16 mai 2016, 12:20

AVATAR

Interview John Alfredsson & Johannes Eckerström


© Another Century / Johan Carlen - DR



« Feathers & Flesh », le sixième album studio d’AVATAR, est paru le 13 mai dernier. De passage à Paris au mois d’avril, John Alfredsson (batterie) et Johannes Eckerström (chant) nous en ont dit un peu plus sur le concept, la démarche très personnelle du groupe et leurs influences plus que variées.


Beaucoup de choses ce sont passées pour AVATAR ces dernières années mais le groupe existe depuis bien plus de temps. Comment vous sentez-vous face à cette popularité grandissante ?
John : Bien sûr, c’est agréable car notre rêve à toujours été de faire de la musique notre métier. Mais la popularité elle-même n’a jamais été quelque chose de tellement important pour nous, vraiment, c’est la musique qui nous intéresse. C’est mieux si les gens apprécient ce que tu fais, bien sûr.  Et c’est super que l’on soit récompensés pour toutes ces années de travail.


Ce concept-album raconte l’histoire d’une chouette qui s’en va en guerre contre le soleil. C’est un bon concept metal ça, non ?
Johannes : Oui, c’est assez metal de s’intéresser à des thèmes plutôt sombres. Ce sont le genre de choses dont on parle plutôt que des choses joyeuses. Un autre des interviewers à Paris me disait qu’on ne prend pas de médicaments quand on est heureux, ce n’est pas un problème d’être heureux. Ce n’est pas quelque chose qui nous inspire, artistiquement parlant, alors que ce qui est négatif peut en revanche peut être une source d'inspiration.

C’est quelque chose de récurrent chez les artistes, ils produisent souvent quelque chose d’intéressant parce qu’ils rencontrent des problèmes ou des frustrations…
Johannes : Oui, je ne sais pas si je suis plus misérable que d’autres personnes que je croise dans la rue mais en tant qu’artiste, ou quel que soit le terme correct, on a plus tendance à explorer ce genre de choses. A être curieux de cela, se demander comment on se sent soi-même et bien sûr, la vie de quelqu’un, à travers son écriture, s’y retrouve d’une manière ou d’une autre.

Vous venez tout juste d’enregistrer le premier clip de ce nouvel album, c’est bien cela ?
John : Oui. C’est pour "The Eagle Has Landed". On vient d’y passer les trois derniers jours. Mon cerveau est mort, j’ai à peine dormi huit heures en quatre jours ! On a réalisé une vidéo en plan séquence, ce dont j’avais toujours rêvé. Ce qui veut dire aucune coupure du tout pendant toute la durée de la vidéo. C’est quelque chose d’assez unique pour cette raison. Notre plateau se déroule sur 360 degrés, circulaire, et la caméra s’y promène avec l’histoire qui prend place tout autour. Il nous a fallu trois jours pour construire tout le décor et un jour pour tout filmer.

On ne s’imagine pas toujours à quel point c’est compliqué de réaliser un clip, non ?
John : Oui. Construire le plateau, se poser cinq minutes pour ensuite tout détruire. Ce n’est pas très écolo tout ça !
 

"C’était vraiment super d’enregistrer dans un château comme les STONES ou BLACK SABBATH..." - John Alfredsson


Lors de la composition d’un album, les musiciens partent souvent d’un riff ou de paroles. Pourquoi ce n’est pas d'un pattern de batterie ?
John : Oui, c’est aussi ce que l’on s’est dit. Et par exemple, sur "Raven One", on est justement parti d’un beat. Ce morceau commence vraiment avec la batterie. Tu dis que beaucoup des groupes commencent avec un riff ou une ligne vocale, mais lorsqu’on compose, on compose avec tout. Certains morceaux commencent avec un riff, d’autres par la voix, d’autres encore par la batterie et parfois, c’est d’un jam, tous ensemble, que sort un début de morceau. Quand on écrit, on a besoin de trouver un défi, quelque chose qui soit nouveau et frais à nos yeux.

L’album a été enregistré à trois endroits différents, pourquoi ?
John : Vous voulez entendre la version ennuyeuse ou celle qui est plus drôle ? Le fait est que c’est génial d’aller enregistrer dans un château avec son propre bar au milieu de la campagne allemande, par rapport à un studio qui serait à Göteborg. C’est la version sympa. La version ennuyeuse c’est que c’était logistiquement plus simple pour nous de le faire dans trois endroits différents. Pour rester concentrés, alertes et donner le meilleur de nous-mêmes. C’est important que nous formions une véritable unité lorsqu’on enregistre la base de chaque morceau. Quand on fait cela, on préfère être dans un endroit qui ne nous est pas familier. Car si tu es chez toi, alors tu as toute ta vie quotidienne qui te suit en studio. Tout cela reste avec toi.
Mais si tu vas ailleurs lorsque tu enregistres les fondations de l’album, que tu restes dans le même endroit, que tu y enregistres chaque jour, alors là tu es vraiment isolé et tu te concentres mieux sur ce que tu es en train de faire. C’est donc pour cette raison que nous avons choisi de le faire dans ce chateau à Dresden. Après cette première phase, nous avons enregistré la voix à Helsinki, car c’est là qu’habite Johannes. C’est également un super studio, situé sur une île à côté d’Helsinki. Enfin, pour les dernières parties et fignoler le tout, vérifier que tout est correct, ajouter les chœurs et les parties orchestrales, on est revenus à Göteborg puisque c’est là où vit la majorité du groupe. Mais c’était vraiment super d’enregistrer dans un château comme les STONES ou BLACK SABBATH ont pu le faire. C’est quelque chose à faire une fois dans sa vie.

Vous venez de Göteborg et j’imagine qu’on vous demande souvent ce que cela fait. N’en avez-vous pas marre que l’on puisse vous percevoir comme un énième groupe en provenance de cette ville ?
John : Non pas du tout, on a au contraire de la chance de venir de cette ville où n’importe quel type aux cheveux longs joue dans un groupe. C’était le cas lorsque j’y ai grandi, quand j’avais 18 ans. Tous les chevelus avaient un groupe. Et il y a tellement d’exemples de groupes venant de Göteborg qui ont eu du succès. Et donc tu peux toujours regarder ces "grands", les apercevoir dans la rue. Par exemple, quand tu te promènes, tu peux croiser Björn d'IN FLAMES. Ma professeur d’anglais, à qui je dois mon anglais assez basique, était par exemple la mère d’Oscar Dronjak d’HAMMERFALL ! Quand j’avais 14 ans, je l’ai rencontré, j’ai même des photos avec le groupe. Donc tout cela est familier. On parle de l’"American dream", on pourrait tout à fait aussi dire le "Göteborg dream". Cela dit, ce n’est pas forcément plus facile d’avoir du succès en venant de Göteborg. Il faut travailler aussi dur que n’importe où ailleurs. On peut voir comme les autres ont réussi, comment ils ont travaillé et s’en inspirer. Maintenant, ces mêmes mecs qui avaient des cheveux longs et des groupes les ont coupés et travaillent dans des bureaux. Nous avons donc été assez stupides pour continuer. 

Comme tu es assez impliqué dans l’aspect visuel du groupe, comment cela va-t-il se traduire sur scène avec ce nouvel album ? Tous ces animaux qui sont dans l’album, est-ce qu’on va par exemple les retrouver dans la constructions de votre scène ?
John : Alors je serai le loup, Johannes le… Non ! Je ne sais pas encore, pour être honnête, on ne s’est pas encore penchés sur la question. Evidemment, on va devoir incorporer tout cela d’une manière ou d’une autre. Mais ce n’est pas parce qu’on sort un concept-album que tout ce qui l’entoure doit représenter cette fable. Dans la fable, nous sommes les narrateurs et non pas des personnages. Pour ce clip dont je parlais par exemple, on n’est pas déguisés en abeilles en train de se balader ! Toutes ces abeilles, l’aigle, l’ours, ce sont des métaphores qui s’appliquent à d’autres formes physiques. Concernant les concerts, on est plus limités que dans une vidéo mais on va probablement proposer quelque chose qui rappelle ce thème. En fait, juste avant d’arriver, j’ai reçu la photo du mec qui a dessiné notre nouveau backdrop, donc il attend juste la confirmation avant de l’imprimer. Donc oui, ce sera relié.
 

"J’avais d’abord imaginé que chaque chanson serait une histoire unique" - Johannes Eckerström



© Naiko J. Franklin


Si on regarde la pochette, on y voit de nombreux animaux. Doit-on y voir une métaphore du monde humain à travers le monde animal ?
Johannes : Oui, c’est la nature même d’une fable en premier lieu. Ce sont comme des contes de fées qui sont là pour donner au lecteur ou l’auditeur une sorte de leçon ou de morale. Et ces histoires mettent en scène ce qui se passe dans la vie humaine, que ce soit bon ou mauvais. Donc bien sûr, l’éventail des personnages présentés dans cette histoire représente une grande partie des caractéristiques humaines, que ce soit d’un point de vue émotionnel, de leurs opinions ou de leurs actes. Cela dit, j’ai consciemment fait le choix de ne pas attribuer les caractéristiques classiques à des animaux donnés.  Par exemple, si on replonge dans le temps, dans la mythologie nordique ou sa symbolique, la chouette est un messager de Satan et autres choses déplaisantes. Et dans d’autres cultures, elle est perçue comme une créature incarnant la sagesse. Mais notre chouette n’est ni démoniaque ni sage. C’est même le concept de l’histoire : elle n’obtient pas la sagesse qu’elle aurait du acquérir avec toutes les expériences qu’elle traverse. 

Et cette pochette, comment l’avez-vous imaginée, avec tous ces animaux dessus justement ? L’idée venait de vous, il fallait représenter tous les animaux qui figurent au sein de l’histoire ?
John : Oui, exactement. Ce que nous avons fait, puisque c’était complètement nouveau pour nous, on n’avait absolument aucune idée de ce à quoi pourrait bien ressembler la pochette, donc le seul moyen, ça a été d’avoir plusieurs artistes qui s’en occupent à partir de quelques consignes. Et à eux d’interpréter la chose. Au final, on a choisi cette personne puisqu’on a vraiment adoré sa proposition. Nous avons donné quelques éléments de base, incluant la teneur de l’histoire, quels animaux y prenaient part, le rôle de Johannes dans cette histoire, puisqu’il en est le conteur. C’est tout ce qu’on a dit. On ne peut pas vraiment commander de l’art. Nous ne sommes pas des peintres ou des dessinateurs. Eux, en revanche, oui. 

Pourquoi la chouette, et qu’est-ce qu’elle représente dans cette histoire, comme personnage central ?
Johannes : La chouette vient d’une connection personnelle qui s’est faite de plus en plus prenante à travers le temps. Mais l’idée de faire une fable, en général, m’est venue bien avant l’idée précise de l’associer à la chouette. J’avais d’abord imaginé que chaque chanson serait une histoire unique. Mais le besoin d’écrire une histoire plus connectée qui relie chaque morceaux entre eux, avec une histoire globale qui entoure le tout, est un besoin qui s’est fait sentir peu à peu. La chouette est en fait une créature récurrente chez moi et que je trouve fascinante. Un jour, à la fin de mon adolescence, je rentrais de chez mon meilleurs ami, une forêt séparait nos deux maisons. Et j’ai croisé une chouette cette nuit-là, qui se tenait sur une branche d’arbre. On s’est regardés pendant un long moment. C’était il y a au moins dix ans. Mais c’est juste une de ces petites choses qui j’ai gardées en mémoire avec moi pour une raison que j’ignore et c’est maintenant devenu mon animal fétiche. C’est quelque chose de récurrent. Et je ne suis probablement pas la première personne à avoir eu l’idée, d’autant plus que le metal est rempli d’esthétique sombre.
Avoir cette créature qui est un chasseur nocturne, un animal de nuit… Dans un autre contexte, ce pourrait être l’image du mauvais type, Vader ou Sauron par exemple. Dans ce cas-là, c’est la personne que l’on suit, qui se bat pour l’obscurité, pour la nuit. Et on finit par apprécier ce personnage en lieu et place des créatures du jour qui amènent le soleil… Les Luke Skywalker quoi ! C’est donc une perspective inversée. La chouette est un animal beau et puissant qui convient tout à fait. Et j’avais ça quelque part dans ma tête. Je ne pense pas que la chouette soit particulièrement connectée avec ma personnalité mais je trouve cet animal attirant.

Eh bien le concept est plutôt clair maintenant. Et donc rien à voir avec cette récente mode des hiboux/chouettes ?
Johannes : Inconsciemment peut-être. Lorsque j’ai commencé à écrire dessus, bien sûr, j’ai remarqué ici et là des personnes avec des T-shirts de hibou, des posters, etc. Mais ça a toujours été un animal populaire. Peut-être que c’est actuellement une tendance de les utiliser comme c’était le cas avec les têtes de mort il y a encore quelques années. Ça vient et ça part. Mais Harry Potter a aussi sa propre chouette qui lui apporte ses lettres. C’est un animal récurrent. Je ne suis pas le premier dans le monde à dire que les hiboux et les chouettes sont cool. C’est une de ces choses dont il ne vaut mieux pas se soucier. Les gens achètent un T-shirt chez H&M, ils le portent puis le jettent. Et bien longtemps après que cette mode soit terminée, il nous restera toujours un album que l’on peut encore écouter pendant quelques mois, ou plus.
 

"Quand j’étais plus jeune, je voulais absolument écrire un livre, un roman' - Johannes Eckerström


Oui, ça reste. Ce qui m’amène à te questionner sur ce véritable livre qui va sortir en même temps que l’album. C’est donc important d’avoir un véritable objet à proposer plutôt qu’uniquement un album, quelque chose qui peut durer dans le temps, pas comme ce T-shirt H&M dont tu viens de parler ?
Johannes : Ça tient à plusieurs choses. L’une d’entre elles est que, même si beaucoup de personnes se contentent d’un streaming, il reste quelques personnes pour acheter le CD et de plus en plus qui achètent le vinyl. On l’aura nous-mêmes d’ailleurs. On a envie d’avoir quelque chose de beau. Vous avez déjà entendu ça un million de fois. Faire quelque chose de sympa, pas qu’un produit.

Mais c’est probablement l’une des seules manière de survivre en dehors des concerts…
Johannes : Oui. Mais écrire cette histoire et en comptant les mots, on a réalisé que ça ne rentrerait pas dans un simple livret, ce serait immonde, il y a trop de textes. Mais également, le simple fait de réaliser quelque chose de beau, d’artistiquement satisfaisant et donner à ces mots l’attention qu’ils méritent. C’est quelque chose qu’on a pris au sérieux, c’est pas que du blabla. J’y ai passé beaucoup de temps. Donc le livre en sera la base, avec les illustrations. Traiter l’histoire avec le respect qu’elle mérite. C’est aussi un aspect culturel. On est passé dans une ère numérique, où tout se streame et c’est le mode d’écoute le plus commun à présent. Et je le fais également. Mais pour proposer quelque chose d’autre, de physique… Le livre est quelque chose que quelqu’un qui streame ou qui achète l’album pourrait apprécier également. C’est une manière d’élever la valeur d’un album.

Est-ce que ça a été un défi pour toi de penser et construire un véritable livre, qui va bien plus loin que les simples paroles d’un album classique ?
Johannes : Absolument. Une chose à savoir : ce n’est pas un roman mais plutôt un recueil de nouvelles qui sont liées entre elles. Je n’ai pas eu à écrire 200 pages ou tant de milliers de mots comme dans la plupart des livres. Comme c’est écrit sous forme de poèmes, c’est similaire à la manière dont j’écris les paroles, bien sûr. Mais la route qui mène du point A au point C est bien plus longue que ça. Il y a des considérations pratiques qui entrent en jeu. Comme vérifier tout ce qui a été écrit, en répétant et en enregistrant tout cela. Et ça a été un travail très laborieux. L’écrire une fois, c’est une chose, mais ensuite revenir dessus, regarder ce qu’on a fait et y appliquer des corrections diverses et variées, c’est un long processus et j’espère que tout est à présent cohérent. Ça a été un gros défi puisque ça représente beaucoup plus de travail que d’habitude. Par exemple, sur les répétitions de mots. J’utilise des mots comme « ciel » et « fleurs » compte tenu de l’histoire et du contexte mais je ne peux utiliser ces termes qu’une fois, il faut ensuite être un peu plus créatif pour ne pas les répéter sans arrêt. Quoi que l’on fasse, il faut avoir les idées nécessaires et faire preuve de créativité. Le volume de travail qui a été fourni est énorme. Quand j’étais plus jeune, je voulais absolument écrire un livre, un roman. Et de le faire véritablement, ça a été une véritable leçon d’humilité.

On a pu lire qu’une grande partie de vos influences musicales provenaient de QUEEN et des BEATLES, c’est un peu étonnant…
John : Pourquoi ?

On aurait pu s’attendre à des références plus metal en quelque sorte. Est-ce que vous essayez par là de rester en dehors de tout cela, et ce afin de ne pas sonner comme les autres ?
John : Evidemment, le metal est une grande inspiration puisque nous sommes nous-même des metalleux. On joue du heavy metal et on a grandi avec. Mais nous avons été influencés par tellement d’autres genres musicaux. Les BEATLES viennent probablement plus du côté de Johannes et Jonas, notre guitariste. Ce sont de grands fans des BEATLES. Je ne suis pas un grand fan personnellement, en fait, j’ai eu mon premier album du groupe seulement hier, et c’est Johannes qui me l’a donné ! Il a pensé que je devrais vraiment les écouter et m’a donc offert leur « White Album ». Oui, je devrais ! Mais les QUEEN, PINK FLOYD, Frank Zappa sont des groupes dont on s’inspire, qu’on finit par mettre dans son propre blender. Si tu es seulement influencé par du metal, ce sera compliqué d’être original. Il y a tellement de groupes aujourd’hui qui sonnent de la même manière. C’est mon opinion, et je trouve que c’est vraiment la chose la plus ennuyeuse qui soit. On les appelle même… Vous connaissez peut-être les Dansband suédois ? C’est aussi gros en Suède que la country en Amérique. Tout le monde s’habille pareil, etc. Et donc on appelle ces groupes les Dansband Metal. Si tu prends un magazine, Sweden Rock, Close-Up ou Metalhammer, toutes les photos montrent des mecs alignés avec bras croisés. Oh, un mur de briques. Et là une forêt, et ensuite un cimetière... Et on prend cela comme un défi de ne pas faire la même chose.
 

"Je suis complètement d’accord sur GOJIRA, nous sommes de grands fans" - Johannes Eckerström



© AnneM


Néanmoins, certains morceaux m’ont plus fait penser à du GOJIRA (notamment sur le titre "Raven Wine") ou FIVE FINGER DEATH PUNCH avec qui vous avez tourné.
Johannes : Je suis complètement d’accord sur GOJIRA, nous sommes de grands fans. Pour différentes raisons, nous avons ouvert pour eux il y a quelques années (NDLR, en 2012 en Suède). Cela vient de leur musique, leur esthétique qui est complètement fraîche et le fait qu’ils fassent quelque chose de complètement différent, à la fois beau et brutal, qui reste de la musique extrême. C’est un groupe fantastique. Ils ont ce groove, comme MORBID ANGEL. Après avoir répété des milliers de fois, on est capable de créer ce groove que l’on n’aurait pas su faire en étant adolescent. Quand c’est à la fois extrême et groovy, c’est très intéressant et inspirant. On admire et et on respecte énormément GOJIRA. 

Donc ce n’est pas un hasard que vous ayez développé un univers aussi original. Egalement avec ce nouvel album et le livre qui l’accompagne. Ce qui semble particulier avec AVATAR, c’est que vous brisez les règles de ce qu’un groupe de metal peut être ou faire.
John : Je suis vraiment impatient que le clip de "The Eagle Has Landed" sorte puisqu’on peut dire qu’on a vraiment brisé toutes les règles. Merci du compliment, car je le vois comme un compliment. Et c’est effectivement cela, on essaie d’aller au delà des règles pré-établies, des attentes de chacun. Nos costumes de scène par exemple sont inspirés des habits folkloriques suédois. Au départ notre manager nous avait dit : « Non, vous ne pouvez pas faire ça ». On lui a dit qu’on le ferait quoi qu’il en pense. On est censés avoir l’air cool, apparemment. Et comment alors? Porter des masques comme l’a fait SLIPKNOT ? Non. Je continue à revenir sur ce clip car mon esprit y est encore ! Il y a toutes ces danses amusantes, ce qui est théoriquement à bannir si tu es un groupe de metal. Et ça va être génial de voir la réaction des gens.
 


On vous critique souvent, n’est-ce pas ?
John : Bien sûr. Et bien, allez écouter DARKTHRONE, c’est tout ce que j’ai à dire. Si tu n’aimes pas ce que l’on fait, tu n’as pas besoin de nous écouter. Et cela me va très bien.

Avec vos personnages de scène, est-ce que c’est parfois difficile de retourner à la réalité ?
John : Pas du tout. La manière dont on le voit, c’est que lorsqu’on est sur scène, sur des photos, bref, lorsqu’on représente AVATAR sous sa forme "artistique" en quelque sorte, c’est un rôle, du théâtre. C’est une expérience. Mais là, je suis en train de faire une interview en jeans puisque là, je suis dans la position du batteur d’AVATAR et "l’acteur" qui joue dans ce groupe.
Johannes : Le truc c’est que dans notre cas, ce que nous faisons et ce que je fais sur scène n’a rien à voir avec ce que peut faire Alice Cooper. Le mec sur scène, dans mon cas, est le même Johannes qu’en dehors. C’est juste que c’est une autre facette de ma personnalité, qui exprime certaines choses et qui ne le pourrait pas dans la vie de tous les jours. C’est très « vrai ». Les personnes qui me connaissant, ma copine par exemple, me disent : « Tu n’es pas le même » mais pour moi, ça me semble aussi vrai et honnête que tout le reste des choses que je fais dans ma vie. C’est très naturel, les morceaux sont écrits avec un feeling particulier et dans un contexte très spécifique. Et les jouer sur scène les refait surgir. 

Et si un jour vous ne faites plus de différence ? Je pense à cette scène dans l’un des documentaires de Sam Dunn avec Necrobutcher de MAYHEM, qui est resté dans les annales, même si l’interview a ensuite été réalisée de nouveau, dans de meilleures conditions...
John : Mais ils ne jouaient pas un rôle, ils le vivaient vraiment. C’est différent de ce que nous faisons. Je ne suis pas la meilleure personne pour parler de MAYHEM, c’est un des groupes que j’ai raté en quelque sorte. J’ai joué quelques reprises de MAYHEM quand j’étais gamin. Pour être un groupe de black metal "true", il faut vivre ce rôle. Le Black ce n’est pas drôle et ça n’est pas censé l’être. C’est supposé être "true". Aujourd’hui il y a quelques groupes de Black theâtral et qui ne sont pas "true" du point de vue de beaucoup de fans de black metal.
Mais AVATAR est censé être drôle, c’est une expérience, c’est du théâtre et rien d’autre. Donc le moment où je sors de scène et que je porte encore mon costume dure à peu près deux minutes. Et dans celles qui suivent, nous sommes déjà dans nos habits de ville si on peut dire, en train de regarder des séries TV.

C’est probablement la complexité du metal : être complexe, violent et aussi groovy parfois. 
Johannes : Et spécialement aujourd’hui, l’ordinateur c’est super, le numérique également. Cela permet à des groupes comme le nôtre de produire des choses ambitieuses de manière abordable, comme notre concept-album, en cinq ou six semaines de travail. C’est génial. Mais c’est également très tentant pour certains groupes, ou alors c’est par paresse mais on peut très bien aussi se passer de certaines choses, tricher en studio et peut-être que les gens s’en foutraient. Mais il y a quelque chose de tellement puissant quand on joue d’une manière "vraie" . Quand le facteur humain est présent, quand le groove est présent. On y accorde de l’importance et de la valeur. Le musicien apprécie bien plus cette manière de jouer, que ce soit GOJIRA, AVATAR ou AC/DC.



© Another Century / Johan Carlen - DR
 
Blogger : Leonor Ananké
Au sujet de l'auteur
Leonor Ananké
S'arrêter d'headbanger pour prendre des photos avec un gros appareil au milieu de la folie des concerts : un peu étrange, non ? C'est également ce que pense Leonor en commençant à écrire ses premiers live-reports qu'il faudrait bien illustrer. En peu de temps, c'est devenu quelque chose de naturel et d'exaltant… Jusqu'à ce qu’elle ne puisse plus s'imaginer se déplacer pour un concert sans prendre avec elle son reflex... en plus de sa paire de cheveux. Faire vivre le metal à travers sa dimension visuelle est devenu un véritable activisme, sans pour autant s'empêcher de continuer à réaliser chroniques, live- reports et interviews en secouant toujours aussi frénétiquement la tête.
Ses autres publications

1 commentaire

User : Valentin Laurent
Valentin Laurent
le 26 juin 2016 à 20:27
Désolé, mais y'a une erreur sur le nom d'un des morceaux, c'est "Raven Wine" et non "Raven One" ^^' Voilà fini d'être chiant (<br />
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