13 octobre 2026, 21:13

GRETA VAN FLEET

Interview Sam Kiszka


Alors que le classic rock semble en perte de vitesse un peu partout, GRETA VAN FLEET affiche le chemin inverse. Sorti de nulle part, ou plus précisément de Frankenmuth (Michigan), le groupe a rapidement décroché un Grammy, publié une poignée d’albums qui ne pouvaient que plaire aux fans de LED ZEPPELIN, et rencontré un succès aussi mondial que mérité. Son dernier disque en date, « Palace For The People », présente une tournure acoustique un peu plus prononcée que par le passé, mais sans trop dévier de la route déjà suivie. Sam Kiszka, le plus jeune des trois frères que comporte le groupe, tient la basse, et s’est dévoué pour répondre à nos questions, avec des réparties pleines de candeur et d’humour. Sam Kiszka nous appelle par Zoom depuis chez lui, à Nashville (Etats-Unis), devant sa cheminée où crépite un feu, et son chien Violet dans ses bras. Voilà qui commence bien, et encore mieux puisque l’attaché de presse intervient pour nous annoncer que le le groupe jouera à l’Adidas Arena de Paris, le 27 mai 2027 (LARKIN POE assurera la première partie). Sam reprend immédiatement la balle au bond.
 

Sam Kiszka : Si tu veux nous voir mettre le bordel et jouer du rock’n’roll, c’est là qu’il faudra être ! 

Pas de problème, je serai là ! Il parait qu’à la fin de la tournée « Starcatcher », vous étiez sur les rotules, tant physiquement que mentalement ?
Oui, même si nous n’étions quand même pas au bout de notre vie. Nous avions planifié un an de pause après la tournée, parce que nous n’avions jamais eu ça auparavant. Nous avons désormais la possibilité de ne pas donner de concerts durant toute une année, et nous l’avons fait. Le temps de nous ressourcer un peu, de faire le point, de nous poser quelques questions. Par exemple, qui suis-je en dehors de GRETA VAN FLEET ? Et je pense que ça n’a été du temps perdu. 

Mais vous avez aussi travaillé durant ce break. Toi, par exemple, tu as bossé avec le musicien folk Langhorne Slim ?
Oui, je suis un grand fan, et j’ai produit son album. Comme j’ai déménagé à Nashville, nous sommes devenus vraiment potes, et c’était tout naturel de travailler ensemble sur un disque. J’ai demandé à Daniel (Danny Wagner, le batteur de GRETA VAN FLEET), « tu veux venir jouer dessus », et il m’a répondu « carrément », c’est lui aussi un gros fan. M’impliquer dans ce projet, sur ces chansons, c’était vraiment gratifiant. 

Ça t’a bien changé les idées, tout comme pour Jake de monter le projet MIRADOR ?
Oui. Jake a travaillé de son côté avec Chris Turpin, du groupe IDA MAE, qui a déjà effectué notre première partie, Chris est aussi un ami. Ces projets ont mis du temps à se concrétiser, mais je pense que l’aspect le plus important dans l’affaire, c’est que nous avons appris à solliciter d’autres muscles créatifs. Une découverte qui peut nous servir dans le cadre de GRETA VAN FLEET, que ce soit pour l’écriture ou la production. Nous avons évolué. J’ai commencé le groupe quand j’avais 12 ou 13 ans (Ndlr : il en a aujourd’hui 27), et je n’avais jusqu’à présent travaillé, dans un cadre professionnel, qu’au sein de cette formation. Nous avons appris des choses nouvelles, avec d’autres personnes. C’est important. Il faut rester un étudiant toute sa vie, ne jamais croire qu’on sait tout. Il faut rester ouvert, ne pas se fermer à de nouveaux concepts ou outils créatifs. 

Cette pause accomplie, quand avez-vous décidé de réactiver GRETA VAN FLEET ?
Nous sommes entrés en studio au début de cette année, en janvier ou février. On est en quelle année déjà, 2026 ? 

Oui.
Donc en janvier ou février 2026, avec Mike Elizondo. Nous avions auparavant testé d’autres producteurs pour voir ce que ça donnait. Mais lorsque nous avons rencontré Mike, nous nous sommes dit que c’était vraiment la bonne pioche. 

Mais vous avez bien effectué quelques sessions d’écriture avant, n’est-ce pas ? On a entendu parler de jams dans un chalet au fin fond du Tennessee ?
Oui, on essaie toujours d’aller là-bas, afin de nous isoler du reste du monde. C’est la meilleure manière de composer. Nous ne sommes pas des citadins. Nous aimons bien nous évader du train-train quotidien, partir loin de la ville, être seuls. C’est là que nous nous révélons le plus efficaces, parce qu’on reste totalement concentrés. On n’est pas du tout dans l’ambiance, « allez, on fonce au troquet ! » C’est plutôt feu de camp et grillade de bar du Chili sauce au beurre, guitare en main, et les idées fusent, « qu’est-ce que tu penses de ça, et de ça ? » C’est de cette manière que nous avons conçu l’album. Bien sûr, nous étions arrivés chacun avec des idées élaborées durant le break, des concepts, des structures, des riffs… Quand nous nous sommes retrouvés, ca a vraiment été un festival de créativité. Tu peux arriver avec une idée que tu noterais 7 sur 10, et les autres vont te la pousser pour qu’elle atteigne le 10 sur 10.


On aurait aimé être là ! Pour la petite histoire, tout ça s’est passé dans une cabane au fond des bois, à la « Evil Dead », sans électricité ?
Voilà, c’est ça, et on battait même notre beurre (rires) ! Non, imagine plutôt une jolie baraque style « La petite maison dans la prairie », au fond des bois, au bout d’un long chemin de terre au milieu d’arbres centenaires. Tu roules et tu roules jusqu’à ce que tu aperçoives de la fumée s’échappant d’une cheminée. Là-bas, il y a toujours un feu et d’ailleurs, tu peux entendre sur toutes nos démos le « crrrr » du bois qui brûle (il nous désigne la cheminée située derrière lui, où une bûche s’embrase gaiement). Le mot-clé, c’est « isolement », c’est vraiment comme ça que vient notre inspiration. Nous avons grandi de cette manière, sans tout ce bruit ambiant. Nous n’écoutions pas ce qui passait sur internet, nous n’avions même pas la télé câblée. Quand on était gamins, on n’avait pas de tablettes ou de consoles. On descendait à la rivière, on fabriquait des radeaux, on s’imaginait des histoires…

Je trouve que même durant ses embardées électriques, « Palace Of The People » garde un feeling champêtre, acoustique. Sur certains morceaux, on continue d’entendre la guitare acoustique entre deux riffs…
Oui, Jake s’est fait pousser une paire de bras supplémentaires pour jouer à la fois acoustique et électrique (rires) ! C’est vrai qu’on passe beaucoup de temps dans les bois, et que pas mal de choses sont composées sur une gratte acoustique. C’est même parfois difficile de sortir cette ambiance et de bien la transposer à l’enregistrement. Je crois que Jimmy Page (LED ZEPPELIN) était un champion de cette méthode, avec une première piste acoustique sur laquelle il ajoutait des overdubs électriques. 

En quoi Mike Elizondo vous a-t-il aidé à élaborer ce son bien particulier ?
Nous savions que c’est un très grand producteur parce qu’il a travaillé sur toutes sortes de musiques, du hip-hop à la pop, en passant par le rock, le folk, et même des trucs pour Disney ! Et c’est toujours bon. Souvent, les grands noms dans ce milieu sont bons dans le domaine du rock, ou de la pop. Mais tu ne peux pas ranger Mike dans une case. Et c’est là que nous avons pensé que c’était l’homme de la situation. Parce que nous voulions faire un album (il cherche ses mots), dur à réaliser, franchement. Un disque avec des intervenants variés, des instruments venus du monde entier, des cuivres, des instruments à corde, avec un arrangeur qui s’y connaisse en matière de musiques tziganes ou indiennes. Nous avons eu recours à des experts, par exemple un joueur de Madras, spécialiste d’une sorte de petit hautbois indien… Mike nous a bien aidés à mettre tout ça en place, ce que qu’aucun de nous n’aurait pu faire. Et puis, il faut aussi dire que c’est un as de la basse. Par le passé, l’enregistrement de mes parties allait assez vite. Par contre, avec Mike aux commandes, nous avons pris le temps de nous poser, et de réfléchir à ce que nous allions faire. J’étais là avec ma basse, Mike me regardait avec la sienne, et nous échangions des idées. Mike est vraiment l’homme qui comprend la basse ! 

Cool pour toi !
Exactement ! En même temps, cet enregistrement s’est révélé plus difficile pour moi que par le passé, parce qu’il m’a poussé à accomplir des choses que je n’aurais jamais imaginées.


Quelqu’un dans le groupe a apparemment dit que « la fonction de l’artiste est d’apporter ce que l’univers ne peut pas ». C’est une attitude très positive, beaucoup d’artistes de nos jours évoquent plutôt leurs inquiétudes et leurs peurs, que ce soit par rapport à l’état du monde, de ce qui se passe dans ton pays, à propos de l’intelligence artificielle…
Ce doit être Josh qui a dit ça… Il s’intéresse beaucoup à la condition humaine, il n’écrit pas de paroles sur des événements contemporains. Ce qui ne veut pas dire que les gens doivent s’en désintéresser. Mais lui préfère se consacrer à la condition humaine, un sujet intemporel qui est vrai aujourd’hui, comme il l’était il y a mille ans et le sera toujours dans mille ans. Est-il possible de créer, ouvrez les guillemets, une « utopie », un monde parfait ? Je ne le crois pas, parce que les humains sont des créatures très compliquées. Même si arrivions à créer un monde parfait, il y aurait toujours des gens qui travailleraient à le rendre imparfait. Nous sommes comme ça, l’univers est comme ça. Les étoiles explosent en supernovas, créent de nouveaux éléments, des planètes se forment, tout explose, tout se reforme… et c’est pareil pour l’espèce humaine.
Beaucoup d’artistes préfèrent pointer du doigt les aspects négatifs de l’existence, je ne suis pas contre, et j’y suis souvent réceptif. Mais je crois aussi que les gens ont souvent besoin de quelque chose de plus réjouissant, de cette positivité qui aide l’être humain à réaliser de grandes choses. Je ne vais pas mentir, il y a des côtés sombres dans GRETA VAN FLEET, mais je crois que nos paroles sont toujours chargées d’espérance, tournées vers l’avenir, et ne stagnent pas dans le présent même s’il est merdique. Et puis, si tu regardes autrefois, il y a 100 ans, c’était encore pire ! Je suis un mordu d’histoire, je m’intéresse au passé, et je m’aperçois que plein de choses similaires se sont déjà produites, et que tu peux même prédire le futur à partir de ces informations. Pour ma part, je pense que le plus important, c’est de se parler, de se comprendre. La technologie nous déchire trop, perturbe trop les expériences humaines. Mon grand plaisir dans GRETA VAN FLEET est de regarder dans le public qui se tient la main, qui embrasse qui, on y trouve beaucoup d’amour. 

Si tu devais choisir dans « Palace Of The People » une chanson dont tu serais particulièrement fier, ce serait laquelle ?
Je vais dire « Born Into This », et c’est une réponse un peu égoïste, parce que j’y joue de la basse, mais on dirait de la guitare rythmique. Dans notre chalet, on jammait sur le riff d’ouverture, et le reste est venu très simplement. Josh y a accompli un super boulot sur ses parties vocales et ses paroles. C’est à la fois du GRETA VAN FLEET pur jus, mais aussi la découverte de nouveaux territoires. C’est pour cela que j’aime beaucoup ce titre.
 

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