28 juin 2026, 23:59

ROCK IN BOURLON 2026

@ Bourlon (Part. 3)


Un festival qui propose, entre autres succulents aliments, un sandwich au camembert passé au barbecue en pleine canicule, ne peut qu’aimer le gras et la lourdeur. Bourlon est ainsi un lieu accueillant pour les fans de doom. TONS (samedi, 15h10 – 15h50) est la première formation à officier dans ce genre. Les Italiens font tomber sur la scène Le Paon une chape de plomb, où vocaux criards er graves se succèdent de façon assez étonnante. Le samedi, sur L’abreuvoir, CONAN (21h05 – 22h05) tient son rang de tête d’affiche avec une prestation solide. Le trio anglais, mené par un Jon Davis réclamant sans cesse, et souvent en vain, des circle pits, assène ses compositions préhistoriques avec sa classe habituelle. A la basse, David Ryley, visage marqué et t-shirt SUNN O))), semble possédé par chacune des notes jouées, emplies de fuzz et assénées avec un accordage très bas. Le groupe offre trois titres de son dernier album, "Dimension Violence" dont le massif "Foeman’s Flesh" qui abrite un riff titanesque. Quand le chanteur se met à hurler de sa voix si caractéristique, comme sur "Desolation Hexx", la violence malsaine est à son comble, à peine atténuée par quelques passages groovy. Toutefois les gaillards n’hésitent pas à dégainer leurs titres plus rapides, enfin relativement rapides, tels le thrashy "Levitation Hoax" ou le quasi-hardcore "Ritual of Anonimity". Ils sortent aussi le court, et pas très réussi, "Volt Thrower", et concluent sur le bref et énergique "Anger Mask" qui déchaîne le public. Si les amateurs de longues pièces étouffantes ont été quelque peu déçu – mais ils ont savouré l’excellent "Satsumo" tiré du cultissime "Horseback Battle Hammer" – les gars de Liverpool quittent la scène sous des applaudissements aussi nourris que mérités.


Peut-on jouer du doom en short et chemise à fleurs ? L’un des deux guitaristes de OCCULT HAND ORDER (dimanche, 16h20 – 17h05) nous prouve que oui. Les Lyonnais glissent des touches post metal dans leur lourdeur oppressante magnifiée par un chanteur à la voix douce, voire plaintive. Quelques éclats aériens se glissent dans leurs compositions aux ambiances changeantes. Une belle découverte. REZN (dimanche, 21h40 – 22h30) évolue dans des eaux semblables, enrichies d’une vague stoner/psyché. Saxophone et synthé ajoutent d’étranges couleurs aux morceaux, nimbés de rouge ou de bleu. Ils s’étendent en longues plages instrumentales, où atmosphères planantes, mélancoliques ("Optic Echo") et lourdeur écrasante s’unissent en un étrange mariage ("Possession"), en une explosion chaotique ("Chasm" qui clôt le concert en une longue distorsion).

Quasiment à l’opposé du spectre musical, Bourlon a aussi proposé une riche programmation indus, concentrée sur le vendredi. AUTHOR & PUNISHER (19h40 – 20h25) inaugure avec une rage jouissive la plongée dans le monde des machines. Le maître du jeu, Tristan Shone, sorte de Hannibal Lecter muselé derrière son étrange micro, domine l’espace du haut de son installation. Il est accompagné par un Doug Sabolik (ECSTATIC VISION) démonstratif dans son t-shirt SCORPIONS ; il multiplie les poses et va jusqu’à jouer avec les dents. Le duo assène une terrible leçon de violence, où les assauts incessants, entre riffs aiguisés et sonorités martiales, vibrent dans les corps et broient les âmes.


Quand FANGE rejoint la paire sur scène la folie devient totale ! Les Français, prévus en clôture du samedi, ont vu leur concert reporté au dimanche, en ouverture, dès 14h. Peu importe l’horaire, la pyrotechnie est au rendez-vous pour accompagner la frénésie du quatuor. De leur musique se dégage une tension constante. Elle se matérialise dans les gestes de pantins désarticulés de Matthias Jungbluth, chanteur en short et marcel, ou dans l’attitude vindicative du bassiste Antoine Perron qui se frappe tant son crane rasé qu’il finit par saigner… Le groupe insiste sur ses trois derniers albums et prouve que la Bretagne est une terre industrielle. Retour au samedi avec un KING YOSEF (22h00 – 22h45) que rien n’arrête, pas même un problème de micro. Si le batteur et le claviériste sont réservés, le chanteur Tayves Pelletier brûle les planches dans une pénombre bienvenue, haranguant une foule séduite qu’il vient apostropher en se collant aux barrières ; elle répond par une nuée de circle pits… Une démonstration parfaite de l’intensité indus. Une heure plus tard, le duo YOUTH CODE (23h45 – 00h35) ne transmet pas la même passion. Si leur set est efficace, il tend souvent vers une electro dansante rehaussée d’instants hardcore, portée par les vocaux hurlés ou scandés de Sarah Taylor. A la guitare et aux machines, Ryan George se démène, et crache souvent… On a parfois l’impression d’entendre une version fade de NINE INCH NAILS…


Avant de passer à nos trois coups de cœur, quelques mots sur CONJURER (samedi, 19h25 – 20h15). Après avoir pris quelques photos, j’ai suivi ce set de qualité de loin, une barquette de frites à la main – j’aurais pu opter pour l’un des nombreux autres plats proposés mais il faut savoir rester fidèle à ses racines. La lourdeur poisseuse des compositions des Anglais, adeptes d’un post-metal parfumé au sludge, est assénée avec force dans le tourbillon de la chevelure du bassiste qui ne cesse de headbanguer. Brady et Dany se partagent les vocaux gutturaux ou hurlés pour donner plus de relief à des morceaux solidement charpentés, mis en valeur par un back drop de toute beauté. Une musique certes pas idéale pour accompagner son repas mais une prestation remarquable.

Place maintenant, par ordre d’apparition, aux trois coups de cœur du festival, étonnamment concentrés sur la journée de dimanche. MOUNDRAG (15h35 – 16h20), duo fraternel sans basse ni guitare, avec orgue Hammond, batterie… et gong, a enveloppé Bourlon d’un nuage de bonne humeur et d’énergie sorti des années 70. La musique, inspirée de DEEP PURPLE ("The Caveman"), voire de YES, ou dans le sillage d’un KADAVAR pour une référence contemporaine elle aussi tournée vers le passé, et le look de Camille et Colin propulsent un public tout sourire au cœur de cette décennie psychédélique. Outre leurs qualités artistiques, les frangins, qui se partagent le chant, font preuve d’humour, à grands coups de mimiques et d’apostrophes aux spectateurs, et d’une réelle joie de jouer. Les aspirations progressives, comme sur un "Limbo" aux claviers tout droit sortis d’un album d’EMERSON, LAKE AND PALMER, se diluent parfois dans des refrains efficaces ("Changes") et dans un goût très sûr pour la lourdeur du hard rock, comme sur l’instrumental "Stormdrummer" qui porte magnifiquement son nom. Les garçons de Paimpol ont offert une magnifique odyssée dans une faille temporelle.


L’Abreuvoir a ensuite accueilli les dingos de HÅNDGEMENG (17h05 – 17h50). Ces bikers norvégiens n’ont peur de rien, à l’image de la pochette décalée de leur dernier album "Satanic Panic Attack" où ils posent tous les cinq, nus, enlacés, en mode corpse paint. A grands coup de « Hail Satan », ils assènent à grands coups de riffs lourds et acérés leur doom n’roll, genre sans doute né d’une morsure de Lemmy dans le cou d’Ozzy. Pour leur deuxième venue en France, les Nordiques, qui présentent aussi leur style comme du « True Norwegian Apocalypse Rock », insistent sur leur plaisir d’être à Bourlon. Ils présentent leur chanteur comme « Elvis fucking Presley » avant de balancer un nouveau morceau sous amphétamines. Comme les gaillards savent aussi doter leurs compositions d’un groove diabolique, la foule entre en transe, notamment sur l’irrésistible "The sundrinker". Entre pogos et circle pits, se déploient une longue farandole derrière le canard en plâtre symbole du festival ; un grand moment de chaos, de surréalisme ! Voix rocailleuse, soli déchaînés ("Earthwoman"), refrains infernaux et rythme frénétique explosent en un tourbillon rock n’roll avant que le leader du groupe ne s’offre, en conclusion de cette orgie sonique, une séance de crowd surfing.

Le brelan d’as s’achève avec MAQUINA (20h05 – 20h55), qui fait danser la foule en attendant la fin du monde. Rythme techno et gros riffs, noise rock et indus s’entremêlent en mode punk pour rendre Bourlon incandescent, pour la plus grande joie des trois musiciens, démonstratifs et joyeux. La fosse, enflammée, ne résiste pas à cette mixture bondissante mais aussi martiale, répétitive à la mode krautrock. Les Portugais servent un cocktail euphorisant qui monte à la tête bien plus vite que n’importe quelle boisson alcoolisée. Quand Silvia, de DAME AREA dont le concert, orage oblige, a été annulé le samedi, rejoint le trio pour une version sous EPO de "Dança", l’orgasme est atteint ! Le set achevé, les trois camarades se réunissent, le bassiste et le guitariste portant leur batteur pour donner naissance à une statue hilare. Vivement le 14 octobre pour retrouver ces fous furieux au Grans Mix de Tourcoing !

Réussite incontestable, à l’organisation sans faille malgré les aléas climatiques et à la programmation aussi exigeante que brillante, cette édition du Rock in Bourlon restera gravée dans les mémoires des festivaliers… et de l’armée de bénévoles aussi compétents que dévoués. Rendez-vous en 2027 pour une nouvelle merveilleuse plongée dans l’univers infini des musiques qui s’égarent loin des sentiers (re)battus… pour notre plus grand bonheur.

Part.1, Part.2
 

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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