Formé en 2018, SPHERES, groupe alliant metal progressif moderne à l’intensité du death metal mélodique et à la complexité de la musique progressive a entamé une ambitieuse trilogie cosmique en 2019 avec « Iono » puis « Helios » en 2022 qui se conclut avec la parution de « Dyson ». Pour placer le contexte de ce nouvel album, une sphère de Dyson est une mégastructure hypothétique décrite en 1960 par le physicien et mathématicien américano-britannique Freeman Dyson qui entoure une étoile pour en capturer la quasi-totalité de l'énergie. Arrêtons-nous là pour la métaphysique bien que cela fasse partie intégrante de l’équation et revenons à la musique.
Les frontières (de l’infini) se brouillent d’entrée de jeu avec "Drive Me To The Dawn" et la tonalité du riff introductif foulant les terres du stoner avant que le chant guttural de Jonathan Lino durcisse le ton. Une très bonne façon d’entamer le voyage qui mène à "I Like To Comment" qui ne manquera pas de surprendre avec son refrain qui emprunte sa mélodie au morceau "I Like To Move It" du groupe REEL TO REAL en 1993 et popularisée par le personnage du Roi Julian dans le dessin animé Madagascar. Clin d’œil forcément volontaire, je vous avoue que cela surprend voire détonne un peu dans le propos et ambiance développés. Malgré tout, on passe dessus car le reste de l’album revient disons dans le droit chemin, à savoir ce metal progressif mâtiné de sonorités sombres. Ainsi, "Kemper", « Shadows Of Despair" et "Virtual Prison" (choisi en single) prennent le temps de poser le décorum et explorer des ambiances et nuances où, Jonathan Lino toujours lui, alterne avec le chant clair. SPHERES est aidé par des musiciens qui maitrisent les codes de leur genre et proposant des parties complexes, envolées des soli, lignes de basse évolutives, patterns de batterie où le panache le dispute au groope, mettant tout cela au service de compositions fouillées, constellées de détails qui ne peuvent se révéler à la première écoute. Ainsi, « Dyson » est un disque qui doit être apprivoisé malgré sa courte durée (43 minutes, pas si long pour un groupe progressif d’ailleurs, c’est à peine la durée de trois chansons de DREAM THEATER…)
Si des acteurs majeurs et établis du système pestent souvent dans les interviews que réaliser un album, l’enregistrer, le produire s’est démocratisé à outrance et est désormais à la portée de tout le monde (ou presque), toutes les formations ne sont malheureusement pas capables de le faire en bonne et due forme et proposer un produit (toute démarche reste commerciale, quoi qu’on en dise) de qualité. « Dyson » répond à ces exigences, tant en termes d’écriture déjà – et c’est primordial, de production qui est juste à propos ainsi que l’interprétation de musiciens aguerris aux genres qu’ils abordent, s’en appropriant les codes sans les recracher tels quels. Enfin, les arrangements des titres les plus ambitieux et progressifs de l’album sont le fruit d’un travail réfléchi et consulté. Alors, la France restera-t-elle comme trop souvent malheureusement le petit canard du metal (oublions ULTRA VOMIT tout de suite, je vous préviens) et ne percevra pas SPHERES dans le bruit ambiant actuel ? Ce serait vraiment dommage voire une erreur de louper cela. Le cap du troisième album est dit décisif et scelle le destin de bien des groupes, pour le meilleur et parfois pour le pire. Ici, nous n’en retiendrons que le meilleur.