NOSTROMO, KNUT, FRAGMENT, KRUGER ou ZATOKREV. Qu’elles lorgnent sur les froides dissonances du metal-indus, les visions maléfiques du sludge ou la force brute du power-thrash, l'ensemble de ces formations ont un dénominateur commun : leur pays d’origine, la Suisse. Qu’elle soit romande ou alémanique, chacune d’entre elles a laissé une trace indélébile dans nos oreilles délicates à la fin des années 90 et au début des années 2000. Une empreinte durable qui continue de faire des dégâts puisque certaines de ces entités sont toujours actives, je vous invite d’ailleurs à ce sujet à vous pencher sur le monstrueux EP de NOSTROMO, « Uraeus », sorti un peu plus tôt cette année.
C’est aujourd’hui au tour des Genevois PROMETHEE de pointer sous les feux de la rampe avec un troisième album, « Convalescence » qui coïncide pile-poil avec une première décennie d’existence au service du metal qui tâche. Pas d’intro inutile ni de temps de préparation que ce même "Convalescence" ouvre le bal des damnés avec un programme réjouissant : riffs saccadés, section rythmique guerrière et mélodies frissonnantes. La frappe du batteur est méthodique, chirurgicale et les atmosphères emplies d’une tension quasi palpable. Et ce ne sont pas les bombes qui sont lâchées dans la foulée, "While you stood still", "Merchants" ou "Soiled" qui viendront tempérer la fureur suisse. Quelle puissance de feu ! Que de grooves assassins ! Que de dissonances meurtrières ! PROMETHEE se fait ici le chantre d’un metal hypnotique et dévastateur, prenant son temps pour développer des ambiances obscures, se plaisant à casser le rythme avant d'en décupler sa force. Mais gare à ne pas résumer sa démarche à une agression sonore de bout en bout puisque le groupe sait aussi faire preuve de discernement. Sur "Endless" par exemple, un morceau plus calme en apparence, il révèle une mélancolie certaine, une nervosité post-rock toute en nuances. A l’image également de ce superbe instrumental, 'The Deep End', qui met lui aussi à l’honneur des guitares inspirées avant de laisser place à l’assaut final qu'est "Old Bones". Pas de doute, ce pavé de trente-quatre minutes a des allures de sans-faute tant les structures de chacun de ces neuf morceaux sont suffisamment aérées et truffées de breaks audacieux pour faire passer la douloureuse comme une lettre à la poste.
Quant à l’artwork, une nouvelle fois somptueux, signé Eliran Kantor et la production lourde et imparable en direct des SIlver Cord Studios de Brooklyn, le moins que l’on puisse dire c’est que le groupe s’est donné les moyens de ses ambitions. Et quand la forme offre un terrain de jeu rêvé au fond, ce metal hybride qui pique autant chez GOJIRA que MESHUGGAH qu'à ses illustres compatriotes NOSTROMO, il n’y a plus qu’à laisser le charme opérer.
PROMETHEE prometteur ? C'est une évidence !