Un p’tit bijou. Voilà comment l’on pourrait qualifier le p’tit dernier de la lignée HIGHWAY : « Last Call For Rock’n’Roll ». Et l’arbre généalogique de ce sixième album nous surprend, puisqu’il s’éloigne quelque peu de celui de ses cinq prédécesseurs. Ce "Dernier Appel" lorgne désormais plus du côté hard pop que de celui du hard rock. Mais entendons-nous bien : l’autoroute HIGHWAY ne s’est pas soudainement muée en petite route de campagne. Que nenni ! Le groupe ne s’est ni "FMisé", ni aseptisé et encore moins émasculé ! Non, non, non ! Les coucougnettes de Benjamin, Ben, Sam et Romain sont toujours bien en place, là où il faut. Mais les quatre bougres ont bien compris qu’il fallait défricher la toison, saupoudrer d’une pincée de talc leurs attributs pour absorber l'excès de sébum, puis vaporiser le tout d’un "sent-bon" qui donnerait l’impression à n’importe quel quidam de se trouver au beau milieu d’un champ de fleurs de frangipaniers d'Hawaï. Pour le dire – beaucoup – plus simplement, HIGHWAY est toujours aussi bien burné. Pas de doute là-dessus. Mais avec la maturité, le groupe s’est enrichi. Au sens figuré, bien sûr… mais cet album a toutes les qualités requises pour faire basculer la métaphore en réalité : varié, dense, ingénieux et superbement produit par leur ami de producteur, Brett Caldas-Lima. On vous explique pourquoi ces 12 titres nous ont fait de l’effet…
Et « Last Call For Rock’n’Roll » démarre par le titre éponyme : "Last Call For Rock’n’Roll". Clairement, on est en terrain connu : un morceau rock, très accrocheur, plutôt représentatif de la signature HIGHWAY. Dans l’esprit, le titre n’est d’ailleurs pas sans rappeler "Leave Me Alone" (2011), avec son petit côté punk rock californien. C’est que nos hard-rockeurs sétois n’ont pas voulu prendre de risques pour l’ouverture de leur sixième album. Entièrement acoustique, « The Journey », leur précédent LP, avait quelque peu divisé. Car clivant, par nature. Le groupe a donc voulu rassurer d’entrée de jeu son public. Ici, tout (ou presque) sera électrique, alimenté par une centrale nucléaire ! Celle-là même qui continue envers et contre tout à fournir de l’énergie au "logo-néon" du groupe, sur la pochette de l’album… Car derrière ce visuel de désolation et l’ambiance funeste de fin du monde, l’espoir demeure. La musique, le rock, l’amour : voilà tous les ingrédients qui, savamment mitonnés, pourraient concourir à sauver l’humanité ! Tout n’est donc pas perdu… Ben Chambert, guitariste et leader de HIGHWAY, nous raconte tout de la genèse de « Last Call » dans l’interview qu’il a accordée à Hard Force, en compagnie du cinquième membre du groupe : Brett Caldas-Lima.
Le producteur, également en charge du mix et du mastering, n’aurait d’ailleurs pas ouvert l’album avec "Last Call", mais avec l’excellent "Go ! Go ! Go !". Pour taper fort d’entrée et surprendre. Trancher. Alors que Ben voulait que les choses soient plus progressives… et de progressif, nous reparlerons plus tard, car le break de synthé "à la STYX" sur ledit "Go ! Go ! Go !" est vraiment judicieux. Et carrément jouissif. Bref, si le morceau "Last Call" n’est clairement pas le plus audacieux des 12 titres, le passage central, le pont et le break de fin – qui devient plus heavy – sont autant d’éléments qui nous laissent à penser que le meilleur est à venir…
Et la suite, c’est aussi le premier single à être sorti, le premier clip à avoir été tourné : "Hi-Way". Super catchy, le morceau est un retour au Big Rock auquel le groupe est si attaché. Et tandis que la basse de Sam Marshal ronronne, Ben aligne les ghost notes avant de faire parler sa guitare, façon Steve Vai sur le "Yankee Rose"·de David Lee Roth. Mais il y surtout le chant et la voix de Benjamin Folch. On sent que chaque phrase, chaque intention a été travaillée pour la faire sonner au mieux. Notamment sur le passage central, fortement inspiré par Queen (ces chœurs !). On est sur une cassure, en plein milieu du morceau, un truc un peu malsain, au diapason de nos existences. Et des lyrics qui nous invitent à suivre notre route, avec ses hauts, avec ses bas, avec ceux qui nous suivent… ou pas, et à regarder droit devant. Toujours sincère, fidèle à sa ligne de conduite… sur la Highway ! Il y a alors quelque chose de l’ordre de la comédie musicale dans la voix de Benjamin, presque du travail d’acteur. La "grosse voix" de Ben – véritable fil rouge de l’album – met fin à cette séquence et fixe la sentence : "There 's no turning back / Il n'y a plus de retour possible". Pas de marche arrière donc, mais un solo vibrant, tout en émotion qui, lui, va de l’avant. On en profite pour saluer le remarquable travail de Ben Chambert sur l’ensemble des parties de guitare ; nous y reviendrons…
Les impressions sont on ne peut plus claires : avec ce second titre, nous voilà pleinement rentrés dans l’album. "Bang ! Bang !" ne fera que confirmer ce sentiment. Le flow de Benjamin, le groove de Romain Chambert, derrière les fûts, et des paroles aussi fun et ironiques qu’elles sont touchantes de sincérité. "Bang ! Bang !", c’est une chanson sur la vie de rockeurs sans limite que les HIGHWAY ont pu fantasmer… mais au final, assumeraient-ils totalement ce choix de vie ? "I wanna silicone blonde girl, Californian white smile / Star o’ silly magazines / But do I really dare to introduce her to my mum? / J'ai envie d'une blonde siliconée, avec un sourire californien / Une star de ces magazines people / Mais est-ce que j'oserais vraiment la présenter à ma mère ?". Se poser la question, c’est – peut-être – déjà y répondre ? Et les interrogations ne manquent pas sur cet album : "Bang ! Bang !", "Peace Out" et "(Don’t) Look Back" forment ainsi une sorte de trilogie portant sur les difficultés à se déterminer, les choix qu’il importe de faire tout au long de l’existence. Trois exemples d’une écriture plus mature, plus affutée, plus aguerrie, aussi, pour trouver la mélodie qui sera en parfaite adéquation avec les mots. Et puis, il y a les influences – parfaitement assimilées – avec lesquelles on peut jouer sans prendre le risque de singer. Ben s’amuse ainsi à faire du Tom Morello, tandis que Benjamin pousse sa voix à la manière de Steven Tyler. Sympa et complètement à propos.
Si "Bang ! Bang !" lorgne quelque peu du côté de "Like A Rockstar" (sur le précédent album), "Nineties Action Movie" ne ressemble en rien à ce que le groupe a déjà mis en boîte. Et c’est clairement la première perle de l’album. Reste à savoir s’il y en aura suffisamment pour faire un collier… Et si "Schwarzy" sera aussi habile de ses doigts qu’il ne l’est de ses poings pour les enfiler ? Mais que vient faire ici l’acteur austro-américain, vous demandez-vous ? C’est tout simplement le (Last Action) Héros de ce titre. Aux côtés de Bruce Willis ou Jean-Claude Van Damme. Car si la structure initiale du morceau est de Sam, les paroles sont bien de Ben, grand admirateur de cette période du cinéma américain : "il y avait une grande naïveté dans les films de cette époque. Tout était binaire : un vrai héros, un vrai gentil, un vrai méchant, de l’amour et de la castagne. C’était simple, facile, mais ça faisait du bien. C’est pourquoi je suis un peu nostalgique de cette époque, de ces films qui ne pourraient probablement plus se faire aujourd’hui." Reste heureusement les souvenirs… et ce qu’on en fait ! Pour le coup, HIGHWAY a accouché d’un combo magique : Arnold Schwarzenegger associé à VAN HALEN, saupoudré de chœurs féminins sucrés juste ce qu’il faut, à la manière de THE SUPREMES. Ouaip ! Ça marche super bien. Le swing est génial, les harmoniques bienvenues et on kiffe le passage où la ligne de basse vit sa vie d’un côté, la six-cordes de l’autre : jubilatoire.
Étonnant : la manière dont sont égrenées les notes d’intro du morceau suivant, "Peace Out", ne sont pas sans rappeler celle du" Feelin" de VAN HALEN… mais point de "Frankenstrat" ici ! Quoique, en partie, puisque sur les conseils de Brett, Ben a usé de la Fender Stratocaster sur ce titre. Ce qui confère un petit côté british très brillant aux riffs du couplet. Quant à la partie finale, c’est presque du Mark Knopfler… Mais il y a surtout beaucoup d’AEROSMITH ou de BON JOVI dans ce "Peace Out". Un rock mélodique qui montre la voie que peut désormais emprunter la formation sétoise. Quant aux lyrics, ils sont on ne peut plus personnels, puisqu’ils évoquent la rupture, le divorce et la difficulté face au choix. Et à ses conséquences. Au moment d’appuyer sur la gâchette, on se pose forcément la question : est-ce que tout cela vaut vraiment le coup ? Arrive alors l’instant où il faut mettre fin à la torture : "Peace Out", il est temps de se dire bye-bye… Morceau cathartique s’il en est… mais il ne sera pas le seul.
"Mayday" marque la fin de la première moitié de l’album. Il marque surtout la fin d’une vie. Un père. Un repère qui n’est plus. Un fils qui pleure. Qui se souvient et qui créé, pour sublimer la mort. Pour faire quelque chose de ce contre quoi on ne peut rien faire. Une seule piste de guitare, deux voix : Benjamin et Ben. Pas vraiment une ballade, plutôt des émotions mises en musique. Une conversation. C’est beau. On ressent de la gravité, à l’écoute du morceau, mais la mélodie est douce. Pleine de mélancolie, sans jamais être larmoyante pour autant. Une sorte de "pesanteur légère". Jusqu’à parfois être lumineuse. Et si "Mayday" est bien différent des autres titres, il a su parfaitement s’intégrer au reste de l’album. Au point qu’il aurait manqué, s’il n’avait pas été là. Une réussite.
"Go ! Go ! Go !", hymne purement motivationnel inspiré par… Schwarzenegger (encore ! Ben est admiratif de l’incroyable parcours d’Arnold… on le serait à moins) nous fait basculer sur la face B de l’album. Plus hargneuse que la précédente, plus crasseuse : ma préférence à moi. Tout commence par des cris, le grondement de la foule qui s’impatiente, Benjamin débarque sur scène et hurle : on se retrouve en plein milieu d’une Arena. Ça galope, ça swingue, ça explose à un rythme débridé quand, tout à coup, le synthé débarque du fin fond de l’espace intersidéral. On change alors complètement de dimension. La gratte vient soutenir le clavier et balance méchamment. Putain, mais que c’est bon ! Quel passage ! Waoouuuh ! Le solo qui suit, les "Let’s make it, let’s make it / Go for it, Go for it / Don’t fake it, just live it / Go for it, Go for it" que l’on roucoule de sa voix la plus aiguë, les chœurs, la foule qui applaudit et le feu d’artifice qui crépite nous procurent comme « A Kind Of Magic », un souvenir de Wembley 86… Tout s’ajuste et fonctionne parfaitement. C’est carrément excellent. Deuxième perle. La troisième suit.
"Let Me" est LE morceau heavy de l’album. C’est aussi l’un des meilleurs. Un croisement entre DEPECHE MODE et FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD (pour l’intro), le METALLICA des tout débuts pour les parties trashisantes et le grand Ennio Morricone pour le final – forcément – épique. Il y a aussi cette ritournelle hypnotique, au synthé, qui donne cette couleur bien particulière au morceau et nous plonge en eau trouble, il y a enfin ces uppercuts, à la guitare, qui nous ramènent à la réalité, et ce solo tellement lumineux, juste après le "Let me beeeee" lâché par Benjamin, qui nous libère. Car le titre est un cri primaire, une injonction que l’on se fait à soi-même et avec laquelle on ne peut transiger : l’appel de la liberté. Une requête qui résonnera à nouveau sur "(Don’t) Look Back" comme sur "D.K/D.C" Un titre qui évoque bien évidemment AC/DC, influence majeure de HIGHWAY… auquel le groupe doit d’ailleurs son nom. C’est que Ben et Romain, les frangins fondateurs, étaient plutôt monomaniaques, à l’époque, et ne juraient que par les riffs d’Angus.
L’intro en picking, à la "For Those About to Rock", est bien évidemment un clin d’œil aux illustres australiens. Mais la musique de "D.K/D.C" – pour "Don’t Know / Don’t Care" – trace sa propre route, avec une basse ultra groovy qui apporte ce côté un peu funky au morceau. C’est subtil, ça sautille et Ben nous assène un solo d’inspiration Nuno Bettencourt après que Brett ait suppléé Benjamin au micro pour nous balancer son "I don’t give a fuuuck" ! Car "D.K/D.C" est un morceau sur la quarantaine, sur toutes les conneries qui ne servent à rien et pour lesquelles on n’a plus du tout envie de perdre d’énergie à ce moment de la vie (et on le comprend fort bien !). Une lyric-vidéo devrait d’ailleurs suivre sous peu, car le label du groupe a vraiment kiffé le morceau.
Il y en a deux autres qui mériteraient d’être clippés. Deux autres perles – ce qui fait un total de cinq – signées Sam Marshall : "Rat Race" et "Action". Le premier est un morceau calibré hard rock, très fédérateur, avec ce groove à la STATUS QUO qui devrait bien fonctionner en concert. Si l’entame de "Rat Race" semble joyeuse, légère, le break central nous fait basculer vers quelque chose de plus sombre. De malsain. Une course effrénée vers ce qui n’existe que dans la tête de ceux qui vous l’implantent. Et vous voilà bien installé dans votre cage, à tourner dans votre roue… et dans le vide. Version revisitée du Mythe de Sisyphe, on retrouve là la patte de Sam et ses thématiques chéries. Pas toujours les plus gaies… mais souvent les plus réalistes.
En pareil cas, rien de tel qu’une mise en "Action" pour sortir du mitard ! Et c’est bien l’enregistrement de la toute première maquette du morceau que l’on entend en préambule, dans les premières secondes, comme si l’on était au fin fond d’un garage, à pondre un riff à mi-chemin entre un vieux MOTÖRHEAD et le "Look That Kill" de MÖTLEY CRÜE. La délivrance est proche et c’est une véritable bouffée d’oxygène qui explose quand la démo sort de son lecteur K7 pour atterrir dans le Tower Studio digital de Brett, du côté de Notre-Dame-de-Londres. Priez pour nous, pauvres pêcheurs : le morceau respire enfin… ou tente de le faire, car le tempo est complètement dingo. Des guitares funk tentent l’incruste, bientôt suivies de cuivres, et le morceau mute, se transformant subitement en dance-floor. Ben reprend vigoureusement le contrôle avec un exceptionnel solo qui n’est pas sans évoquer les performances que produisaient les meilleures duettistes du metal : K.K. Downing et Glenn Tipton. Car il y a clairement de l’ADN de JUDAS PRIEST dans ce sensationnel "Action". Jusqu’aux cris de fou furieux poussés par Florian Arnaud, future recrue du groupe au poste de guitariste. Tiens, tiens, une seconde gâchette… Voilà qui nous promet de belles battles en live…
Car Sam Marshall a décidé de quitter le groupe à l’issue de l’enregistrement de « Last Call For Rock’n’Roll ». 15 années d’aventures communes et les routes se sont séparées. Inutile de contraindre le mouvement, quand il prend une autre direction… Pour faire face à cette perte, HIGHWAY n’a pas cherché un remplaçant. Il a recruté deux nouveaux membres : Cerise Pouillart, ex-LADIES BALLBREAKER, à la basse, et ledit Florian, guitariste de grand talent. Le début d’une nouvelle ère pour ce HIGHWAY next generation. Mais avant de l’écrire, il importe de conclure en beauté cet album en tous points irréprochable. Et de ne pas regarder en arrière.
Une intro à la U2 pour clôturer ce chapitre, une mélodie de chant festive, limite naïve, genre "Happy Days", en pleines années 50-60, des intonations de guitare à la Brian May : il y a un peu de mélancolie dans ce "(Don’t) Look Back", mais il y a surtout beaucoup d’énergie positive. C’est qu’il se passe tellement de choses dans une vie… mais il importe d’avancer, de ne pas ressasser inutilement et d’accepter ce que l’on a perdu. "Love yourself and don’t look back / "Aime-toi et ne regarde pas en arrière" : le morceau est celui d’un groupe dont les membres se trouvent en pleine midlife. Il y a des choix à faire, des choses sur lesquelles on ne reviendra pas ; on prend acte et on fait avec. Une démarche presque solennelle, que le groupe exalte au travers d’un final héroïque : une montée en puissance parfaitement maîtrisée, sorte de cavalcade cinématographique Morriconéenne ensevelie par un déluge de notes tout droit sorties d’un solo des EAGLES ! Épique. Il ne reste ensuite plus que quelques secondes, les chœurs se font angéliques, le soleil réchauffe la peau, on est bien. Apaisé. Et le meilleur est à venir.
Qu’ajouter de plus ? HIGHWAY conclue son album avec beaucoup de classe, de l’émotion, aussi, et de l’ampleur. Ce qui vaut bien une sixième perle ! Pas mal, pour un album qui compte 12 morceaux… Alors, si vous connaissez déjà le groupe, vous ne pourrez qu’être séduit par son évolution. Car c’est le propre de l’existence humaine – sans doute plus encore de créatifs – que de ne pas répéter inlassablement la même ritournelle. Vous serez sans doute un peu désarçonné, lors des premières écoutes, mais quel kiff, une fois les mises à jour effectuées ! Et si vous souhaitez découvrir HIGHWAY, « Last Call For Rock’n’Roll » est LA galette qu’il vous faut faire tourner sur votre platine pour faire connaissance avec le groupe. Pas facile de se réinventer au bout de 25 ans d’existence. Ils l’ont fait. Respect total.