Tiré du folklore danois (Helhest), le nom Helhorse fait référence à une figure de la mythologie scandinave, une sorte de cheval mutant à trois pattes, rôdant la nuit tombée pour venir faucher quelques mortels et les envoyer dans l’au-delà. Connu comme un tout petit pays nordique mais terreau exceptionnel pour de grands noms du heavy metal, le Danemark est plus que jamais remis en avant sur la carte avec le succès sans précédent de VOLBEAT, dont on goûte déjà dans le plus grand secret au nouvel album avec une certaine délectation. De notre côté, trouver la pépite parmi le flot ininterrompu de disques envoyés est parfois ardu : on va être honnête, on ne peut physiquement pas tout écouter.
Un choix doit être opéré, des priorités sont organisées, des piles de disques sont ainsi classées. « Urgent ». « Incontournable ». « Pot de vin ». « A garder au chaud ». « Mouais ». « Non mais tu rêves ». « Ah ah ah ah », et « Pour le chien ». Avant celle « A garder au chaud », on a créé une autre catégorie : « Recommandée ». Car nous mêmes avons nos propres prescripteurs avisés, ces mystérieux conseillers qui nous soufflent à l’oreille ce qui pourrait titiller notre attention et se révéler comme une belle découverte. Parce que eux aussi sont passionnés, et eux aussi connaissent nos goûts. L’un d’entre eux est un ami, et quand il nous recommande quelque chose, on l’écoute.
Et on en écoute le résultat. HELHORSE donc. On constate déjà qu’il s’agit ici du troisième album et que le label Spinefarm mise sur eux, ce qui est déjà nécessairement un sacré atout vu l’excellence de leur récent catalogue. Déjà responsables de deux disques mal distribués (« For Wolves And Vultures » en 2011 et « Oh Death » en 2013 », les Danois sortent en ce mois de mai ce disque éponyme, « Helhorse ,» qui suscite déjà toute notre attention. Attention déjà repérée il y a quelques semaines sur le site avec la diffusion du clip "Hell Of A Ride", single redoutable en écoute chez nous. On se passe d’ailleurs l’album en boucle et l’addiction est telle que c’est tout tremblant que l’on hésite à appeler le Dr. Karila pour nous en défaire : les périodes de sevrages sont compliquées, rien à faire, on est faible et on s’injecte une nouvelle fois la dose.
La mise en bouche s’achève, rentrons dans le vif, plus exactement dans le lard : dans les grandes lignes, HELHORSE pourrait se substituer à DOWN. Vous n’êtes pas forcément convaincus par les dernières prestations du groupe à Keenan, Anselmo et consorts ? Passez du bayou aux contrées nordiques sans perdre de temps et vous retrouverez l’essence poisseuse et noirâtre du groupe de la Nouvelle Orléans. Des sonorités semblables, ce sludge poisseux et méga lourd qui fait aussi la marque de CROWBAR, à laquelle on associera aussi le heavy plus héroïque et guerrier de HIGH ON FIRE : de toute évidence sur "Raise The Black Flag".
Mais loin de n’être qu’une simple copie de DOWN (mais encore une fois, si vous êtes fans, vous serez fans de HELHORSE, on vous l’assure !!!), les Danois empruntent parfois d’autres routes plus mélodiques : ainsi, simple hasard, certaines harmonies et tonalités vocales peuvent évoquer nos français de BUKOWSKI dans l’esprit, en bien plus velu mais avec des refrains irrésistibles, tel ce "Fortune Favours The Bold", aussi prenant qu’épique et passionné, la voix claire prenant le dessus pour un résultat d’une profonde humanité : plus blues, plus vibrante, renforcée de chœurs chaleureux qui rendent le morceau particulièrement épais et contrasté.
Le label a des idées derrière la tête en ce qui concerne le groupe : ce n’est pas anodin, la production de l’album a été confiée à Michael Beinhorn, un américain responsable du son du « Ozzmosis » d’Ozzy Osbourne, « Untouchables » de KORN ou rien de moins que le « Superunknown » de SOUNDGARDEN. Le traitement heavy est donc bien de mise : sludge oui, mais sludge qui claque !!! « Helhorse » est puissant à souhait, les voix sont robustes, ce son de basse est rutilant et métallique, tandis que les riffs, qui doivent tout à BLACK SABBATH, sont des murailles charbonneuses.
Un pont semble être franchi entre DOWN et les BEATLES avec l’époustouflant "The Blood Boiler" : les chœurs encore une fois si harmonieux et lumineux contrastent avec la lourdeur d’une rythmique écrasante, tandis que la voix graniteuse de Mikkel Wad Larsen sait se montrer aussi sensible que monstrueuse. On risque fort d’entendre parler de lui, après un certain Michael Poulsen même si les registres n’ont rien en commun : Mikkel évolue lui entre Dax Riggs (au micro en solo ou avec les légendes ACID BATH from Louisiana) et Jaz Coleman. Si l’aspect rugueux, incantatoire et possédé de KILLING JOKE fait surface, on poussera davantage dans la direction d’OCTOBER FILES, plus intense encore.
Ici sludge donc, là metal, par là-bas carrément punk dans l’esprit EYEHATEGOD mais avec une production encore une fois sur mesure, réalisée dans l’optique de proposer une alternative moins propre à VOLBEAT depuis le pays de MERCYFUL FATE, mais avec un souci d’efficacité qui convaincra, on en doute pas une seule seconde, tous les puristes. Très chaudement recommandé, vous souffle-t-on donc.