Les Lituaniens ne sont pas des inconnus dans les colonnes de HARD FORCE, puisque leur second album, « Savigaila » (paru en 2021 chez Season of Mist), avait été loué sans détour à sa sortie. Faisant la part belle à un hardcore-metal dissonant, nourri d’influences sombres lorgnant parfois vers le black metal, ERDVE y frappait fort et juste, en plein sur sa cible : vous. Le grooupe s’y révélait comme un concurrent sérieux de CELESTE, HEXIS ou THIS GIFT IS A CURSE en matière de brutalité maîtrisée sur le bout des doigts. Le tout avec, en bonus, des parties plus expérimentales délivrées dans un maelstrom sonore du plus bel effet.
Ici appuyé par une production monstrueuse, mixage et mastering étant réalisés "maison" par le groupe, « Epigrama » n’y va pas par quatre chemins. Il annonce la couleur dès le titre éponyme introductif : du gris au noir en passant par le rouge vif, il y en a pour tous les goûts. Cela se vérifie tout au long d’un album qui convie aussi à la noce un sludge boursouflé d'écrasants mid-tempos. Mais sa marque de fabrique reste bel et bien ce hardcore-metal incisif, parfaitement en place, sur lequel vient se greffer un enrobage blackened des plus sombres. Celui-là même qui secouait méchamment les tympans sur « Savigaila ». À la différence près qu’ERDVE évolue désormais dans des sphères plus modernes, avec des incursions rythmiques massives dont raffolent les formations metalcore les plus en vue. La claque se fait ici plus subtile… mais n’en demeure pas moins compacte et puissante.
La bête de Vilnius révèle en effet de solides arguments en ses entrailles. Les guitares, véritables murs du son, contrastent à merveille avec le chant du leader et tête pensante du groupe, Vaidotas Darulis. L'effet est celui d'un couteau chaud planté dans une motte de beurre (demi-sel, bien sûr). Tout ce chaos organisé, mené de front par les hurlements viscéraux de Darulis, transmet une douleur et surtout une passion palpables derrière ces huit morceaux. Le final de "Skepsis" en est la plus belle illustration, à l’instar de ce léger flirt avec le nu-metal sur "Ydos" ou avec la musique électronique sur la deuxième partie de "Trukmė".
Qu'ajouter à cela ? Pas grand-chose à vrai dire, à part cet artwork, à la fois intrigant et oppressant signé par le groupe. Un collectif qui a une nouvelle fois le chic pour mettre en images le côté sombre de la nature humaine, comme une invitation à flirter avec l'insondable. On aurait bien repris aussi quelques minutes de noire violence ainsi qu'un peu de rab d'ambiances triturées... mais trêve de pinaillage, car c'est bien la classe qu'il convient de saluer ici. La grande classe.