ingénieur-son travaille mieux que les autres ?), ce qui permet d’apprécier totalement le show. Si le poids des ans pèse sur Walker, lui qui arbore une toison bien blanche et a coupé court ses cheveux, on ne peut pas dire que les chansons pâtissent du même constat. Le death metal mélodique (là encore, appellation légère) du groupe voit les fans headbanguer comme il se doit et répondre à Jeff Walker avec entrain, lui qui s’essaie à quelques mots et réparties en français, ce qui fait toujours son petit effet sur notre contrée chauvine (et comment oui !), fière de sa langue. Survolant joyeusement sa carrière, seul l’album « Swansong » sorti en 1996 sera mis à l’écart. Si certains s’étonnent de voir CARCASS jouer juste avant le über band, il faut prendre en compte que leur musique est un tantinet moins énervée que celle d’EXODUS permettant subtilement à KREATOR d’entamer son set avec plus de panache. Notion subtile mais cela s’observe très souvent lorsque le plateau est un peu hétéroclite.


« Si les ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie… » Je cite Michel Sardou mais j’ajoute qu’en sus des deux groupes yankees, l’Angleterre a également fait de son mieux au Zénith. Pourtant, ce soir, l’Allemagne prend les lieux d’assaut et mène la guerre musicale sous les ordres du général Mille Petrozza, chef du Kommando Panzer KREATOR, tout un chacun repartant bancal après s’être vu assener 16 directs, hors intros/interlude. Après qu’ait résonné "Run To The Hills" dans la sono en guise de rappel des troupes, les MAIDEN du thrash, au regard de la scénographie déployée (barnum gonflable, acteurs costumés, pyrotechnie, colonnes de fumée, confettis, etc), foulent les planches après une intro projetée sur un drap blanc cachant la scène sur lequel sont diffusées des images de révolutions de différentes époques et pays ("Violent Revolution" à l’horizon…). Le tout au son du morceau contestataire "Eve Of Destruction" écrit en 1965 par PJ Sloane et interprété par Barry McGuire, un texte faisant référence aux problèmes sociaux de son époque, notamment la guerre du Vietnam, la conscription, la menace de guerre nucléaire, le mouvement des droits civiques, les troubles au Moyen-Orient et le programme spatial américain. Cela fait forte impression et apporte une solennité avant l’intro proprement dite et le morceau d’ouverture de l’album, "Seven Serpents".


Un disque bien représenté ce soir, tournée-promo oblige, avec trois autres titres. Est mise sous silence la période 1992-1999 (le contraire aurait été étonnant), ce qui est bien dommage pour des fans qui aimeraient certainement que soient ressortis des cartons quelques morceaux de ces albums mal-aimés et décriés et qui pourtant, renferment de bonnes choses. Bref. S’appuyant sur sa mélodicité, KREATOR, assure ses arrières plus qu’il n’ose en choisissant presque exclusivement les morceaux-titres de ses albums, ceux-là même composés comme des hymnes et destinés à être repris en chœurs lors des campagnes. Alors oui, carton plein mais la sensation d’assister à un concert best-of et bien calculé est prégnante même s’il faut contenter la masse. Ce qui ne les empêche pas de faire forte impression, aidés par un light show tout bonnement éblouissant et à une maîtrise scénique que beaucoup d’autres formations de leur genre n’ont pas. Et il s’agit ici de la troisième date de la tournée seulement !


Les regards se tournent beaucoup vers Frédéric Leclercq, notre compatriote, en charge de la basse mais qui a d’autres cordes à son arc et à ses instruments, je parle de la guitare bien sûr, s’en saisissant sur le morceau "Loyal To The Grave" tandis que la basse est jouée hors scène. Mille Petrozza lui, est affublé d’ailes décharnées et a posé sa six-cordes pour n’être qu’interprète-acteur de ce nouveau morceau. Grandiloquent, un peu kitsch mais pour être honnête, ça apporte une dimension théâtrale ponctuelle qui s’insère bien à l’ensemble. Alors en bilan de la soirée, un billet pas cadeau certes mais tous ceux qui ont fait l’effort de se déplacer ont eu droit à un vrai spectacle son et lumière (surtout les maîtres du soir) avec trois autres groupes, ne pouvant donc pinailler, en ayant eu pour son argent. KREATOR propose un thrash haut de gamme, presque léché qui, de la tête et des épaules, se hisse bien au-dessus de la mêlée de ses petits camarades de genre, prouvant que s’il existe un Big 4 – contesté – du thrash US et qu’il devait en exister un pour l’Allemagne, nul doute que personne ne pourrait lui voler la couronne. KREATOR über alles !

Set-list KREATOR / CARCASS / EXODUS / NAILS

Photos © Céline Kopp - Portfolio 

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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