28 janvier 2026, 20:52

KREATOR

Krushers Of The World

Album : Krushers Of The World

C’est avec un peu de retard que je me décide à parler du nouveau KREATOR, « Krushers Of The World ». J’ai décidé d’être posé, de l’avoir digéré, avant d’écrire mon ressenti, surtout au vu des critiques assez acerbes que j’ai pu entendre et qui m’ont inquiété. « Nous sommes loin du thrash teuton originel et sans concession », « ce n'est pas assez brutal »... Bref voici mon propre avis.

A l’écoute de l’ouverture "Seven Serpents" peut-on encore parler de thrash ? Après une introduction qui, sous forme de soli heavy qui prend son temps, survient un petit tabassage rythmique, des riffs bien huileux et la voix si typique de Mille Petrozza. C’est quand-même bien troussé et enlevé, le mood est immédiatement apprivoisé. La réponse n’est ni blanc ni noir, ni oui ni non. Bien sûr que la musique porte l’empreinte du thrash, elle est juste plus nuancée. "Satanic Anarchy" se révèle plus brut de décoffrage, avec des frappes brutes et un florilège de riffs lourds et généreux. Le refrain offre une ampleur mélodique que ne contenait pas les "Pleasure To Kill" ou "Flag Of Hate" des débuts. Il faut dire que KREATOR, après 4 décennies, a mûri, a envie d’explorer le vaste monde des sonorités. Est-ce un mal si le résultat sait tout de même nous saisir aux tripes ?

"Krushers Of The World" résonne à merveille avec ses fûts tribaux, son riff hypnotique et son chant guerrier. Nous sommes dans la lignée du plaisir procuré par "Hate Über Alles". Un plaisir bien jouissif au demeurant. “Tränenpalast“ offre la surprise d’un thrash moderne et efficacement vivace. Pas étonnant, car KREATOR sur ce titre a invité Britta Görtz du groupe HIRAES. "Barbarian" quant à lui porte bien son nom, nos rois du riff violent balancent un maelstrom fort de café, pas l’idéal pour une sieste, mais parfait pour être un défouloir. Et attendez de vous prendre ce vindicatif et coupeur de souffle de "Blood Of Our Blood" aux guitares possédées et hyper ciselées dans les oreilles, voilà des pieds de nez à destination des détracteurs !

"Combatants" déboule avec force, frappes et riffs. Divinement violent, une atmosphère de thrash ancestral, où l’on se lâche sur nos émotions primales en hurlant rageusement tel que ce bougre de Mille sait si bien le faire. Encore un excellent moment de jouissance avant un "Psychotic Imperator" qui a tout d’un frère de "Phantom Antéchrist". Une puissance fracassante à l’énergie communicative dans un grand élan de bourrinage. "Deathscream" lâche ses cris sauvages, tout s’accélère, difficile de donner raison aux mal embouchés face à cette nouvelle charge furieuse. Il est temps, temps pour le dernier morceau de bravoure, et c’est "Loyal To The Grave", qui va prendre son temps à l’image de "Seven Serpents" qui avait ouvert le bal. Mi heavy, mi thrash, les riffs labourent tout autour de l’auditeur, avec pugnacité et grâce. Mille tape dans le... mille, KREATOR défend son titre de roi du genre des hordes germaniques, et il le fait très bien.

Je ne saurais donner raison aux détracteurs. Certes la force brute a cédé la place à une sauvagerie à l’indéniable subtilité, gorgée de nuances, mais KREATOR sait toujours et encore nous captiver. Une belle pièce de bidoche saignante.

Blogger : Christophe Scottez
Au sujet de l'auteur
Christophe Scottez
Chris est ethnologue à ses heures perdues, vétéran des pogo joyeux en maillots de core. Un explorateur curieux, grand amateur de riffs et de chants sauvages. Il a grandi dans les glorieuses années 80, bercé par les morceaux canoniques d’ACCEPT, SCORPIONS, MOTLEY CRUE et autres GUNS N ROSES. Traumatisé par le divorce entre Max Cavalera et son groupe, ainsi que par un album des Mets un peu «chargé» en n’importe quoi, Chris a tourné 10 ans le dos au hard rock. Puis, un jour, il a par hasard découvert qu’une multitude de nouveaux groupes avait envahi la scène … ces nouveaux sauvages offraient des sons intéressants, chargés en énergie. Désireux de partager l’émo-tion de ce style de metal sans la prétention à s’ériger en gardien d’un quelconque dogme, il aime à parler de styles de metal dit classiques, mais aussi de metalcore et de néo-metal. Des styles souvent décriés pour leurs looks de minets, alors que l’importance d’un album est d’abord le plaisir sonore que l’on peut en tirer, la différence est la richesse du goût. Mais surtout, peut-on se moquer de rebelles coquets alors que les pères fondateurs du metal enfilaient des leggins rose bonbon et pouponnaient leurs choucroutes peroxydées ?
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK