1 octobre 2026, 18:00

TRIGGERFINGER

Interview Mario Goossens & Ruben Block


C’est un double défi que doit relever TRIGGERFINGER avec ce 6e album studio, « Tarmac ». D’abord se rappeler au bon souvenir des auditeurs, la formation belge n’ayant plus rien livré depuis « Colossus », en 2017, une éternité ! Et puis montrer qu’elle a su se relever du départ de son très charismatique bassiste, Paul Van Bruystegen, alias Monsieur Paul, hélas mort l’an dernier après avoir mis les voiles en 2023. 
 

Pour ce « Tarmac », les deux membres restants du groupe, le chanteur et guitariste Ruben Block, et le batteur Mario Goossens, ont choisi de poursuivre dans la lignée de « Colossus ». A savoir un rock très énergique, mais truffé de machines, synthés et boucles, qui risquent une nouvelle fois de choquer les fans de la première heure, ceux se relevant toujours la nuit pour écouter le rock sauvage et purement électrique de « What Grabs Ya ? » (2008) ou « All This Dancin’ Around » (2010).
Ils devraient toutefois retrouver leurs petits dans la grosse rythmique de « Everybody’s Looking », le glam très dansant de « Until The Scandal Breaks », ou le très QUEENS OF THE STONE AGE « Come Clean ». Ailleurs, un peu d’ouverture d’esprit se révèlera nécessaire, ce qui ne veut pas dire que les morceaux soient inintéressants loin de là, à l’image de ce « Through The Beam » que David Bowie aurait apprécié. 
Pour le bon atterrissage de ce « Tarmac », TRIGGERFINGER a de nouveau, après « Colossus », fait appel au talent du producteur Mitchell Froom, l’homme qui connait tout le monde : autrefois claviériste du GAMMA de Ronnie Montrose, toujours derrière les touches dans CROWDED HOUSE, il a par le passé collaboré avec Paul McCartney, les PRETENDERS, Suzanne Vega ou Eddie Money, et on vous la fait courte. 
Froom a manifestement eu un gros impact sur l’album, comme nous l’ont révélé Goossens et Block lors d’une rencontre à Paris, l’été dernier. Un duo qui redevient trio sur scène, avec la titularisation du bassiste Geoffrey Burton (autrefois guitariste pour Iggy Pop, Jacques Higelin ou Alain Bashung), qu’on appréciera donc sur la prochaine tournée française, débutant en fin d’année.

 


Je sais que le groupe n’est pas resté inactif ces dernières années, mais ça fait quand même 9 ans qu’on attendait un nouvel album, depuis « Colossus »…
Ruben Block : Il s’est effectivement passé pas mal de choses, et la pandémie n’a pas été la moindre. Depuis des années, nous enchainions albums et tournées, et nous avions décidé de nous lancer dans d’autres projets. Paul avait déjà réalisé un album solo, Mario joue de son côté dans SLOPER, avec Cesar Zuiderwjik, l’ex-batteur de GOLDEN EARRING. Pour ma part, j’envisageais de ma lancer dans mon propre projet solo. Tout cela nécessitait plus de temps, davantage que ce que nous nous accordions d’habitude dans notre cycle album/tournée avec TRIGGERFINGER. Nous nous étions donc mis d’accord sur des « vacances » de 2 ans, afin d’effectuer ces pas de côté. Puis le covid est arrivé, tout a pris du retard. Mais ces projets parallèles ont bien été réalisés et ensuite, nous nous sommes dit qu’il était temps de rentrer au bercail, afin de sortir un nouvel album. Nous nous sommes réunis, et lorsqu’on a demandé son avis à Paul, il nous a répondu « je crois que je ne suis plus capable de tourner, ça devient trop intense. Je préfère me concentrer sur mes projets, un nouvel album solo, quelques concerts en Belgique avec mes amis». Nous avons dit qu’il n’y avait pas de problème même si, bien entendu, on espérait qu’il reste avec nous. 

Ses propos vous ont surpris, il n’y avait pas de signaux avant-coureurs ?
Ruben Block : Quelques uns. Nous voyions bien que sa santé se dégradait. Mais nous voulions continuer, ce qui se produit avec Geoffrey. Avec Paul, nous avons quand même accompli une tournée d’adieux, car nous restions amis. Et puis nous avons commencé à travailler sur « Tarmac ».

Un musicien qui part d'un trio, c’est un tiers du groupe qui change d’un seul coup. Comment avez-vous géré ça ?
Ruben Block : Paul possédait bien entendu son identité particulière, irremplaçable. C’était un personnage unique, dans bien des sens, et nous sommes chanceux d’avoir été à ses côtés si longtemps. Geoffrey l’avait déjà remplacé sur des concerts, des périodes où Paul était malade et avait dû rentrer chez lui. Bien sûr, Geoff se montre différent de Paul, mais il a conscience de l’énergie nécessaire pour jouer dans ce groupe. Il n’utilise aussi pas le même matériel et les mêmes effets que Paul, mais ils s’intègrent parfaitement dans notre palette. Nous étions donc très confiants dans l’idée de continuer l’aventure avec lui. Côté créatif, Paul n’a jamais beaucoup écrit. C’est Mario et moi qui nous en occupons, et nous avons aussi pu compter sur Mitchell Froom pour lui soumettre des idées et nous guider. 

Comment ça s’est passé après le départ de Monsieur Paul ? 
Ruben Block : Dès que Paul nous a dit qu’il voulait partir, nous sommes allés composer aux Etats-Unis et nous nous sommes davantage ouverts que par le passé. Nous n’étions que tous les deux, Ruben et moi, sans Geoff, mais avec Mitchell Froom, dans une pièce. Sans idées préconçues, mais aussi sans restrictions sur ce que nous pouvions essayer. Certaines idées se retrouvent sur l’album, d’autres n’ont pas abouti…

« Tarmac » est prêt depuis longtemps ?
Mario Goossens : Un peu, oui, car le processus a commencé aux Etats-Unis en janvier 2023. Ecrire les textes prend du temps, puis ensuite arrivent le mixage, le mastering. Et il y a aussi tout l’aspect business, « ce n’est pas le bon moment pour sortir le disque, attendons un peu ». Mais au bout du compte, je pense que c’est une bonne chose que nous ayons patienté jusqu’à septembre 2026, cela nous a donné un temps de réflexion pour penser à la manière de défendre ces nouvelles chansons sur scène. L’an dernier, nous avons effectué une grosse tournée européenne, ça nous a permis de tester certains trucs, et donné de la confiance pour cette sortie. D’habitude, nous sommes pressés par le temps, mais là, nous avons pu y aller doucement.

« Tarmac » est un peu le fils de « Colossus », n’est-ce pas ?
Ruben Block
et Mario Goossens (me coupent en même temps) : Oui, oui !


L’idée était bien de continuer sur la même lancée ? Quel impact a eu Mitchell Froom sur cette trajectoire ? 
Ruben Block : Mitchell a travaillé avec nous pour la première fois sur « Colossus », et ça s’est révélé une expérience particulièrement agréable. J’ai d’ailleurs aussi réalisé mon album solo avec lui, nous avons composé ensemble et ça s’est très bien passé. Avec TRIGGERFINGER, notre technique était de composer et d’enregistrer en même temps. C’est possible avec de l’informatique haut niveau et de bons logiciels. Nous avons tout installé dans une maison à Los Angeles. Mitchell débarquait tous les jours vers midi. Le premier jour, il est arrivé avec des tonnes de claviers, de synthés, de guitares, de pédales, et on s’est mis à bosser. Le truc sympa avec une maison louée, c’est que tu peux travailler quand tu veux. Le matin, je me levais, prenais mon café, allais sur la terrasse pour regarder le paysage durant une dizaine de minutes, j’ouvrais mon ordinateur et je commençais à m’y mettre. Mario programmait ses parties de batterie, j’enregistrais une idée de partie vocale, par exemple, et quand Mitchell arrivait, « salut, quoi de neuf ? », « on a eu cette idée », « OK, on écoute ça » et on voyait où ça nous emmenait.

Vous êtes un peu comme ZZ TOP, non ? Pas seulement parce que vous êtes un trio, mais aussi parce que, comme eux, vous avez eu un jour une révélation avec les machines…
Les deux approuvent bruyamment.

Ruben Block : Mais ce n’était pas intentionnel, « nous devons absolument utiliser des synthés ». Ca s’est juste produit comme ça, le fait de recourir à des machines donnent un autre feeling, une autre perspective à une chanson. 
Mario Goossens : Ca ouvre tellement de possibilités ! Mais ça reste du TRIGGERFINGER. 
Ruben Block : Il existe néanmoins un danger, dont m’a averti Mitchell lors de la création de mon disque solo. C’est de devenir fou devant tout ce qui est possible. Tu ne peux pas tout faire, tout expérimenter. 

Vous avez aussi évité un autre écueil qui va souvent de pair avec l’expérimentation, les titres trop longs. Sur « Tarmac », la chanson la plus étendue ne dure que 3 minutes 58, et la plupart ne dépassent pas les 3 minutes…
Ruben Block : Il faut partir de l’idée, de quoi a besoin le morceau, et pas qu’est-ce qu’on peut y ajouter encore et encore. Mitchell est très bon dans ce domaine, « attendez, il y a trop de choses cette chanson, ce n’en est plus une, il faut épurer ». C’est un génie. Il entend directement la musique dans sa tête, alors que nous, nous avons besoin de l’écouter sur des enceintes. Lui, il enregistre tout dans son cerveau, il réfléchit, et il revient le lendemain en disant « j’ai trouvé une solution ». 
Mario Goossens : Je me souviens d’un jour où nous avions passé toute la journée sur un titre. Mitchell l’a écouté le lendemain, « ça ne va pas du tout ! » C’était trop compliqué, ça ne ressemblait plus au groupe. On a tout balancé, et on est repartis de zéro. 

A côté de toutes ces machines et boucles, on trouve aussi dans « Tarmac » des titres plus bruts, comme le très glam « Until The Scandal Breaks »…
Ruben Block : Nous avons déjà fait ça par le passé, c’est dans notre ADN, et cet esprit se retrouve dans plusieurs autres chansons de l’album. Pour nous, c’est très naturel.

A d’autres endroits, on se dit que vous avez dû écouter David Bowie ou les QUEENS OF THE STONE AGE…
Ruben Block : Comme je l’ai déjà dit dans d’autres interviews, je pense que Josh Homme a les mêmes disques que nous dans sa collection ! Nous avons tous été influencés par la même bonne musique. Et ça ne nous facilite probablement pas la tâche. Car nous ne sommes pas unidirectionnels. C’est plus facile de marketer un groupe qui n’offre qu’un seul visage, le metal, le rockabilly, le stoner… Nous, nous aimons des formations qui exploitent plusieurs dynamiques, comme BLUR, les PIXIES, ou même ROXY MUSIC. Regarde d’où ils venaient et ce qu’ils ont fait sur leur dernier album !


Pas mal de chansons de « Tarmac » ont déjà été proposées sur scène ?
Ruben Block
: Oui, on n’en pouvait plus d’attendre ! L’introduction de nouveaux titres dans une setlist la bouleverse, change son équilibre. Les classiques doivent être placés ailleurs, leur son change à cause de petits nouveaux. Et ces derniers ne ressemblent pas non plus tout à fait à leur version studio, car survient l’énergie du live. C’est du gagnant-gagnant ! 
Vous vous produirez à Paris le 5 décembre prochain, à la Maroquinerie, avant 8 dates en province en janvier et février 2025. Comment allez-vous restituer les sons synthétiques sur scène ? 
Nos chansons doivent pouvoir être jouées sur scène. Quitte à ne pas sonner comme sur l’album. Vous entendrez donc des versions inédites fonctionnant avec nous trois sur scène.  Nous aurons aussi des samplers que Mario pourra déclencher sur commande.
​

Blogger : Michel Valentin
Au sujet de l'auteur
Michel Valentin
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK