Le premier jour du festival constituait une belle mise en bouche, avec notamment les DOGS D’AMOUR et VARDIS pour se mettre en appétit. Mais on ne peut pas dire que l’affluence ait satisfait les organisateurs. Heureusement, le deuxième jour de l’événement rétablit l’équilibre cosmique, avec une affiche comportant deux groupes américains légendaires ayant totalement ignoré par le passé notre Vieux Continent, et une assistance deux à trois fois plus fournie, donc environ 300 personnes, à vue de nez.

Notre deuxième journée débute directement avec MYSTERY, une légende belge de l’AOR. Au début des années 90, le combo flamand avait sorti deux albums réputés, dont le second coproduit par Harry Hess et Pete Lesperance, de HAREM SCAREM, avant de disparaître. Un peu plus de trente ans plus tard, le groupe tente un incroyable retour, hélas sans son excellent chanteur d’origine, Peter De Wint, mais heureusement avec un remplaçant fort talentueux, un certain Sammy, qui signale son arrivée sur les planches d’un cri ma foi assez impressionnant.
Devant une foule déjà fort conséquente, malgré l’horaire précoce (13h10), MYSTERY revisite donc en quasi -intégralité son premier opus, dans le désordre puisque le concert débute par le neuvième titre, "Fight For Your Life", avant de poursuivre par le quatrième, "Heart On Fire".
Comme sur son disque, MYSTERY livre un hard FM (ah, c'est comme ça qu'on disait à l’époque) plutôt costaud, mais toujours très mélodique. Le groupe qui, depuis sa reformation, a très peu joué, semble vouloir aller de l’avant, puisqu’un inédit est révélé, "Two Hearts On The Run". En attendant un éventuel troisième disque, les Belges vendent sur place une réédition de leur premier album, qui part comme des petits pains.

STEELOVER, le chouchou du GARF puisqu’il en est à sa quatrième apparition au festival (après les éditions 2022, 2023 et 2024, mais c’est normal, il est du coin), continue dans le metal belge de qualité, mais cette fois nettement plus plombé que celui de MYSTERY. Contre toute attente, alors que les précédentes prestations du groupe au GARF nous avait laissé de marbre, cette tentative est pour nous la bonne.
Ceci sans doute grâce à l’inclusion dans la setlist de nouveaux morceaux, issus de l’album « Devil’s Highway », paru l’été dernier. Des inédits que les Belges mettent en valeur dès le début – "Devil’s Call", "Chains Of Love", le véloce "Keep On Running", précédé d’un petit discours où le chanteur avoue : « La salle est pleine, ça nous touche ».
Après une dernière nouveauté, "Canyon", STEELOVER explore son patrimoine, notamment une très bonne version de "Struck Down", figurant à l’origine sur son premier album, et reenregistrée pour « Devil’s Highway ». Un déferlement metal atténué sur la fin par une participation du public au chant.
Au bout de presque une heure, le groupe termine avec un "Rock Bottle" de circonstance, puisque la nuit semble avoir été courte après le concert donné la veille à La Haye, aux Pays-Bas…

DEMON sur scène nous fait toujours passer un moment agréable. Ceci grâce à un mélange d’expérience, de titres forts, et une attitude sur les planches qui régale les yeux. Le constat se vérifie une nouvelle fois ce samedi, durant une prestation de presque une heure.
Le groupe, emmené par un chanteur, Dave Hill, perpétuellement en train de faire le pitre, se trouve désormais à la tête d’un solide patrimoine discographique, dont les trois premiers éléments, « Night Of The Demon » (1981), « The Unexpected Guest » (1982) et « The Plague » (1983), restent les meilleurs, et sont donc logiquement sur-représentés dans la set-list.
"Night Of The Demon", la chanson, ouvre le bal et donne un avant-goût de ce qui nous attend : du heavy mélodique, de jolis solos de guitare, et un chanteur roulant les yeux, grimaçant à tout bout de champ et venant faire l’andouille près de ses musiciens. Une formule bien rodée, et qui fonctionne du tonnerre, que ce soit lors des incontournables ("Sign Of A Madman", "The Plague", "Don’t Break The Circle"), ou de titres moins connus mais tout aussi efficaces ("Hurricane", "Standing On The Edge", "Wonderland", entre autres).

Une seule nouveauté aujourd’hui, "Face The Master", en provenance du fort recommandable « Invincible » de 2024. Aux côtés de Dave Hill, qui a l’air de bien s’amuser, ses accompagnateurs, qui assurent tous des chœurs impeccables, ont eux aussi l’air de prendre du bon temps. Comme le public aussi, nous dirons que ce concert de DEMON restera comme l’un des meilleurs moments de ce GARF 2026 !

La fiesta continue avec un autre groupe rarement vu sur le Vieux Continent, CONEY HATCH. Les Canadiens effectuent actuellement une tournée anniversaire pour célébrer les 40 ans de leur troisième album, « Friction », sorti en 1985. Pas vraiment celui qui a le plus marqué les esprits en France, mais bon, c’est Carl Dixon, le chanteur et guitariste, le patron, et il fait ce qu’il veut.
A commencer par jouer l’intégralité de « Friction » dès le début du show, et dans l’ordre. Petit bonus, Dixon prend, à chaque nouvelle chanson ou presque, le temps d’une petite explication, d’un commentaire, d’une anecdote. Les 9 morceaux de « Friction » défilent donc, de "This Ain’t Love" et sa rythmique pesante au carré "Burning Love".
La rapide "Wrong Side Of Town" est chantée par le bassiste, tandis que la très pop "Girl From Last Night’s Dream" bénéficie de louanges de Dixon : « Les fans me disent souvent que c’est leur chanson préférée de l’album, et je me réjouis de la jouer ». Enfin, si vous ne le saviez pas, "He’s A Champion" parle du boxeur Mohamed Ali.
Après ce sympathique moment d’histoire, place au best of. CONEY HATCH va piocher dans le reste de sa discographie (juste trois autres albums, mais seuls les deux premiers seront mis à contribution) et nous propose pour commencer une ballade, la mélancolique "To Feel The Feeling Again".
Les Canadiens reviennent ensuite rapidement à une atmosphère plus électrique, l’occasion d’entendre les toujours plaisants "You Ain’t Got Me", "First Time For Everything", le costaud "Don’t Say Make Me", le tube "Hey Operator", "Devil’s Deck", et le terminal et fonceur "We Got The Night".
Encore un show très satisfaisant pour les connaisseurs comme pour les néophytes. Un seul bémol pour pinailler : où est passé le titre « Stand Up », pilier des concerts de la grande époque ?

Ce n’est certainement pas avec FM que le niveau du GARF 2026 va baisser, loin de là. La formation britannique excelle depuis ses débuts dans le style musical qu’évoque son nom, sans sombrer dans trop de mièvrerie. Du moins sur scène, car sur disque, c’est une autre paire de manches… Contrairement à ce que nous avions cru comprendre, le groupe fête le 40e anniversaire de son tout premier album, « Indiscreet », mais ne le joue pas en intégralité, n’en sélectionnant que 4 extraits, ce qui reste pas mal dans une setlist qui en comportera 12.
C’est néanmoins avec des morceaux plus récents que FM démarre, les efficaces "Digging Up The Dirt", "Killed By Love", "Indiscreet" étant ensuite évoqué avec "That Girl", puis "Other Side Of Midnight", nettement plus… FM, au sens radiophonique.
A son habitude, Steve Overland chante extrêmement bien, toujours entouré de sa fidèle section rythmique, présente depuis les débuts : le bassiste Merv Goldsworthy (ex-DIAMOND HEAD et SAMSON) et le batteur Pete Jupp (lui aussi ex-SAMSON, et ex-WILDLIFE, où il avait croisé Overland).
Overland, qui a perdu un de ses guitaristes, son frère Chris, disparu en 2023, s’empare occasionnellement d’une six-cordes. Il se voit parfois rejoint au contact du public par le claviériste Jem Davis, qui ne tient pas en place, sautant lors de "That Gir" ou fier de parader sous les lumières avec son keytar pendant "Other Side Of Midnight".
FM pioche un peu partout dans sa pléthorique discographie, mais oublie ses deux derniers albums, pourtant recommandables, le morceau le plus récent, le très bon "Turn This Car Around", datant de « Thirteen » (2022). Mais bon, nous sommes en festival.
Le concert s’achève en douceur sur "Does It Feel Like Love", qui n’est pas une ballade. Et les spectateurs ont beau réclamer « we want more, we want more », ce sera tout pour ce soir. Le concert préféré de la journée pour certains membres du public, quand même…

Les organisateurs du GARF en avaient des étoiles dans les yeux depuis l’an dernier, fiers d’avoir réussi à convaincre deux groupes mythiques américains de franchir l’Atlantique pour une apparition unique dans leur festival : STARZ et BLACK ’N BLUE.
Un peu d’histoire avant de parler du concert du premier, car sa célébrité date de la fin des 70s. A l’époque, STARZ constitue un des fers de lance du hard rock US, travaillant comme un forcené, 4 albums en 2 ans ! Managé par ceux qui s’occupent de KISS, les musiciens sont souvent présentés comme les successeurs de AEROSMITH, même s’ils affichent un côté nettement plus pop, les rapprochant par moments davantage d’un CHEAP TRICK.
Pour la faire courte, STARZ ne connait au final qu’un succès mitigé, mais devient culte, notamment auprès d’artistes comme les MÖTLEY CRÜE ou TWISTED SISTER, qui les citent en référence. Durant leur période la plus active, les Américains délaissent totalement l’Europe, ce qui n’aide pas non plus à leur popularisation.

Une lacune désormais comblée, et de fort belle manière, lors d’une prestation qui restera pour notre part la meilleure de tout le festival. Des morceaux un peu simples comme "Detroit Girls", le boogie "Tear It Down", servis d’entrée de jeu après "Where Will It End" en ouverture, percutent bien plus en live qu’en studio. Ceci grâce à l’énergie de tous les membres, dont les deux vétérans, le guitariste Richie Ranno et le batteur Joe X. Dubé, magnifique avec sa veste à paillettes et sa moustache en guidon de vélo, tous deux largement septuagénaires.
Même la ballade, et tube en 1975, "She’s Just A (Fallen Angel)", passe brillamment le cap du live, avant que STARZ ne remette les doigts dans la prise avec "Monkey Business", lors duquel le deuxième guitariste vient pousser un cri phénoménal dans le micro du chanteur.
La plus grande partie du premier album, de 1976, continue d’être proposée, avec "Live Wire" puis "Night Crawler", apparemment peu joué auparavant. Après le sauvage "Rock Six Times", "Last Night I Wrote A Letter" se démarque avec son superbe refrain. "Cherry Baby" est introduite par une blague entre les musiciens, Ranno affirmant qu’il aime beaucoup manger des cerises (nous vous laissons chercher le sens plus salace que le terme peut signifier en anglais).
On s’amuse, des deux côtés de la scène, mais les STARZ ne sont pas que de joyeux lurons. "Pull The Plug", proposé ensuite, parle en effet d’acharnement thérapeutique, et est inspirée d’une histoire vraie. Cette chanson, à l’époque, provoqua quelque émoi, mais en 2026 et à Liège, il devient un superbe blues qui ravit la foule.

Le groupe part ensuite en instrumental, "Coliseum Rock", l’introduction à l’ultime titre, "It’s A Riot". Une heure passée à toute vitesse, on aurait bien pris un vrai concert d’une heure et demie. Mais on se console en pensant que STARZ a offert à ses fans un cadeau bonus, du moins pour ceux présents lors du soundcheck, quelques minutes avant le début du concert officiel : rien moins qu’une version quasi complète du "Taking Care Of Business", de BACHMAN-TURNER OVERDRIVE, enrichi à sa fin par une citation du "Cat Scratch Fever" de Ted Nugent. Que de bonnes références !

Autre pointure attendue depuis des décennies, BLACK ’N BLUE. Quatre albums dans les années 80, un autre en 2011, un single l’an passé… Les Américains disposent de munitions, et eux aussi foulent pour la première fois le sol continental européen. Dans l’effectif figurent les piliers, le chanteur Jaime St. James (méconnaissable avec sa bouille toute ronde, même s’il bénéficie toujours d’une capillarité exubérante), le batteur Pete Holmes et le bassiste Patrick Young. Ne participe hélas pas à l’événement le guitariste Tommy Thayer, dont on se doute qu’il préfère rester actif dans l’univers KISS.
Après une intro bien glam, place à un trio d’ouverture composé de "Rockin’ On Heaven’s Door", la reprise de SWEET "Action", et "Chains Around Heaven". De quoi bien mettre en bouche. Malgré son physique inquiétant, St. James assure au micro, et ses compères s’en donnent à cœur joie. Comme l’avouera plus tard le chanteur, « ça valait le coup de s’être tapé 17 heures d’avion pour venir ici ! » Nous ne pouvons que confirmer. Soulignons que frontman évoquera à plusieurs reprises le fait d’avoir enfin réussi à venir en Europe, sans doute quelque peu étonné par la ferveur des spectateurs, et remerciera même Dieu pour cette excursion loin de chez lui.
BLACK ’N BLUE n’hésite pas à intégrer dans sa set-list un des deux titres révélés l’an dernier, à savoir "Lifeline", en fait une démo de 1983 ici enfin finalisée. Sympa, mais on voit bien que le public réagit davantage aux oldies comme "Get Wise To The Rise", "Nasty Nasty", "Autoblast", "Without Love" ou le très AC/DC "School Of Hard Knocks".

Dans la fête, le bassiste Patrick Young, le mieux conservé du lot, monte souvent aux avant-postes, et le son de son instrument se révèle monstrueux lors du break avec la batterie pendant "Do What You Wanna Do", et surtout l’attendu "Wicked Bitch".
Vu le couvre-feu qui menace, les Américains, sautent quelques étapes pourtant prévues dans la set-list au pied des musiciens (adieu "Heat It Up! Burn It Out! " qui aurait dû survenir avant "Without Love"), et intègrent directement le rappel dans leur set. L’occasion d’entendre de bonnes versions de "Hold On To 18", et surtout le diligent "I’m The King", qui clôt les débats. "Violent Kid", pourtant inscrit en dernière position sur la setlist, passe à la trappe. Mais qui en voudrait aux musiciens, qui se sont donnés à fond durant une heure et quart ?
Le GARF 2026 a vécu, on peut désormais espérer une édition 2027 avec encore quelques revenants. Nous en saurons sans doute davantage d’ici la fin de l’année…