26 juin 2026, 23:59

ROCK IN BOURLON 2026

@ Bourlon (Part. 1)


UNCLE ACID AND THE DEADBEATS (dimanche, 23h30 – 00h40) vient d’achever son set solide mais sans ce grain de folie qui rend un concert inoubliable. Le heavy sabbathien ("Whithered Hand of Evil") des Britanniques a été joué dans la pénombre et sans grande interaction avec la foule. Les premiers rangs ont toutefois apprécié ces titres groovy, ce stoner vitaminé enrichi de longs soli, ce retour au psychédélisme des 70’s, comme sur le brillant et quasi pop "Bedouin". A peine les dernières notes du répétitif "No return" se sont-elles dissipées dans la nuit de Bourlon qu’une vague de magie nostalgique résonne. "Bella Ciao" sort des amplis, suivi par une longue playlist dansante. Les fans ne quittent pas l’arène, se trémoussent,  se lancent dans d’interminables farandoles, souvent derrière le canard en plâtre, symbole de ce festival rural et convivial, à taille humaine.

Les gars de la sécurité, dans une inversion des rôles, se lancent dans des séances de crowd surfing, à l’image de Doc qui met en cette douce soirée un point final à sa mission de gardien du temple – enfin de la scène plutôt. La fête ne semble jamais vouloir finir, les batailles d’eau explosent un peu partout et tous, jeunes et vieux, robes et vestes à patchs, tatoués et enfants, adeptes de musique violente ou d’ambiance planante, oui tous, célèbrent la fin d’un marathon de trois jours vécus comme dans un rêve. Ni la canicule des deux premiers jours, ni l’orage du samedi qui aura interrompu le festin avant le dessert (BRUIT ≤ n’a pas achevé sa prestation magique, zébré d’éclairs en écho à une mise en lumière et en images déjà prenantes, d’une puissance émotionnelle terrifiante dans le sillage de l’époustouflant "Progress/Regress", DAME AREA a été annulé et la tête d’affiche, FANGE, a été reprogrammé en ouverture le dimanche) n’ont atténué la beauté des songes de trois nuits d’été. Et le lendemain, au réveil fatigué de cette overdose de musique, que reste-il de ce kaléidoscope d’images et de sons, de sensations et d’émotions ?


Certaines prestations, minoritaires, ne nous ont guère marquées. Il importe donc de relire ses notes pour en écrire quelques mots. CANTELEU (vendredi, 16h55 – 17h35) a présenté une cold wave timide et synthétique, à la douceur ouatée et aérienne. C’était certes un peu de fraîcheur dans la chaleur mais la jeune formation manque pour l’instant de personnalité. NOTHING (vendredi, 21h10 – 22h), entre un guitariste arrogant et un bassiste qui semble fatigué, propose un shoegaze grungy plutôt paresseux. Malgré la voix magnifique, quasi vaporeuse, du chanteur, les compositions s’étirent en ennui. Si la fin du concert est plus dynamique, ces 50 minutes ont paru bien longues… comme les trois quarts d’heure alloués à ELECTRIC CITIZEN (dimanche, 18h35 – 19h20). Devant un public dispersé – l’heure du souper ? – qui ne daigne qu’à quelques applaudissements polis, les Américains signent un heavy rock vaguement psychédélique ("Smokey") ancré dans les 70’s. Peu d’originalité dans ces compositions qui semblent interminables ("Lizard Brain") ; les efforts de Laura Dolan, la frontwoman, resteront vains.

Place maintenant au bruit et à la fureur du hardcore et de ses cousins, à l’honneur le samedi sur la seconde scène, baptisée la Paon. TEIGNE (14h00 – 14h30) a lancé cette après-midi frénétique avec un mélange explosif de hardcore, donc, de grind – coucou NAPALM DEATH sur "Human Amalgam"! – et de powerviolence ("Unmasked"). A l’image de l’utilisation d’une contrebasse électrique en fin de set ou d’intelligentes trêves ("Outlive"), le trio évite l’écueil du monolithique. Surtout, il compte en son rang Gaëlle, chanteuse haineuse, à la présence sidérante, au courage immense quand elle n’hésite pas à se produire torse nu dans une démarche audacieuse de lutte contre la sexualisation des corps, quand elle dédie un titre « aux survivants et survivantes d’agressions sexuelles". Bravo pour ce concert méchant… comme une teigne !


XIAO (16h20 – 16h50) navigue dans les mêmes eaux du hardcore/power-violence. Menés par une chanteuse en pleine forme, les Suédois ne laissent aucun répit à des fans… qui ne demandent rien d’autre que cette débauche d’énergie communicative. Mission remplie à grands coups de morceaux courts aux riffs aiguisés ! Une louche de groove et une pincée de ralentissement ("End of Times"). BOMBARDEMENT (17h35 – 18h), qui défend son dernier album "Dans la fournaise" au titre particulièrement bien adapté, assène à toute vitesse son d-beat. Sous un soleil écrasant, les Bordelais sont quelque peu statiques mais leur punk n’en pâtit pas. Avec DENIAL OF LIFE (18h55 – 19h25), le hardcore fusionne avec le thrash. De cet accouplement barbare naît un set ultra-dynamique, porté par deux guitaristes spectaculaires et une chanteuse qui se donne totalement, sans se prendre au sérieux. Elle arrose ainsi les spectateurs au pistolet à eau… et ils en redemandent : les circle pits et les séances de crowdsurfing incessants déshydratent !

La folie monte encore d’un cran avec FRONTIERER (20h15 – 21h05). Leur hardcore qui tend vers le mathcore est sublimé par la démence qui s’empare des musiciens, chacun tentant d’aller plus loin que ses compères dans le dévouement. Si un guitariste escalade une structure métallique – et finit le front en sang à force de se le frapper avec le poing – son homologue, après avoir son anniversaire fêté par la foule, se laisse tenter par un stagediving aussi audacieux qu’hésitant. Le bassiste s’y risque lui aussi quand le chanteur préfère venir se coller au premier rang. Les Ecossais sont aussi d’excellents musiciens, mené par un compositeur hors pair, Pedram Valiani, qui fait naître la beauté du chaos ("As the Night Wept") comme une confirmation du mantra d’André Breton : « la beauté sera convulsive ou ne sera pas ». Des réminiscences punks, voire indus ("Corrosive Wash") se font parfois entendre au cœur de ces tourbillons rythmiques, de ces riffs sortis de nulle part. Une expérience inouïe, agnifiée par une époustouflante présence scénique.

Après ces agressions auxquelles nous avons joyeusement consenties, pourquoi ne pas s’offrir un voyage vers des horizons plus calmes ? Le Rock in Bourlon aime en effet délaisser de temps en temps les quarantièmes rugissants pour des mers apaisées… que nous allons vous faire découvrir sous peu, ainsi que nos coups de cœur, les groupes inclassables et les nombreuses formations indus.

Part.2, Part.3
 

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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