6 juillet 2026, 19:00

MORTEM

Interview Marius Vold


MORTEM, le groupe de black metal norvégien tenu par Steinar "Sverd" Johnsen, Hellhammer, Tor "Seidemann" Stavenes et Marius Vold sort son deuxième album « Mørketid » ce début juillet. Si les temps sombres y sont décrits, c’est également tout une atmosphère qui y est mise en place, avec une réelle richesse et une découverte progressive des différents niveaux d’une musique aussi nuancée que brutale. C’est le vocaliste Marius Vold qui s’est prêté gentiment au jeu des questions.
 

Pour commencer, que ressens-tu à l'approche de la sortie de « Mørketid », le deuxième album de MORTEM ?
Marius Vold : Je ressens un mélange de soulagement et d'excitation. Du soulagement, car cet album est en préparation depuis très longtemps, et de l'excitation, car le public va enfin pouvoir découvrir le fruit de notre travail. Chaque album demande un temps et des efforts considérables, et sa sortie semble parfois presque irréelle. Je suis très fier de « Mørketid ». Nous pensons qu'il s'inscrit dans la continuité de « Ravensvart », tout en explorant de nouvelles pistes sonores pour le groupe.

Six ans se sont écoulés depuis l'excellent « Ravensvart » justement. Que s’est-il passé pour vous pendant ces années ? Je sais que tous les membres de MORTEM sont très occupés avec d'autres groupes…
"Occupés" est sans aucun doute le mot juste ! L'écriture de « Mørketid » a en réalité commencé peu après la sortie de « Ravensvart ». En fait, certaines parties de la chanson "Ditt Ødes Ære" étaient déjà terminées quelques mois seulement après l'enregistrement de l'album. Mais la vie a la fâcheuse habitude de contrecarrer les bonnes intentions. Entre la finalisation de la compilation « Slow Death », l'écriture d'un nouvel album d'ARCTURUS par Sverd, les répétitions pour la reformation de THE KOVENANT, les tournées, la vie de famille, les études, le travail et même une pandémie mondiale, la progression n'a pas toujours été aussi rapide que nous l'aurions souhaité.

Venons-en à « Mørketid » : l'album démarre sur les chapeaux de roue avec une ambiance très sombre, des rythmes dévastateurs, des riffs puissants et des paroles déjantées. Les claviers créent une atmosphère inquiétante, mais "Mørketid" reste un titre typiquement black metal. Était-il important que ce morceau ouvre l’album ?
Oui, c’était tout à fait naturel qu’il vienne en premier. Une entrée en matière brutale et intense, suivie d’un enchaînement encore plus rapide et violent : "The Mighty Odius". Le morceau éponyme contient de nombreux éléments qui définissent l’album dans son ensemble. Il combine agressivité, atmosphère, mélodie et… brutalité. Cet ordre des morceaux a été pensé et déterminé il y a quelque temps.

« Mørketid » renvoie à des "périodes sombres".  De quelles "périodes sombres" parlez-vous ?
Le titre peut s'interpréter de plusieurs manières. Il peut faire référence à des périodes historiques de guerre et de souffrance, mais aussi à des luttes personnelles, à la peur, à l'oppression religieuse et aux aspects les plus sombres de notre propre nature. Les paroles ne sont pas liées à un événement ou une époque précis. L'obscurité a accompagné l'humanité tout au long de l'histoire et reste, plus que jamais, d'actualité.

Et de façon plus générale, qu'est-ce qui vous inspire pour votre musique et vos textes ?
Musicalement, l'inspiration peut venir de presque partout. Parfois, c'est une mélodie, un riff, une ambiance ou simplement une sensation qui surgit soudainement. Pour mes textes, je suis souvent attiré par des thèmes comme la guerre, la peur, la religion, la mort, la vengeance, la faiblesse humaine et le combat intérieur. C'est la réalité émotionnelle qui se cache derrière ces thèmes que je trouve le plus intéressante et la plus inspirante.

Sur « Mørketid », on trouve des morceaux très black metal et rapides comme "The Mighty Odious" dont tu parlais, et d'autres très atmosphériques comme "Skyggeånd", avec des passages mid-tempo et une grande richesse de nuances. Comment parvenez-vous à un équilibre parfait entre ces différents styles musicaux ?
L'équilibre a toujours été primordial pour MORTEM. Si tout est rapide, rien ne paraît rapide. Si tout est atmosphérique, l'atmosphère perd de son impact. Les contrastes créent la dynamique. Sverd est le compositeur principal et possède un talent remarquable pour structurer les morceaux de sorte que les passages agressifs et les sections atmosphériques se renforcent mutuellement au lieu de s'opposer. L'objectif est toujours de servir le morceau lui-même plutôt qu'un style particulier.

D’ailleurs, comment composez-vous ? Tous ensemble ? Avez-vous le temps de répéter avec tout le groupe avant d'enregistrer un album ?
Tout part de Sverd. Il compose les riffs, les arrangements et a une vision très claire de la direction que prend le morceau. La basse et la batterie ont une certaine liberté, dans certaines limites. Sverd ne m'a jamais imposé de limites, en tant que chanteur, mais je dois m'en tenir à ce que le morceau exige. En général, nous ne répétons pas ensemble avant que l'album ne soit terminé. Ensuite, nous répétons aussi souvent que possible, surtout avant les concerts et les tournées. C'est une méthode assez courante, du moins parmi les groupes que je connais.


J'aimerais que tu nous parles d'une chanson que j'aime particulièrement, "Den Sanne Gud". Elle est très puissante, sombre et même démente. Tu peux nous en dire plus ?
Merci. C'est vraiment l'une de mes préférées. "Den Sanne Gud" explore le fanatisme religieux et les conséquences destructrices de la croyance absolue. Elle aborde les thèmes du pouvoir, de la manipulation et de la propension des gens à commettre des actes terribles au nom de Dieu. Il y a quelque chose de profondément perturbant dans cette chanson, une tournure terriblement malsaine qui me plaît énormément, et notamment ses moments les plus intenses, où je peux hurler ma colère contre cette foutue religion. La structure de la chanson est tellement originale, je l'adore ! Quand Sverd a trouvé les riffs principaux, on n'a pas pu s'en détacher, ils nous trottaient dans la tête sans arrêt. On les a écoutés en boucle !

Jetons un coup d'œil à la pochette. Comme pour le premier album, il s'agit d'un dessin en noir et blanc, authentique et symbolique. Qui l'a réalisé et qui a décidé de son contenu ?
L'illustration est l'œuvre de l'artiste norvégienne Rikke Lundgreen, que nous connaissions de l'époque de l’Helvete à Oslo. Nous souhaitions un dessin en noir et blanc dans la lignée de la pochette de « Ravensvart », mais avec une expression plus médiévale, de préférence sous forme de xylographie. Le motif devait évoquer le désespoir, l'horreur, une violence extrême, et idéalement inclure des symboles traditionnels courants dans l'art des XVe et XVIIe siècles. Rikke s'est alors inspirée de la série de tableaux de Holbein, La Danse Macabre, et nous trouvons qu'elle a parfaitement réussi. J'avais quatre chansons comme point de départ lorsque j'ai réfléchi à l'image de couverture : tout d'abord "Syggeånd", que je situe effectivement à la fin du Moyen Âge, mais il y avait aussi "Den Sanne Gud", que je considère tout aussi pertinente aujourd'hui qu'il y a 500 ans, puis "Blodvassen Grund" et "Mørkets Ormebol", qui se déroulent toutes deux entre le XIIIe et le XIVe siècle.

« Mørketid » sort également chez Peaceville, tout comme « Ravensvart ». Il semble que vous appréciez votre collaboration avec ce label ? Quelle est votre relation avec eux ?
Notre expérience avec Peaceville a été très positive. Ils comprennent l’histoire du groupe, respectent notre liberté artistique, disposent de budgets conséquents et nous ont apporté un soutien précieux jusqu’à présent. Nous avons beaucoup apprécié travailler avec eux depuis « Ravensvart », donc poursuivre cette collaboration pour « Mørketid » s’est fait tout naturellement.

Peut-on imaginer MORTEM en tournée en Norvège, en Europe, en France ? Avez-vous déjà prévu des dates ?
Jouer en Norvège et ailleurs en Europe ne nous pose aucun problème. Quant à la France, nous avons toujours eu un lien particulier avec ce pays. Le premier EP 7" de MORTEM est sorti sur les labels français Thrash Records et Putrefaction Records. Plus tard, Putrefaction a également sorti des disques d'ARCTURUS. Plus récemment, la vieille démo de MORTEM, « Slow Death », a été rééditée par Thrash Records. La France fait donc partie de l'histoire de MORTEM depuis très longtemps. Actuellement, nous collaborons avec un batteur de studio français très talentueux, Jérémie Malezieux. Et maintenant que j'y pense, MORTEM a joué à La Horde Séquane à Montbéliard avant la pandémie. Vous l'aurez compris, nous aimerions beaucoup rejouer en France. Malheureusement, rien n'est encore confirmé, mais nous sommes ouverts à cette idée et espérons que cela se concrétisera.

Merci pour ce moment, si tu souhaites ajouter quelque chose que l'on aurait pas abordé...
Merci de ton intérêt pour MORTEM. Je tiens simplement à remercier tous ceux qui ont soutenu le groupe au fil des ans. Nous apprécions sincèrement le dévouement et la patience de ceux qui nous ont suivis malgré les hauts et les bas, et même les longues périodes de silence. J'espère que les auditeurs prendront le temps d'écouter « Mørketid » et de laisser l'album se dévoiler progressivement. Il n'a jamais été conçu comme une simple musique d'ambiance. Il exige toute votre attention et récompense la patience. Nous espérons vous croiser bientôt sur scène. Ah, et une dernière chose avant que j'oublie : Nagash (THE KOVENANT) rejoindra MORTEM à la basse pour nos prochains concerts.

Blogger : Aude Paquot
Au sujet de l'auteur
Aude Paquot
Aude Paquot est une fervente adepte du metal depuis le début des années 90, lorsqu'elle était encore... très jeune. Tout a commencé avec BON JOVI, SKID ROW, PEARL JAM ou encore DEF LEPPARD, groupes largement plébiscités par ses amis de l'époque. La découverte s'est rapidement faite passion et ses goûts se sont diversifiés grâce à la presse écrite et déjà HARD FORCE, magazine auquel elle s'abonne afin de ne manquer aucune nouvelle fraîche. SLAYER, METALLICA, GUNS 'N' ROSES, SEPULTURA deviendront alors sa bande son quotidienne, à demeure dans le walkman et imprimés sur le sac d'école. Les concerts s'enchaînent puis les festivals, ses goûts évoluent et c'est sur le metal plus extrême, que se porte son dévolu vers les années 2000 pendant lesquelles elle décide de publier son propre fanzine devenu ensuite The Summoning Webzine. Intégrée à l'équipe d'HARD FORCE en 2017, elle continue donc de soutenir avec plaisir, force et fierté la scène metal en tout genre.
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