30 mai 2026, 11:31

BASEMENT

Interview James Fisher et Duncan Stewart


Son dernier album remonte à 2018. Il a beaucoup fait parler de lui pour son hardcore mélodique dont les sonorités s’apparentent parfois à de l’emo rock ou du pop punk. Et plus impressionnant : son line-up n’a jamais changé en quinze ans. Il s’agit, bien sûr, du groupe britannique BASEMENT dont l’album « Wired » sort le 8 mai. Nous nous sommes entretenus avec Duncan Stewart (basse) et James Fisher (batterie) pour parler du groupe et de sa musique, mais aussi de l’évolution de son public et de la scène hardcore.
 

Pour cet album, vous êtes revenus chez le label Run for Covers sur lequel était sorti votre premier album. Pourquoi avoir fait ce choix ? Était-ce un moyen de retrouver vos racines musicales ?
Duncan Stewart : Après toutes ces années, on a choisi de revenir chez Run for Covers parce qu’on est amis avec eux depuis toujours. Ils nous ont d’abord écrit et quand on a renoué, on avait vraiment l’impression de revenir à la maison.
James Fisher : Le timing était vraiment parfait : on avait besoin de prendre une pause et on est restés amis avec Run for Covers tout au long du processus, même pendant l’enregistrement de notre dernier album. Cette fois, tout s’est parfaitement mis en place. On leur a dit qu’on voulait recommencer à faire de la musique et ils ont dit qu’ils aimeraient le faire avec nous.

Votre chanson "Covet" est devenue virale sur TikTok, ce qui a fait découvrir votre musique à un nouveau public. Pensez-vous que les réseaux sociaux et les tendances permettent de renouveler le public d’un groupe ou bien que cela crée des habitudes éphémères sans générer de fidélité de la part de ce public ?
James Fisher : C’est vraiment intéressant parce que je pense qu’il y a tout un spectre entre les bons et les mauvais effets. Par exemple, dans notre cas, les effets positifs sont incroyables parce qu’on ne s’attendait pas à ce qu’autant de gens s’intéressent à la moindre de nos chansons donc c’est vraiment génial : c’est une nouvelle génération qui s’intéresse à nous et qui veut nous voir jouer, c’est incroyable. Ça peut être encore plus intéressant s’ils viennent pour écouter une seule chanson en particulier mais, avec un peu de chance, en voyant que tout le reste du concert est super, ils peuvent accrocher au reste de la musique et devenir fan. J’ai l’impression qu’en général, même si je ne suis pas sur TikTok, c’est génial pour les groupes. Quand on a de la chance, une chanson devient virale d’elle-même sans qu’on essaie de forcer la tendance. Je pense que si on essayait de forcer, ça serait plutôt néfaste, même si certaines personnes essaient parfois. Je crois sincèrement que c’est positif pour nous.
Duncan Stewart : Et au pire, on peut jouer la chanson virale à la fin du concert. Comme ça, le public est obligé de rester jusqu’au bout pour la voir (rires). Ou alors on ne la joue pas du tout !

« Wired » est votre premier album depuis huit ans. Comment se sont déroulés l’écriture et l’enregistrement ? Combien de temps avez-vous consacré à chacune de ces étapes ?
Duncan Stewart : Fin 2019, on a décidé de faire une pause parce qu’on avait besoin de souffler un peu. On a pris ce temps pour se reposer se réunir. Alex (Henery, guitare et chœurs, ndlr) et Andrew (Fisher, chant, ndlr) ont discuté : Andrew voulait écrire. Ils ont fait une session d’écriture à Los Angeles, nous ont présenté leur travail et on a commencé à en parler tous ensemble. On avait tous des idées et on en est arrivé au stade où on s’est dit qu’on était prêts à écrire un nouvel album. On a pris les idées initiales, on les a mélangées, on a organisé d’autres sessions d’écriture pour qu’on organise nos emplois du temps, ce qui peut être compliqué vu qu’on n’habite pas dans la même ville. On a enlevé certaines choses et, au bout de trois ans, on s’est rendu compte qu’on avait vraiment un nouvel album. La géographie du groupe a toujours été un peu complexe mais je crois que c’est aussi ce qui rend l’écriture si passionnante. C’est parce qu’on se réunit et qu’on se dit : « Allons-y ! On a plein d’idées alors travaillons dessus ! Faisons de la musique avec ! ». Ça a rendu le processus vraiment amusant.

Ça se ressent à l’écoute : on sent que vous vous êtes reposés et que vous avez pris le temps nécessaire pour cet album.
Duncan Stewart : C’est vraiment comme ça qu’on s’est senti quand on était en studio. Je ne crois pas que j’ai déjà été aussi heureux d’enregistrer de la musique dans ma vie. On était vraiment contents d’arriver à Los Angeles et l’enregistrement était très amusant à faire.

La chanson "The Way I Feel" fait ressentir une forme de nostalgie qui traverse l’album. Est-ce que « Wired » est un album dédié aux souvenirs ?
Duncan Stewart : Je ne dirais pas qu’il est dédié à la nostalgie. C’est la musique qu’on écoute toujours et qui fait partie de nous donc ça n’est pas comme si on se tournait vers le passé. C’est venu très naturellement.
James Fisher : Je crois que dans tout l’album, il y a une forme de variation parce qu’on essayait d’amener certains éléments vers quelque chose de nouveau. On est les cinq mêmes personnes depuis le début, on a la même relation et on écrit de la même façon. J’ai l’impression que parfois, on utilise les mêmes éléments musicaux pour certaines parties. C’est une combinaison de nouvelles idées et d’anciens éléments qu’on ne peut pas s’empêcher d’intégrer : des idées qu’on n’a jamais enregistrées ou bien, parfois, on se réunit simplement avec la volonté d’avoir un son particulier.


Ça fait quinze ans que votre line-up n’a pas changé. Vos relations ont-elles toujours été apaisées ?
James Fisher : Plutôt, oui ! Évidemment, on se dispute de temps en temps et on a nos soucis mais dans l’ensemble, nos relations sont plutôt apaisées. On est de très bons amis donc on est gentils les uns envers les autres. En tout cas, autant que possible. Je crois qu’on se manque les uns aux autres de temps en temps donc on est toujours heureux d’être ensemble et de faire de la musique.
Duncan Stewart : On entend parfois des histoires horribles à propos de groupes connus et on se dit : « Jamais de la vie je ne pourrais penser à faire ça ! Si on le faisait, le groupe n’existerait plus ! ». Comparé à ces groupes, on a toujours eu une très bonne relation.

« Wired » a son propre site Internet dont l’esthétique rappelle celle de la saga Matrix. Est-ce un choix destiné à renforcer l’immersion du public ? Ou encore une façon de montrer que l’album se dresse face à une certaine forme d’autorité ?
James Fisher : Je trouve que c’était vraiment une bonne idée de donner aux fans et aux personnes proches du groupe, davantage d’informations avant la sortie de l’album : il y a la difficulté à trouver le mot de passe, le fait qu’on garde une trace de tout notre travail, etc. Ces gens peuvent prendre part au voyage et être impliqués dans la sortie de l’album. Je trouve que c’était vraiment chouette de partager ça. Par exemple, on a mis en ligne des vidéos qu’on n’a pas postées sur Instagram. Si j’étais fan d’un groupe et que j’avais hâte que l’album sorte mais que je devais attendre quand même et que j’avais ces petits bonus, je trouverais ça génial.
Duncan Stewart : On a choisi l’esthétique un peu dans le même but : on voulait que les gens aient l’impression d’entrer dans un monde cryptique et qui ait l’air d’être codé sans trop l’être non plus. Je trouve que c’est un bon moyen de créer de l’intérêt et de donner des bribes d’information.

Il y avait un numéro à appeler pour obtenir le mot de passe du site. Qu’entend-on au bout du fil ?
James Fisher : C’est un extrait de "Broken By Design".
Duncan Stewart : Et ça change de temps en temps. Avant la sortie du single, on pouvait l’entendre quand on composait le numéro.

Qu’est-ce qui est représenté sur la pochette de l’album ?
Duncan Stewart : C’est une forme indéfinie. Alex l’a dessinée et on l’a tout de suite trouvée géniale. Ça ressemble à un chat mais ça peut être beaucoup d’autres choses. C’est une forme très ambiguë à cause des couleurs et des yeux. On peut vraiment l’interpréter comme on veut, ce que je trouve génial : on peut penser à un chat, à un fantôme, etc.

Je crois que c’est l’une des couvertures d’album les plus intrigantes que vous ayez eues jusque-là.
James Fisher : Je suis d’accord et je crois que c’est ma couverture d’album préférée dans celles qu’on a faites. Je ne dis pas ça à chaque fois qu’on sort un album (rire). Je suis très exigeant à propos de ce que j’aime mais quand je vois celle-ci, je la trouve magnifique. Elle sort du lot dès qu’on la voit, elle est très frappante et vraiment iconique. Je la trouve vraiment chouette.
Duncan Stewart : Je crois que c’est la préférée de tout le monde dans le groupe.

Quels sont les albums et les artistes qui vous ont inspirés pour « Wired » ?
Duncan Stewart : On a une playlist Spotify pour s’en souvenir, heureusement ! On a écouté BEACH HOUSE, INTERPOL, FUGAZI, SMASHING PUMPKINS, THE CLASH, etc. Il y a beaucoup de vieux classiques. WATER FROM YOUR EYES qui est un groupe plus récent, il y a aussi BODY WATER, etc. Il y a plein de groupes très différents. On écoute SMASHING PUMPKINS depuis très longtemps et je crois qu’on essaie vraiment de tirer des inspirations de nos écoutes récentes pour les infuser dans l’album.

C’est vraiment intéressant parce que vous avez des inspirations très larges et pourtant, vous arrivez à créer votre propre son à partir de ce mélange.
James Fisher : Exactement. Je crois qu’on a réussi à garder cet équilibre au fil du temps, même si on essaie parfois de développer autre chose. On pousse parfois une chanson trop loin dans une direction avant d’arrêter et de nous dire : « On veut que ça sonne comme une chanson de BASEMENT. », peu importe ce que ça veut dire, mais on veut que ça marche pour notre configuration propre. On va parfois dans d’autres directions mais le résultat final doit toujours nous ressembler.

Pour cet album, vous avez travaillé avec le producteur John Congleton. Qu’a-t-il apporté à l’album et comment s’est déroulé le travail avec lui ?
Duncan Stewart : Le travail avec lui n’aurait pas pu mieux se passer. On s’est rencontrés à notre premier jour de travail en studio. Il s’est assis dans la salle de contrôle avec nous et il voulait savoir quelles étaient nos intentions pour cet album. C’est la première fois qu’on travaillait de cette façon avec un producteur, la première fois qu’un producteur s’asseyait avec nous et nous demandait : « Les gars, de quoi avez-vous envie ? Pas seulement pour les chansons mais aussi pour la signification de cet album. ». On le lui a dit, il a écouté, il en a tenu compte et il n’a jamais essayé de nous éloigner de nos objectifs, ce qui était vraiment important pour nous. Je pense que c’est pour ça que l’album a ce son : il nous a laissés être nous-mêmes, il n’a jamais essayé de nous influencer d’une façon qui ne nous aurait pas plu mais il nous a aussi guidés. Il savait à quel moment les choses ne marchaient pas et quand faire des suggestions. Par exemple, il pouvait nous dire : « Vous pourriez faire ça mais je m’en fiche, ça doit rester votre choix. ». C’était très pragmatique et ça nous a mis à l’aise, ça nous aidait à nous rendre compte quand quelque chose ne marchait pas et qu’on avait besoin de revenir en arrière. On était vraiment confiants. John nous a inspirés. Tous les jours, j’avais hâte d’être dans la même pièce que lui parce que c’est tellement cool de passer du temps avec lui (rire) !
James Fisher : C’était vraiment génial. Il nous a laissé tellement de liberté, c’est comme s’il était un membre à part entière du groupe. Il voulait essayer certaines choses et c’était un vrai travail de groupe, il a vraiment une bonne énergie.
Duncan Stewart : Et en plus, il est très drôle (rire), ce qui aide vraiment parce que ça peut couper court à certaines situations tendues de la bonne façon et on en a parfois besoin. Il est tellement talentueux et tellement bon dans ce qu’il fait qu’on avait vraiment confiance en lui.
James Fisher : C’est incroyable de faire autant confiance à la personne qui mène la barque. C’est génial de pouvoir lâcher prise de temps en temps et se dire que le travail sera bien fait, lui faire confiance et trouver intéressant ce qu’il a à dire, essayer ses idées, etc. On a toujours été tous les cinq donc le fait d’intégrer une autre personne au processus n’est pas toujours simple, d’autant plus qu’on n’en a pas toujours eu besoin. On a senti qu’on pouvait intégrer une autre personne et parfois, ça a vraiment payé, on était tellement enthousiastes ! On s’est dit qu’on ne serait probablement jamais arrivés à ce stade si on ne l’avait pas fait. C’est notre cinquième album et le fait d’avoir une telle relation de confiance qui nous pousse à essayer de nouvelles choses est très important à ce stade.


Des séances d’écoute en avant-première ont été organisées au Royaume-Uni et aux États-Unis. Pourquoi avoir choisi d’organiser de tels événements et comment se sont passées ces écoutes anticipées de « Wired » ?
Duncan Stewart : On les a organisées pour que les fans puissent écouter l’album en avance. Parfois, les délais d’attente sont si longs qu’on peut perdre de l’intérêt pour un groupe donc ces sessions permettaient aux fans d’entendre l’album avant sa sortie. Je trouve que ces expériences ont quelque chose de spécial parce qu’en général, les conditions d’écoute sont vraiment excellentes : il y a de bons casques et on peut se concentrer sur des pistes qu’on n’a encore jamais entendues. C’est une expérience exceptionnelle qui permet d’apprécier les musiques.
James Fisher : Complètement ! Ça donne une chance aux personnes qui en ont le plus envie de profiter différemment de l’album si elles se rendent chez le disquaire. Je trouve ça chouette qu’on ait fait ça.

Et avez-vous pu avoir des retours de la part des fans ?
Duncan Stewart : Oui, Alex s’est rendu à la session d’écoute de Los Angeles et les fans lui ont posé des questions. À New York, les questions et les réactions des gens ont été filmées et je crois que tous les retours étaient positifs (rires) !
James Fisher : Je pense qu’on en fera une vidéo pour montrer comment les gens ont réagi. On a eu beaucoup de bonnes réactions.
Duncan Stewart : Et si jamais il y a une mauvaise réaction, on peut juste la couper au montage (rires) !

De manière générale, votre carrière a connu de nombreuses pauses. Est-ce que ce fonctionnement vous a permis de maintenir votre créativité et l’équilibre que vous avez entre la musique et la vie quotidienne ?
Duncan Stewart : C’est plutôt naturel de vouloir faire une pause. Je pense que la plupart des groupes devraient souffler un peu de temps en temps. Ça permet de se concentrer sur ce qui compte vraiment et de rester lié au monde réel. Je ne suis pas en tournée tout le temps, j’aime consacrer mon temps à d’autres activités. En fait, faire une pause me permet d’apprécier davantage les tournées.
James Fisher : Je pense que c’est un peu pareil pour tout le reste mais je trouve que c’est vraiment important de prendre du recul et de voir si ce qu’on faisait nous manque ou pas. Si ça ne nous manque pas, il est peut-être temps de faire autre chose. Ça nous arrive de temps en temps : on fait une pause pour se reposer et l’envie de composer de la musique recommence à nous démanger, tout comme celle de repartir en concert. Après la première tournée, on avait déjà hâte de repartir ! On a été vraiment sélectifs sur les prochains concerts et maintenant, on va pouvoir se concentrer sur la tournée qui arrive.

D’ailleurs, la tournée commence bientôt et vous avez une date en France le 26 juin au Mia Mao. Comment appréhendez-vous cette tournée et, plus particulièrement, la date française ?
Duncan Stewart : On a très hâte de la date française avec TOUCHÉ AMORÉ.

Il y aura TOUCHÉ AMORÉ et FIDDLEHEAD...
James Fisher : Le line-up de cette date est vraiment super.
Duncan Stewart : J’ai très hâte de cette tournée européenne parce que j’adore aller en Europe : voir toutes ces villes magnifiques, jouer dans des super festivals, etc. J’ai encore plus hâte de la date parisienne parce qu’on la partage avec des groupes qu’on aime particulièrement.
James Fisher : On a rencontré TOUCHÉ AMORÉ en 2012 et on est partis en tournée, on a partagé des concerts, etc.
Duncan Stewart : On a su qu’ils avaient prévu une date à Paris et notre manager nous a demandé si on voulait jouer avec eux. On a répondu : « Évidemment ! Pourquoi on refuserait ? ».
James Fisher : Je pense qu’on va beaucoup s’amuser. Le dernier concert qu’on a donné à Paris était super aussi, c’était un très bon concert.
Duncan Stewart : On jouait avec KNOCKED LOOSE et c’était génial ! Le public était très réceptif. Quand on joue en première partie d’un groupe plus connu, on ne sait jamais comment va réagir le public mais celui de Paris est incroyable.

Vous êtes très proche de TURNSTILE : Alex Henery a été photographe et vidéaste de tournée pour eux et vous êtes partis en tournée ensemble en Australie. Pensez-vous que des groupes comme TURNSTILE, qui redéfinissent les codes du hardcore, permettent aux autres d’être plus libres et plus créatifs dans leur composition ?
Duncan Stewart : Totalement. Sans pour autant nous donner la permission, ça nous encourage à prendre des risques parce qu’ils peuvent payer. De la même façon, ils nous montrent qu’être soi-même peut être payant. On connaît TURNSTILE depuis 2014 ou 2015, on est partis en tournée trois fois ensemble et l’énergie qu’ils ont en concert est très contagieuse (rire).
James Fisher : Je n’ai jamais vraiment réfléchi à cette question. Comme pour tous les groupes, certaines personnes préfèrent ce qu’ils faisaient au début de leur carrière et trouvent qu’ils ont changé au fil du temps. Au début, leurs titres ne s’inspiraient pas vraiment du hardcore classique, il y avait des parties de chant et ils écrivaient des chansons un peu pop en même temps. Ils ont fini par se dire qu’ils avaient un peu tout vu et, sur les derniers albums, ils ont décidé de développer les anciennes chansons et de voir où ça les menait. Ils le font très bien et c’est merveilleux de les voir devant des foules entières qui aiment leurs chansons.

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