Un disque passé entre les mimines affûtées de Tom Brooke (à la manœuvre notamment sur le dernier ORANSSI PAZUZU ou les albums de LIMINAL et NEPHILIM’S HOWL) et masterisé par Brad Boatright alias "Shiva" (responsable d’à peu près 50% de la production sludge/metal/hardcore de l'année passée), ne peut pas être un mauvais disque. Bien au contraire, c'est ici une marque de qualité qui sert à merveille les intentions de notre quatuor finlandais qui lâche un son précis, dantesque et puissant, enrobant à merveille son propos. Un son immersif et rugueux qui vous attrape les esgourdes en mode "20 000 lieues sous les mers", direction le fond de l'océan, pour tailler le bout de gras avec Poseidon. Bloub.
Oui, tout invite ici à la descente dans les fonds marins. Une plongée haute en couleurs, presque psychédélique mais pas totalement rassurante pour autant, quelques paliers de décompression dissonants venant de temps à autre rappeler que l’on n’est pas certain de ce qui se trame vraiment plus bas (la sombre intro de "Shahar’s Son" ou l’intrigant finisher "Totally Out Of This World"). Une ligne de basse clinquante, un roulement de tom sec et précis, broum, le riff vrombissant d’une gratte au soin bien grassouillet, presque sludge, se charge du reste. Voilà un modus operandi stoner/doom connu qui fonctionne à merveille pendant une quarantaine de minutes, où la sauce prend bien derrière ces contours connus et rassurants. Ajoutez quelques breaks bien sentis, des accélérations judicieuses (le morceau éponyme d’ouverture en est la meilleure illustration) et surtout des vocalises habitées, un brin geignardes mais qui se posent habilement sur l’épais goudronnage en règle et vous obtiendrez une ambiance poisseuse, que dis-je, aquatique, distillée avec amour.
L’empreinte des aînés, SLEEP indéniablement, KYLESA ou HIGH ON FIRE à l’occasion, est palpable sur « Poseidon », mais BOAR est suffisamment expérimenté (une décennie d’existence, un album et quelques splits / EP au compteur), pour éviter les écueils d’une simple copie et ainsi proposer une œuvre plus personnelle.
Il ne vous reste qu’à jeter un dernier coup d’œil sur l’artwork, où le prince des mers et des océans vous foudroie de son regard le plus profond et vous n’aurez plus qu’une seule envie : quitter la terre ferme… pour prendre le large. Et partir loin, très loin...