Le chiffre 7 a toujours fasciné. Qu'il s'agisse des afficionados de Seven obsédés par les péchés capitaux ou ceux, plus portés sur la guitare qui couine, de BLUT AUS NORD et de sa somptueuse trilogie, à moins que ce ne soient les amateurs d’art médiéval subjugués par les architectes de l’époque qui bâtissaient les plus beaux édifices en respectant des proportions fondées sur ce chiffre… chacun a ses raisons, empreintes d'un certain mysticisme, de succomber à son charme. C’est au tour aujourd’hui des Parisiens MONOLITHE de payer leur tribut au chiffre magique avec ce septième album composé de sept morceaux d’une durée de sept minutes : le compte est bon mon cher Bertrand.
Et ceux et celles qui sont déjà familiers de la musique lourde et sombre du sextet réuni autour de Sylvain Bégot, fondateur du groupe quelque part en 2001, ne se tromperont pas en se jetant comme des morts de faim sur ce « Nebula Septem ». Les autres feraient bien aussi de se pencher sur son cas puisqu'une nouvelle fois installés au plus profond des abysses, quelque part entre la terre et les enfers, les Parisiens balancent avec aplomb et gravité une nouvelle offrande de funeral doom à faire flétrir n’importe quel chrysanthème de compétition. Sans se réinventer, il faut dire que le petit dernier « Zeta Reticuli » est sorti il y a à peine un an et demi, MONOLITHE livre ici un pavé dense, maléfique, produit de main de maître par un Jari Lindholm particulièrement inspiré, aux allures de « voyage cosmique » selon ses membres. Un pavé qui incarne comme jamais le poids du temps qui passe, la solitude sourde et indicible qui ronge le dedans pour mieux prendre prise sur le dehors, telle la gangrène se délectant des chairs molles et des tissus noircis. Quarante-neuf minutes solennelles où résonne le souffle d'un vent glacial, drapé dans une brume épaisse. Une tempête qui gronde, une volée de grêlons qui pointe pas loin derrière.
De grosses billes dures et douloureuses qui viennent marteler ces pauvres cochlées dès l’introductif "Anechoic Aberration", une plombée doom qui ne n’a besoin que d’une poignée de secondes pour dérouler sa force monolithique, imparable. Comme si la lourdeur se suffisait à elle-même, écrasant de son poids tout espoir d'en sortir vainqueur. Sept minutes d'une beauté glacée, la froideur du marbre que l'on caresse à l'évocation de souvenirs que l'on pleure une fois la nuit tombée. Une symphonie monolithique et désespérée, hantée par les rugissements de Rémi Brochard et l'impeccable tenue d'une section rythmique secondée par un batteur qui tronçonne autant qu'il envoûte. Noire symphonie qui s'achève une quarantaine de minutes plus tard par un "Gravity Flood", instrumental empreint d'une force tranquille dévoilant une montée rythmique progressive annoncée par des claviers spatiaux. Une procession tournée vers la lumière, celle qui disparaît définitivement au bout du tunnel. Trop tôt, Trop vite.