23 septembre 2026, 19:59

HOLDING ABSENCE

Interview Lucas Woodland


C’est l’une des ascensions les plus fulgurantes de ces dernières années dans la scène post-hardcore : HOLDING ABSENCE sont devenus en seulement trois albums l’un des grands noms de cette scène par leur son frais et original dans une scène qui se répète parfois un peu, mais surtout par leurs paroles honnêtes, directes et profondes. Pour leur quatrième disque, le groupe a souhaité prendre le point de vue d’un personnage fictif, un robot, qui découvre l’humanité à travers un monde futuriste entre utopique et dystopique. A quelques jours de la sortie de cet album aussi frais et original qu’efficace, Lucas Woodland, chanteur du groupe depuis maintenant dix ans, a souhaité nous livrer les secrets de « Modern Life Is Lonely ».
 

Vous sortez « Modern Life Is Lonely” le 18 septembre, et cet album se concentre sur nos nouvelles manières de créer des liens interpersonnels, de comprendre les émotions et de vivre à travers les écrans. Quand as-tu réalisé que les connexions constantes créent les vies les plus solitaires ?
Lucas Woodland : Super question ! Je pense que pour moi, l’un des éléments déclencheurs, c’était qu’avec HOLDING ABSENCE, nos trois premiers albums étaient en quelque sorte une trilogie, et on a fait en sorte qu’ils soient tous dans la même veine. On a donc fait cette trilogie, on a fermé ce chapitre, puis on a pris un peu de temps pour nous. Puis, je crois qu’un jour j’ai réalisé à quel point le monde était sombre. Je me suis dit « Oh mon Dieu, quelle époque étrange de notre histoire ! » Tout le monde se sent si fatigué, et trop stimulé… C’est vraiment trop, tu vois ? Et j’ai remarqué que j’écrivais beaucoup sur la solitude, alors que j’ai une femme, j’ai une famille, un groupe, beaucoup d’amis… Je me suis donc demandé pourquoi je me sentais seul. A cette époque de ma vie, je suis un peu plus vieux, je ne suis plus un gamin de 16 ans triste qui pense être le seul à vivre ça. « Mais pourquoi ai-je ressenti ça à ce moment ? » Puis ça m’a fait réaliser que c’est parce qu’on est sur nos téléphones et qu’on a Internet à notre disposition. Je pense qu’on n’a plus vraiment l’impression de pouvoir interagir avec les autres, et on est même un peu dépassés par ça. C’est comme si on pouvait parler à tout le monde, mais sans créer de vrai lien ! Donc le fil rouge, en quelque sorte, de cet album, c’était de réaliser qu’on est tous connectés, mais qu’on se sent déconnectés en même temps.

C’est peut-être aussi l’un des effets secondaires du Covid : pendant très longtemps, on n’a pu se connecter que virtuellement !
Je comprends totalement. Je pense que le Covid nous a presque fait réaliser à quel point le monde est fou. Je pense que ça a presque accéléré le processus. C’est une bonne observation, honnêtement, et j’ai l’impression que ça nous a un peu suivi dans la société.

Comme tu l’as mentionné un peu plus tôt, les trois premiers albums étaient concentrés sur les conflits internes, avec ce concept du « kintsugi », l’art de magnifier un objet brisé, sur « The Noble Art Of Self-Destruction ». Mais cette fois-ci, l’album semble aussi très introspectif malgré l’utilisation d’un personnage extérieur à toi-même. Est-ce que tu écris de ta propre perspective malgré la présence de celui-ci ?
Oui, je me base toujours sur mon expérience. Je crois qu’il y a une expression dans le monde de l’écriture qui est « Ecris ce que tu connais. », tu vois ? Par exemple, pour le film Interstellar, que j’imagine que tu as vu, Christopher Nolan a écrit ce film parce que ses enfants ont grandi, et qu’il ne les voit plus aussi souvent qu’auparavant. Si tu regardes le film en tant que tel, il parle de la relativité du temps, et de ces expériences inimaginables, mais en son cœur, ça parle d’un homme à qui ses enfants manquent, et qui aimerait qu’ils soient jeunes à nouveau. Je pense qu’une des vraies forces de mon écriture, et c’est quelque chose que j’invite chacun à essayer, c’est de penser à soi puis d’essayer de le magnifier. Comme ça, d’une certaine manière, tes petites émotions semblent grandes. Et comme tu l’as dit, on a ce petit personnage, comme une mascotte pour ce nouvel album. On a toujours été un groupe très humain, j’ai donc pensé que ce serait une bonne idée d’avoir un personnage qui ne soit pas humain, et qui voie les émotions presque avec respect. Parce que quand tu es triste, heureux, en colère ou amoureux, tu ne le vois pas objectivement. On ne fait que le ressentir, tu vois ? Mais je me souviens de me dire qu’un robot trouverait probablement cool toutes ces émotions, comme il ne pourrait pas les ressentir. Une grande partie de cet album représentait donc non pas ce que je ressens, mais le fait que je respecte que je puisse ressentir, et à quel point il est génial que je sois un être humain, plutôt émotif qui plus est.

Cet aspect m’a d’ailleurs rappelé le film « Projet Dernière Chance », qui est sorti récemment.
Oui, c’est drôle parce que ce film est sorti bien après que nous ayons terminé cet album ! Je me souviens m’être dit que c’était effectivement similaire, entre Ryland Grace et Rocky (les personnages principaux du film, ndlr). Ça m’a fait penser au robot et à moi-même !

Etant donné que nous parlons beaucoup de films depuis tout à l’heure, si cet album était un film, quel en serait le synopsis ?
Oh, c’est intéressant, parce que nous avons évidemment une narration à travers les différents clips. On a donc choisi de raconter avec ces clips l’histoire d’un robot qui se réveille, comprend à quel point il est génial d’être humain, puis essaie de toutes ses forces de ressentir quelque chose. C’était l’idée de base. Et j’imagine que c’est assez similaire à cet album, qui parle de vivre dans un monde qui semble très déconnecté et solitaire, et d’essayer aussi fort que possible de se souvenir de ce que c’était d’être humain.


J’aime beaucoup le clip que vous avez sorti pour "Lucid Love", qui mêle rêve et réalité. On y trouve une histoire d’amour présente uniquement dans un rêve, un peu à la manière de la trilogie "Pain Remains" de LORNA SHORE. Est-ce que tu as déjà vécu cette chose, d’être amoureux dans un rêve, et de te réveiller en te rendant compte que tout était faux ?
Bonne question, car c’est effectivement le cas. Dans le clip, le scénario, c’est que le robot tombe amoureux, en gros. Et toutes les nuits, il rêve de cette personne en sachant qu’il ne peut pas être avec elle, parce qu’il est un robot et elle est humaine. Mais la chanson elle-même est assez similaire. Cette chanson parle de quand je pars en tournée, et que je suis loin de ma femme pendant des mois et des mois, et on se dit souvent que le plus proche qu’on peut être dans ces moments-là est dans nos rêves. Quand je rêve, je suis avec elle, et quand je suis éveillé, je suis à des milliers de kilomètres d’elle. Donc cette chanson parle vraiment de vouloir dormir et rêver pour pouvoir être avec quelqu’un que j’aime et qui est très loin de moi. C’est donc plutôt similaire. Tout est dans ce mélange de sommeil, de rêves et d’amour, tu vois ?

Je trouve que ça donne une toute nouvelle dimension à cette chanson que j’appréciais déjà beaucoup !
Merci beaucoup !

Musicalement, cet album a un côté un peu hyperactif, passant d’un côté lo-fi à des breakdowns complètement metalcore, ce qui donne un ensemble composé de lumière et d’ombres, à la manière des pixels d’un écran. Comment avez-vous gardé la cohérence dans cet album malgré la nature instable de sa musique ?
C’était le plus difficile, je pense. J’imagine qu’on voulait créer un buffet à volonté musical, vraiment. Si tu veux manger chinois, tu peux, si tu veux manger indien, une pizza, des pâtes ou quoi que ce soit… Tu as tout à ta disposition ! Mais le plus difficile était de faire en sorte que tout ait un sens. Et je pense, honnêtement, que la meilleure manière de le faire est de s’assurer que ton esprit et ton âme restent alignés tout au long du processus. Je sais que je suis assez constant au niveau des paroles et du chant, et les gens savent qu’ils peuvent retrouver ce qu’ils aiment chez moi. Et en gros, je propose de me suivre dans un voyage à travers toutes ces réalités dingues qui existent, et je demande de me tenir la main. Il faut juste me faire confiance, parce que je suis là. Les paroles et la voix sont les mêmes, et ancrent tout l’album. Mais comme tu l’as dit, cet album comporte du lo-fi, du metalcore, mais aussi du shoegaze et de l’hyperpop. Il y a beaucoup de genres différents qui se mélangent dans cet album, et je pense que c’était le défi qu’on s’était donné : nous assurer que ça ne semble pas trop fou. Donc merci de l’avoir souligné !

On ressent en tout cas la lumière dans cet album. L’amour du robot est comme un bug qu’il choisit d’assumer, et on peut l’entendre même sans lire les paroles. On ressent cette positivité sur chaque chanson !
Tu as bien compris l’album, je suis heureux de t’entendre dire ça ! C’est aussi le truc. Il y a beaucoup de solitude, comme on l’évoquait, par exemple sur "Take Me With You". Dans ma tête, c’est comme un hymne à l’espace. Cette chanson commence avec un bruit de bippeur, qui est en réalité ma voix mélangée à un sonar d’une transmission de la NASA. Et la chanson commence par ce bip. Je voulais qu’on ressente cette chanson comme un astronaute flottant dans l’espace, à qui manque quelqu’un qu’il aime, en gros. Mais je pense que nos fans comprennent que nous sommes très simples et plein d’espoir. La chose la plus constante dans notre musique est l’espoir, mais il arrive toujours à travers l’ombre. Par exemple si on parle de "Celebration Song", de notre deuxième album. Ces paroles parlent d’être en vie, ce qui est génial, parce que j’étais plutôt déprimé, et je ne voulais plus vivre, mais j’ai réalisé à quel point c’était cool de vivre. Puis sur une autre chanson appelée "Gravity", on parle carrément de la lumière au bout du tunnel. Même si je suis déprimé, je sais qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. Il y a toujours de l’espoir dans l’ombre. Donc je suis content de savoir que cet album ne sonne pas trop sans espoir.

On dirait effectivement que « Modern Life Is Lonely » aide à se sentir moins seul, parce que chacun ressent la même chose sur notre époque…
Oui, c’est vraiment ça ! Si tout le monde se sent seul, alors personne n’est seul, tu vois ? Et je pense que les gens oublient que c’est la raison pour laquelle tout le monde aime LINKIN PARK, ou MY CHEMICAL ROMANCE. Ce sont des gens tristes qui se sentent seuls et qui chantent de tout leur cœur, et en le faisant, ils se sentent moins seuls. Je pense que c’est le plus important dans cet album : savoir que si tu te sens seul dans ce monde rempli de folie en ce moment, tu n’es pas vraiment seul. Tout le monde le ressent pareil.


Nous mentionnions un peu plus tôt toutes les influences mélangées dans cet album, et la pochette me fait beaucoup penser à THE CHEMICAL BROTHERS, ce qui m’a fait faire quelques liens sur les parties électroniques. Quelles sont les influences électroniques que tu as distillées là-dedans ?
Très bonne question ! L’influence principale vient d’un artiste appelé Porter Robinson. Je ne sais pas si tu le connais, mais il a un album appelé « Nurture », et je pense que c’est potentiellement le meilleur album de ces dix dernières années. Si ce n’est plus ! Honnêtement, il est génial. C’est un super album qui mélange l’EDM, la musique électronique, avec une sorte d’ambiance emo et une once d’espoir. Il y a tout ça qui se mélange, et je ne peux pas vraiment le décrire. Mais cet album a vraiment changé notre manière de penser. Cet album a tout changé pour nous. J’ai aussi beaucoup écouté une artiste appelée Nina Gerace ces derniers temps, ainsi que beaucoup de nouvelle musique électronique. Je n’aime pas trop l’EDM à l’ancienne, honnêtement, parce que je la trouve un peu monotone, mais j’aime les nouveaux espaces que tous ces artistes remplissent. L’hyperpop, l’EDM, la lo-fi, et tous ces types de sons sont vraiment super cool, donc on a un peu canalisé tout ça. Je pense que pour le prochain album, on ira encore plus loin !

Par moments votre album m’a rappelé la musique de Sophie (une DJ malheureusement décédée il y a quelques années, ndlr)…
Oui, je suis un grand fan de Sophie. Je pense que Sophie était une telle visionnaire que même si on ne l’écoutait pas directement, on a tous écouté quelque chose qu’elle a inspiré. C’est vraiment la marraine de l’hyperpop !

J’ai aussi beaucoup aimé votre chanson "Whisper Of A Dream", notamment pour sa phrase centrale « Being a human is more of a burden than I was hoping. » (« Être humain est un bien plus lourd fardeau que je ne l’espérais », ndlr), qui arrive au milieu d’un album plutôt rempli d’espoir. On dirait que tu questionnes ce qui est vrai ou virtuel. Les sentiments positifs sont-ils aussi réels que ceux plus sombres ?
Oui, je pense que tout est valide. Comme je te le disais, on essaie toujours de viser à transmettre l’espoir. Mais en même temps, il faut que l’on dise la vérité sur les choses également. Et je pense que cette phrase est très unique pour moi, car je l’ai écrite de deux perspectives. En gros cette chanson parle très distinctement de deux choses. Le premier angle est du côté de l’humain, c’est une chanson qui parle d’être rêveur, d’avoir des ambitions et des objectifs, puis parfois, je ne sais pas si tu le vis également, mais ces rêves peuvent être épuisants car ils ne se réalisent pas toujours. Nous avons tous nos objectifs à poursuivre dans la vie, et cette chanson demande en gros « Est-ce que ce serait plus facile de ne pas avoir de rêves ou d’ambitions ? » Parce que j’en ai parfois marre d’échouer, tu vois ? Je sais que quelque part, je trouverai la paix, mais je dois suivre ces rêves. Puis, pour l’autre aspect, avec le scénario du robot, ça parle de lui qui gagne une conscience et réalise à quel point le monde est horrible, et comme il est triste. Il voit à quel point il peut être difficile d’avoir des émotions, comment on ressent la solitude et la dépression. Et sa perspective est ce qui a inspiré cette phrase. Il voulait ressentir des choses, et il se rend compte que ces sentiments sont nuls, en fait. Ce qui est drôle, parce que je pense que cette phrase est valide pour ces deux narrations !

J’aime aussi beaucoup "Take Me With You", que tu mentionnais un peu plus tôt, parce que je ressens un sentiment indescriptible de nostalgie, alors que je ne l’avais jamais entendue avant. Comment avez-vous réussi à donner ce sentiment ?
Je pense que ça vient des sons qu’on a utilisés. Les synthés sur cette chanson sont tous plutôt nostalgiques. Ce sont tous des synthés typiques des années 1980. Puis le deuxième couplet arrive, et ça ressemble vraiment à une chanson des années 1980 ! Je suis content que tu aies ressenti ça.

"Kyoto Snow" conclut l’album et montre que les liens entre personnes sont plus forts que le monde, et ça semble presque être la morale de l’histoire !
Oui, ce qui est beau dans "Kyoto Snow", c’est que ça parle en réalité de la réincarnation. Je chante beaucoup sur le sujet de la réincarnation, même si je n’y crois pas vraiment. Mais l’idée de pouvoir avoir une deuxième chance, et un peu comme dans Super Mario, d’avoir vraiment une autre vie… Je trouve que c’est une belle idée de se dire qu’on pourra réessayer un jour, et réussir encore mieux. C’était un élément important de cet album, de réaliser que si nous sommes dans une grande simulation par exemple, nous pourrons expérimenter ces choses à nouveau. Je pense que ça fait également partie de ma personnalité d’échouer, d’apprendre et d’essayer à nouveau. Donc "Kyoto Snow" parle d’aimer quelqu’un mais de savoir que si ça ne marche pas cette fois, on retrouvera ce quelqu’un dans une autre vie. Et étrangement, c’est une sorte de fin positive à l’album.

A quoi ressemblent donc les sessions d’écriture pour vous ? Parce que pour trouver des idées qui vont si bien ensemble, il faut bien les essayer avant !
Oui, on a passé vraiment beaucoup de temps à travailler sur les chansons de cet album. Je sais que tout le monde le dit en interview, donc j’hésite à le dire car c’est vraiment cliché je trouve, mais on a écrit environ 30 chansons qui n’ont pas atterri sur cet album. On a vraiment essayé beaucoup de choses, et c’étaient toutes de bonnes chansons, tu sais ? Je pense d’ailleurs que si on les avait écrites deux ans plus tôt, elles auraient probablement fini sur notre dernier album. On a vraiment supprimé de la très bonne musique, mais je pense qu’il fallait incarner une nouvelle sorte d’énergie. Ça a nécessité beaucoup de travail, comme tu le disais. Certaines de ces chansons ont été écrites dans ma chambre, comme "Scorched Earth", "Whisper Of A Dream", ce genre de choses. Puis il y a eu d’autres chansons comme "Heaven" et "Reflection", qui sont les singles un peu plus épiques, qui ont été écrites avec notre producteur (Daniel Braunstein, ndlr). Il y a ensuite "Kyoto Snow" et "Take Me With You" qui ont été écrites avec un de nos bons amis appelé Kel Pinchin, qui est un excellent auteur-compositeur et producteur. Mais il fallait vraiment qu’on trouve cette saveur, et faire l’effort d’écrire ces chansons. Parce que je pense que quand on écrit un album aussi éclectique que celui-ci, on ne peut pas le faire dans une seule pièce. On ne peut pas faire chaque chanson dans la même pièce. On a donc dû faire l’effort de nous disperser un peu, tu vois ?

Oui, effectivement. Ça me rappelle un peu la manière de travailler de BRING ME THE HORIZON sur leur dernier album, avec DaiDai de PALEDUSK.
Oh oui, j’adore PALEDUSK ! J’ai essayé de travailler avec DaiDai sur cet album à vrai dire, parce que c’est un ami depuis des années. Je les ai découverts pendant la pandémie, et on a tourné au Japon avec eux ! J’adore ces gars. Mais je pense que tu as raison, et que c’est la direction que prend la musique. Il y a tellement de magie à faire ça ! Il n’y a plus de honte à se faire aider pour l’écriture. Nous sommes amis avec LOATHE et SLEEP TOKEN, qui sont des groupes qui veulent être les seuls à mettre les mains dans leur musique, mais il y a d’autres groupes comme STATIC DRESS ou SPIRITBOX qui co-écrivent, et qui sortent leurs meilleurs morceaux comme ça. La règle selon laquelle on ne doit écrire que pour son propre groupe est partie depuis longtemps, ce qui est un concept intéressant.

C’est vrai que j’ai eu l’impression que cette barrière est tombée quand il y a quelques années Damon Albarn a souligné le fait que Taylor Swift n’écrivait pas tout seule, et que tout le monde est venu la défendre.
C’est effectivement le cas ! Je vais être honnête cependant, j’ai découvert qu’elle avait écrit un album avec THE NATIONAL, et c’était le premier album d’elle que j’ai écouté, parce que je voulais savoir comment ça sonnait (il parle probablement de la chanson "The Alcot", ndlr). Et je pense que les collaborations deviennent de plus en plus excitante, en réalité ! Par exemple, je ne sais pas si tu aimes Halsey, mais elle a sorti un album avec Trent Reznor (et Atticus Ross, ndlr) de NINE INCH NAILS, et c’est un super album ! J’aime Halsey, mais j’adore vraiment sa collaboration avec NINE INCH NAILS ! C’était encore plus cool !


​Quelle chanson de l’album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd’hui ?
Oh, mon humeur aujourd’hui… Difficile ! J’étais à quatre pattes à poncer le sol de ma nouvelle maison, donc je dirais probablement "Scorched Earth", parce que j’aime vraiment le côté plus sale de cette chanson. Je ne me sens pas souvent comme ça, mais quand on finira cette interview, je vais aller prendre une douche et me détendre, et peut-être que je me sentirais comme "Reanimate" (rire) !

Sur un tout autre sujet, je me souviens qu’en 2022 vous deviez jouer dans un tout petit club de Paris appelé « L’International » avec AS EVERYTHING UNGOLDS. Maintenant, vous avez pris tellement d’élan qu’il semble inimaginable de vous faire jouer dans cette salle (d’autant qu’elle a fermé, ndlr) ! Est-ce que ta vie a drastiquement changé depuis « The Greatest Mistake Of My Life » ?
Oui, je pense que c’est quelque chose d’intéressant. Quand je grandissais, les groupes ne respectent pas objectivement leur musique, ils disaient souvent « Je déteste cet album. » Mais il faut être objectif ! Moi, j’adore « The Greatest Mistake Of My Life ». En tant que fan de mon propre groupe, j’apprécie l’écouter de temps en temps, et je respecte ce qu’il a fait pour nous de bien des manières. Je pense que tous les groupes espèrent avoir un album comme ça. On espère tous écrire un album comme ça ! Et pour être tout à fait honnête, ce prochain album nous fait penser qu’un album sur deux qu’on écrit est le meilleur (rire) ! Je ne veux pas discréditer nos albums, le pense que notre album éponyme est quelque chose dont je suis vraiment fier, puis « The Greatest Mistake Of My Life » était génial. Ensuite, pour « The Noble Art Of Self-Destruction », je pense qu’on était un petit peu moins ambitieux, et qu’on voulait simplement écrire des chansons post-hardcore cool. Mais encore une fois, avec « Modern Life Is Lonely », on a l’impression d‘avoir fait un nouveau pas en avant, vraiment ! Mais oui, je suis très reconnaissant pour tout. J’adore jouer en France, et j’adore jouer en Europe. On a très hâte de revenir. On a joué à Paris récemment, je ne sais pas si tu y étais, mais c’était au Backstage By The Mill, et c’était très personnel et intimiste. Puis on a rejoué dans cette même salle en France avec DAYSEEKER quelques années plus tard, et je suis vraiment reconnaissant que notre groupe continue de grandir. J’aime beaucoup revenir voir nos vieux amis ! Pour moi, si tu es là depuis les débuts, tu es un ami du groupe, et j’ai hâte de te voir aux concerts, de savoir comment a évolué ta vie depuis la dernière fois, tu vois ? On est très chanceux, et comme tu le disais, « The Greatest Mistake Of My Life » a aidé à nous catapulter de cette manière, et je serai toujours très reconnaissant pour ça.

Retrouvez HOLDING ABSENCE avec ENTER SHIKARI le 10 novembre à la Laiterie de Strasbourg avec THE CALLOUS DAOBOYS en pemière partie.
 



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