19 octobre 2026, 18:35

PÆRISH

Interview Mathias Court & Martin Dupraz


Peu de groupes ont un statut aussi particulier que PÆRISH : composé de Mathias Court (chant, guitare), Frédéric Wah (guitare) Martin Dupraz (basse) et Loïc Fouquet (batterie), le groupe joue une musique régulièrement qualifiée de shoegaze, aux dépens de l’alt-rock emo dont elle se réclame. Le 16 octobre, PÆRISH sort l’album « Rita » dont les singles ont déjà montré qu’il marquait une rupture dans la discographie du groupe. Finies les nappes sonores douces et enveloppantes de « You’re In Both Dreams (And You’re Scared) ». Place à l’énergie et à la rapidité de ce quatrième album dont nous avons discuté avec Mathias Court (chant, guitare) et Martin Dupraz (basse).
 

Mathias, le nom de l’album a été choisi en référence au clocher de l’église sainte Rita que tu voyais depuis la fenêtre de chez toi. Pourquoi avoir choisi ce nom ? Qu’est-ce que sainte Rita vous évoque à tous les quatre ?
Mathias Court : C'est un souvenir d'enfance. J'ai eu du bol qu'ils disent oui tous les trois (Martin Dupraz, Loïc Fouquet et Frédéric Wah, ndlr) parce que c'était pas forcément gagné. L’album est très lié à mes souvenirs d'enfance et d'adolescence dans le sud de la France, quand j'étais petit. Mes parents ont un petit appartement dans le vieux Nice et depuis l’une de ses fenêtres, on voit un clocher. Ma mère est très au fait des croyances un petit peu ésotériques, elle est assez religieuse aussi et le clocher a un aspect protecteur. Et puis, sainte Rita est la patronne des causes désespérées donc je trouvais qu'il y avait un côté assez emo dans le choix de ce titre (rires). Beaucoup de chansons que j'ai écrites pour cet album m'ont rappelé, de façon métaphorique, l’état mental dans lequel j’étais à l’adolescence et que je voulais devenir compositeur. Cette spontanéité m'a vraiment ramené à Nice, quand j'avais treize ans et que j'avais une envie très forte de faire ce métier. J’ai associé la composition à tous ces souvenirs et je me suis demandé quel en serait le plus beau symbole. Je voulais quelque chose de vraiment joli, un beau nom qui serait à la fois propre à mes souvenirs et qui aurait un sens pour PÆRISH.
Martin Dupraz : Quand on a su que Sainte Rita était la patronne des causes désespérées, ça nous a tous parlé parce qu’il faut être un peu désespéré pour faire de la musique en 2026 (rires). On a trouvé que ça allait aussi avec le mood du groupe à ce moment-là. Je crois qu’il n’y a eu aucune hésitation. T’as pris des pincettes pour nous proposer le nom et on a tous dit oui.
Mathias Court : Il n’y a pas eu d'album où ils ont répondu aussi vite. C'était très touchant et encourageant parce que le thème est très personnel. Et en même temps, j'ai bien aimé que le titre tienne en un mot parce que notre album précédent a un titre très très long, « You’re In Both Dreams (And You’re Scared) ». J’aime bien le fait d'arriver avec un quatrième album qui tape tout de suite dans la gueule. C'est un mot très court qui tient en quatre lettres et qui rappelle que c’est le quatrième album.

La nostalgie et les souvenirs d’enfance sont des thèmes centraux dans l’album. Comment entretenez-vous votre créativité et votre spontanéité en grandissant ?
Mathias Court : Je trouve ça cool de puiser dans l'enfance et dans l'adolescence, surtout à notre époque, où j'ai l'impression de perdre en créativité avec les réseaux sociaux, le doomscroll, l'intelligence artificielle, l'overstimulation constante d'Internet, du téléphone, etc. J'ai voulu puiser dans une époque où on avait un désir brûlant d'être créatif et où il y avait pas ça du tout. On était ados au début des années 2000, à l’époque du neo-metal, de la fin du grunge et du punk rock. Pendant les vacances, on avait un album de BLINK-182 dans la poche. J'ai une photo de moi à Nice, petit, avec « Enema Of The State » dans la main. Il y avait aussi THE SMASHING PUMPKINS, etc. Je trouve que c’est bien de retrouver sa fameuse âme d'enfant pour aller puiser quelque chose d’un peu impalpable.
Martin Dupraz : Dans le groupe, on est tous assez cinéphiles. On s'est connus en école de cinéma donc on mate beaucoup de films et on parle beaucoup de cinéma. Ça entretient beaucoup la curiosité et la créativité. On fait quasiment tous de la photo aussi, certains dessinent, etc. Moi, je suis réalisateur : je fais de la vidéo, du clip, de la pub, etc., je vais aussi beaucoup au musée. On joue aussi tous aux jeux vidéo donc on a un rapport à l'art qui est quotidien. On parle beaucoup de cinéma dans les chansons et certaines sont influencées par des films ou des séries. On est en échange perpétuel là-dessus et je pense que ça joue beaucoup sur la créativité. Le fait d'être en tournée, de voir du pays, de nouvelles villes et de nouvelles personnes aide aussi beaucoup. On a fait quasiment 100 concerts pour l'album d'avant dans plein de pays différents : on a fait toute l'Europe, les États-Unis, le Canada et le Mexique. Forcément, ça infuse en nous.

L’album démarre fort avec "Prince of Darkness" et son rythme rapide qui indique tout de suite le contraste entre « Rita » et vos albums précédents. Qu’est-ce qui a amené cette volonté de changement ?
Martin Dupraz : On a fait beaucoup de concerts avec l'album d'avant qui est assez calme et atmosphérique. On n’a eu que des bons retours dessus mais ça n’est pas forcément un album qui fait beaucoup réagir le public en live. Ils applaudissent, ils kiffent, ils chantent les paroles, mais il n’y a pas de pogo, pas de stage dive, etc. À force de partager la scène avec des groupes un peu plus énergiques et de voir les gens sauter partout, on s'est dit qu’on aimerait bien voir ça pour notre musique aussi. On le fait sur des vieux morceaux sur lesquels les gens réagissent plus, comme on l’a fait au Resurrection Fest : on a joué des morceaux plus vieux, plus énergiques, etc. Mais on avait vraiment envie d’avoir un album entier pour lequel on se dit : « Quand on le joue, c'est le bordel. »
Mathias Court : Chaque chanson d’ouverture est toujours une sorte d’annonce de ce qui se trouve dans l’album. Je trouve qu’à chaque fois, la chanson d’ouverture est l’une des plus importantes. On a beaucoup de fans qui aiment "Sequoia", la première chanson de notre album précédent, qui est très très ambient. Je voulais que "Prince of Darkness" soit l'opposé absolu de cette chanson. Pourtant, les deux font partie de mes chansons préférées de PÆRISH. Quand j'ai écrit "Prince of Darkness", même si ça remonte à quelques années, c'était vraiment important pour moi qu'elle soit au tout début. En plus, avec cette intro de batterie, ces bruits, etc., les gens qui s'attendent à "Sequoia" vont se demander : « Qu'est-ce qui se passe là ? ».
Martin Dupraz : On veut mettre des gros larsens, des gros sons de live, etc. pour surprendre les gens tout en restant hyper mélodiques, parce que, de toute façon, on n'est pas un groupe de hardcore. On est un groupe très mélodique mais avec une grosse guitare, une grosse batterie et la mélodie par-dessus.


​Le deuxième titre de l’album, "Heal", est unique dans « Rita » et dans votre discographie puisqu’on y entend une flûte traversière. Pouvez-vous parler de cette musique et de la façon dont vous l’avez rendue aussi hypnotique ?
Mathias Court : C'est l’une des chansons qui a commencé à me faire visualiser cet album. J'ai un petit clavier mellotron chez moi avec tous ces vieux sons un peu analogiques, que j'ai eu par les conseils d'un ami à nous qui s'appelle Gregory Hoepffner, qui joue dans KABBEL, SURE et JEAN JEAN. On est copains depuis des années et un jour, pendant une période un peu étrange de ma vie, j’ai roulé en Suède et je me suis arrêté à Göteborg pour aller le voir. Il m’a montré son studio, notamment ce petit mellotron et j'ai pété un plomb sur les sons analogiques. Je suis rentré chez moi et, avec les économies qui me restaient, je l'ai acheté. C’est un peu bizarre d'incorporer de la musique analogique sur mes chansons, il y a eu plein de mauvaises tentatives et un jour, il y a eu le bon moment. Je voulais vraiment qu'on entende cette flûte très fort parce que c'est un morceau qui est très fuzz donc quand la disto arrive sur le refrain, c'est lourd. J’ai fait au moins cinq retours à notre producteur pour lui dire : « Plus de flûte, plus de flûte ». Pour moi, sur ce morceau, il n’y a que deux instruments qui comptent vraiment : la basse et la flûte. Si on ne les entend pas à balle, c'est gâché. En live, je pense qu’on utilisera un sample. Je suis assez fier parce que j’ai fait ce son de flûte sur mon clavier chez moi à Paris, je ne l’ai pas refait pendant l’enregistrement aux États-Unis.
Martin Dupraz : On devait le refaire mais on s'est tous dit qu’il était très bien et Will (Yip, producteur de l’album, ndlr) était d’accord. C'est comme le nom Rita : c’est quelque chose de commun au groupe. Mathias l’a envoyé en disant : « Bon, celui-là est particulier, je ne sais pas si ça va vous plaire, etc. » et on a tous répondu : « C'est trop bien la flûte ! » C’était une évidence.
Mathias Court : Il a été écrit en 2023 donc c'est un morceau qui commence à dater un peu et je suis content qu'on l'aime encore autant. C'est la preuve qu'il fallait vraiment le garder. Il y a des morceaux comme ça qui sont meilleurs que d'autres dans notre discographie et je trouve qu'il en fait partie. C’est bien de le mettre au début de l’album parce qu’il est important. C'est vrai que SPEED a ouvert la voie pour la flûte traversière mais, pour me flatter un petit peu, comme je l'ai écrite en 2023, SPEED n’avait pas encore sorti son morceau avec de la flûte. Je n'avais pas peur de le faire mais j'avais peur d'écrire des mauvaises chansons.

"What You Want" et "Wait For Dark" parlent toutes les deux d’une forme de frustration quand on a envie d’avancer mais que quelque chose nous en empêche. Pouvez-vous parler un peu de ces musiques et de la façon dont vous avez voulu traduire et exprimer la frustration générée par ces situations ?
Mathias Court : On n’est plus dans des chansons de breakup amoureux, ce sont des chansons sur la frustration. Ça montre aussi l'état dans lequel on est avec PÆRISH : c'est vraiment dur de faire de la musique en 2026, ça n’est pas un long fleuve tranquille. On a aussi voulu parler du fait d'être un trentenaire bien tassé et d'avoir des problématiques de vie qui sont différentes de quand on était petit. Par exemple, on adore un groupe comme BLINK-182, mais il y a beaucoup de gens qui font des vannes à Mark Hoppus et Tom DeLonge en demandant pourquoi ils ne parlent pas de problématiques qu’on rencontre à 40 ans, 50 ans, etc. Les problématiques que je peux rencontrer sont plutôt celles d’un trentenaire qui se demande comment mêler musique et travail, la peur de la page blanche après quatre albums, voir des amis arrêter d'être créatifs et se demander : « Est-ce que ça va m'arriver aussi ? ». Il y a aussi la frustration face à la quête de la créativité à une époque où on a tous la tête sur le téléphone. Il faut juste être à l'écoute de qui on est à l'âge qu'on a. Naturellement, mes paroles seront peut-être un peu moins adolescentes et parleront plus d'une frustration d'adulte mais je trouve que ça se retranscrit très bien dans ce style de musique.

Le titre de la chanson "Swamp Monsters of Malibu" fait référence à la série Bojack Horseman. Y a-t-il d’autres références cachées dans cet album ?
Martin Dupraz : Je crois que c'est la seule qu'on s'est autorisée. Normalement, on en met plus que ça, on fait référence à des films ou des jeux vidéo en essayant de les cacher. Là, plusieurs personnes ont eu cette référence à Bojack Horseman. Ça n’est pas toujours évident mais ceux qui savent, savent. Parfois, les chansons ont des titres de travail qui font référence à des films mais cette fois, on a beaucoup changé pour avoir des titres plus proches des paroles.
Mathias Court : Normalement, "Heal" porte un titre en référence à un film de Paul Thomas Anderson qui s'appelle « Punch-Drunk Love ». On s'était dit que, comme elle a un côté un peu catchy, on pouvait lui donner un nom qui lui soit propre. Au départ, elle s'appelait "Mattress Man" en référence à l’engueulade légendaire d’Adam Sandler avec un gars qui vend des matelas et qui est un escroc. À notre release-party en 2023, on a diffusé des extraits de ce film parce qu'on savait déjà que "Heal" arriverait trois ans plus tard. On avait aussi fait référence à Stardew Valley que j’aime beaucoup parce que les gens qui l’aiment viennent un peu de tous les horizons. J'aime beaucoup les jeux indépendants Steam pas trop chers sur lesquels on peut passer 500 heures alors qu'ils coûtent vingt euros, c'est un peu ma passion dans la vie. J’avais voulu y faire référence parce que j’y jouais beaucoup à l'époque où j'ai écrit la chanson. Il n’y a pas de raison cachée, c’est juste un repère dans le temps et ça me rappelle des souvenirs.


La release-party de l’album est prévue pour le 30 avril à la Maroquinerie. Connaissant l’amour que vous partagez pour le cinéma, peut-on s’attendre à quelques références cinématographiques ?
Martin Dupraz : C'est en cours de réflexion mais oui, je pense qu’il y en aura. J'aimerais bien refaire comme au Badaboum au 2023, travailler sur une vraie scénographie et cacher des références au cinquième album.
Mathias Court : Sur « Rita », il y a une chanson qui s'appelle "Always Assuming" et pendant notre dernier jour au studio, on s'est amusés à mettre une petite chanson cachée à la fin. C’est comme si on avait deux chansons en une. J’aime bien qu’elle soit un peu planquée au beau milieu et qu’il faille laisser la chanson se finir. J’ai fait exprès de ne pas indiquer les paroles dans le livret. Elle a un nom mais il n’y a que nous qui le connaissions. Je serais très content que ça crée un peu de mystère autour de notre musique.

La chanson "Soothe" a un son plus lo-fi que le reste de l’album. Est-ce lié au projet que vous aviez, il y a quelques années, de sortir un album de musiques lo-fi ? Où en est ce projet aujourd’hui ?
Mathias Court : Elle a été enregistrée dans la maison de mes parents, j’ai même fait la démo sans carte son. Le seul micro qui a enregistré la chanson, c’est celui de mes écouteurs Apple qui avait un son dégueulasse et était impossibles à mixer mais j'adorais ça. J'aime beaucoup la musique lo-fi, ça me touche de plus en plus. Plus on cherche les grandes productions dans des studios énormes avec Will qui est un producteur légendaire, plus mon cœur a envie d’aller vers les bedroom démos. Ça a été très dur de la refaire dans un studio à des millions de dollars. Le premier mix que Will nous a envoyé n'était pas du tout lo-fi donc ça a été un peu chelou. C'est une chanson qui avait une espèce de langue un peu inventée. J'aurais été chaud de l’inclure telle quelle sur l'album, mais tant pis. On a fait énormément de demandes à Will pour avoir un rendu qui soit vraiment dégueulasse. Je suis assez content du résultat mais ça a été un exercice pas facile. J’ai un amour du lo-fi, mais je crois que le projet en question était plutôt personnel. Je ne suis pas sûr que tout PÆRISH aimerait fait un album lo-fi. Par exemple, je sais que Loïc n'adhérerait peut-être pas complètement. Mais ça se voit avec son cœur qui est aussi dans STORM ORCHESTRA qui a une musique plus lisse. Quand je lui envoie des trucs dégueulasses, il ne comprend pas toujours. Donc je crois que le projet d'album lo-fi est plus un projet solo.
Martin Dupraz : Comme dit Mathias, c'est particulier de prendre quelque chose de très propre pour en faire un truc crade. C'est comme quand on doit filmer avec une caméra moderne en voulant lui donner un look vintage : c’est super dur parce que les outils ne sont pas faits pour ça. Mais c'était rigolo de voir les évolutions de ce morceau-là parce que, plus les mix avançaient, plus ça devenait dégueu.
Mathias Court : Je suis content du résultat final et j'ai bien aimé l'exercice de la démo de base dans ma chambre. À un moment, j'ai tendu les écouteurs et le MacBook dans le jardin pour prendre le son des oiseaux, c'était super bizarre. Fred (Frédéric Wah, ndlr) a voulu mixer par-dessus, je lui ai envoyé track par track et il y avait des pistes séparées où on entendait un peu de voix, un peu de guitare, il y avait des tracks avec trois instruments dessus, c’était impossible à mixer. Je pense que ça a été très dur pour tout le monde d'en faire une bonne chanson sur l'album. D’ailleurs, elle est née d'un riff de Fred donc ça a été une petite collab comme on en fait rarement dans PÆRISH, mais on aimerait qu'il y en ait plus. Fred avait vraiment ce petit riff de folk à trois notes, j'ai écrit une chanson par-dessus et il était content du résultat.
Martin Dupraz : Comme l'album est très bruyant, très noise, ça permet de respirer à la fin. Je trouve que ça fait penser à des vacances dans le Sud : à la fin, on sort, il fait beau et les oiseaux chantent.

La pochette de l’album a été réalisée par Arthur Baud, actuellement en résidence à l’atelier OE. Pouvez-vous raconter sa fabrication, ce qu’on voit exactement dessus et ce que vous souhaitiez transmettre à travers cette image ? Que voit-on dessus ? Quelle voiture est représentée ?
Martin Dupraz : Loïc, notre batteur, est un fan de voitures, notamment de voitures japonaises. C'est lui qui a organisé le clip de "Vapor Cloud". Il a une voiture dont seulement deux exemplaires se trouvent en France, c'est une Eunos Cosmo 20B de 1990, une sous-marque de Mazda. C'est une voiture hyper rare qu’on voulait mettre sur la pochette parce qu'elle est trop belle. On a beaucoup discuté pour savoir si on faisait une photo, une peinture, une image 3D, etc. On a fini par choisir la peinture mais on a mis du temps à trouver l’artiste et Diane, qui joue dans PENCEY SLOE, nous a conseillé Arthur. Je lui ai écrit et je lui ai envoyé un brief dans lequel je lui ai parlé de l'enfance dans le Sud, d'un beau coucher de soleil sur la baie niçoise, de Rita, etc., je lui ai envoyé les paroles et je lui ai demandé ce que ça lui inspirait. Arthur a très bien compris et le résultat a été cette pochette. On voulait des couleurs qui pètent beaucoup : un joli rose, un joli bleu, un truc très marquant. En fait, le plus dur, ça a été la voiture, parce que Loïc voulait vraiment que sa voiture ressorte bien. J’ai dû envoyer 300 photos de la voiture et des vidéos qui en faisaient le tour, etc. Loïc était très exigeant. Je suis content parce que j'adore le rendu. Je suis allé filmer un peu Arthur qui peignait dans son atelier à Montreuil, c’était très touchant de le voir peindre « Rita » à la main. Ce qui est cool, c'est qu'à l'ère de l'IA, on a demandé à un peintre de faire une œuvre qui soit vraiment tangible. L’album met en avant les sonorités du live et la pochette, un artiste plastique. On veut aussi dire que toute cette création n’est pas morte. Je vois beaucoup d’IA sur les affiches de communication municipale, notamment chez moi, dans la Nièvre : tous les restaurants, toutes les buvettes, tous les événements. On a envie de défendre l’opposé de tout ça, que ça soit dans la vidéo, la photo, la musique, nos pochettes, etc., on a envie que les gens entendent qu'on a des amplis sur scène, que ça grésille, qu’il y a des larsens et qu'on ne maîtrise pas tout. On est des vrais gens et on se fait vraiment chier à trimballer des amplis qui pèsent une tonne et qui nous niquent le dos, mais on sonne comme de la vraie musique.


C’est Will Yip qui a produit l’album. Est-ce que la collaboration durable avec lui est une façon de vous rapprocher du public états-unien ?
Martin Dupraz : C’est le travail avec lui qui nous a permis de tourner aux États-Unis. La plupart des tournées qu'on fait là-bas, c'est avec MOVEMENTS, TIGERS JAW et WEBBED WING qui sont que des groupes produits par Will. C’est lui qui nous a imposé de tourner ensemble parce qu’on fait partie de sa famille musicale. On est potes depuis quasiment dix ans donc il y a une vraie relation pro et d'amitié avec lui. On était son premier groupe européen et, encore aujourd’hui, son seul groupe français. Il a aussi envie qu’on voie notre public états-unien. Le style de musique qu'on fait est très important aux États-Unis, il y a un vrai public et il serait dommage de ne pas y aller. Pour beaucoup de gens, le fait d’être le seul groupe français d’un tel producteur nous place tout en haut. Les gens pensent qu’on est un groupe absolument énorme parce qu’on travaille avec Will Yip.
Mathias Court : C'est assez trompeur parce que beaucoup de gens pensent qu'on est dix fois trop gros à cause de ce CV mais en fait, pas du tout, on aspire vraiment beaucoup à jouer en France. On n'a pas trop pu cultiver notre fanbase française et il nous a fallu des années pour jouer aux États-Unis alors que c'est le pays qui nous streame le plus depuis 2016. Dès qu'on a sorti notre premier single "Undone", puis l'album « Semi Finalists » en 2016, on regardait les chiffres et la majorité des écoutes était à Chicago, à Los Angeles, etc. On a pu rencontrer ces fans quand on a joué à Chicago en 2024. En 2016, un couple de Chicago nous a raconté que « Semi Finalists » est l’album qu’ils écoutent à chacun de leurs déménagements.
Martin Dupraz : À Atlanta, il y a une fille qui chantait toutes les paroles, qui avait les larmes aux yeux et qui, quand elle est venue nous voir au merch, nous a dit : « Vous avez changé ma vie ». C'est fou que des morceaux composés de notre côté entre Soissons chez Mathias et le studio à Paris touchent autant de gens. À Mexico City, le public chantait les paroles, le concert était complet et il y a des gens qui reconnaissaient Mathias dans la rue !
Mathias Court : Ce sont des souvenirs de dingue et c'est assez fou de repenser à ces moments-là en tant que groupe et de se dire : « Putain, on a vécu ça ». On en parlait avec Fred et Loïc l'autre jour, on se disait qu'un des plus beaux jours de notre vie, c'est le moment où après 26 dates avec MOVEMENTS, TIGERS JAW, etc., aux États-Unis et au Canada, on avait une date de fin au Mexique sur laquelle on jouait seuls. On a atterri à Mexico City pour une dernière date, on est allés bouffer des tacos, quatre potes qui venions d’enchaîner la plus grosse tournée de leur vie et qui terminent avec Mexico.
Martin Dupraz : Même si on n’est pas METALLICA, c’est trop cool et on ne l’oubliera jamais. Ça apporte ça, de bosser avec Will : l'opportunité d'aller toucher un marché que peu de groupes français ont l'occasion d’approcher. On en parle beaucoup avec d'autres groupes français qui tournent beaucoup plus que nous en France mais pas du tout en Europe ou aux États-Unis. Ils nous demandent comment on fait mais on leur retourne la question (rires). C’est une frustration mutuelle. On adorerait trouver un groupe français avec qui jouer plus. On aimerait s'intégrer un peu plus à la scène française qui est un peu compliquée parce qu’on dépend beaucoup de circuits subventionnés où les places sont chères et ne se partagent pas. Par exemple, c'est cool qu'un groupe comme LANDMVRKS ait fait appel à nous pour l'Olympia : c'est une preuve de largueur d'esprit et d'amitié, de dire : « On va faire jouer un groupe français qu’on kiffe ».

Martin, comme c'est toi qui as réalisé les clips, peux-tu nous dire quelles ont été tes inspirations ?
Martin Dupraz : Dès qu’on a enregistré "Wait for Dark", j'ai tout de suite eu la vision d’un clip à la façon d’un film d'horreur italien des années 90. Quand Loïc enregistrait les batteries, j'ai fait un montage de film d'horreur italien sur mon ordi pour le proposer aux gars et ils ont accepté tout de suite. "Wait for Dark" a vraiment une vibe très dark et un peu méchante. Pour "Vapor Cloud", c'était un peu le clip dont rêvait Loïc. On kiffe tous les voitures dans PÆRISH, même si on n’est pas au niveau de Loïc. On aime aussi tous les films de bagnoles donc on a voulu faire un clip dans ce style. Loïc m'encourage beaucoup à acheter des vieilles voitures. Il nous envoie des liens Le Bon Coin à une heure du mat' en disant : « Les gars, j'ai trouvé cette voiture-là », et la voiture en question est une épave donc il répond : « C'est un investissement, pensez-y comme ça ».
Mathias Court : Ça nous unit pas mal dans PÆRISH et Loïc a vraiment très envie de nous transmettre ce virus des voitures. Au fil des années, on est devenus de plus en plus fans de foot, sauf moi qui n’accroche toujours pas. En revanche, je pense qu’on peut tous les quatre développer le virus voiture.
Martin Dupraz : Quand on tourne aux États-Unis, on voit aussi plein de belles vieilles bagnoles américaines qu’il n’y a pas en Europe et qui sont très belles. Je me souviens qu’à Austin, au Texas, on a vu un vieux break américain entouré de grands arbres, comme un plan typique de cinéma américain. On était tous les quatre autour à se battre, à faire des photos, des vidéos, etc. "Vapor Cloud" a permis de rendre hommage à notre côté bagnolard un peu bas du front. Mine de rien, c'est hyper stylé d'avoir des caisses japonaises un peu 90s avec des néons partout. Pour le troisième clip, on n’avait plus de sous (rires). On n’avait plus de budget et on s'est dit : « On va se prendre un joli studio et faire un clip live simple ». Il y avait pas d'inspiration particulière, on a juste voulu faire quelque chose de plus brut : moins de budget, moins de grosses lumières, une seule caméra, nous qui jouons et c’est tout. Comme la chanson est très rentre-dedans, très efficace, très brute, on se dit : « C'est bien, c'est le bon morceau ». On suit beaucoup notre instinct et nos envies. Par exemple, dans le clip de "Vapor Cloud", il y a un plan que je voulais, qui est l’un des premiers plans auxquels j'ai pensé : je voulais que Fred (Frédéric Wah, ndlr) fume une clope à la fenêtre et qu'il fasse un fuck à la caméra. On l'a mis dans le clip mais le label nous a dit : « Trop cool mais pour sponsoriser ça sur Instagram ou sur YouTube, ça va bloquer parce que c'est un fuck » et je n’y avais pas pensé. Mais je préfère flouter un fuck un peu rigolo. Nos inspirations suivent aussi nos envies : pour le cinéma, on peut aimer les films intellos russes de Tarkovski et aimer « Scream » ou aimer les films d'action et pour la musique, on peut aimer BLINK-182 comme on peut aimer un petit groupe lo-fi de Chicago.

Mathias, j'ai cru comprendre que tu composais beaucoup. Combien d'albums as-tu déjà en stock pour la suite de PÆRISH ?
Mathias Court : Dans l'absolu, si on prenait toutes les B-sides que Will n'a pas prises... Quand on enregistre, on arrive avec des chansons, Will en sélectionne certaines et en rejette d’autres. Rien qu'avec ça, on peut faire un album de dix chansons. En plus, « Rita », est l'album pour lequel j'ai le plus écrit. J’ai proposé un bloc de vingt chansons aux gars mais en tout et pour tout, il y a eu entre 60 et 70 démos. Ils ont eu mes 20 chansons préférées mais sur le Drive, il y a encore un sous-dossier avec vingt autres chansons qui étaient mes vingt presque meilleures. Le dossier s'appelle : « Du rab de frites ». Il y a une phrase qui me rassure et dont je parle souvent en ce moment, que Kurt Ballou a prononcée dans une interview de CONVERGE, et il prononce cette phrase en ayant une discographie vraiment étendue. Il dit que de toute façon, passé un certain stade de ta vie, il n’y a que 10 % de ce qu’on écrit qui est bien. Donc si on veut un album de dix très bonnes chansons, il faut en écrire cent. Je suis assez d'accord avec lui. Il ne faut pas en écrire cent en un jour mais il faut écrire tout le temps. Il faut y retourner mais ne jamais trop se mettre la pression. Il y a des matins où on y va avec tout l'amour possible et c'est de la merde. Et un matin, on se lève, pas forcément à la bonne heure, on y va un peu à l'arrache et c'est "Vapor Cloud" qui sort. Il n’y a pas de règles, c'est chiant, mais il faut beaucoup écrire. En tout cas, il y a de quoi écrire un album solo lo-fi et il y a de quoi faire un album de B-sides de PÆRISH. D'ailleurs, dans le dossier « Du rab de frites », Fred a repêché une chanson qui était en haut de la pile et qui a fini par être enregistrée aux États-Unis : c'est "Call Me When You Wake Up". Elle n’est pas sur l'album et ce sera sûrement un single pour plus tard. Sur le peu de gens à qui on l’a fait écouter, c'est la préférée de certaines personnes. Je n'y croyais pas trop mais j'aime bien les faire écouter aux autres parce que, pour certains, ça peut être une évidence que je ne vois plus. C'est bien d'avoir les oreilles d'autres personnes.

Stephen King a aussi cette règle des 10 % mais dans son cas, il considère qu’à la relecture, il faut enlever 10 % de ce qu’on a écrit pour obtenir un bon texte.
Martin Dupraz : C'est marrant parce que Stephen King a un peu la même méthodologie que Mathias : il se lève tous les matins à heure fixe et il écrit tous les matins.
Mathias Court : Oui, il faut le faire très souvent. L’une des personnes dont la rigueur m’inspire, c'est Amélie Nothomb. Elle se lève à trois ou quatre heures du matin et, de quatre heures à huit heures, elle fait de l’écriture automatique et elle boit un demi-litre de thé noir. Je m'y retrouve un peu. Parfois, quand je suis perdu dans mon inspiration, je pense à elle et je me demande si je devrais me lever plus tôt. Je ne suis plus très inspiré à six heures donc peut-être qu'il faut que je me lève à quatre heures. Mais en ce moment, j'écris plutôt le soir et ça me change. Je vais devenir comme Loïc et toi (rires). Je suis très heureux quand je me lève tôt parce que j’ai une longue journée devant moi. Et en même temps, une bonne grasse matinée…


Le 27 février 2026, vous avez sorti un EP digital avec quatre reprises acoustiques de vos titres, enregistrées en live à l’abbaye Saint-Léger de Soissons. Pourquoi avoir choisi un tel lieu ? Qu’est-ce que l’abbaye a apporté à ces reprises ?
Mathias Court : C'est facile pour moi puisque Soissons est ma ville natale. L'abbaye est en face de la maison de mes parents. J’ai l’impression de boucler une boucle parce que les chansons du troisième album ont été écrites pendant la COVID, quand j'étais dans cette maison. Je m'étais improvisé un petit studio et j'ai beaucoup écrit. Ce sont donc des chansons qui ont été écrites à Soissons, qu'on est allés enregistrer à Philadelphie avec Will Yip avant de tourner dans le monde entier avec. Pour terminer cet arc, on est retournés à Soissons, dans cette abbaye que je vois tous les jours depuis que je suis petit. Elle est désacralisée et aujourd’hui, c’est un musée donc on ne dérange aucune messe quand on y va. C'était très émouvant pour moi. Je voulais proposer un lieu magnifique aux gars. On adore les live MTV Unplugged de NIRVANA, ALICE IN CHAINS, PEARL JAM, etc. Le live acoustique était un exercice très cool pour nous et je voulais prouver la qualité des chansons en les réarrangeant, en montrant qu’elles n’étaient pas juste des murs de fuzz et qu’elles ne sont pas bonnes uniquement grâce à la production Will Yip. Pour faire passer le matériel, on a ouvert l'énorme porte à double battant de l'abbaye. En voyant les gars de mon groupe et tout le crew de cadreurs, faire : « Ouah ! », ça m'a fait quelque chose. C’était un challenge de bien enregistrer ça avec le timing qu'on avait, mais ça n’a pas de prix de le faire dans ma ville natale. En plus, comme c'était la mairie de Soissons, qu'ils me connaissent et que j'ai montré patte blanche, on a eu le lieu gratuitement.
Martin Dupraz : Ce qui est bien aussi, c’est que la presse locale a écrit des articles. Il y avait une vraie fierté de voir un groupe international revenir à Soissons. Tout le monde était content.
Mathias Court : J'étais content que la ville en parle. Récemment, on a vu une story Instagram de quelqu'un qu'on ne connaît pas, qui disait : « J'écoute PÆRISH dans les bonnes conditions ». Mon rêve, c'est qu'il y ait des touristes allemands, américains, anglais, mexicains, qui aillent à Soissons, qui reconnaissent l’abbaye du clip et que ça fasse un peu de tourisme. Je trouve ça trop stylé qu'il y ait le nom de l'abbaye Saint-Léger dans le titre des vidéos YouTube qui ont été tournées par Martin, qui a ramené son équipe. On s'est donné beaucoup de mal aussi pour ce tournage. C’était un challenge de réarranger les chansons et de les jouer avec de très bons musiciens. On a voulu faire ça mieux que dans un studio de répète et créer la surprise.
Martin Dupraz : Pour moi, c'est un projet qui est à l'image de PÆRISH : on essaie toujours de faire des choses à notre image, de pas se calquer sur d'autres et d’y aller à fond sans savoir si on a raison ou pas : on voulait aller enregistrer aux États-Unis, on a voulu enregistrer notre premier album en Écosse, etc.

Est-ce qu'éventuellement, ça vous donne des idées pour faire un concert façon MTV Unplugged un jour ?
Mathias Court : J’adorerais mais malheureusement, notre EP n’a pas trop marché alors qu’on y a mis beaucoup d'amour. J’ai l’impression que les gens préfèrent le virage beaucoup plus électrique qu'on est en train de prendre maintenant, on le voit avec les commentaires YouTube. J'aurais vraiment cru, de par notre background un peu grunge, que ça aurait du sens pour toute notre fanbase. S'il y avait eu un peu plus d'engouement, j'aurais adoré reprendre les mêmes musiciens et faire douze chansons. C'était le rêve à la base de ce projet : faire un best-of de PÆRISH. On a fait quatre chansons de « You're in Both Dreams (and You’re Scared) » et j'avais déjà en tête les réarrangements de quelques chansons des autres albums. Ça aurait été chouette mais il faudrait qu'il y ait un peu plus d'engouement. Il faut que les gens l'écoutent ou qu'il y ait de la demande. On pourrait embaucher un fleuriste pour faire des compositions florales, j’ai envie que ça ait une gueule de dingue. Il y a quand même eu quelques messages de gens qui ne nous écoutaient pas beaucoup mais dont les chansons préférées sont sur cet EP. C'est un de mes projets préférés de PÆRISH et c'est un de ceux que j'écoute le plus sur Spotify. Il y a quelque chose qui me touche beaucoup et je trouve que les deux musiciens qu'on a eus en plus rajoutent quelque chose d’unique. Et puis ça s'est fait très très vite : on n'a pas ressassé pendant des mois ou des années, ça a été assez naturel et spontané. Je trouve qu’il a quelque chose d’un peu magique. Et on a été très bien entouré : l’un des musiciens supplémentaires était Émile Cooper Leplay, un vrai prodige qui joue de trente instruments. Il est vraiment très fort. Il peut sortir un bouzouki, puis un saxophone, puis une flûte, c’est incroyable !

Vous êtes souvent catégorisés comme un groupe de shoegaze alors que votre musique est plus proche de l’alt-emo-rock. Vous avez joué en ouverture du concert de LANDMVRKS, un groupe de metalcore, à l’Olympia, en première partie de SUM 41 et de son pop punk, et de beaucoup d’autres groupes de styles très variés. Comment naviguez-vous entre les étiquettes qu’on vous attribue et quel regard avez-vous sur cette capacité que vous avez à pouvoir jouer à côté d’autant de styles différents ?
Martin Dupraz : C'est un très long combat qu'on a un peu laissé tomber parce qu'on s'est fait coller des étiquettes comme néo-metal, post-grunge-shoegaze, etc. Je crois que c’était sur un post d’Alternative News, il y avait des mecs qui se battaient pour savoir à quel genre on appartenait. Le média nous a tagué en nous demandant directement ce qu’on jouait et j’ai répondu avec une blague à la con en inventant des mots. Nous, on dit qu’on joue de l’alt-rock. Vous mettez l'étiquette que vous voulez, c'est une force et une faiblesse. C'est une force parce qu’on peut naviguer entre plein de scènes et c'est une faiblesse parce qu’on n'est pas clairement identifiés. C'est malheureusement extrêmement français, ce besoin de catégoriser les choses alors qu'aux États-Unis, quatre groupes dont les styles n’ont rien à voir peuvent tourner ensemble.
C'est normal. Par exemple, quand Denzel Curry a ouvert pour DEFTONES à l'Adidas Arena, le public ne comprenait pas alors que DEFTONES joue du nu metal, un style proche du hip hop. C'est comme en 2006 quand j’ai vu les RED HOT CHILI PEPPERS à Lyon et que c'était Dizzee Rascal qui jouait en première partie : les gens ont hué parce que c’était du rap alors que les RED HOT rappent aussi. Nous, on est fiers de pouvoir naviguer dans plein de scènes différentes et de ne pas rougir pas quand on doit ouvrir pour SUM 41, LANDMVRKS, GRANDMA’S ASHES, SUPERHEAVEN. On est content de pouvoir partager l’affiche avec tous ces groupes parce qu’on a notre place.
Mathias Court : Avec le temps, on a développé une discographie assez couteau suisse : si on ouvre avec un groupe de pur shoegaze, on peut vraiment prendre les chansons du troisième album et ça va balancer du "Sequoia", des chansons avec des drones, plutôt statiques et très bruyantes. Et si on fait le Resurrection Fest en Espagne, on va puiser dans des chansons qui sautent pas mal. Avec « Rita », on complète cet arsenal de chansons avec des titres qui vont faire bouger les gens. Mais les gens ne veulent plus parler de rock alternatif. On dit que même IMAGINE DRAGONS joue du rock alternatif donc ça a complètement faussé le nom mais à la base, le rock alternatif peut désigner les FOO FIGHTERS comme JIMMY EAT WORLD. C'est très catchy et ça peut passer à la radio. Aux États-Unis, on peut avoir des groupes comme ça qui ont des murs de gratte très puissants mais la chanson a un refrain qu’on garde en tête toute la journée et c’est exactement la façon dont j'écris les chansons. Je trouve que le terme de rock alternatif doit revenir sur le devant de la scène.
Martin Dupraz : On en est à essayer de donner un nom qui parle à seulement quelques dizaines de personnes. Je trouve ça hyper limitant alors qu’on fait de la musique pour tout le monde, c’est pas la peine de nous mettre une étiquette que personne ne comprend.
Mathias Court : À l’époque de SUM41, les gens étaient persuadés qu'on était pop punk et ont gardé cette idée pendant trois ans. Notre single le plus streamé à l'époque, et encore aujourd'hui, c'est la chanson "Undone", qui est déjà tellement dreamy que ça annonce tout ce qui va arriver. C’était notre chanson la plus connue avec des millions de streams et les gens disaient : « Bah oui, c'est clairement pop punk » alors que pas du tout. On peut se targuer d'avoir eu je ne sais combien d'étiquettes différentes et c'est drôle pour un groupe français.
 

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