2 octobre 2012, 0:00

LYNYRD SKYNYRD : "Last Of A Dyin' Breed"

Album : Last Of A Dyin' Breed

En 1978, un an après l'accident d'avion de LYNYRD SKYNYRD, sortait un album au titre emblématique "Skynyrd's First... And Last".
Pour le gamin que j'étais qui vénérait ce groupe depuis deux ans, ces enregistrements puisés dans des archives éparses avaient valeur de testament.
La musique, la foi, le public se sont ensuite chargés de tracer aux rescapés une autre destinée que la résignation et donner tort à cet épitaphe discographique.
Personnellement, j'estime qu'il y a un avant et un après "Street Survivors".
Ce n'est pas du conservatisme.
C'est une observation objective de son répertoire : au fil du temps, LYNYRD SKYNYRD a perdu non seulement tout sens de dangerosité, mais plus encore de dramaturgie.
Je m'explique : de "Poison Whiskey" et "Freebird" du premier album à "That's Smell" ou "Ain't No Good Life" en 1977, quatre petites années durant lesquelles le groupe a délivré des chansons graves, sombres, rugueuses, dramatiques dans l'urgence de tournées harassantes. Dans la moindre ballade ("Tuesday's Gone", "All I Can Do Is Write About it", "The Ballad of Curtis Loew" ou "Am I Losin'"), il transpirait une noirceur mélancolique. Aujourd'hui, tout ceci a disparu.
Ce n'est pas de la faute de Johnny Van Zant qui a l'immense mérite d'avoir pu honorablement et dignement porter l'héritage écrasant du frère aîné disparu.
C'est essentiellement de la faute du temps qui passe.
Que reste-t-il comme membres originels ?
Tous (ou presque) morts, abîmés, entamés.
De rescapés légitimes en doublures talentueuses à partir de la reformation (King, Hess ou Thomasson...) se succèdent des ersatz motivés à tous les postes mais sans le charisme de Gaines, Wilkeson, Powell, Pyle...
Medlocke en relayeur spirituel d'Allen Collins demeure le meilleur recrutement jamais effectué... mais il était là aux premiers jours. Il possède une part de l'âme fondatrice.
Les "nouveaux" font le boulot avec tous les honneurs d'être dans la sélection, mais c'est trop lourd à porter !

Au rayon patrimonial des valeurs sudistes, terroir dirais-je même, le groupe a troqué son identité, certes contestable pour le folklore régionaliste, mais attachant pour les valeurs humaines universelles, contre une tunique bien américaine, bien pensante, bien comme il faut (ahhh, ce soutien indéfectible au camp républicain...). Loin les petits tracas de l'identité locale, les thèmes ruraux ou les principes de vie qu'évoquait Ronnie Van Zant avec la sincérité du simple man.
Chaque ligne que j'écris ici me coûte, car il est tellement difficile d'avouer regretter que le groupe existe sous cette forme, alors que je devrais me pâmer béatement devant le moindre accord plaqué par Rossington en 2012.
SKYNYRD, c'est une histoire de coeur : je faisais partie de ceux qui quasiment pleuraient de joie quand le ROSSINGTON COLLINS BAND est apparu en 80 !

J'ai presque ressenti une sensation familière de l'adolescence, à l'époque où mon plaisir absolu consistait à écouter "That Smell" au casque en essayant de visualiser quel guitariste jouait quoi dans cet enchevêtrement de notes crescendo.
Oui, à la moitié de "Homegrown", on y est presque. Presque...
Tout comme le solo en conclusion de "Life's Twisted" flirte avec les grands schémas qui ont fait les heures de gloire de BLACKFOOT période "Tomcattin'" (un petit quelque chose de "Spendin' Gabbage", peut-être pas, c'est une impression...).
Pourquoi minuter à ce point la durée des soli ? Celui de "Mississippi Blood" est si court, si formaté !

Au beau milieu de "Nothing Comes Easy", une grande envolée, le riff indianisant et un solo qui traîne un peu, parce que Rossington, soyons honnête, traîne vraiment un peu. Mais bon sang, que j'aime sa sonorité au point de tout lui pardonner.
Oui, c'est ça, on peut tout pardonner à SKYNYRD. C'est miraculeux d'être là, inespéré de voir ces gars sur scène, de les retrouver à l'affiche de festivals metal face à un public bienveillant, qu'ils soient signés par le même label que MACHINE HEAD ou SOULFLY ("Workin' For Roadrunner", ah ah !), qu'ils composent un nouveau répertoire même si celui-ci est une autre forme de rock qui tient davantage de ce que Johnny Van Zant faisait au début de sa carrière que de la somme des savoirs de SKYNYRD et BLACKFOOT réunis. Voilà ce qui aurait été mon voeu le plus cher : un croisement de "Saturday Night Special" et de "Every Man Should Know"...

Au bout du compte, nous avons un "Last of a Dyin' Breed" d'excellente tenue, avec des titres que l'on se retrouve à écouter et réécouter pour le plaisir.
Et surtout, pour perpétuer fidèlement l'existence d'un groupe qui ne pourra jamais plus écrire de pages plus belles que celles de son passé.

Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris en 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur de l'émission METALXS et créateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE.
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