6 mai 2022, 15:33

HORNS

Interview Simon Fache


Début mars 2022, nous vous avions parlé de la sortie d’un projet hors norme, regroupant un groupe metal et un big band jazz sous le nom de HORNS, dirigé par Simon Fache. Nous nous sommes entretenus avec le musicien pour en savoir un peu plus sur la genèse de ce projet ambitieux.
 

Comme le public metal ne te connais pas ou peu, peux-tu te présenter ?
Je suis Simon Fache, principalement pianiste, arrangeur et orchestrateur, mais parfois compositeur, chef d'orchestre, trompettiste et un peu cuistot. Je passe la moitié de mon temps sur scène pour jouer mes spectacles, "Pianiste tout terrain" et "Pianistologie" qui tournent en France et aussi pas mal de spectacles d'improvisation. L'autre moitié, je la passe en studio à arranger, composer et produire des albums, des musiques de documentaires ou des orchestrations pour le "Back To The Floyd" (Pink Floyd Symphonic show dont je vais diriger une partie des dates de tournée). Enfin, si ma tête vous dit quelque chose, c'est que vous avez pu me voir dans l'émission d'Arthur Vendredi tout est Permis dans laquelle je sévis depuis 2004.

Quel est ton parcours musical ?
Un parcours très classique, trompette à sept ans, piano à huit. J'ai grandi à la fois dans le "prestige" du conservatoire et l'ambiance festive de l'harmonie municipale. J'ai reçu six prix de conservatoire (piano classique, jazz, musique de chambre au piano et à la trompette, solfège et analyse musicale). J'ai étudié l'histoire de la musique à Paris, la direction d'orchestre à Lille, puis je suis parti sur les routes pour jouer ! j'ai fait de la funk, du jazz, du rock, de la salsa, de la techno, du metal et tout ce que je pouvais découvrir.

Dans « All Inclusive »  apparaît le titre "Zombie Are Swinging" comment s’est fait le choix de faire appel à DEAD SEASON ?
L'album « All Inclusive » a été composé comme un bilan, un point de repère, une étape, j'ai donc décidé d'inviter sur cet album tous les musiciens avec qui j'avais pu travailler pendant dix ans. Or, dans mes différentes expériences musicales, j'avais joué dans UFYCH, un groupe de metal dans lequel je jouais des synthés 80's. Lorsque j’ai rejoint le groupe, Guillaume Singer, Nicolas Sanson et Grégory Galichet en faisaient déjà partie. Plus tard, alors qu’ils jouaient dans DEAD SEASON, ils ont enregistré, leur premier album « From Rust To Dust » (2013) dans mon studio. C’est donc tout naturellement que je les ai invités au même titre que tous les autres musiciens qui ont participé à cet album.

Quand et comment est né HORNS ?
L'idée est arrivée assez vite après « All Inclusive ». En 2014 ou 2015, je suis allé voir DEAD SEASON en concert au El Diablo (ndlr : club à Lille, fermé depuis), Julien Jacquemond, le chanteur m'a offert une bière et m'a dit : « on ferait pas un album ? » et puis voilà ! Ensuite, la vie, les autres projets, les histoires de groupe... ont fait que ça a traîné. Même si DEAD SEASON n'existe plus en tant que groupe, ce sont les meilleurs, je ne vois donc pas pourquoi je l'aurais fait avec d'autres !

Pourquoi le choix de mêler un big band et un groupe de metal ?
Le truc, c'est que ce n'est pas un choix, je considère le metal autant que toutes les autres musiques et admire autant (voire plus) les musiciens de metal que les autres. De plus, l'expérience des deux morceaux qu'on avait joué ensemble à la release-party de « All Inclusive » m'ont montré que l'idée tenait la route. Mais, même si je suis le chef d'orchestre de HORNS, le principal compositeur c'est le chanteur Julien Jacquemond. La plupart des idées viennent de lui, ensuite c'est passé dans les mains des "riffeurs" qui ont aussi amené des compositions. En dernier lieu, je me suis approprié les morceaux pour en faire ce que je voulais. Je dis souvent : « Mon plus grand talent, c'est d'exploiter celui des autres ».


 

Combien de reprises et de titres originaux composent l’album ?
Neuf compositions originales et six reprises.

Comment s’est fait le choix des reprises jazz et metal ?
Dans le jazz , le "standard" est un morceau que tout le monde connaît et que tout le monde reprend, c'est vraiment culturel ! Il était donc évident de reprendre des standards de jazz, alors j'ai fait une sélection des plus connus, et on a pris le seul que tous les membres du groupe connaissaient : "Sing Sing Sing" (ndlr : composée en 1936 par Louis Prima, c’est son interprétation par Benny Goodman en 1937 qui en fera une pièce iconique du répertoire de big band jazz). Je leur ai ensuite demandé de me faire une liste de "standards" metal, et pour des raisons harmoniques, mais aussi de sens par rapport au concept de l'album, j'ai choisi "Hell Patrol" de JUDAS PRIEST. Pour "Fly Me To The Darkside Of The Moon"... est-il vraiment besoin de l'expliquer ? (pour les geeks du son, comme ce morceau est un mélange de jazz et de rock, je vous invite à écouter le côté droit puis le côté gauche du morceau,... vous verrez).

La reprise de Kim Wilde n’est pas un morceau metal à la base. Pourquoi cette chanson sur laquelle chante Madie qui évolue habituellement dans un registre heavy metal plus classique avec NIGHTMARE ?
Je pourrais te donner la réponse habituelle, quand tu enregistres un projet qui ne tournera pas et qui sera juste fun et mortel : « bah parce que c’est cool ». En réalité, la reprise de "Kids In America" et de proposer à Madie de l’interpréter, est l’idée de Julien. Elle clôture l’histoire de l’album comme si c’était un générique de fin. De plus, Madie est quelqu’un de très sympa et surtout elle chante magnifiquement !

Le chanteur invité sur "Ashes To Ashes" n’est autre qu’Arno Strobl. Quand on le sait grand fan de FAITH NO MORE, cela n’est guère surprenant. Toutefois, comment est venue l’idée de faire appel à lui en particulier ? A-t-il été une force de proposition pour cette reprise en particulier ?
A partir du moment où Guillaume a proposé "Ashes To Ashes" dans la track-list, il était impossible de ne pas penser à Arno. Tout simplement, Julien l'a alors appelé ! Il a enregistré ses voix à sa façon et avec sa personnalité ! Et tout simplement ça défonce sévèrement !


La reprise de "Hell Patrol" est tellement bien réarrangée qu’elle en est méconnaissable au point de sonner comme un standard du jazz. Comment procèdes-tu pour aborder un tel travail ? De manière générale, te faut-il du temps ? Composes-tu plusieurs versions avant de trouver la bonne ? Est-ce un processus individuel ou collectif ?
Merci beaucoup ! Je suis un fan ultime de la musique de Count Basie, qui est au big band ce que METALLICA ou BLACK SABBATH sont au heavy metal ! Pour ce genre de truc, j'ai bossé seul à l'écriture et j'ai dirigé les musiciens, l'exploit a surtout été pour Greg à la batterie, qui, même s'il a les capacités techniques pour faire du jazz en big band, n'a pas forcément les réflexes et la culture assez bien ancré. En studio, je lui ai donc chanté tout ce qu'il devait jouer et je l'ai épuisé jusqu'à ce qu'il ne réfléchisse plus... et là les prises ont commencé à être bonnes ! Je me souviens même de cette belle phrase qu’il m'a dite : « j'ai l'impression de me faire violer à chaque break de batterie ». J'ai toujours pas bien compris le sens de cette phrase (rires).

A-t-il été facile de trouver des musiciens de jazz pour participer à ce projet ? 
Oui, les cuivres (cinq trompettistes, quatre trombonistes et cinq saxophonistes) ainsi que les musiciens additionnels (guitare jazz , percussions ou xylophone) sont toutes et tous des musiciennes et musiciens que je connais depuis longtemps et avec qui je travaille régulièrement. Ils sont toujours très heureux de retrouver leurs potes de pupitres quand ils viennent enregistrer, et puis, les habitués de mon studio, quand je les appelle, ils ne demandent pas « Qu'est-ce qu'on joue ? », ils demandent « Et qu'est-ce qu'on mange ? ».

HORNS est illustré par Goum. Cette courte histoire est-elle en lien avec la musique et les paroles ?
La couverture et l'intérieur de l'album ont été créés par Goum, illustrateur de bandes dessinées réputé dans le milieu. Il a créé une véritable "œuvre du 9e art". L'idée de la B.D. est venue car on ne voulait pas que l'album soit illustré ni façon "metal" ni façon "jazz" avec tout ce que ça comporte. Et comme, finalement le mélange de "classique jazz" et de "classique metal" est assez improbable et irréel, l'idée de le mettre dans un monde de comics est venue naturellement. Goum a tout de suite aimé l'idée et nous a proposé ce personnage de diable "patron de club" et ensuite quand on a décidé de faire un double vinyle, il a accepté de nous faire deux planches magnifiques qui résument un peu l'histoire qui est contée dans l'album et nous avons continué ce travail graphique pour les vidéos. Nous avons en effet filmé tous les morceaux de l'album en mode scopitone en noir et blanc... et rouge et l'album sera entièrement disponible en vidéo... plus tard ! •


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Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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