
Certains mettent assez vite le metalcore et le metal moderne dans une case, comme un style sirupeux et dénué de toute aspérité. Cependant, le style, loin de se résumer aux refrains mélodiques, a beaucoup plus que ça à offrir, notamment des torgnoles à la pelle, et c'est ce que sont venus distribuer les membres de FIT FOR A KING ce soir, accompagnés des (trop) rares copains de MEMPHIS MAY FIRE, des anglais de ACRES et de la nouvelle coqueluche du metalcore, 156/SILENCE. Une soirée grandiose à l'Elysée Montmartre se prépare alors que les premiers rangs se remplissent timidement...
C'est à 156/SILENCE d'ouvrir la soirée. Forts de leur album de 2024, « People Watching », à la couverture inimitable qu'on retrouve en fond de scène, ces Américains sont attendus de pied ferme par les amateurs d'un metalcore puissant ayant plus emprunté au neo et au hardcore qu'aux codes de la pop qu'on retrouve régulièrement dans le style. Rejoint en 2025 par son chanteur original, Mike Ernst, cette fois à la basse suite au décès du bassiste Lukas Booker, c'est un groupe totalement reconstruit et aux liens renforcés qu'on découvre sur scène. Après plus de dix ans de carrière, les musiciens se connaissent par cœur, et visiblement l'ingé son et l'ingé lumière aussi, tant ces éléments sont aussi parfaits que leur jeu de scène. Les premiers pogos et circle pits se lancent évidemment à cœur joie tandis que le chanteur Jack Murray les harangue entre deux morceaux, passant des hits de « People Watching » à des titres moins connus comme ''High Dive In A Low Well'' et ''Our Parting Ways''. Tout est maîtrisé dans ce concert, et très sincèrement, on les aurait bien vus plus haut sur l'affiche tant on en redemande à la fin de ces 30 minutes de set.

Les Anglais ACRES ont la lourde tâche de suivre, et de maintenir une ambiance déjà chauffée à blanc... Le metalcore un peu plus mélodique des Anglais aurait pu entamer la motivation des plus fermés musicalement, mais que nenni ! Les walls of death se forment et continuent de remuer les planches de l'Elysée Montmartre au rythme d'un public parisien décidément très en forme ! Les lumières et le jeu de scène sont un peu plus basiques que pour 156/SILENCE, mais l'ambiance tient bon, et voit ACRES dérouler ses deux albums, « The Host » et « Burning Thron », mais aussi l'EP « What It's Like To Feel Worthless ». Connaissant un peu moins leur discographie que celle des autres groupes présents, j'avoue ne pas connaître par cœur les titres interprétés ce soir, mais le fait de varier entre nouveautés et morceaux plus anciens permet de garder le public en haleine avec des changements de style aussi nombreux que bienvenus. Un point pour l'Angleterre, pourtant en infériorité numérique sur cette tournée majoritairement américaine !

MEMPHIS MAY FIRE qui joue en France ?! Ce n'était pas arrivé depuis au moins... Une décennie ! En effet, le dernier passage de Matty Mullins et sa bande date de 2016, et le public est chaud et prêt à recevoir le groupe le plus mélodique de la soirée, en témoignent les rangs qui se sont beaucoup resserrés à l'approche de ce troisième set. Si le groupe a sorti pas moins de huit albums, c'est sur les deux derniers qu'il se concentre. En effet, « Remade In Misery » et « Shapeshifter » ayant été deux de ses plus grands succès, notamment grâce à une stratégie de sortie originale (single par single), ce sont les albums que les fans connaissent le mieux, au grand dam de ceux venus voir de plus anciens titres du groupe, qui n'auront le droit qu'à ''Vices'' et ''The Sinner''. L'ambiance est donc électrique, mais on a plus l'impression de voir un nouveau groupe dans le vent qu'une formation endurcie par vingt ans de carrière, et la présence sur scène du groupe y est pour beaucoup. Si le bassiste Cory Elder se donne à fond, enchaînant les headbangs et saluant chaque slammeur, Matty Mullins est au service minimum, coiffé de sa casquette et équipé de sa veste, ne faisant que de simples allers retours sur scène (cela dit, il est probable qu'il veuille atteindre ses 10 000 pas du jour), et Kellen McGregor (guitare) assurant les choeurs, il reste cloué à son micro. Petite déception donc, pour ceux qui comme moi attendaient un grand show, et qui devront se contenter d'un MEMPHIS MAY FIRE solide mais un peu stoïque.

Si comme moi vous avez suivi la carrière récente de FIT FOR A KING, vous aurez également vu le groupe en première partie de THE AMITY AFFLICTION au Cabaret Sauvage il y a 4 ans, puis de MOTIONLESS IN WHITE à l'Olympia l'année dernière. Nul doute que vous aurez été aussi surpris que moi quand une date en tête d'affiche a été annoncée, mais l'album « Lonely God » ayant été un succès retentissant, c'est avec curiosité et fébrilité que nous attendons les Américains pour cette fin de soirée metalcore. Les écrans s'allument, nous exhortant d'acheter du merch tout en essayant de nous hypnotiser, puis l'intro de ''Begin The Sacrifice'' se lance et on entre dans le monde de FIT FOR A KING. Ryan Kirby, discret et presque flegmatique, chante chaque morceau avec une précision chirurgicale, tandis que la véritable toupie humaine Ryan O'Leary tourbillonne avec sa basse sur les soli de Daniel Gailey et les riffs de Bobby Lynge. Si 156/SILENCE nous semblait être en parfaite cohésion, FIT FOR A KING a l'air de communiquer par une pensée unique, tant les mouvements sont précis et impressionnants.

Bien entendu à ce stade de la soirée, le son est d'une précision remarquable et les lumières aussi belles que les visuels des écrans géants placés de part et d'autre de la scène, et on appréciera un set absolument dantesque, explorant l'album « Lonely God » presque de fond en comble, ne laissant que ''Sentient'' de côté, au profit de quelques morceaux de « Dark Skies » et « The Path », délaissant de manière surprenante le très bon « The Hell We Create ». Cependant, le choix s'avère payant car on ne remarque qu'au bout de sept morceaux la sur-représentation de « Lonely God », lorsque Ryan Kirby le souligne avant de lancer ''Backbreaker''. L'un des moments forts de la setlist sera d'ailleurs la fin du set principal sur ''Lonely God'' et son scream de 26 secondes, moment aussi technique qu'impressionnant à voir, offrant quelques minutes de répit bien mérité au chanteur en coulisses avant le rappel. Sans trop de surprise, ''When Everything Means Nothing'', hit absolu du groupe, est chanté à la perfection par le public avant un grand final sur ''Witness The End'', qui nous laisser pantois, à nous dire « OK, maintenant, FIT FOR A KING est un des noms sur lesquels il faut compter tout en haut de la scène metalcore. », grâce à un set aux allures de tour de force réussi pour clôturer une soirée magnifique... Merci FIT FOR A KING !
Photos © Benjamin Delacoux - Portfolio
