9 août 2019, 17:09

Duff McKagan

• "Tenderness"

Album : Tenderness

Duff McKagan a traversé de nombreuses épreuves tant personnelles que professionnelles dans sa vie. Des positives, des négatives ! Artiste complet, de retour avec son groupe historique, GUNS N’ROSES, qui tourne mondialement avec succès, le bassiste auteur compositeur nous offre, après le « Believe In Me » sorti en 1993, un second album solo intitulé « Tenderness ». L’album de la maturité, de sa maturité !

Selon McKagan, avant de commencer ce projet, on lui avait demandé à plusieurs reprises s’il allait écrire un livre sur son expérience lors de ces deux années et demie passées sur la tournée "Not In This Lifetime" des GUNS. Finalement, le bassiste décidera que les idées qui tournaient dans sa tête seraient mieux adaptées pour un disque solo. Le chagrin, la colère, la peur, la confusion et l’ambivalence vécus lors de son voyage dans le monde ont fini en chansons qui relatent sa propre vérité et son envie d’aider son prochain.

De la tendresse, c’est ce qu’il nous faut dans cette société speed, addictogène, sans limite nous dit-il dans le titre éponyme. Aidé de Shooter Jennings, fils du célèbre hors la loi de la country Waylon Jennings, à la production et aux arrangements musicaux sobres, McKagan se dévoile totalement. Il lâche prise, dégaine de l’émotion comme un cow-boy dans l’Utah ou en Arizona. Exit le Sunset Strip, on est à mille miles d’Hollywood où le jeune punk rocker a rejoint l’un des plus grands groupes de Hair Metal. Pedal steel, violons, guitares acoustiques, slide, notes de piano éparses, cuivres, le groupe l’accompagnant est grand. Dans « Tenderness », Duff évoque de nombreux sujets comme les sans-abris ("Cold Outside"), les violences de tout type notamment les tueries par arme à feu dans les établissements à Columbine, Charleston, Sandy Hook et Virginia Tech ("Parkland"). Il met des chœurs agrémentés d’un solo de guitare sur "Falling Down", évoquant la terrible crise addictive des opioides aux USA, "Last September" traite du sujet de la violence domestique, laissant l'assaillant presque se tirer d'affaire en chantant « sa mère n'a pas élevé cet homme ». Tout n'est pas sombre, "Chip Away" sonne comme une grande chanson révolutionnaire à message social des années 70. "It’s Not Too Late" a cet air de groupe de la West Coast de la fin des années 1960 reprenant le "Exile On Main St" des ROLLING STONES. Le tandem avec Jennings sur "Breaking Rocks" évoque le difficile chemin qui mène à la rédemption. "Feel" est tout en profondeur avec ses claviers et son gospel en fond sonore. Titre inspiré de l’Évangile, le bassiste l’aurait écrit en hommage à Chris Cornell, son vieil ami de Seattle. Cela pourrait être aussi pour Scott Weiland (VELVET REVOLVER, STONE TEMPLE PILOTS). Il existe une touche musicale mystique, sombre, sincère sur ce titre. Tout s’achève sur le magnifique titre "Don’t Look Behind You" avec son orchestration qui se magnifie avec ses arrangements de cuivre.

« Tenderness » est à l’opposé de ce que Duff McKagan a pu écrire dans sa carrière avec les GUNS N'ROSES, VELVET REVOLVER ou LOADED. L’engagement socio-politique qu’il a est à 180 degrés des titres comme "Used To Love Her", "Patience" ou le très décrié "One In A Million" (qui a disparu du coffret anniversaire de « Appetite For Destruction »). McKagan n’a certainement pas la plus belle voix du monde, mais il fait de cet album une superbe pièce musicale qui n’est certes pas du hard rock mais du rock country et acoustique engagé. « Tenderness » est un album plein de beauté et de cœur. Laissez-vous tenter !

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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