16 septembre 2022, 16:50

Morgan Berthet

Interview

Batteur exceptionnellement surdoué et précoce, Morgan Berthet a commencé la batterie à 3 ans, lorsque ses parents, sûrement fatigués de le voir essayer de péter tout le mobilier à force de taper dessus, ont eu la géniale idée de l’inscrire à son premier cours. Il poursuit son cursus jusqu’à la MAI (Music Academy International) de Nancy, d’où il sort diplômé, à l’âge de 22 ans, avec mention spéciale et félicitations du jury. Rien que ça ! Spécialiste du remplacement au pied levé, mais aussi désireux de ne pas s’enfermer dans un style unique, il a travaillé avec un nombre incalculable de groupes (FRONTAL, EYELESS, HEADCHARGER, THE MARS CHRONICLES, ETHS, etc…) avant d’intégrer MYRATH en 2011, de devenir le batteur de session live de KLONE (officiellement intégré depuis début 2022) et de rejoindre également KADINJA en 2015. En début d’été, le mardi 5 juillet dernier, Morgan a très aimablement accepté de répondre à nos questions. Entretien sincère avec un musicien unique qui éclabousse de son talent tout ce qu’il touche, doublé d’un être humain au franc parler, à la gentillesse désarmante et à l’humour corrosif, comme on aimerait en rencontrer plus souvent.   


Bonjour Morgan, peux-tu nous faire une petite présentation personnelle ?
Alors, je suis actuellement batteur de MYRATH, de KLONE et de KADINJA. Je suis passé par un petit paquet de groupes Français auparavant. Mais actuellement, ce sont ces trois-là.

J’aimerais que l’on évoque l’actualité de ton groupe principal, MYRATH, puisque vous avez enfin pu rejouer en concert au Rock Fest de Barcelone, le 30 juin dernier. Comment se sont passées les retrouvailles entre vous depuis plus de 2 ans? Et le concert ?
Les retrouvailles se sont super bien passées. Et le concert en lui-même, très bien. Après, l’organisation autour de tout ça, c’est un peu l’enfer, mais c’est récurrent avec nous. Avec MYRATH, nous sommes très forts pour faire plus que ce que l’on pourrait faire. On a des gros moyens pour faire ce que l’on fait, mais on essaie toujours de faire plus… Avec ce qu’on n’a pas ! Du coup, ça fait que c’est très compliqué. En plus, c’est un groupe dans lequel nous sommes douze ou treize, même si sur cette date, nous étions dix, répartis dans quatre ou cinq pays différents. C’est déjà très compliqué de réussir à nous rassembler. Là, il y avait des mecs qui avaient déjà des concerts la veille, des concerts le lendemain, donc au niveau des vols et tout le reste, tu serres toujours un peu du cul pour savoir si ça va bien se passer. Et rien ne se passe jamais comme il faut. Parce que sur douze vols, tu en as forcément un qui est annulé, ou qui a du retard, tu as forcément des bagages qui se perdent… Bref, on arrive toujours à cumuler tout ce qui peut être relou pour niquer ta journée ! (sourires)

Et donc, pour Barcelone, quels ont été les problèmes ? (rires)
Ah, il y a eu… tout ! Parce que l’organisation du festival, c’était un peu… Tu sens que ça fait plus de deux ans que certains festivals n’ont pas travaillé, et du coup, c’est la guerre. Et donc, il y a tout : retard de vol, retard de bagages, retard de mecs qui viennent te chercher à l’aéroport, la location du van qui merde… On a quasiment tout eu ! Mais une fois sur cinq, ça allait. C’est déjà ça !  


As-tu des informations à nous donner sur le nouvel album ? Il semblerait que le groupe ait déjà commencé à travailler dessus, mais à quel stade en êtes-vous ?
On s’est bien servis du début du confinement pour bosser sur les morceaux, comme les mecs étaient bloqués pour un mois en France, ils ont profité de ce moment pour écrire des nouveaux titres (NDJ : Effectivement, le chanteur, Zaher Zorgati, le guitariste, Malek Ben Arbia et le bassiste, Anis Jouini, se sont retrouvés bloqués dans le sud de la France, chez leur producteur/claviériste, Kévin Codfert, et dans l’impossibilité de rentrer chez eux avant la fin du confinement). Puis après, tout le monde est rentré chez soi, et rien n’a redémarré. Mais maintenant, les morceaux sont composés, prêts à être enregistrés. La guitare et la basse se feront en août, pour moi, ce sera en septembre, et Zaher posera ses voix juste derrière moi. Donc fin septembre, tout sera enregistré. Je n’ai pas de date de sortie, mais j’imagine que ce sera pour le premier trimestre 2023. Cela à bien repris et ça avance, mais c’est sûr que nous avons perdu du temps pendant les confinements. Certains groupes se sont servis de ce temps-là pour sortir des trucs, ou, au moins, prendre de l’avance sur un ou deux albums. Pour nous, cela a été un peu compliqué car on n’a pas pu se voir pendant presque deux ans et demi.

Y-a-t-il des dates qui vont se rajouter en France, en plus du Raismes Fest en septembre et le Ready For Prog, à Bruguières, près de Toulouse, fin octobre ?
Je ne pense pas. En tout cas, pas pour cette année. Sauf si c’est un gros truc. Mais, toujours pareil, pour les même raisons : ça coûte ultra cher de nous faire venir des quatre coins du monde, alors on évite un peu les concerts hors tournée. Ceux que l’on va faire, c’est parce qu’on les devait, car ils étaient programmés avant, ou alors ils sont suffisamment bien payés pour qu’on se déplace tous. Mais, à priori, on va attendre une tournée pour repasser en France, je pense. Il y a encore des dates qui continuent de tomber pour octobre et novembre, mais pour l’instant, pas en France.

D’ailleurs, tu vas devoir assurer un concert avec KLONE à Istres le 28 octobre, puis, le lendemain, deux concerts à la suite avec KLONE et MYRATH. As-tu déjà eu l’occasion par le passé de jouer plusieurs fois dans la même journée ? Comment se prépare-t-on, physiquement et psychologiquement, pour un moment aussi intense ?
Oui, je l’ai déjà vécu avec KLONE et THE MARS CHRONICLES, un groupe dans lequel je ne suis plus, mais on avait fait une tournée de 45 dates où j’avais deux sets par soir. Avec un set, celui de THE MARS CHRONICLES, où, en plus, j’étais maquillé. J’avais de la peinture partout sur la gueule, donc, à chaque fois que je sortais de ce set-là, j’avais dix minutes pour aller me doucher et être à peu près présentable pour le set suivant. Ça, c’était l’enfer ! Mais, c’était des sets un peu plus courts. Là, j’imagine que ça risque d’être entre une heure ou une heure et quart. Mais, je ne me prépare pas. Ça va se faire, ça devrait aller.


Début novembre, vous allez embarquer pour une croisière en méditerranée. Après celle de KLONE aux caraïbes en mai dernier, tu es content de revivre une telle expérience ? Qu’est-ce qui t’a le plus marqué lors de la Cruise To The Edge ?
Je suis parti avec plein d’à priori, en mode critique : « Ça va être un peu beauf’. Ça va être plein de trucs négatifs.» Parce que je suis toujours comme ça. Alors, certes, c’est un peu beauf’, mais c’était quand même vraiment cool. Sur la tournée, tout était super, mais là, ça faisait vraiment du bien de recommencer. De repartir en tournée après deux ans sans concert, et en démarrant par ça. Mais c’était des vacances. C’est une blague, ce truc. Tu es six jours sur une croisière : concrètement, tu bosses deux fois une heure et demi, en comptant ta balance et ton set, donc, tu fous rien. Tu bouffes toute la journée, et puis tu bulles au soleil (rires). Il n’y a rien à faire, mais c’était super cool !  Après, je ne sais pas si la prochaine en méditerranée sera pareille. On n’aura peut-être pas le même temps, et ce ne sera pas le même décor, mais ça va être cool.

Et il n’y aura qu’un seul concert de prévu sur cette croisière, ou il y en aura plusieurs ?
Je ne pense pas, putain, car c’est déjà peu ! Avec KLONE, deux dates en six jours, ce n’était déjà pas beaucoup… Je pense que nous aurons au moins deux sets, mais en réalité, je n’en sais rien ! (rires) Même si ce n’est pas un projet où tu branles grand-chose… C’est les vacances.

Concernant KLONE justement, vous vous connaissez tous depuis longtemps et vous avez partagé un mois de vie commune en tour-bus, en support de PAIN OF SALVATION. Guillaume a dressé un portrait de toi qui pourrait sembler surprenant quand on ne te connait pas… (interview à retrouver ici)
Oui, il a niqué quinze ans de boulot ! (rires)

Donc, finalement, tu es un faux grincheux ? Comment s’est passé la cohabitation entre vous ? Est-ce différent de l’ambiance au sein de MYRATH ou de KADINJA ?
Oui, c’est assez différent. Avec KLONE, nous avons déjà fait une tournée de plus de deux mois, donc nous étions déjà habitués à vivre ensemble dans ces conditions. Et on en a fait plusieurs autres depuis. Mais KLONE, ce n’est pas un groupe très organisé. Du coup, c’est un peu toujours la guerre quand on part sur des tournées. Mais une fois que nous y sommes, c’est souvent un peu les vacances. Je ne sais pas comment expliquer ça, mais les journées de concert, en soi, sont toujours relativement cool. Il y a juste les préparatifs qui sont un peu l’enfer, mais c’est super de tourner avec eux. On est vraiment potes ! Si on devait partir en vacances ensemble pour de bon, on le ferait. C’est d’ailleurs une bonne question à se poser quand tu bosses avec un groupe, parce que, parfois, tu n’as PAS envie de partir en vacances avec ton groupe… Mais avec eux, si.

Par contre, j’imagine que tu te chargerais de tout organiser... (rires)
Ben oui, je suis un peu psychorigide, je n’aime pas oublier des trucs, ou laisser trop d’inconnu. Puisque tu sais que, même en essayant de penser à tout, il y a des trucs qui vont merder ! Donc, si tu peux limiter la casse, c’est mieux. Et effectivement, j’ai un peu essayé de limiter la casse sur la dernière tournée. Mais le nombre de trucs à faire était monumental, la paperasse, et tout ça… Rien que des trucs qu’on adore ! (sourire) Donc, en tournée, quand ça se passe bien comme cela a été le cas, je suis plus sympa qu’on ne le pense. (rires) 


Pendant la pandémie, as-tu imaginé que tu ne puisses plus jamais reprendre la route ?  Ou as-tu toujours gardé l’espoir que ça redémarre ?
Je pensais que ça allait reprendre. Mais, à titre personnel, je n’ai pas vraiment mal vécu cette période. Ce n’est pas que je n’avais pas hâte que ça reprenne, mais si cela avait mis un an de plus, tant pis, et si cela avait repris avant, tant mieux. Mais, je me suis bien occupé. Cela m’a permis de faire d’autres trucs, que je n’aurais probablement pas faits en temps normal, si tout avait roulé comme d’habitude. C’est chaud de dire ça, car il y en a qui sont restés sur le carreau, mais pour moi, ce n’a pas été les pires années de ma vie. Déjà, ça m’a fait du bien de rester un peu chez moi, parce que j’aime bien ça. Et puis, j’ai fait plein de trucs : j’avais du studio, des cours que je n’avais pas trop le temps de donner avant, etc… C’était cool de faire ça, mais c’est sûr que cela n’a pas dû être marrant pour tout le monde.

Toi, tu es resté actif, au final.
Oui, même quasi plus que d’ordinaire, en étant disponible à la maison. J’ai fait un paquet de trucs. Je pensais que j’allais glander, mais en fait, non. Je n’y arrive pas ! Donc, j’ai trouvé le moyen de m’occuper. C’est sûr qu’une situation pareille, cela fait flipper, car tu te demandes ce que tu vas faire si ça dure vraiment longtemps. Mais heureusement, j’avais plein de commandes pour des sessions studio, plein de cours à donner, pas mal de trucs à tester.


Concernant KADINJA, le groupe est en pause à durée indéterminée car vous n’avez plus de chanteur, et qui plus est, vous êtes tous plus ou moins occupés avec d’autres projets. Y-a-t-il du nouveau, ou comptez-vous battre le record de TOOL entre deux sorties d’albums ? (rires)
Là, en ce moment, c’est le problème ! On ne compte pas sur KADINJA pour bouffer, de toute façon, et ce n’a jamais été le projet avec ce groupe. Et nous sommes tous ultra occupés avec les projets parallèles. Ça, déjà, c’est en train de nous niquer, mais ce qui nous a vraiment niqués, c’est que nous sommes un groupe très productif d’ordinaire. On adore se mettre des deadlines. S’il faut faire un album par an, pas de soucis. Nous étions partis sur cette optique-là, et la COVID nous a vraiment mis un coup d’arrêt. On met tout sur le dos du chanteur, en disant qu’il nous en faut un impérativement. Mais, en ce moment, même si nous en avions un, je ne sais pas si on arriverait à relancer la machine rapidement. Il faut qu’on se serve de cet été, alors que nous avons moins de dates avec nos différents groupes, pour faire avancer les choses. Ce n’est d’ailleurs pas exclu de continuer sans chanteur, parce que, là, nous en avons vraiment marre. On en arrive à un point où nous connaissons bien les morceaux, trop même, et ça commence à nous gaver de les réécouter. Mais c’est un processus normal, dans un groupe, vu le temps que tu passes sur les compos. L’album n’est pas sorti que ça commence déjà à te saouler.  Mais, il faut avouer que ça traine vraiment, et ça nous fait chier ! Donc, il y a moyen que l’album sorte comme ça, en version instrumentale. Tout est quasi prêt, si jamais nous décidons de faire ça. Idéalement, ce serait bien de le sortir au premier trimestre 2023. Je ne vois pas trop comment on pourrait le sortir avant, mais il faut que l’on se serve du mois et demi qui arrive pour trancher et avancer. Sinon, il ne va rien se passer.

Est-ce que ce serait définitif de ne pas avoir de chanteur, ou bien, uniquement pour cet album, puisqu’il est composé et enregistré depuis des lustres ?
On ne se met pas de barrière, on ne s’est rien fixé. S’il doit sortir comme ça, on verra ce que ça fait… On n’a pas trouvé de solution pour l’instant. C’est très chiant ! Mais ça va repartir. Il faut vraiment que l’on se serve de cet été pour relancer la machine.

 

En février, tu as enregistré les parties de batterie pour le premier album solo d’Harun Demiraslan, « In Motion », qui doit sortir le 23 septembre. Peux-tu m’en parler un peu ? As-tu eu une trame à suivre, ou as-tu pu laisser libre-cours à ton inspiration ?
Comme tous les groupes, il a fait ses démos avec un bout de batterie programmée derrière, donc tu vois à peu près ce qu’il a en tête. Mais je lui ai conseillé de me laisser libre parce que c’est comme ça qu’on bosse le plus vite. Et vu que nous bossions à distance, j’enregistrais un jour, puis je lui envoyais les deux ou trois titres que j’avais faits. Il me disait ce qui allait bien ou pas, puis je refaisais le lendemain. Mais j’avais carte blanche, et tout est passé à 95%. Tout lui a plu, donc c’était optimal pour bosser. J’adore quand tu as carte blanche et que le mec en face valide directement ce que tu lui proposes. Ça va très vite, dans ces conditions. Par conséquent, cela n’a pris que trois jours pour faire les prises. Ça s’est très bien passé.  Et cet album n’est pas encore sorti qu’il a déjà commencé à composer le suivant. Il est très excité !

As-tu encore le temps de donner quelques cours de batterie, maintenant que les concerts ont repris ?
C’est vraiment quand je me fais chier, que j’ai trois ou quatre jours disponibles, où je n’ai rien à faire. Je balance alors une annonce pour ceux qui veulent des cours. J’en file un ou deux par mois, mais vraiment pour dire… Là, je dois retourner à la MAI à Nancy pour donner deux jours de stage. Mais cela fait au moins trois mois que je n’y suis pas allé. Donc, de temps en temps, je continue à donner quelques cours, mais vraiment rien de régulier, et rien de prévu bien à l’avance, hormis ce stage de juillet.

Tu es un batteur polyvalent, reconnu pour ton feeling et ton adaptabilité. Tu as pris l’habitude de cumuler les projets. En as-tu d’autres en cours, actuellement ?  
Oui, je bosse avec Shob, un bassiste (NDJ : Geoffrey "Shob" Neau, qui a joué avec Morgan dans ETHS), avec qui nous avons enregistré un album voici deux ans. Ce nouvel album ne devrait pas tarder à sortir. Nous avons un ou deux clips à faire. Et je crois qu’il donne sa release-party en octobre, fin octobre, il me semble. Mais je ne viens que sur les dates où il a vraiment besoin de moi, parce que je ne peux évidemment pas tout faire. Et il a d’autres batteurs sous la main en cas de besoin. Il y a aussi deux ou trois autres trucs. Parfois, j’ai des commandes pour des gratteux ou des bassistes à l’étranger, mais ce ne sont pas mes projets. J’enregistre pour eux, mais il n’y a pas de suite, rien qui dit que je vais aller les jouer sur scène.

Quand l’album de Shob a-t-il été enregistré, précisément ?
Le premier hiver de la pandémie, si je me souviens bien. Mais il attendait de savoir quand il pourrait le publier, car ce qui l’intéresse, c’est de jouer sur scène derrière, et pas juste de balancer un album et de ne rien pouvoir faire avec. Donc, je ne sais pas quand il a prévu de le sortir, mais ça devrait être imminent. Mais, c’est prêt depuis un an et demi.


Les lecteurs de Batterie Magazine savent que tu écris tous les mois, depuis maintenant un an et demi, un billet d’humeur à l’humour particulièrement corrosif, mais non dénué d’un fond de vérité sur ton métier de musicien. Tu as l’art de dire tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas, avec une liberté de parole que peu s’autorisent. N’envisagerais-tu pas de développer un peu plus ton talent d’écrivain ?

« Trente-trois ans de batterie, vingt ans à se former pour en faire son « métier », 700 dates dans 60 pays, puis, un virus de merde et une bande de connards pour te coller officiellement l’étiquette de « non essentiel » et c’est plié. » (Morgan Berthet - OSEF #2)

A vrai dire, ça me va bien dans Batterie Magazine, car c’est un peu cadré. Il faut quand même que ça parle de musique et de batterie, forcément. Mais je suis assez libre de dire ce que je veux. On ne m’a pas encore trop censuré. Mais, je me censure tout seul un peu quand même, parce que je sais quel public j’ai en face. Donc, même si parfois, je pousse un peu, j’ai un semblant de cadre. Et j’ai un peu peur que si tu m’enlèves ce cadre, ça parte un peu à droite et à gauche (sourire). Et en plus, c’est très dur car j’écris vraiment avec l’humeur du jour. Ça dépend de comment je suis luné et ça peut partir dans des endroits où peut-être, je regretterais de m’être aventuré… J’ai l’impression que parfois, on frôle le journal intime. Heureusement que derrière, je me relis et j’enlève des trucs ! Mais si je laisse libre cours au bordel, des fois, ça va un peu loin. Et c’est un peu sombre, je trouve, suivant comment je me sens.

« Aujourd’hui, à ta place, je me monterais un p’tit compte TikTok de qualité, je jouerais en slip et je m’en laisserais sortir une de temps en temps pour attirer l’œil. » (Morgan Berthet - OSEF #4)


Sombre et drôle en même temps. C’est corrosif, et effectivement, cela donne une image plus intime de toi. On a la sensation de mieux te connaitre en lisant ces textes, mais ce n’est qu’une partie de toi.
A chaque fois, quand j’écris, je me dis qu’il y a peut-être des jeunes qui ont envie de faire ce boulot et qui me lisent, donc, il faut vraiment cadrer le truc.

Et ils vont tous laisser tomber avant de commencer (rires)…

« De l’extérieur, tu me vois comme un modèle de réussite. Tu es impressionné, c’est normal. Un jour au Japon, le lendemain en Suède… alors que toi dans le même temps, t’es toujours bloqué sur le périf.[…] Tu es naïf, calme-toi direct, tout ça c’est de la merde. Si tu veux vivre ça, je vais t’expliquer comment te tirer une balle dans le pied assez rapidement. Suis méticuleusement mes conseils et je te promets que dans quelques années, tout ira beaucoup moins bien. » (Morgan Berthet – OSEF #6)

Eh bien, justement, dans les moments où tu n’as pas la pêche, tu vas sombrer dans ce truc-là comme quoi c’est un boulot super dur et qui est relou, voire que tu détestes clairement… Si j’ai choisi le mauvais jour pour écrire, ça va sortir comme ça. Alors que peut-être, deux semaines plus tard, en revenant de concerts, je vais plutôt dire que c’est super cool. Et c’est vraiment moins sombre. Le dernier que j’ai écrit est vachement moins sombre parce que je reviens de tournée, et c’est cool, je me suis reposé, c’est le meilleur boulot du monde.

« Je suis rentré depuis une semaine, je me remets tranquillement de mon jetlag et là, je crois que je suis en phase de dépression post-tournée, donc je vais être tenté de ne penser qu’aux bons moments ; mais faudrait pas… J’ai mis des années à me façonner une image de grincheux, c’est pas le moment de faire mon fragile, je ne vais pas tout foutre en l’air à cause d’un pauvre rayon de soleil. Et en même temps, ça fait 15 articles où je ne parle que de ce qui fait chier, c’est peut-être l’opportunité de dire ce qui est bien dans ce boulot… » (Morgan Berthet – OSEF #16)

Surtout que cette tournée s’est merveilleusement bien passée, tant avec KLONE que PAIN OF SALVATION.
Voilà ! Alors que trois numéros avant, quand tu m’entendais parler des tournées, ça me faisait chier de me barrer de chez moi, tout me faisait chier… Mais c’est marrant à écrire. Enfin, c’est marrant comme ça, mais je n’ai jamais essayé de les relire tous. Et je pense que si je m’amuse à faire ça, je vais me dire que ça part dans tous les sens, et que j’ai vraiment reçu la foudre !

« 120 groupes de rock progressif à l’affiche. J’ai pas regardé qui joue, mais a priori, d’instinct, je dirais qu’il y a 120 groupes de trop. Et enfin pour finir, il y a la notion de « fête ». Mais la fête de quoi ? Une nuée de corbeaux dépressifs en maillot de bain, se badigeonnant le cul de crème solaire indice 8000, à barboter dans des piscines à remous, le cul enfoncé dans des bouées licornes à siroter des Mojito ? Sans déconner, c’est pas sérieux… » (Morgan Berthet – OSEF #13)

Non, à mon sens, il y a toujours une ligne directrice. Tu montres tous les côtés de la vie de musicien, et pas seulement le côté "paillettes et succès", mais aussi toutes les galères et le travail qu’il y a derrière. C’est ce qui rend ces textes intéressants.  Et toujours avec cette pointe d’humour.
On essaie (sourire).Donc, non, je n’ai pas prévu de me lancer là-dedans. C’est ultra dur. Des fois, tu te mets derrière le clavier, et ça ne vient pas. C’est très compliqué.

« J’ouvre les yeux, mon fils est vautré sur moi, sa couche à 5 cm de mon nez, ça pue la mort c’est incroyable. J’éteins mon alarme et je dégage la boule puante qui a essayé de me buter pendant mon sommeil. Je suis en sueur, j’ai fait des cauchemars toute la nuit, ça m’arrive quand j’ai rien foutu pour un enregistrement et que le cerveau me signale que c’est peut-être le moment de s’inquiéter. Je réalise que j’ai plus que trois jours pour bosser.» (Morgan Berthet OSEF #11)


En dehors de la batterie et de la musique, as-tu d’autres centres d’intérêt ?
Que des trucs qui font perdre du temps, comme les jeux vidéo par exemple ! (rires) Mais je n’en ai pas des mille. C’est la musique quand même relativement souvent, et le seul truc qui arrive à me faire déconnecter, ce sont les jeux vidéo. Il n’y a que ça. Je n’y passe pas ma vie non plus, mais de temps en temps, j’ai besoin de faire ça pendant deux ou trois jours pour ne plus penser au taf que j’ai à faire. Cependant, ce n’est pas souvent. Je ne suis pas addict au point d’y jouer trois ou quatre heures par jour. C’est le seul truc qui me fait vraiment plaisir, hors musique.

Tu as déjà fait plusieurs fois le tour du monde, tu as joué dans des petits clubs et d’immenses stades, tu as rencontré un nombre incalculable de musiciens tous plus reconnus les uns que les autres… Y-a-t-il quelque chose que tu rêverais de faire et que tu n’as encore jamais accompli ?
Il y en a un paquet ! Je ne vais pas dire que je suis simple, parce que ce n’est pas vrai. Mais n’importe quel territoire où je n’ai encore jamais mis les pieds, en général, je suis content d’y aller. Là, en novembre, je vais me taper toute l’Amérique latine, que je n’ai encore jamais faite, et ça me plait. Dès que tu me balances des pays que je n’ai jamais faits, je suis content. Après, il y a un certain nombre de gros festivals où j’aimerais bien aller, en Europe ou ailleurs. Je ne sais absolument pas comment cela se passe dedans, c’est juste pour dire de les faire. Et j’aimerais vivre au moins une fois une vraie grosse tournée mondiale, le genre de truc où tu as 50 dates annoncées dès le départ. Là, à chaque fois, c’est soit une tournée aux Etats-Unis, ou une en Europe… Au moins une fois, j’aimerais bien. Même si je l’ai déjà fait, mais ce n’est jamais aussi large que dans ma tête. Une année, on va faire l’Asie, puis l’année suivante, les Etats-Unis, et en fin d’année, l’Europe. Et j’aimerais bien faire tout ça d’un coup pour voir ce que ça fait sur une seule année.

Tu n’as pas peur d’en revenir sur les rotules ?
Si, mais moi, je suis un champion pour remplir l’agenda comme ça, alors que je suis déjà en train de gueuler que ça me fait chier, mais je prends tout. Je suis parfois un peu kamikaze là-dessus ! Si j’arrive à trouver un vol qui arrive à me faire relier deux dates pour deux groupes différents dans deux pays différents, c’est bon, je le fais.

Besoin d’être occupé tout le temps ? Une espèce d’hyperactivité ?
Sûrement ! Très sûrement ! Mais, en même temps, ça me fait chier. A chaque fois, ça me file des suées pour réussir à m’organiser, et pourtant, je continue à en prendre encore et encore. (sourire)

Blogger : Sly Escapist
Au sujet de l'auteur
Sly Escapist
Sly Escapist est comme les chats : elle a neuf vies. Malgré le fait d’avoir été élevée dans un milieu très éloigné du monde artistique, elle a réussi à se forger sa propre culture, entre pop, metal et théâtre. Effectivement, ses études littéraires l’ont poussée à s’investir pendant 13 ans dans l’apprentissage du métier de comédienne, alors qu’en parallèle, elle développait ses connaissances musicales avec des groupes tels que METALLICA, ALICE IN CHAINS, SCORPIONS, SOUNDGARDEN, PEARL JAM, FAITH NO MORE, SUICIDAL TENDENCIES, GUNS N’ROSES, CRADLE OF FILTH, et plus récemment, NIGHTWISH, TREMONTI, STONE SOUR, TRIVIUM, KILLSWITCH ENGAGE, ALTER BRIDGE, PARKWAY DRIVE, LEPROUS, SOEN, et tant d’autres. Forcée d’abandonner son métier de comédienne pour des activités plus «rentables», elle devient tour à tour vendeuse, pâtissière, responsable d’accueil, vendeuse-livreuse puis assistante commerciale. Début 2016, elle a l’opportunité de rejoindre l’équipe de HARD FORCE, lui permettant enfin de relier ses deux passions : l’amour des notes et celui des mots. Insatiable curieuse, elle ne cesse d’élargir ses connaissances musicales, s’intéressant à toutes sortes de styles différents, du metalcore au metal moderne, en passant par le metal symphonique, le rock, le disco-rock, le thrash et le prog. Le seul maître-mot qui compte pour elle étant l’émotion, elle considère que la musique n’a pas de barrière.
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