
Quatre ans après « The Journey », HIGHWAY est de retour aux affaires. Et "Le Voyage" a visiblement formé la Jeunesse, puisque le groupe héraultais nous revient plus mature que jamais. Au point que la formation a clairement passé un cap et définitivement changé de division. L’énergie pure et dure s’est intimement entremêlée aux structures plus complexes, aux arrangements plus savants. L’ambition a muté, les morceaux se sont étoffés et cet enrichissement fonctionne terriblement bien. Pour mieux comprendre ce phénomène, Hard Force n’a pas hésité une seconde à se rendre au Tower Studio, du côté de Notre-Dame-de-Londres (Hérault), tout au bout d’une longue route solitaire de campagne que même David Vincent (l’acteur, pas le chanteur) n’aurait probablement pas trouvée… Et c’est précisément là où la toute dernière production de HIGHWAY a été enregistrée que nous avons pu la découvrir, dans d’excellentes conditions sonores. Interview conjointe de Ben Chambert, guitariste et principal compositeur du groupe, et de Brett Caldas-Lima, son producteur, pour avoir une vision globale du puissant objet qui nous réunit tous ici : « Last Call For Rock’n’Roll ». Pour découvrir les nouveaux morceaux sur scène – mais aussi le nouveau line- up de HIGHWAY – rendez-vous le 30 mai au mythique Rockstore de Montpellier, pour leur release à domicile. Les choses étant particulièrement bien faites : sachez que le concert sera gratuit. Pas d’excuse pour ne pas venir secouer votre tête et taper du pied !
Le précédent album de HIGHWAY, « The Journey », avait une couleur bien spécifique, puisqu’il était entièrement acoustique. C’était la toute première collaboration avec Brett en tant que producteur et vous exploriez déjà de nouvelles voies. Fort de cette expérience, dans quel état d’esprit « Last Call For Rock’n’Roll » a-t-il été conçu ? Quelles était les ambitions, côté compos ?
Ben Chambert : Clairement, c’était "no limit". Tout comme nous l’avions fait pour « The Journey », mais cette fois-ci pour un album électrique. Avec toutes les possibilités offertes par les guitares, la batterie… là où nous étions forcément limités par l’acoustique. Bref, c’était la même démarche, une suite logique, mais l’objectif était de faire mieux, de monter une marche supplémentaire. C’était précisément ça, notre cahier des charges.
« Last Call For R’n’R » est un album très abouti. Les compos sont beaucoup plus ambitieuses, plus audacieuses. Et les structures créent sans cesse de la surprise. On sent que le groupe a considérablement évolué, je dirai même qu’il a clairement "changé de division". Tu partages ce point de vue ?
Ben : Pour moi, c’est l’évolution naturelle d’une formation. C’est notre histoire, le fruit de tout ce que nous avons appris depuis 25 ans : les albums que nous avons enregistrés, les musiciens que nous avons rencontrés, les concerts que nous avons donnés… Et puis, bien sûr, une ouverture d’esprit que l’on acquiert, avec le temps. C’est vraiment un album d’expérience. En fait, le cliché de l’album de la maturité… ce n’est pas un cliché ! C’est une réalité. On apprend, on a envie d’autres choses, alors on essaye. Evidemment, il y a l’apport de Brett. Tous les bons albums, tous les grands albums sont réalisés par de grands producteurs. C’est quasi-systématique. « Last Call » est notre album le plus abouti et cela s’explique aussi par le fait que nous avons su nous entourer des bonnes personnes, de vrais talents. Et ce à tous les niveaux. Alors, logiquement, tout s’aligne…
Le son est puissant, mais subtil. Élaboré, équilibré, clean… mais crade juste ce qu’il faut, quand il le faut. Quand cela le nécessite. Il y a aussi beaucoup de relief et de niveaux d’écoute. Comment as-tu travaillé ce son, Brett ? Comment définirais-tu ton style ? Et quelles étaient les attentes du groupe ?
Brett Caldas-Lima : Ce que j’essaye constamment de réaliser, c’est de faire en sorte que les artistes avec lesquels je travaille sonnent… comme eux-mêmes ! C’est d’ailleurs le slogan de mon site : « Hear your difference ». Très franchement, je n’ai pas envie que les gens viennent chez moi pour me demander de sonner comme un tel ou comme une telle. Quel est l’intérêt ? Il y a pas mal de productions modernes qui semblent sorties du même moule et comme de plus en plus de musique est générée par l’IA, tout va se confondre et se superposer… Mon but, c’est de faire ressortir les qualités de chaque artiste, mais aussi essayer de cacher leurs défauts. J’agis un peu comme un révélateur, puis j’essaye de faire briller les notes, de les polir. Tout en sachant pertinemment que, parfois, le groupe a besoin d’un son bien crade. Car c’est aussi par-là que passe l’émotion. Régulièrement, de fantastiques albums ressortent remixés et l’on a perdu ce qui faisait toute leur singularité. Ils ont tout simplement été dépouillés de leur identité. Lorsque j’ai débuté, en 2003-2004, je me souviens que ce n’était pas toujours simple d’accepter de faire un son dégueulasse. On a envie d’être bon, de montrer ce que l’on sait faire, mais dans certains cas, ce n’est tout simplement pas ce qu’il faut. Le black metal, avec un bon son, ça ne fait pas peur ! (rires)
Ben : Sur une idée de Brett, on a d’ailleurs conservé la toute première maquette de "Action" en intro du morceau… avec des pains à la guitare ! (rires) Ce qui me plaît, dans notre collaboration, c’est qu’il connaît nos limites, il les respecte et il ne te fait jamais te sentir frustré. C’est aussi un véritable médiateur, ce qui s’avère primordial, dans le travail en studio, car on y est forcément stressé, sous pression. Dans le passé, cela a pu provoquer quelques tensions entre les membres du groupe. Ça ne se reproduit plus aujourd’hui, car Brett a une manière de communiquer très efficace. Il choisit ses mots, il a l’expérience du métier, la connaissance des musiciens. C’est hyper apaisant et ça nous fait tous avancer.

Précisément : depuis combien de temps vous connaissez-vous ?
Ben : Très exactement depuis août 2016 ! Nous enregistrions l’album « IV » chez notre ami Paul Viguier, au Stud du Sud, près de Montpellier ; c’est lui qui nous a conseillé Brett pour le mixer et le masteriser. On s’est retrouvé sur la Place de la Comédie pour boire un verre et l’aventure a commencé ainsi… Il avait déjà une barbe, mais elle était brune à l’époque ! (rires)
Brett : Mais je n’avais déjà plus de cheveux ! (rires)
Ben : Brett a enregistré des chœurs et des percus en studio, mais il n’était pas du tout impliqué dans la composition, les arrangements ou la production.
Brett : Effectivement, c’était plus un travail de finition. C’est forcément plus frustrant, moins souple. Par la suite, on s’est beaucoup côtoyé durant les concerts ; on a aussi plusieurs amis en commun, ce qui nous a encore rapprochés. Et nous avons à nouveau collaboré pour « The Journey », en 2022, mais cette fois-ci, j’assurais la production, le mix et le mastering… comme sur « Last Call For Rock’n’Roll ». Même si nous avons pris beaucoup plus de temps pour réaliser ce sixième album de HIGHWAY.
Un sixième album dont j’ai entendu dire qu’il devait beaucoup au « Get A Grip » d’AEROSMITH…
Ben : On voulait un son "moderne vintage". Que ça sonne puissant, comme cela se fait en 2026, mais l’on n’oublie pas qu’on est des quadras qui font du rock old school. Bref, on ne voulait pas que notre son soit trop "machinisé", que ce soit trop poli. Il fallait qu’on sente que c’est bien nous, derrière, que ça reste humain, organique. Et c’est vrai qu’on a souvent pris le « Get A Grip » d’AEROSMITH en référence, l’album enregistré par Bruce Fairbairn en 1993.
Brett : AEROSMITH et les années 90 en général. C’était un sommet en termes de production : BON JOVI, MÖTLEY CRÜE, METALLICA…
Vous n’avez pas poussé le vice jusqu’à vous enregistrer en train de roter…
Ben : Non, pas là ! On l’avait fait pour un live du morceau "Have A Beer"… mais on l’a finalement enlevé. (rires)
« Si on voulait pousser l’analyse, on pourrait dire que HIGHWAY ne fait plus du pur hard rock ; c’est aujourd’hui devenu un groupe de pop. Les GUNS l’ont fait avec "Use Your Illusion", après avoir sorti la bombe hard rock qu’était "Appetite For Destruction". » - Brett

Pas de rot, certes, mais un son qui n’en est pas moins rond et puissant. Ciselé, aussi. Tout est parfaitement distinct : le chant, les instruments, les différentes pistes. C’est hyper précis...
Ben : L’idée, c’était précisément qu’on entende tout. Que le son soit puissant, mais que ça ne soit pas sursaturé comme ça a pu l’être au début des années 2000… au risque de perdre le côté humain. Voire même l’identité du groupe. Nous, on voulait garder notre signature. On n’est pas les meilleurs musiciens sur Terre, mais on a notre style et on voulait à tout prix le conserver ! C’est aussi pour cela qu’on a tout confié à Brett : production, mix et mastering. Pour que ce soit cohérent.
On reconnaît parfaitement le style de HIGHWAY, c’est vrai, mais on a tout de même le sentiment que vous vous êtes auto-révolutionnés. Ou que vous êtes passés du lycée aux études supérieures. Bref, que vous avez changé de catégorie…
Ben : C’est exactement ce qu’on a voulu faire ! Dans le son, mais aussi dans toutes les étapes préalables : écriture, production, arrangements, interprétation…
Brett : Si on voulait pousser l’analyse, on pourrait dire que HIGHWAY ne fait plus du pur hard rock ; c’est aujourd’hui devenu un groupe de pop. Je ne dis pas ça de manière condescendante envers le hard rock, mais cette musique, telle qu’on peut la définir, c’est une grosse batterie, une grosse basse, de grosses guitares… et ça crie ! (rires) Si tu rajoutes du piano, des violons, des harmonies, des chœurs, des percussions et tout ce qui peut être étoffé derrière, tu bascules un peu dans la pop. Là, les choses sont plus réfléchies, plus produites. Les GUNS N’ ROSES l’ont fait avec « Use Your Illusion », après avoir sorti la bombe hard rock qu’était « Appetite For Destruction ». « Use » part dans quelque chose de beaucoup plus riche, mais ça ne m’empêche pas d’adorer les deux… enfin, les trois (rires). La musique, c’est une boîte à outils où l’on va chercher ce dont on a besoin. Et ce qui est bien avec Ben et Benjamin Folch (le chanteur), c’est qu’on peut aller piocher dans ce qu’ils connaissent : Stevie Wonder, Mark Knopfler ou Mika. J’ai le sentiment que dans la pop ou dans la soul – et c’est peut-être parce que je vieillis – c’est plus mature, moins dans l’énergie et plus dans le non-dit, la finesse. Quand Michael Jackson fait un truc, tu fais "waouh !!! Putain, je n’y aurais pas pensé !". C’est riche, c’est ornementé.
Précisément, les influences sont nombreuses sur cet album. Notamment Queen, mis à l’honneur sur votre premier single : "Hi-Way"
Ben : J’ai toujours voulu avoir un morceau du nom du groupe. MOTÖRHEAD l’a fait, IRON MAIDEN, BLACK SABBATH, BAD COMPANY… C’était un fantasme dans ma "to do list", pour être honnête ! (rires) On a tout de même modifié l’orthographe, afin de retrouver facilement le morceau sur les plateformes. "Hi-Way", c’est un single évident, un retour à nos racines. Côté lyrics, c’est une invitation à tracer sa route, avec ses hauts, avec ses bas, mais surtout à vivre sa vie à fond. Tout en restant sincère, fidèle à ses valeurs. Benjamin a particulièrement travaillé le chant au studio, avec Brett, et le passage central, très "queenesque", a pris son envol ici. Ça n’existait pas sur les toutes premières maquettes. Cette partie transforme carrément le morceau et on a encore plus insisté sur le côté QUEEN lors du tournage du clip, car on est tous archi-fans du groupe. Un petit clin d’œil qui nous a vraiment fait plaisir…
Brett : L’interprétation faite par Benjamin était très théâtrale : il a vraiment vécu le moment à fond. Ce qui est logique, car impossible de faire ça les bras ballants, il faut impérativement mettre le corps en mouvement.
Ben : En fait, pendant l’enregistrement, Brett drivait complètement Benjamin sur l’interprétation à adopter. C’était aussi drôle que passionnant. J’ai d’ailleurs filmé ces moments et je les garde précieusement…
Brett : Sur les couplets, il fallait que ça groove. Je lui disais "fais comme Jackson !" (rires) On lui demandait aussi de faire des petits bruits de bouche, de respiration ; il y a toute une piste remplie de ça. Il était mort de rire car, sur le coup, ça paraît débile, mais au final, il était très étonné que ça fonctionne aussi bien. Ce qui est cool, c’est qu’il est ouvert à tout, qu’il essaye, qu’il teste… C’est vraiment agréable.
Il y a aussi cet effet, avec une grosse voix grave, parlée, qui revient sur tout l’album. Qui a fait ça ?
Ben : Ça, c’est moi… quand je n’ai pas beaucoup dormi ! (rires)
Brett : C’est un peu "pitché", je grossis la voix pour lui donner cette texture. L’influence, c’est un peu le morceau "Coma", sur « Use Your Illusion », où l’on a cette voix de narration. En fait, ce sont des influences que l’on prend à gauche, à droite, et qu’on essaye d’adapter au groupe que l’on produit. Comme tous ceux qui ont fait les albums dont on parle se sont inspirés d’autres choses. Il y a cette phrase de Picasso que j’aime tout particulièrement et qui fait sens : "les bons artistes copient, les grands artistes volent"…
Intéressante réflexion… Reste à savoir si vous avez copié ou volé VAN HALEN pour "Nineties Action Movie"… (rires)
Ben : C’est vrai, ce morceau est complètement dans l’esprit et dans le groove de VAN HALEN. Ce qui est étonnant, car ce n’était pas du tout l’intention de Sam Marshal, à l’origine du titre, de sa structure et de son riff. Il n’était d’ailleurs pas vraiment d’accord avec ce qu’on voulait en faire, mais au final, il a kiffé ! On a "vanhalenisé" son idée et le swing est vraiment top. D’ailleurs, même le mix est inspiré par Eddie Van Halen qui, sur les premiers albums, ne doublait pas ses parties. Il y avait la guitare d’un côté, la basse de l’autre. C’était nature… même s’il n’y avait pas véritablement de besoin de "gonfler" avec lui ! (rires) Du coup, ça donne des mix très singuliers, puisque la six cordes et la quatre cordes jouent chacune de leur côté. On n’a pas reproduit les choses tel quel, mais Brett a tout de même tenu à latéraliser les choses…
Brett : En fait, c’était un peu devenu une nécessité. La ligne de basse était très cool et je voulais qu’on l’entende. Idem avec la partie de guitare. Je me suis dit que ce serait le bordel si je les mixais ensemble, au même endroit. D’autant que Sam joue sa partition un peu comme il l’entendait au départ, tandis que Ben la fait au diapason de l’évolution du morceau. En pareil cas, autant les séparer : une à gauche, une à droite. L’ensemble fonctionne très bien et le groove est top.
Et de quoi parle cet excellent titre ?
Ben : Là encore, la thématique vient de Sam, mais c’est moi qui ai écris les paroles. Le morceau parle de Schwarzenegger, Stallone, Van Damme, tous ces acteurs qui ont fait le cinéma américain des années 90. Il évoque ces scenarii où il y avait un gentil, un méchant : tout était simple et binaire, mais j’adorais vraiment ces films. J’ai grandi avec. Je me suis inspiré de Last Action Hero pour les lyrics et pas mal de phrases sont directement motivées par des scènes qui me sont revenues en tête. Pour les chœurs, au début, on pensait n’enregistrer que des hommes, mais au final, Brett a eu la bonne idée de faire chanter nos choristes féminines. On a volontairement créé une forme de naïveté, comme si elles étaient admiratives de tous ces héros, à les porter aux nues… Ça créé une ambiance très particulière ; c’est vraiment un joli morceau, attachant…
« Schwarzenegger, c’est clairement mon héros. Pas pour les muscles, mais pour son mindset. C’est quelqu’un de très intelligent qui nous montre que tout est possible. L’immigré autrichien qui arrive sur le toit du monde… » - Ben
D’où sort le "heeyyy", en toute fin de morceau ? La voix semble aussi lointaine que pâteuse… (rires)
Ben : Je plaide coupable, c’est moi ! (rires) La veille de l’enregistrement de ce titre, j’étais en ville et je fêtais mes 40 ans dans un bar à bières. Je dois bien reconnaître que j’ai un peu trop usé d’orge et de houblon et quelque peu perdu le fil de la soirée. Et le lendemain, on venait au studio pour enregistrer Benjamin. Je n’étais vraiment pas bien, mais je voulais tout de même être là et ne rien rater. Pour le dire clairement, j’étais encore bourré, avachi sur le canapé de Brett, et à la fin de la partie de Benjamin, je gueule un "heeeeyyyyyyyyyyyyy !" qui est passé dans le micro… et Brett l’a conservé ! (rires)
Brett : C’est typiquement le genre de truc que j’aime garder, le type de conneries que j’aime bien laisser passer, car ce sont des moments de vie. Même si les autres ne le savent pas, nous, on le sait, et c’est quelque chose de savoureux. C’est vivant.

Autre morceau bien vivant : "Go ! Go ! Go !", avec ce stadium surexcité qui accompagne le groupe tout au long du morceau…
Brett : Cette chanson génère pas mal d’images. Au tout début, quand ça explose et que Benjamin hurle ses "Waw waw waaaaw", je visualise parfaitement Ted Nugent. Je le vois débarquer sur scène et tourner sur lui-même. (rires) En fait, je voulais retranscrire par le son les images que j’avais en tête, que ce soit vraiment Wembley, ces grands live des années 80. C’est d’ailleurs le tout premier morceau que j’ai mixé et, au fur et à mesure que je bossais sur le titre, je me suis dis qu’il fallait que ça parte façon STYX, avec le synthé. Là, d’un coup, on change de dimension, les ovnis se posent et les p’tits hommes verts en descendent. (rires)
Ben : Il y a aussi le passage central, avec les voix qu’on a rajoutées, ça ajoute un côté épique, très QUEEN, encore une fois. Il y a aussi du Mika dans ce morceau. Chaque refrain est différent, il y a un pont de fou…
J’ai cru comprendre que Schwarzenegger était à nouveau mis à l’honneur sur ce titre ?
Ben : Complètement ! C’est une chanson purement motivationnelle : let’s go ! J’ai été inspiré par le documentaire consacré à "Schwarzy", sur Netflix. J’ai également lu son autobiographie, et ce n’est pas simplement l’acteur avec lequel j’ai grandi que j’adore, mais aussi le personnage, l’homme derrière tout ça. Schwarzenegger, c’est tout l’inverse de ce que ses rôles laissent paraître, ce n’est pas juste un sportif bodybuildé, mais une personne qui a une vision incroyable, une volonté de fer. Il a eu un nombre de vies incalculable et à chaque fois qu’il a voulu quelque chose, il l’a eu ! C’est clairement mon héros. Pas pour les muscles, mais pour son mindset, c’est vraiment quelqu’un de très intelligent qui nous montre que tout est possible. L’immigré autrichien qui arrive sur le toit du monde… Bref, "Go ! Go ! Go !", c’est une chanson sur cette espèce d’attraction, sur la façon dont tu peux amener les choses à toi quand tu as un but et que tu visualises le chemin à parcourir…
Y a-t-il d’autres thématiques récurrentes qui sont abordées sur « Last Call For Rock’n’Roll » ?
Ben : Il est beaucoup question de choix sur cet album. Ainsi, "Bang Bang !", "Peace Out" et "(Don’t) Look Back" forment une sorte de trilogie sur le sujet. Sur la difficulté à se déterminer, sur le fait d’assumer ses prises de position et sur leurs conséquences… Et puis, en bout de chaîne, sur la nécessité de passer à autre chose, pour ne pas ressasser en vain ce qui a été acté et sur quoi on n’a désormais plus de pouvoir. Car tout cela ne sert plus à rien. Dans la continuité, "Let Me" comme "D.K/D.C" parlent de liberté, du fait de ne plus vouloir perdre de temps et d’énergie pour toutes les conneries qui nous polluent l’existence. On est tous dans la quarantaine, on n’a plus le temps pour cela…
Le Temps, une donnée qui finit toujours par nous échapper… Précisément, il y a ce morceau très personnel, en plein milieu de l’album : "Mayday"…
Ben : Au départ, je n’avais pas composé ce morceau pour HIGHWAY. C’est l’un des derniers titres que j’ai composé avant qu’on ne débute l’enregistrement de « Last Call ». J’étais dans mon petit studio, là où je joue habituellement, une photo de Papa devant moi, et ce riff m’est venu, cette mélodie… Je me suis dit qu’il fallait que j’aille au bout, que ça allait me faire du bien. Ça m’a pris une soirée, 4 heures à écrire, et tout est sorti. J’ai pleuré en écrivant, c’était la première fois que ça m’arrivait. Je me souviens que Laurie, ma compagne, est entrée dans le studio et m’a demandé ce qu’il se passait. J’étais vraiment heureux de l’avoir fait. J’ai alors décidé d’en faire une maquette, de l’envoyer au groupe, pour savoir ce qu’ils en pensaient. Benjamin m’a dit que c’était top, qu’il fallait le mettre sur l’album. Il m’a aussi encouragé à chanter sur le morceau, ce que je n’avais jamais envisagé de faire. Je voulais qu’il assure lui-même les deux voix, quelque chose d’un peu lourd, dans l’esprit de "The Sound of Silence" de Simon and Garfunkel. Il faut dire que je n’aime pas vraiment ma voix. Mais au final, Benjamin comme Brett ont su me convaincre. Ils m’ont dit que c’était à moi de le faire, pour le sens du morceau, qui fait écho à mon père, à notre père, à Romain et moi. À ce deuil, que nous portons encore. J’ai écrit la ligne basse, Benjamin s’est occupé de toutes les harmonies, qui sont réellement superbes. Et je suis content du résultat : nos voix fonctionnent bien ensemble. C’est beau et ça m’a fait du bien. C’est aussi ça, l’art, extérioriser ses émotions, en procurer aux autres. Qu’elles fassent du bien ou du mal, d’ailleurs…
"Mayday" conclue la première partie de l’album sur une note folk et mélancolique. Bien que lumineuse par moments. La seconde moitié de « Last Call » sera beaucoup plus électrique. Parfois même épique, avec ces passages qui ne sont pas sans rappeler le grand Ennio Morricone…
Ben : "Let Me" est moins rock’n’roll que les autres morceaux, beaucoup plus heavy. L’intro est née en studio ; c’est le motif que je faisais sur le refrain et, à un moment donné, Brett l’a "pitché" pour effacer une fréquence et ça a lancé ce son. On a trouvé ça génial et on décidé de le mettre en boucle, au début. J’adore vraiment sa texture, ça le fait basculer dans une atmosphère très intriguante…
Brett : Il ne faut pas lutter contre le mouvement naturel ; pour moi, "Let Me" appelait précisément cela. On a donc mis en tierce le chorus que jouait Ben, et on a fait tout ce qu’il fallait pour que ça sonne à la manière du « Somewhere In Time » de MAIDEN ; ce son de guitare reconnaissable entre mille. Ce n’est pas du tout un copié/collé, mais ça évoque la même chose, ce son des années 80. Cet écho, ce chorus et cette réverb’…
Ben : Il y a aussi ces guitares tranchantes, saccadées, sur le couplet et surtout en fin de morceau, qui font clairement penser à METALLICA et à son « Master Of Puppets ».
Brett : Oui, il y a un côté épique, à la fin, dans la veine de Ennio Morricone. METALLICA VS Morricone, c’est un beau match ! (rires)
« Sam, c’est une aventure qui aura duré 15 ans. On a grandi ensemble, on s’est professionnalisé ensemble : ça a été riche et haut en couleurs. Je suis vraiment très reconnaissant vis-à-vis de tout ce qu’il a pu apporter au groupe. » - Ben
L’influence du chef d’orchestre italien se fait également sentir à la fin de "(Don’t) Look Back"…
Ben : Il se passe tellement de choses dans ce morceau ! C’est un peu la quintessence de ce nouvel HIGHWAY, beaucoup d’émotions, de choses personnelles. Et ce refrain, qui m’évoque le "I Want You to Want Me" de CHEAP TRICK, avant que le morceau ne s’enflamme dans un final assez grandiloquent, c’est vrai. Comme une longue cavalcade à cheval, une grande épopée cinématographique…

Tu es le principal compositeur de l’album, Ben, mais Sam Marshal, votre bassiste, est également auteur de deux excellents titres : "Rat Race" et "Action". Sam avait rejoint HIGHWAY en 2010 et l’on sait qu’il ne fait désormais plus partie du groupe. Tu peux nous en dire plus ?
Ben : Sam, c’est une aventure qui aura duré 15 ans. On a grandi ensemble, on s’est professionnalisé ensemble, nos premières tournées ont eu lieu avec lui : ça a été riche et haut en couleurs. Je suis vraiment très reconnaissant vis-à-vis de tout ce qu’il a pu apporter au groupe : la composition, l’ouverture d’esprit et l’énergie, bien sûr.
Brett : C’est un excellent musicien, Sam. Il a des bonnes idées… qu’on ne comprend pas toujours immédiatement, d’ailleurs, mais à chaque fois qu’il propose quelque chose, je me dis qu’il faut aller creuser.
Ben : C’est vrai, il a vraiment de super idées, que je n’aurais d’ailleurs probablement pas eues. Mais je pense qu’il avait un peu fait le tour du hard rock classic ; il avait besoin d’autre chose. Et c’est tout l’inverse pour nous : on arrive à ce moment précis où l’on met la barre très haut avec « Last Call » et tout ce qui va en découler derrière. Pour lui, c’est la fin de l’aventure HIGHWAY, tandis que c’est le début d’une nouvelle histoire pour nous. Dans ce contexte, il n’aurait sans doute pas pu mobiliser toute son énergie pour répondre présent. Nous, on repart au combat, on est en feu ! Et la meilleure solution pour chacun, c’était de se séparer. C’est sain, finalement. On a évacué tout cela avec une bonne discussion, juste lui et moi, et on a chacun embrayé sur nos nouveaux projets.
J’ai d’ailleurs cru comprendre que Sam Marshal n’était pas étranger au choix de sa remplaçante : Cerise Pouillart, ex-LADIES BALLBREAKER…
Ben : C’est vrai ! C’est bien lui qui a suggéré que l’on poursuive avec Cerise. Et c’est top, car je la connais depuis 15 ans maintenant. Elle a fait des chœurs pour nous, elle a même tourné le clip de "I Like It" sur notre troisième album, « United States Of Rock'n'Roll ». Bref, cela fait un bon moment qu’elle a intégré la famille HIGHWAY. Quant à Florian Arnaud, qui intègre le groupe à la seconde guitare, il avait remplacé par deux fois Sam à la basse, quand il était indisponible. Bref, on voulait proposer le poste de bassiste à Cerise ou à Flo et, finalement, on a proposé aux deux de nous rejoindre ! (rires)
Il y a quelque chose d’étonnant et de magique dans la genèse de « Last Call For Rock’n’Roll » : vous sortez votre album le plus abouti, celui du renouveau, vous perdez l’un des membres essentiels de votre formation… mais vous parvenez à en faire une force en vous réinventant !
Ben : Toutes les planètes s’alignent ! Le départ de Sam aurait pu nous miner, évidemment, mais finalement, l’arrivée de Cerise et Florian nous surmotive. Car HIGHWAY s’en trouve transformé. Il y a cette seconde guitare, qui va forcément changer pas mal de choses sur scène, mais il y a aussi cette good vibe. Cerise et Flo, c’est un couple à la ville ; il y a donc beaucoup d’amour, beaucoup d’énergie positive entre eux… et elle ressurgit sur tous les autres. Ils sont vraiment très investis et excellents dans le chant, les chœurs. Et ils sont hyper chauds ! Tout se goupille vraiment bien.
Pour connaître un peu l’histoire de HIGHWAY, je me souviens que Sam avait posé dans l’insert de votre troisième album, « United States Of Rock'n'Roll », en 2011, sans y avoir joué la moindre note ! Rebelote pour Cerise et Florian, qui posent eux aussi à l’intérieur de la pochette de « Last Call For Rock’n’Roll » sans y avoir joué. Bref, vous allez nous faire le coup de KISS avec Ace Frehley et Vinnie Vincent sur « Creatures Of The Night » à chaque fois que vous utilisez l’expression "Rock’n’Roll" dans le titre de l’un de vos albums ?
Ben : Ah ah ah ah ! C’est vrai… et faux à la fois ! Cerise et Florian ont assuré pas mal de chœurs sur cet album. Et c’est bien Flo qui pousse des cris de dingue à la fin de "Action" ! (rires)

En parlant de pochette, celle de « Last Call » m’évoque quelque peu le "Nighthawks" d'Edward Hopper, mais l’action semble ici se dérouler au petit matin. Quelle est la signification de ce visuel ?
Ben : C’est l’esprit américain, bien sûr, mais derrière tout cela, il y a la désolation. Le diner est délabré, à l’abandon, l’ambiance est à la fin du monde. Car on vit dans un monde tourmenté, pré-apocalyptique. Dans ce contexte, qu’est-ce qui pourrait contribuer à sauver le monde ? La musique, le rock, la passion, l’amour… Le soleil qui se lève, c’est la lumière dans ce chaos ! Il y a des haut-parleurs qui lancent l’alerte générale : c’est le dernier appel pour le Rock’n’Roll !
Brett : C’est la fin du monde, mais il y a encore de l’électricité pour que le logo brille ! (rires)
Il n’y a donc aucun rapport avec la musique générée par IA et des "musiciens" qui n’ont aucune connaissance… musicale ?
Ben : Si, bien sûr, le titre peut également signifier : regardez, écoutez, ça existe encore des gars qui jouent ensemble du rock ! C’est aussi une sorte de dernier appel avant d’être bouffé par l’IA…
Et avec qui avez-vous travaillé pour réaliser ce visuel ?
Ben : On a bossé avec un graphiste sétois qu’on connait bien : Joe, plus connu sous le pseudo de Djo Art. C’est un peintre plasticien, et c’est aussi l’un des cousins de Benjamin. Il a d’ailleurs un groupe de musique et nous avions fait un concert avec lui, en 2024. Ça fait un bon moment qu’on voulait travailler ensemble ; on lui a confié notre vision des choses et le résultat est vraiment top. Il y a un côté sombre et lumineux et l’on comprend tout de suite qu’on est sur un album de rock, il y a tous les codes que je souhaitais voir y apparaître.
« La musique, c’est énormément de plaisir, mais aussi beaucoup de temps, de prises de tête, de sacrifices, d’énergie, d’argent… Objectivement, si quelqu’un nous regardait de l’extérieur, il nous dirait qu’on est cinglé. Pourquoi on s’impose ça ? » - Ben
"Last Call For Rock’n’Roll" est aussi le titre qui ouvre l’album éponyme. Jamais simple de débuter… Le morceau fonctionne bien, mais il n’est pas forcément représentatif de la suite. Tout le monde était d’accord avec ce choix ?
Ben : « The Journey » était un album clivant et on avait peut-être perdu des gens avec lui. Là, avec ce morceau, on a voulu rassurer d’entrée de jeu et montrer qu’on était de retour avec du hard rock, de l’électricité et un tempo plus élevé.
Brett : Avec "Last Call", on est en terrain connu. Et de mon point de vue, je trouvais presque dommage de commencer par ce morceau. J’aurais préféré qu’on ouvre par "Go ! Go ! Go !" et que les auditeurs se disent "What the fuck ?!??", qu’est-ce qui s’est passé ? (rires)
Ben : Notre album précédent, entièrement acoustique, avait divisé. C’était une vraie prise de risque, une vraie position que l’on défendait et je suis très fier de cet album. Ici, on a pris le parti d’ouvrir avec "Last Call" pour ne pas choquer. Et puis, c’est le morceau-titre de l’album : il y avait une certaine cohérence à commencer par lui. Mais dans le final, il y a aussi pas mal de surprises et le passage central est étonnant, avec les chœurs féminins. Bref, il est classique, mais on le saupoudre déjà d’éléments qu’on va beaucoup plus développer sur le reste de l’album.
Je crois d’ailleurs que vous l’aviez déjà testé en concert…
Ben : Tout à fait ! Et il fonctionnait plutôt bien. On nous a souvent dit qu’il fallait que l’album sonne ainsi. Dans notre ADN, il y a aussi ce petit côté punk à roulettes. Et en concert, notre set-list contient régulièrement l’un de nos titres plus anciens, "Leave Me Alone", lui aussi d’inspiration punk rock californien…

Ben, tu nous as expliqué plus haut la signification du titre de l’album, mais le morceau "Last Call" semble faire l’analogie entre l’amour que l’on porte à une femme et celui que l’on a pour la musique…
Ben : Effectivement, ça parle de l’attraction que tu peux avoir pour les deux, la passion, les risques… À un moment du morceau, sur le pont un peu ouvert, je dis : "is it my curse ? / est-ce ma malédiction ?" Car tu peux t’investir à mort avec une femme, mais ça peut tout aussi bien te détruire. Clairement. Idem pour la musique, c’est énormément de plaisir, mais aussi beaucoup de temps, de prises de tête, de sacrifices, de réflexion, d’énergie, d’argent… Objectivement, si quelqu’un nous regardait de l’extérieur, il nous dirait qu’on est cinglé. Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on s’impose ça ? C’est du plaisir, de la passion, mais il y a là quelque chose de clairement irrationnel. Car c’est l’amour qui est irrationnel ! Et comme l’amour que l’on a pour une femme, ça coûte cher, parfois… (rires)
Là, tu parles au sens propre ou figuré ?
Ben : Les deux ! (rires) Mais au final, c’est un choix et c’est ce qui nous rend heureux. Personne ne nous force. Pour autant, je me dis parfois que ma vie aurait pu être totalement différente, si je n’avais pas vu cette VHS d’AC/DC en 1993…
Brett : Je viens de vérifier l’étymologie : le terme "passion" vient de "souffrance". Subir, souffrir, endurer… (rires)
Allons plus loin : t’es-tu déjà demandé si ce serait le dernier album de HIGHWAY ? Car trop de contraintes, trop de pression, trop de temps et d’énergie…
Ben : Je ne l’ai jamais verbalisé, ni même dit, mais forcément, tu te poses toujours la question. À chaque fois. Mais tu es toujours rattrapé par le fait que c’est vital. C’est aussi ça le "Last Call" : j’y vais ? J’y vais pas ? Et on finit toujours par y aller !
D’une certaine manière, vous y êtes même allés plus que d’habitude, puisque vous n’aviez jamais passé autant de temps en studio…
Ben : Exact, et ça fait toute la différence avec les albums précédents. On a pris le temps de tester chaque son, de trouver le meilleur pour chaque morceau, pour chaque riff, pour chaque ligne de basse… Lors de nos enregistrements précédents, c’était toujours une course contre la montre. On n’avait parfois qu’une semaine ou dix jours pour tout faire. Pour « Last Call », les choses se sont étalées d’octobre 2024 à mars 2025. On a pris beaucoup plus de temps pour cet album. C’est un véritable luxe et l’expérience est forcément différente. J’ai adoré.
Tu peux nous détailler le process du début à la fin, dans les grandes lignes ?
Ben : Il y a d’abord eu une phase de préprod, en octobre 2024. On s’était fait une soirée avec Benjamin, en amont, puis une journée chez Brett. Il écoutait nos maquettes et, à la volée, nous disait ce qu’il en pensait. J’ai pris des notes et on a repassé nos compos au moulinet HIGHWAY. On a ensuite réservé une semaine de studio chez Paul Viguier, au Stud du Sud, pour enregistrer les batteries et échanger sur les structures des morceaux. C’était une sorte de laboratoire vivant : on décortiquait chaque titre dans le détail, afin que tout soit en place pour travailler au Tower Studio de Brett dans les meilleures conditions possibles. C’était hyper intense.
Brett, peux-tu nous dire comment tu intervenais concrètement dans ce processus de préproduction ?
Brett : Quand j’écoutais pour la première fois les maquettes des chansons, je leur disais "là, je m’ennuie", "ce passage est trop long", "celui-ci est très bien, rejouez le deux ou trois fois de plus" ou encore "faites revenir ce plan, il est super". J’écoute du hard depuis longtemps, on a les mêmes codes, on parle le même langage et je vois à peu près où ils veulent aller. Pour autant, ils n’ont pas suivi certaines de mes recommandations ou ont testé de nouvelles choses. Ce qui est bien normal.
Ben : Je me souviens que quand on était au studio de Paul, à Saussines, on a modifié les accords du passage trash sur la fin de "Let Me". Brett avait amené sa guitare et on a adopté plusieurs de ses propositions. De manière générale, on s’est senti très libre lors de cet enregistrement. Il y avait aussi quelques fins de morceaux sur lesquelles on butait, notamment pour "(Don’t) Look Back" et je souhaitais qu’on brainstorme tous ensemble pour débloquer ça. C’est là que sont nées des parties de batterie, des structures, des arrangements : un vrai travail d’équipe. On a vraiment passé beaucoup de temps sur chacune des étapes. Tout est extrêmement réfléchi, il n’y a pas de hasard… mais il y a également beaucoup d’improvisations, de passages free. Que l’on a conservés pour de bonnes raisons. On avait ce luxe d’avoir du temps, et même si on ne savait pas toujours ce qu’on allait enregistrer, on savait que ça allait le faire. C’est là qu’on touche un peu le "A Year And A Half In The Life Of Metallica"…
Précisément, que s’est-il passé après octobre 2024 ?
Ben : On est entré dans la seconde phase, d’octobre à mars 2025. Selon les calendriers de chacun, on essayait de se rendre au Tower Studio deux jours d’affilée. Benjamin habitait encore sur Toulouse à ce moment-là, et c’était très intense pour lui, qui passait le week-end avec nous avant de repartir bosser dans la foulée. Les journées de prise, c’est épuisant. Même quand on ne joue pas soi-même, car on est concentré sur le truc en permanence. Puis on a enregistré les guitares rythmiques, les basses, les guitares lead, les solos, les overdubs, les sons clairs… Romain, notre batteur, est venu deux ou trois fois faire des percus en soirée. Et le dernier jour, on a enregistré les chœurs avec les ex-LADIES BALLBREAKER ; on a ensuite fêté ça en faisant un barbecue.
Brett : Oui, mais parfois, on organise un barbecue de fin… alors qu’il reste des choses à faire ! (rires)
Ben : J’ai adoré ces moments en studio. Limite, ça me manque…
Brett : Hé bien, paye-moi… et reviens ! (rires)
Ben : Ouais, mais il faut que j’écrive des chansons avant ! (rires)
« Le producteur, c’est la personne qui écrit la recette, puis qui va faire les courses. Celui qui fait le mixage, c’est celui qui cuisine les ingrédients. Enfin, assurer le mastering, c’est dresser l’assiette de la meilleure des façons possibles. » - Brett
Mars 2025, ça commence à remonter. Que s’est-il passé ensuite ?
Brett : Après, j’ai bossé en solo sur le mix, morceau par morceau. Les enregistrements étaient très live. Il existe alors une frontière ténue entre l’humain, l’imperfection et l’erreur. Car si la grosse caisse est vraiment décalée, ça casse le rythme. Donc je recale. J’ai donc un peu nettoyé tout cela, les bruits, j’ai fait le tri dans certaines pistes… Puis j’ai réellement commencé par le morceau "Go ! Go ! Go !". Une fois le titre finalisé, le groupe est venu l’écouter en juin… et on en a profité pour faire un barbecue ! (rires) J’avais besoin de leur validation pour poursuivre et avancer sur les autres morceaux. Il fallait impérativement qu’ils s’y reconnaissent, qu’ils approuvent la couleur du mix, pour que je sois certain de la voie à suivre et à adapter aux autres compos. C’était le moment où j’avais besoin de savoir si j’allais dans la bonne direction.
Ben : On était très satisfait de cette première épreuve et on l’a tout de suite validée. On est donc directement parti dans les détails, qui relèvent plus des goûts personnels.
Brett : J’ai ensuite travaillé sur les 11 morceaux suivants, que je leur ai envoyés au fur et à mesure, durant l’été 2025.

Tu as assuré la production, le mix et le mastering de « Last Call ». Peux-tu nous apporter quelques précisions sur chacune de ces trois étapes ?
Brett : Pour être le plus explicite possible, le mieux est de faire un parallèle avec la cuisine. Le producteur, c’est la personne qui écrit la recette, puis qui va faire les courses. Celui qui fait le mixage, c’est celui qui cuisine. Il utilise les meilleurs ingrédients, s’assure de la bonne température et d’un temps de cuisson idéal pour que tout soit équilibré. Enfin, assurer le mastering, c’est dresser l’assiette de la meilleure des façons possibles, afin de susciter l’envie et de faire saliver le client… Ce sont trois phases parfois interconnectées, parfois pas du tout. Bien souvent, elles ne sont pas réalisées par la même personne. Et le mastering est régulièrement confié à une autre personne, afin que l’album soit écouté par une paire d’oreilles "neuves"…
C’est d’ailleurs une étape un peu mystérieuse, pas toujours simple à définir…
Brett : Généralement, le mastering consiste à corriger des problèmes que les gens ont sans en avoir conscience… et avec des outils qu’ils ne comprennent pas ! (rires) Avec le mastering, on peut changer la couleur d’un album, on peut sauver les meubles… mais on peut aussi tout saccager ! (rires) Pendant le mixage, on travaille avec tous les ingrédients, toutes les pistes. On les assemble jusqu’à obtenir un fichier stéréo. Ce fichier, c’est l’assiette finale. On ne peut alors plus en extraire le sel, par exemple, car chacun des grains est intrinsèquement lié à chaque ingrédient. Le mastering, c’est travailler sur cette assiette, sur ce fichier. C’est aussi l’optimiser pour les différents systèmes d’écoute, car les formats ont des exigences différentes, selon qu’on parle de vinyle, de CD ou de streaming.
J’ai toujours été fasciné par le fait de choisir. De savoir s’arrêter, après avoir autant d’idées, de matière, de pistes, de sons. Comment fais-tu pour passer à la trappe certains détails qui te paraissaient pourtant importants, à un moment donné ?
Brett : C’est quelque chose qui s’acquiert et que je n’avais donc pas forcément au tout début. Quand tu démarres, tu veux forcément impressionner, montrer que tu es bon et faire tes preuves. Aujourd’hui, je parviens beaucoup plus facilement à voir quand ça fonctionne, quand ça me plaît, que rien n’est en trop et que rien ne manque. Inutile, alors, de passer deux jours de plus en studio par morceau. Si je rajoute ce détail, il n’y a guère que moi qui le percevrais… et ce sera peut-être moins bien !
Tu as un exemple précis à nous soumettre ?
Brett : Il y a une anecdote célèbre sur ce thème : Michael Jackson galérait au moment d’enregistrer "Billie Jean". Ils faisaient plein de mix avec son ingé son, Bruce Swedien, et ils ne trouvaient pas. Enfin, au bout d’une multitude d’essais, ils ont appelé Quincy Jones, ravis, pour lui soumettre leur trouvaille. Le producteur écoute le morceau, le trouve plutôt bien, mais demande à écouter le deuxième mix… et c’est celui qui figure sur l’album ! Car c’était déjà bon. Et cela suffisait. Tout le reste, derrière, c’était en trop, et les musiciens s’étaient perdus. Je trouve ça hyper révélateur du fait qu’il faut savoir s’arrêter quand ça marche. C’est vrai que c’est fascinant, ce travail en studio ; c’est à la fois de la technique, de l’artistique et de la psychologie. En fait, à un moment, il faut cesser de zoomer pour prendre de la hauteur. Voir l’ensemble. L’expérience permet aussi de mettre son ego de côté. On cherche moins à "laisser sa patte" ; on laisse plus l’œuvre exister en elle-même, puis se créer, au fur et à mesure. Parfois, sur la compo ou lors du mix, on a envie de tenter des choses, mais à certains moments, on sent bien que ça bloque. Je me demande alors "qu’est-ce qu’il veut, ce morceau ? Où est-ce qu’il m’emmène ?" Et au final, on se rend compte qu’il nous emmène là où il est bien, là où il est à l’aise. On finit alors par le suivre, plutôt que de le contraindre et de le forcer à être ce qu’il n’est pas. Car son mouvement interne est fluide.
Ton analyse est hyper précise, pertinente aussi. Quel serait ton but ultime, en tant que producteur / ingé son ?
Brett : Clairement, ce serait d’être aussi à propos que Andy Sneap. Pour moi, c’est le meilleur. Beaucoup de gens le critiquaient et prétendaient que son son était trop aseptisé, trop clinique… Pour moi, pas du tout : il a le son qu’il faut à chaque fois. Même pour MEGADETH, il a compris l’essence du groupe. Et il signifiait à Dave Mustaine qu’il lui fallait redevenir bitter ; il avait perdu ça. Je ne sais plus si c’est avec ACCEPT, mais il avait provoqué une réunion pour une écoute de tous les premiers albums du groupe, les classiques. Pour mettre le doigt sur l’essence même de ces toutes premières compos, sur ce que les gens aimaient. Il les a ainsi réveillés. Il y a beaucoup de psychologie, dans ce travail…
Je crois d’ailleurs savoir que tu figures sur un album de MEGADETH grâce à Andy Sneap…
Brett : Oui ! J’ai fini premier à un concours de circonstances. (rires) Je discutais avec Andy Sneap sur l’ancêtre de Messenger, puisque l’on avait déjà sympathisé, et à un moment, je lui dis de ne pas hésiter s’il a besoin d’une voix en français… et je m’entends répondre "Hé bien justement, on recherche quelqu’un". Il avait besoin d’une femme et d’un homme pour un dialogue sur le morceau "United Abominations", de l’album du même nom, mais un couple était déjà sur le coup. Je lui ai dit que je tentais quand même ma chance. J’enregistre ça avec une amie, mais sans lui dire pour qui on le fait, car je pense qu’elle n’y serait pas parvenue si elle avait su qu’il y avait MEGADETH derrière tout ça. Même moi, pendant deux jours, je tremblais en ne sachant pas si ça allait être validé… ou pas. Au final, Andy m’annonce que c’est bien notre version qui a été retenue. C’était incroyable ! J’ai halluciné de figurer sur l’album de l’un des plus grands groupes de metal au monde.
Et pourtant, il y eût comme un petit raté…
Brett : Quand « United Abominations » est sorti, c’était bien nos voix… mais c’est l’autre couple qui avait été crédité ! (rires) Il y a donc eu une coquille. Je l’ai notifié à Roadrunner Records qui a rectifié le tir sur la réédition. Plus tard, quand je me rendais à Gibert, j’ouvrais tous les CD d’occasion jusqu’à ce que je trouve celui sur lequel on était crédité ! (rires) Et je l’ai évidemment acheté !

Ben, c’est aussi pour cette expérience et cette expertise que tu as choisi de travailler avec Brett ?
Ben : Complètement ! Il est évident que si l’on avait enregistré « Last Call » en autoprod, ce ne serait pas le même album. On avait besoin de quelqu’un qui connaisse le studio comme sa poche. Et il est clair que certaines choses n’auraient pas vu le jour sans cette association. Il y a eu beaucoup d’échanges, d’essais, de trouvailles : un véritable laboratoire expérimental. C’est vraiment ça, la magie du studio. Et cela permet d’aller ailleurs, plus loin. Grâce à la complicité que nous avons eue avec Brett, HIGHWAY devient ce qu’il devait être. J’ai vraiment ce sentiment. Et c’est hyper agréable.
Et pendant que Brett était en cuisine et faisait mijoter les 12 titres de « Last Call » à bonne température, j’imagine que le groupe travaillait sur les projets à venir et la tournée 2026/2027 ?
Ben : C’est exactement cela. Je gérai l’aspect visuel avec Djo Art, à Sète. Puis Brett nous a livré le mastering fin août, que j’ai remis en septembre à notre label, Rock City Music. De là est né un retroplanning, élaboré en fonction de leurs impératifs, des autres sorties d’albums... À ce moment-là, on n’a plus la main. Et une fois ces dates connues, on a tourné nos trois premiers clips ("Hi-Way", "Bang Bang !" et "Mayday") qui sont tous sortis à ce jour. Une lyric-vidéo pour "D.K/D.C" a également vu le jour, un peu plus tard.
Après vos premiers concerts à Dijon et Chambéry, on vous attend le 30 mai prochain pour votre release party à domicile, au mythique Rockstore…
Ben : Oui, ça va être incroyable ! On jouera dans le cadre de la 3ème édition de la nuit "Les Dieux du Rock" by Radio Clapas, avec LEAN WOLF et HEADLESS CROSS. Ce sera "à la maison", dans le temple du rock montpelliérain… et ce sera gratuit ! On a vraiment hâte de fêter ça avec tous nos amis.
On imagine déjà de belles passes d’armes entre Florian et toi…
Ben : On avait eu un second guitariste au tout début de HIGHWAY, mais ça n’a pas duré. Là, avec l’arrivée de Flo, on a réarrangé nos anciens morceaux de façon à leur donner une toute nouvelle dimension. Il y a des solos de dingues à deux guitares, des chœurs de fous et clairement, la voix féminine de Cerise nous ouvre une nouvelle voie. Et puis, Florian est un guitariste tellement doué… Pour tout te dire, j’ai déjà hâte de composer avec eux. Le groupe va forcément gagner en ampleur comme en épaisseur.
L’avenir s’annonce radieux pour HIGHWAY et ton enthousiasme est communicatif. Comment trouves-tu toute cette énergie, après 25 ans d’existence ?
Ben : C’est beaucoup de sacrifices et ça provoque pas mal de dommages collatéraux, car peu de personnes peuvent réellement comprendre à quel point cette passion est dévorante et vitale à la fois. Il y a quelque chose de profondément irrationnel à faire passer tout cela avant le reste. Et pourtant, quand j’écoute « Last Call For Rock’n’Roll » et que ça me fout les poils, je me dis que ça en valait le coup. Je n’ai jamais perdu la foi, elle est même encore plus forte aujourd’hui qu’avant ! Le groupe est encore plus uni, car nous avons tous mûri, nos égos respectifs se sont dissipés et les nouveaux venus apportent une toute nouvelle énergie. Un nouvel élan. Romain et Benjamin n’ont jamais été aussi heureux, aussi apaisés, et Benjamin est revenu de Toulouse, où il travaillait, pour s’installer à Montpellier. Ça change carrément tout pour le groupe, car on a besoin de sa présence pour avancer. Ça facilite notre vie à tous. Je te le dis, je ne pouvais pas rêver mieux : les planètes s’alignent comme on n’aurait jamais pu l’espérer pour HIGHWAY !
Avec « Last Call For Rock’n’Roll », HIGHWAY a définitivement opéré sa révolution copernicienne. Le groupe s’est ouvert un nouvel univers et l’on sait d’ores et déjà qu’il n’y a plus de retour en arrière possible. Et qui dit nouveau paradigme… dit nouvelles ambitions ! On a déjà hâte d’écouter le futur successeur de « Last Call ». Mais chaque chose en son temps : prenons le temps de savourer… On appuie sur "play", on décapsule sa bière et c’est reparti pour un tour : "She came down, a voodoo beauty / She came down from nowhere / Her crystal eyes hypnotized me / Stop warnin’ me, coz I don’t care"…
Pour aller plus loin sur la HIGHWAY
Discographie :
Have A Beer ! (2002)
Goodbye Money (2005)
United States Of Rock'n'Roll (2011)
IV (2017)
The Journey (2022)
Last Call For Rock’n’Roll (2026)
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