Depuis que KYUSS a planté les graines de ce qui est devenu, quelques décennies plus tard, le stoner rock, les États-Unis ont vu le paysage grandir et se diversifier. Parmi les groupes qui le peuplent, se trouve le trio de l’Ohio VALLEY OF THE SUN dont l’album « Quintessence » avait été fortement remarqué par la critique en 2024. Aujourd’hui, le 2 octobre, « The Blacklight Sessions », montre que le groupe regorge toujours de créativité.
Après plusieurs changements, VALLEY OF THE SUN est désormais un trio composé de Ryan Ferrier (chant, guitare), membre fondateur du groupe, ainsi que de Chris Sweeney (basse) et Johnny Kathman (batterie). Autres changements notables : « The Blacklight Sessions » est le premier album du groupe à sortir chez Heavy Psych Sounds Records et le premier album à adopter une pochette qui s’éloigne de la palette traditionnelle du groupe composée de jaune, d’orange et de bruns faisant référence au soleil ou à une route. Cette fois, place au combat contre les démons : ceux qui vivent en nous et ceux qui peuplent le monde actuel, de plus en plus anxiogène.
À la lecture des titres des six pistes, on s’aperçoit vite que le trio n’a pas voulu s’encombrer d’explications ou de significations cachées : "Low Not Slow" donne la couleur de la mélodie qu’on y trouve tandis que "The Long Song" annonce déjà qu’elle dure plus de dix minutes. Pourtant, alors qu’on s’attend à des titres porteurs de l’énergie et du fuzz bien connu du trio, on s’aperçoit vite que VALLEY OF THE SUN a glissé quelques surprises : "The Whiskey Elf" ouvre l’album avec une composition instrumentale, fortement marquée par TEN YEARS AFTER et GRAND FUNK RAILROAD. Tout y est puissant, rapide et donne l’impression que le groupe a déjà hâte de sa tournée européenne à venir. Tirées de compositions écrites pour le second groupe de Ryan Ferrier, BLACKLIGHT BARBARIAN, ces chansons ainsi que "Mountain" sont plus proches des compositions des débuts de VALLEY OF THE SUN.
Au fil de l’album, le trio montre toutefois une volonté d’explorer les contrastes de sa musique : le stoner est chargé en soleil mais ne s’interdit pas des pièces plus courtes, comme "A Greater Meaning" au groove entraînant, pendant laquelle on entend chanter les trois membres du groupe. Jusqu’alors, Ryan Ferrier était le seul à s’emparer d’un micro pour faire entendre les graves de sa voix puissante. Preuve que la forme de power-trio lui convient particulièrement bien : VALLEY OF THE SUN expérimente et développe les possibilités de chacun des trois membres pour offrir des compositions marquées par l’équilibre et la force créative. Également écrite par le trio, "No Hope" dévoile un aspect plus calme et réfléchi du groupe : celui qui, à force de voir ce que devient le pays où il vit, prend peur et s’interroge sur son avenir. Plus volontiers méditatif et hypnotique, le titre erre dans un ostinato avant que le balancement du chant ne nous guide vers un nouveau temps répétitif et planant qui offre une conclusion douce à un album très énergique.
« The Blacklight Sessions » témoigne de plusieurs évolutions au sein de la musique du groupe. Toujours marqué par l’envie d’offrir une musique riche en soleil, émotions et longues pièces dans lesquelles il fait bon se perdre, on y entend aussi un équilibre apporté par une entente prolongée entre les membres du groupe. Il n’y a plus qu’à voir VALLEY OF THE SUN en concert pour ressentir les vibrations de sa musique.