A côté de mastodontes comme le Hellfest, le Motocultor, le Graspop Metal Meeting, le Wacken Open Air ou l’Alcatraz, de petits festivals tentent leur chance. De taille plus réduite, donc offrant une ambiance plus relax, mais aussi souvent des affiches plus pointues, eux aussi méritent le déplacement.
Comme le Golden Age Rock Festival, surnommé le GARF, sis à Liège depuis 2019. Ses promoteurs révèlent leur amour pour le classic-rock et le hard rock des années 70 et 80 à travers des programmations qui, depuis le début, ont proposé des artistes rarement, voire jamais venus en Europe, ou en France (et Belgique) : MOXY, TEAZE, BARON ROJO, Russ Ballard, LEGS DIAMOND, DOC HOLLIDAY, FOGHAT, ANGEL, 220 VOLT, LEAF HOUND, ATOMIC ROOSTER, GEORDIE, HEAVY METAL KIDS, STRAY, EPITAPH, et bien d’autres encore…
Bref, depuis 2019, et malgré un gros trou d’air dû à la pandémie (pas d’édition en 2020 et 2021), puis un cru en voilure réduite en 2024, nous venons et revenons à Liège. Et veillons bien à être présents dès le premier jour, ce vendredi 18. Une journée marquée certes par le retour des DOGS D’AMOUR, pas vus depuis une paye, mais aussi une très rare incursion sur le continent de VARDIS.

Après un tour de chauffe des locaux de l’étape, CHILLY POM POM PEE, du classic-rock bien accueilli, place au premier gros morceau, les MERCURY RIOTS. Les Américains, contrairement à d’autres espoirs de leur génération, ne négligent pas l’Europe, et nous avons déjà eu l’occasion d’apprécier leur hard rock mélodique à l’ancienne à deux reprises ces dernières années à Raismes.
Scoop, ils n’ont pas changé leur formule, et continuent à mêler énergie et mélodie. Emmené par Justin Paul Walker, un chanteur chapeauté et équipé de lunettes noires (comme le bassiste), le combo ne va pas chercher bien loin de quoi remplir sa set-list, ne possédant dans sa besace qu’un seul album (« In Solstice », 2024), précédé d’un EP. Place donc à ce qui ressemblent déjà à des classiques du groupe, les entraînants "Make It", le très AEROSMITH "Be Yours", le mid-tempo "Light It Up", ou un "Sweet Melody" qui mérite bien son nom.
Déjà bien à fond dans son show, le quartette met un coup d’accélérateur avec "99 Degrees" (proche du AC/DC première époque), puis riffe un peu plus funky sur "Keep Walking". Walker nous annonce ensuite une nouveauté, "One Dose", à paraître sur le deuxième album prévu pour 2027. La plupart des spectateurs n’ont sans doute jamais entendu auparavant ce titre, très mélodique, cela ne les empêche pas de participer sous forme de quelques « woo woo woo wo » lorsque nécessaire.
Puisque cet inédit passe comme une lettre à la poste, pourquoi ne pas en tenter d’autres ? "Paranoid Radio", puis "Make Love" (si on en croit ce qui figure sur la set-list), sont tout aussi bien accueillis que le reste.
Il est désormais temps de conclure, avec un "Save Me A Drink" de circonstance, le guitariste Felipe Rodrigo profitant de l’occasion pour aller taper le solo au milieu de la foule. Comme beaucoup d’autres lors du week-end, les Américains vont ensuite au stand de merchandising discuter, signer tout ce qu’on leur présente ou sourient pour les selfies. Encore des spectateurs conquis !

Petite séquence nostalgie avec VARDIS, qui figure ensuite au programme. Les Britanniques, dont ne subsiste de la formation d’origine que le guitariste-chanteur Steve Zodiac, n’ont pour ainsi dire jamais quitté la Perfide Albion. Autant dire que leur rock-boogie survitaminé est attendu de pied ferme.
Zodiac reste pourtant clairvoyant avant d’entamer son set. « Peut-être que notre nom vous dit quelque chose… Sinon, vous pouvez aussi me reconnaitre grâce à ma coiffure ! » Allusion au fait que le jeune homme élancé et imberbe, aux très longs cheveux blonds des 80s est devenu un solide sexagénaire barbu et chauve comme un caillou. Mais bon, la passion reste la même, et VARDIS attaque avec un titre qui déchire tout, le bien nommé "Let’s Go".
Si la moitié de la set-list est ce soir composée de titres extraits du mythique premier album, « 100 M.P.H. », un live de 1980, l’autre moitié pioche un peu partout, à l’exception de "The World’s Insane" (1981). Le trio propose même vers la fin "Radio Rockers", chanson tirée du méconnu « Vigilante » (1986).
L’autre bonne nouvelle, c’est que Zodiac promet un nouvel album pour l’an prochain. En attendant, on se régale lors d’un "Dirty Money" bien rock qui fait étrangement penser à VOLBEAT, pendant le viril boogie "Too Many People", ou encore durant le bluesy "The Loser" qui, comme dans sa version d’origine, subit soudain une accélération massive, véhicule à un solo de guitare pas piqué des hannetons de Zodiac.
VARDIS achève son public avec un "If I Were King" balancé à fond la caisse. Les spectateurs ont beau réclamer un rappel, le groupe a joué sa petite heure, et doit laisser la place à la formation suivante.

C’est un artiste totalement inconnu, ou presque, de nos services, qui débarque alors. Matty James Cassidy est un irlandais qui occupe le poste de bassiste chez les DOGS D’AMOUR (qui concluent le premier jour du GARF), mais se trouve aussi à la tête d’une petite discographie solo mêlant rock, blues, country, americana, entre autres.
C’est tout de même en formation électrique qu’il se présente sur scène, lui se réservant la basse (surmixée), le chant, et parfois l’harmonica, ses accompagnateurs se dénommant THE REAL VILLAINS. Une heure pas désagréable dont, faute d’avoir eu connaissance avant de ses disques, nous ne reconnaissons rien, mais la découverte a parfois du charme.
La musique présentée nous fait parfois penser à SOCIAL DISTORTION, à d’autres aux DOGS D’AMOUR, et vire à moment donné au reggae pur jus. L’Irlandais achève son set avec une reprise à peine reconnaissable du standard "It’s All Over Now". Une découverte sympathique, toutefois un peu gâchée par un son mettant trop en avant la basse.

A peine une demi-heure après avoir quitté la scène, Cassidy revient, toujours avec sa basse, pour officier au sein des légendaires DOGS D’AMOUR. Le véhicule d’un Tyla (chant et guitare) désormais seul aux commandes, et semble-t-il assagi. C’est du moins l’impression qu’il donne lors de ce concert rondement mené d’une heure et quart, très différent de ceux totalement déjantés, voire bordéliques, qu’il nous livrait voici une bonne trentaine d’années.
Il faut dire que le répertoire aide grandement. Comment résister à ce "Last Bandit" livré d’entrée et, plus généralement, à tous ces hymnes rock blues enfilés les uns à la suite des autres ? "Firework Girl", "Heroine", le stoogien "111", le sauvage "What You Do", ce "No Gypsy Blood" qui détourne le riff du "New Rose" des DAMNED…
Autant de bons moments, qui nous rappellent certes bien des souvenirs, mais montrent aussi que les bonnes chansons traversent les âges, et se révèlent d’autant plus intéressantes que les musiciens qui les interprètent pensent plus à jouer qu’à picoler ou se piquer…

« Encore deux chansons et je vais boire », souligne cependant un Tyla souriant, une bouteille de vin pas loin de lui. Deux ultimes classiques donc, "How Come It Never Rains" (encore un extrait de « In The Dynamite Jet Saloon » de 1988, qui a dit le meilleur DOGS D’AMOUR ?), puis le westernien "Erroll Flynn". Et adieu Tyla, bouteille de vin à la main.
Ainsi s’achève, à 23h35, ce premier jour du GARF. Avec un bilan plutôt positif côté artistique, moins en termes d’affluence, il faut bien le reconnaître. Mais on a déjà hâte d’être au lendemain !