Après « Blood Eagle » et un passage au Hellfest en 2014, CONAN a changé les deux tiers de son personnel. Jon Paul Davis, le chanteur guitariste originel, n'a pas traîné pour bâtir une nouvelle formation et sortir un nouvel album, « Revengeance ».
Ce changement de line-up, s'il n'a pas fondamentalement modifié le doom du trio – massif, groovy et chargé d'un fuzz très stoner – lui offre une coloration plus heavy. La lourdeur, écorchée par la voix lointaine de Jon, véritable cri de désespoir, règne toujours en maître, comme sur "Wrath Gauntlet", véritable monolithe de poix, digne du plus épais brouillard régnant dans les ruelles mal famées du Liverpool natal du leader. Le titre éponyme, en milieu de disque, lance une accélération qui rompt brièvement avec la pesanteur de l'ensemble, petit coup de vent qui gonfle les voiles d'un navire immobilisé depuis longtemps dans une mer stagnante. Les riffs restent simples et efficaces quand la batterie, solide, impose un rythme martial, ponctuée d'éclats sinistres de cymbales.
Si la musique séduit, le problème de CONAN est le thème de ses chansons. Tous les textes du groupe traitent de... jeux vidéos, ce qui enlève une certaine crédibilité au groupe, même si, il faut bien l'avouer, les paroles, rares, restent secondaires. Mais, quand même. Il est dommage d'imaginer que ces compositions réussies sont le décor des pérégrinations informatiques de bonshommes bardés d'armes...