5 novembre 2026, 20:11

TAGADA JONES

Interview Niko Jones


Ils n’ont plus 20 ans mais bien 32 de carrière bien révolus, et pourtant, TAGADA JONES n’a pas peur de se réinventer musicalement. En effet, pour son 11e album, le groupe de punk hardcore français a réfléchi à ce qui faisait véritablement TAGADA JONES, et propose une nouvelle version de sa musique, avec des virées vers le metal ou vers la chanson française bien senties. Qui dit nouvel album dit beaucoup de sujets à aborder, et nous avons pu discuter avec Niko Jones de toutes les nouveautés apportées par « A Fleur De Peau », ainsi que des sujets auxquels le groupe a fait face ces dernières années.
 

« A Fleur De Peau » évoque beaucoup de sujets de notre société actuelle, sombres et irritants. Est-ce que tout dans cette époque te met à fleur de peau ?
Niko Jones : En bien, on n'a pas choisi ce titre par hasard et je crois que ça reflète bien, évidemment, notre position, bien sûr, mais aussi celle de quasi tous les citoyens du monde. On a l'impression que c'est global en ce moment, ce ras le bol d’être pressé, pressé, pressé. Il est global et n'est pas isolé. Et c'est vrai que c'est pour ça qu'on a choisi d'appeler cet album « A Fleur De Peau », parce que ça reflète bien à la fois notre mental, mais aussi la vision globale du monde.

J'aime bien aussi le fait que vous ayez choisi cette expression qui est particulièrement imagée et qui va justement à l'opposé total de « A Feu et à Sang » le précédent album. Est-ce que c'était justement pour prendre une expression un peu douce ?
On a pu remarquer sans doute que le groupe existe depuis longtemps. Et puis on a voulu trancher. Dans la vie d'un groupe, il y a des phases et on a regardé la phase précédente. Pour TAGADA JONES, c'est une espèce de phase que nous, on aurait pu appeler la "phase chiffre" où si tu veux, on a fêté nos 20 ans, on a fêté nos 30 ans, on a fait la grosse tournée des 30 ans et on a fait des albums, un best of aussi… On a tout réenregistré, revu, ré orchestré nos titres et là on s'est posés. On s'est dit « On fait un nouvel album, on a envie de tourner la page et de repartir sur quelque chose de neuf et une nouvelle phase. », en fait, pour le groupe. Et c'est vrai que par rapport à tout ça, il y a du changement, on a forcément envie de faire du changement. Donc oui, il y a une nouvelle imagerie, il y a de nouveaux sons, il y a une nouvelle façon de composer, il y a plein de nouvelles choses, mais la racine du groupe reste la même. Et c'est pour ça qu’on a ce petit clin d'œil. On a toujours eu ce genre de titres d'album, et là tu fais bien de le noter, parce que c'est typiquement un titre d'album à la TAGADA JONES. On a souvent eu, pas tout le temps, mais très souvent, un titre éponyme de l'album. Là, c'est le cas. Bon, il y a des classiques et des bases qui restent quand même. Et effectivement, il y a ce petit clin d'œil qui est en opposition avec « A Feu Et A Sang », mais qui reprend aussi des valeurs de « A Feu Et A Sang » parce que déjà dans cet album, on commençait à amorcer ce virage vers une sorte passation de pouvoir envers les jeunes. Et là, on appuie encore un peu plus sur la chose avec cet album. C'est forcément lié à notre vie aussi, parce que nous, on est parents et nos enfants, ça y est, ce sont de jeunes adultes. Et tous les jours, je dirais qu’on est le nez dedans parce qu'on est en connexion parfaite avec cette jeunesse-là, eux, nos enfants, mais aussi leurs copains qu'on voit régulièrement. Donc c'est une connexion forte qu'on a en ce moment. C'est pour ça aussi qu'il y a une continuité par rapport à toute cette jeunesse. Et donc c'est effectivement un petit peu comme si on avait changé un petit peu notre point de vue, par rapport à un prisme. Et l'album est un petit peu, finalement, de l'autre côté de ce prisme-là, mais c'est une continuité quand même.


Devant cette réinvention de TAGADA JONES, avec une nouvelle identité visuelle, un nouveau son, une nouvelle manière de chanter aussi que tu mets plus en avant que par le passé… Quelle a été la réflexion justement derrière tous ces changements pour définir le nouveau TAGADA JONES ?
Ben en fait, nous on est un groupe en mouvement, on a toujours été un groupe en mouvement et là on ressentait le besoin justement de le changer un peu, de casser les codes parce qu'on en est restés longtemps dans cette "phase de chiffres" de plus de dix ans, finalement. Et on aime bien expérimenter des choses. Je le dis tout le temps : on est quand même un groupe à la base issu des cendres du rock alternatif français. On a très vite été classés, par le côté vindicatif des paroles, dans une catégorie punk. Mais en réalité, on est à des années lumières des groupes punk anglais. On est aussi à des années lumières des groupes punk américains, ce qu'on peut un peu vulgairement appeler punk à roulettes. On a toujours eu une case un petit peu particulière. Nous, on a toujours mixé un peu de hardcore, des thèmes hardcore, des thèmes punks, des thèmes metal, mais en chantant en français. Ça fait aussi bien longtemps qu'on met de l'électro dans notre musique, donc on a toujours été un peu un cross-over de tout ça. Et puis au fil des années, le son change un petit peu. Il n'y a pas vraiment de réinvention du groupe parce que ce sont les mêmes codes, les mêmes bases, mais mixées différemment. Cependant, il y a cette volonté du groupe d'être, comme je le disais plus tôt, en mouvement et pas entre guillemets "un groupe de vieux cons" où on fait 25 fois le même album. C'est à dire que nous, on ne veut pas faire et refaire des copier-coller d'albums existants. Parce que dans notre dans notre for intérieur, en tant que fan, finalement, on a eu tellement de désillusions... Par exemple, un groupe mythique mais dont on aime que les deux premiers albums, et puis les quinze albums suivants ne sont peut-être que des copies moins bien de ce qu'ils avaient déjà fait avant. On ne veut surtout pas ça, et ce n'est pas trop notre cas. Parce que nous, finalement, le groupe, il a toujours monté un peu derrière. Nos albums les plus forts ont toujours été les albums les plus récents, et les morceaux les plus écoutés, des morceaux récents. Parce qu'on est alternatif, underground, on est aussi partis des racines et des sources. Mais là, si tu veux, on se refuse de se répéter, on ne veut pas être le cliché de nous-mêmes. Donc on essaye des choses et là on est allés jusqu'au bout des choses, beaucoup plus loin à chaque fois, et notamment, tu l'as bien noté, dans la façon de chanter. Parce que la façon de chanter, moi ça fait des années finalement qu'avec tous les projets qu'on a pu faire autour, ou les collaborations, parce que j'étais appelé à faire pas mal de collaborations et tout, je me suis moi-même rendu compte que j'avais une autre voix que ma voix que j’utilisais sur TAGADA JONES. Et puis en chantant, j'ai aussi pris plaisir à chanter avec une autre voix. Et finalement, ça amène de la diversité dans les titres, et après on verra. Pour l'instant l'album et les premiers titres ont quand même été plutôt très bien accueillis par nos fans classiques. Alors qu’il y a quand même beaucoup de changements ! Je pense que c'est vrai que cet album-là est l’un des albums qui apportent le plus de changement. Mais quelque part, ceux qui sont fans classiques de TAGADA JONES depuis très longtemps ont quand même l'habitude à ce qu'on change. On change d'un album à un autre, on ne fait pas la même chose parce que ça aussi, c'est dans notre ADN.

Sur les clips de "Hors Norme" et "A Fleur de Peau", vous utilisez de grands écrans avec cette identité visuelle forte que vous apportez. Et ça m'a rappelé d'ailleurs "L'Odeur de L'Essence" d'Orelsan et la parodie d’ULTRA VOMIT, "Doigts De Metal", qui avait été tournée au Ferrailleur à Nantes. Est-ce que c'est quelque chose qui vous offre plus de liberté visuelle de travailler comme ça avec des écrans ?
Non, je pense que là, si tu veux, c'est plutôt la technologie qui a évolué et qui devient accessible à des gens comme nous. Parce que tu vois bien qu’avant, faire un clip comme ça, ça coûtait une fortune. Et là, en fait, on a tourné dans un studio en Bretagne qui tout simplement est accessible pour nous. C'est à dire qu'en fait, nous on ne met pas des budgets colossaux dans les clips. Mais l'idée c'est quand même de faire des clips un peu différents, qui ne sont pas toujours pareil. Ça, on ne l'avait encore jamais fait, donc ça nous permettait quand même d'amener une nouveauté dans cette façon de faire des clips. Et au bout de 30 ans, même si ça ne fait pas 30 ans qu'on fait des clips, mais au moins 20 ans, 25 ans… On a compris que les gens aiment quand même bien voir le groupe. Les histoires ce n’est pas forcément si facile. Tu ne peux pas remplacer du cinéma comme ça en deux jours. Donc c'est dur à mettre en place et voilà, on a un truc qui était assez sympa et reflétait beaucoup de choses, notamment ce qu’on voulait représenter : un changement d'image. Et là il y a ce côté accessible qui a fait qu'on ait choisi ça parce qu’avant, les très gros studios parisiens comme celui qui a été utilisé pour le clip d'Orelsan, ça reste encore quasi inaccessible à nous.


Et en termes de message, vous êtes aussi engagés que sur le reste de votre carrière : vous invitez à sortir des normes et à écouter la jeunesse alors que la haine conquiert les cœurs. Et là, je ne cite que les singles ! À l'aube d'une élection qui va décider de notre avenir, il y a des médias qui lynchent nommément les artistes engagés tous les matins à la télé. Est-ce que c'est plus difficile d'être un groupe engagé à notre époque ?
C'est plus clivant. C'est à dire qu'en fait, c'est très clivant dans le sens où, quand on est un artiste engagé d'un côté, le bord d'en face te déteste quoiqu'il arrive. Et puis dans ton propre bord, parfois, tu n'es pas assez engagé pour des gens un peu plus extrêmes. Aujourd'hui, le monde est tellement polarisé que c’est un peu ce qui est en train de se passer, et que finalement, les gens ne sont pas du tout engagés. Ils passent un peu à travers de tout ça parce qu'on va dire qu’ils ne sont pas politisés. Mais nous évidemment, ce sont des messages qu'on a toujours eu depuis le début, avec le groupe : c'est de dire ce qu'on a au fond du cœur. On ne veut pas changer là-dessus non plus. C'est notre ADN, c'est comme ça, c'est de dire ce qu'on a à dire et de ne pas se taire. Donc ce n’est pas grave, si tu veux, que ce que les gens qui sont contre nous le disent, ce n'est pas un souci. Nous on n'est pas dans leur camp non plus, et si certains trouvent qu’on n’est pas assez engagés, ce n'est pas grave. C'est ça, c'est la liberté d'opinion, c'est comme ça, quoi. Mais ce n’est pas ça qui nous fera taire, ça c'est sûr.

On sent cet engagement sur l’album, notamment sur "La Marionnette" qui fait partie des morceaux qui m'ont le plus marqué. Parce que ça évoque bien entendu l'affaire Pélicot et les viols de Mazan, mais aussi plein de faits divers plus récents et plus communs que ce qu'on croit. Par exemple, l’affaire qu’il vient d’y avoir aux États-Unis, à Cornell. J’imagine que c’était important pour vous de parler de cette histoire qui est beaucoup plus commune qu'on ne le croit ?
C'est important. Et puis ce sont des sujets qui ne sont pas toujours faciles à aborder parce que ce sont des sujets lourds. Et moi j'ai quelques thèmes comme ça, en tête, sur lesquels j'aimerais bien faire des chansons ou sur lesquels j'ai envie de tout simplement composer. Mais il faut avoir la musique qui va en face. C'est à dire que, parfois, il faut trouver le bon angle aussi pour pouvoir traiter du morceau, parce que ce n'est pas facile. Et là, j'ai trouvé que quelque part un peu dans ce second degré de l'album, un refrain qui est presque un peu punk à l'ancienne, et ça, je trouvais que c'était quand même assez intéressant, avec évidemment une ambiance assez lourde sur tous les couplets, puis le refrain qui est complètement en opposition avec ces couplets-là. Là, je me suis dit c'est bon, je peux parler d'un sujet comme ça, ça va concorder, ça va aller avec. La musique et les paroles, c'est quelque chose qui va fonctionner ensemble. Mais il y a des sujets difficiles comme ça. On parle de "Hors Norme", qui a un sujet difficile aussi. Ça fait longtemps que je voulais parler du handicap d'une manière générale, il fallait trouver le bon angle d'attaque et le bon morceau. Et là, la musique de ce morceau-là, quand on l'a composée, on s'est dit « Voilà, ça, c'est complètement différent. » On peut traiter de ce sujet-là parce que l'idée ce n'était pas non plus de faire la complainte du handicap, par exemple, pour ce morceau-là. Donc parfois, il y a des thèmes que j'ai de côté, que j'ai envie de traiter, mais pour lesquels je n'ai pas encore la musique pour aller avec. Parce que voilà, ce morceau-là, « La Marionnette » par rapport à Gisèle Pélicot, c'est une façon de traiter le sujet un peu de manière décalée mais presque plus forte à mon sens pour interpeller les gens.


Pour le coup, les paroles font justement réagir tout de suite, je trouve. Et c'est épidermique. En fait, on est à fleur de peau, justement. Et d'ailleurs pour "Hors Norme", j'avais trouvé que c'était aussi un hymne à la différence. C'est aussi ce qui fait que ce morceau est aussi fort : ça parle de handicap, mais ça parle de différence aussi.
Oui, bien sûr. D'ailleurs, on ne le dévoile qu'à la fin du titre, ce côté "handicap". Et en effet. Si tu veux, je voulais traiter du handicap à la base, mais je trouvais ça important de le globaliser, de le généraliser aux différents de manière générale, parce qu'on a une société dans laquelle on a toujours écrasé les différences. Et aujourd'hui, même si parfois on peut avoir l'impression que dans les grandes villes, quelque part, c'est un petit peu plus "toléré" entre guillemets… ça n'est pas illusoire, bien sûr, parce qu’il y a du progrès, mais on est loin d'être dans quelque chose de gagné. Et puis là, quand on parle quand même du handicap des personnes, on n'y est pas encore. C'est à dire que les gens les laissent de côté. Il n’y a qu'à aller dans le métro pour voir le comportement des humains, des gens les uns avec les autres. En fait, on est dans une société où les gens sont tellement centrés sur eux-mêmes, avec leur téléphone, qu’ils ne voient même plus ce qui les entoure. Et là on parle d'un handicapé, mais on peut très bien parler d'une vieille personne aussi. Parfois, dans la rame du métro, j'ai l'impression d'être le seul à me lever pour laisser ma place à quelqu'un, soit, malheureusement, d'handicapé, qui a besoin de s'asseoir, ou quelqu'un d’âgé qui a besoin de s'asseoir. Et parfois, et je le vois bien dans le regard des gens, quand je propose ma place, les gens sont presque surpris, car les gens ne le font plus. Et ça par exemple, c'est presque pire qu'avant. Parce qu'avant je pense qu'il y avait un peu plus de respect des vieilles personnes ou des personnes handicapées. Et aujourd'hui les gens sont tellement centrés sur eux-mêmes qu'ils ne voient même plus ça.

Une autre de mes chansons préférées de l'album était "On Prend Les Choses En Main", ou plutôt "O.P.L.C.E.M.", qui vient après "Wake Up" pour y faire écho. Pour toi, prendre les choses en main en 2026, ça passe par quoi ?
Tu as bien compris que le message de ce titre, c'était justement nous en tant que citoyens. Si on se met tous ensemble à faire quelque chose, à aller dans le même sens, à ramer dans le même sens, on arrive à des actions, et ça a toujours existé. Donc là effectivement, je prends cette chanson des années 30 en référence à la révolution à l'époque franquiste. Ils ont réussi à faire tomber le dictateur grâce à ça. Mais ça a existé dans toutes les époques ! Il y a eu la Révolution française mais aussi des choses plus modernes. On peut voir ça dans le fait notamment que les jeunes consomment totalement différemment, changent complètement leur façon de consommer. Par exemple, au niveau vestimentaire, ça donne quoi ? Ça donne qu'en l'espace de deux ou trois ans, l'industrie textile s'écroule ! Je ne dis pas qu'il n’y a que du bon parce c'est pareil, c'est clivant, c'est polarisé. D'un côté, il y a le bon côté, enfin ce que moi j'appellerais le bon côté. Mon côté à moi, ma vision des choses, c'est le côté où les jeunes recyclent beaucoup et vont dans des friperies, s'échangent des fringues, reconstruisent, fabriquent des fringues avec d’anciennes fringues et redécoupent, refont, bon bah ça c'est génial. Et puis à côté de ça, t'as l'autre côté où parfois les mêmes jeunes ou d’autres jeunes vont aller commander chez SHEIN et faire venir un T-shirt à 3 € de l'autre bout du monde en consommant de manière complètement démesurée de l'énergie. Mais quoi qu'il arrive, c’est polarisé, il y a du bon et du mauvais quoi qu'il arrive. En tout cas, le changement de comportement a directement cassé un système économique. C'est à dire que si demain, nous tous, on décide de boycotter un produit, en l'espace de six mois, ce produit, il fait faillite. Ça va trop vite en fait. C'est à dire que les boîtes qui sont devenues énormes, elles ne peuvent pas, comme ça, réduire la voilure d'un seul coup ! Ce n'est pas possible, en fait. Donc on peut faire changer les choses. Le système capitaliste où les politiques n'arrêtent pas de nous dire qu'on n'est pas capable de faire changer les choses et disent qu’on est tous seuls dans notre coin, et que tous seuls dans notre coin, on ne pourra pas faire changer les choses, on voit que ce n'est pas vrai. C'est l'image du petit colibri que j'utilise justement dans le morceau "Wake Up" pour dire « Bah nous serons les milliards de Colibri. ». En fait, pour vaincre l'incendie, c'est exactement ça. Si on se met tous ensemble à changer nos comportements, ça a de l'impact. Et effectivement, il faut être nombreux et il faut le faire tous ensemble, mais ça a forcément de l'impact.

Quelle chanson de l'album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd'hui ?
Bah "A Fleur De Peau". C'est la chanson-titre de l'album, donc c'est vrai que c'est je pense que c'est mon humeur, mais ce n’est pas uniquement la mienne, c'est général.

Et bien sûr, qui dit album dit tournée. Vous avez un Olympia qui arrive le 20 novembre, ainsi que des dates dans toute la France ! Comment est-ce que le changement de direction artistique et le retour dans des petites salles après la tournée du "Gros 4" va affecter vos concerts ?
Ça ne change pas grand-chose, parce que tu vois bien, là, on fait un nouvel album et quoi qu'il arrive, on rentre dans notre setlist 6 nouveaux morceaux. Donc ça veut dire que, là on joue à peu près 22 titres en concert, ça veut dire qu'il y a quand même 16 qui sont des morceaux d'avant. Ça fait environ les trois quarts du concert qui sont quand même basés sur quelque chose que les gens connaissent bien. Donc ce n'est pas un bouleversement. Je veux dire, ça n'affecte pas énormément le concert en fait.


© Mathieu Ezan | At(h)ome


Et en termes de visuel donc, de revenir dans des salles un peu plus petites, c’est naturel pour vous ?
On a toujours voulu jouer partout. L'année prochaine, on a déjà pas mal de gros festivals de caler, mais l'ADN du groupe, ça a toujours été quand même de jouer partout. C'est à dire qu'on veut aller jouer dans les grandes villes, dans les grands festivals, mais aussi dans les petits festivals, à la campagne, dans les petits lieux. Et ça fait partie de notre culture et de notre bagage en tant que musiciens, vraiment, d'aller jouer partout. Et c'est vrai qu'on pourrait se dire « Bon bah voilà, maintenant on va plus faire que 15 à 20 dates par an dans des grosses villes, des grosses salles et on s'arrête là. » Mais on préfère continuer à faire comme ça, on va encore y aller et jouer partout. Ça a toujours été un peu notre leitmotiv.

Oui, donc vous avez en tête les différentes configurations au moment de préparer la tournée…
Voilà. Puis en fait là, cet été, ce qu'on avait fait d'ailleurs, je n'ai pas arrêté de le dire pendant tout l'été, mais comme on est dans une ère où la machine remplace l'homme, eh bien nous on a fait l'inverse. C'est à dire qu'on a remplacé nos machines sur scène par des hommes parce qu'on avait des performers avec nous pour performer, des cracheurs de feu, tout ça. Donc on avait remplacé les machines par l'homme.

Bien sûr, les six dernières années n'ont pas été sans vague pour vous. On a vu tout ce qui s’est passé autour de Rage Tour dont tu es fondateur, et du scandale déclenché par les actes d’un ancien employé. Est-ce que ça a changé ta perspective sur certaines choses ?
Pas vraiment, parce qu'en fait, moi je n’ai jamais été concerné directement. C'est vrai que c'est l'histoire d'un collaborateur. En fait, c'est un petit peu le problème des réseaux sociaux. On transpose à des gens qui n'ont pas grand-chose à voir avec tout ça. Donc c'est vrai que j'ai été quand même un peu décalé parce que ce n'est pas moi qui suis visé par tout ça quoi. Donc après, je pense qu'on a tout simplement pris avec Séverine (Delahaye, ndlr), parce que Rage Tour, on en est tous les deux fondateurs, et Séverine en est toujours la directrice. D'ailleurs ce qui est rigolo, c’est que les gens n'y connaissent rien à Rage Tour. Ils ne savent même pas que depuis le début, c’est une femme qui dirige Rage Tour ! On commence à expliquer ça à des gens, et ils disent « Ah bon ?! »... Cependant, en discutant avec Séverine, on s'est dit que ce qu'on va essayer de faire, parce que ce qu'il faut comprendre de tout ça, et ça, ce sont les valeurs positives, c'est qu'il faut donner plus de place aux femmes dans le rock et dans nos musiques, ce qui n'était pas le cas. Voilà à quoi nous, on s'est affairés. C'est à dire qu'en fait, aujourd'hui, par exemple, par exemple chez Rage Tour dans les bureaux, on a décidé d’avoir une parfaite égalité entre hommes et femmes, ce qui n'était évidemment pas le cas avant. On développe de plus en plus de groupes justement avec des femmes pour leur donner de la place sur scène. Et en fait, on a essayé d'aller vers le positif plutôt que de ne retenir que le négatif. Parce qu'effectivement ce sont des choses qui nous tiennent vraiment à cœur ! C'est à dire qu’il est hors de question de se faire traiter comme nous-mêmes étant des agresseurs ou quoi que ce soit, c'est hors de question. Ça n’a jamais été le cas. On n’a jamais été comme ça, on ne sera jamais comme ça. Cependant, comme tout le monde, on a pu constater qu'il y avait des progrès à faire ayant, et on s'est plutôt affairés à mettre ces progrès en place, et c’est ce qu’on fait. Et ça c'est du positif, plutôt que de rester sur les réseaux sociaux à déblatérer sur des mois et des années sur des actions qui, comme je le répète, ne nous concernent en vérité pas du tout, puisque c'est une personne qui, du coup, ne travaille plus avec nous. Mais je lis encore maintenant, six ans après, dans plein d'endroits, que cette personne-là travaille toujours avec nous, ce qui est complètement faux. Les gens racontent vraiment n'importe quoi ! De temps en temps je prends le temps de discuter avec les gens sur les réseaux sociaux, et quand je discute avec eux, souvent me répondent « Ah bon ?! ». Ils comprennent qu’ils ont eu une version, pour reprendre l’expression, qui est passée par le "téléphone arabe", car entre la vérité et ce qu’ils ont entendu, il y a un monde. Et en discutant avec eux, et en leur expliquant qu’on essaie de prendre les choses en main et de donner plus d’espace aux femmes dans la musique, tout le monde est d’accord avec nous pour dire que c’est LA chose à faire. La chose à faire, ce n’est pas de dire « Ce n’était pas bien avant. », mais de travailler pour améliorer les choses.


Retrouvez TAGADA JONES à Paris le 20 novembre à l'Olympia !


​

​

Blogger : Valentin Pochart
Au sujet de l'auteur
Valentin Pochart
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK