
Parmi les groupes américains se livrant sans relâche à l’exploration du stoner, se trouve VALLEY OF THE SUN. Après quinze ans de carrière, le groupe, trio depuis l’album « Quintessence » (2024), a sorti son nouvel album « The Blacklight Sessions » le 2 octobre. Nous avons eu la chance d’en discuter avec le groupe au complet avant sa tournée européenne.
Vous avez choisi le nom de l’album pour rendre hommage au groupe BLACKLIGHT BARBARIAN. Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de ce groupe et pourquoi avoir voulu lui rendre hommage ?
Ryan Ferrier : Certaines chansons n’avaient pas encore été enregistrées alors que je les aimais beaucoup. On a sorti « Quintessence » il y a un an et demi donc il n’y avait aucune urgence à ce qu’on ressorte un album rapidement. On avait plutôt envie d’enregistrer quelque chose parce qu’on en avait la possibilité, ça n’était pas la même approche que d’habitude. On s’est dit qu’on allait le faire pour s’amuser. On pensait plutôt faire une édition limitée mais Heavy Psych Sounds nous a contactés et nous a demandé si on avait envie de travailler avec eux. On leur a parlé de cet album, ils ont proposé de s’occuper de sa sortie et on a accepté. C’était juste des chansons que j’avais vraiment envie de partager avec tout le monde pour que les gens puissent les entendre et nous dire ce qu’ils en pensent. Il y a quatre chansons qui avaient été écrites pour BLACKLIGHT BARBARIAN dont l’une sur laquelle on a beaucoup travaillé et les deux autres, "No Hope" et "A Greater Meaning", ont été écrites par nous trois pour cet album.
Le nom de l’album m’a donné l’impression que les chansons qui y figuraient avaient été écrites de façon plus spontanée que l’album précédent, ou peut-être écrites lors de sessions d’improvisation...
Johnny Kathman : Je n’avais aucune idée de ce que je faisais (rires) ! Je jouais et à un moment, on s’est dit qu’on avait un album (rires) !
Ryan Ferrier : En réalité, on a beaucoup travaillé sur cet album, sauf Johnny (rires). On a arrangé beaucoup d’éléments quand on est passés en studio. J’avais mes propres idées sur ce que je voulais mais on a changé pas mal de choses : on a ajouté des ornements, on a enregistré ce qu’on ressentait sur le moment et on a complètement écrit "A Greater Meaning" quand on était en studio. BLACKLIGHT BARBARIAN avait une philosophie selon laquelle il fallait se débarrasser de l’idée que chaque chanson doit porter un sens profond. Si on a envie de jouer une longue chanson, on la joue et on voit où elle nous mène. J’avais envie d’aller au bout de cette idée et d’avoir des titres longs. L’album dure quarante-deux minutes et on n’a que six chansons. Au diable les conventions, au diable les règles ! C’est comme les titres instrumentaux, c’est nouveau pour nous !
Il y a davantage de passages instrumentaux et Ryan, tu chantes moins sur cet album. Est-ce que c’est quelque chose que vous avez envie de développer à l’avenir ?
Ryan Ferrier : Je ne saurais pas prédire tout ce qu’on va faire mais peut-être. Cette fois, on s’est juste dit qu’on allait faire des passages instrumentaux. Je chante beaucoup moins et je crois que, sur les albums précédents, les titres instrumentaux étaient plutôt des interludes que de véritables chansons. C’est là que se situe la différence entre « The Blacklight Sessions » et nos albums précédents.

Vous aviez eu quelques problèmes avec les vinyles de l’album « Quintessence », vous pouvez m’en parler ?
Ryan Ferrier : L’entreprise qui devait les presser, après avoir pris tout notre argent et avoir dépassé la date qu’on avait fixé, a fait banqueroute et nous a dit, à nous et à tous les autres musiciens avec qui elle avait un contrat, qu’on ne reverrait jamais notre argent. Heureusement, on a fait une demande de remboursement auprès de notre banque et on a pu récupérer l’argent au bout de 90 jours. On a donc fini par sortir notre album en auto-production, ce qui est encore un problème pour nous : on a tout fait presser au Canada mais on a des ventes prévues en Europe. Les vinyles sont là, aux États-Unis, mais c’est difficile de les acheminer jusqu’à l’Europe donc, à chaque tournée, on en emporte dans nos bagages. Ils sont lourds donc c’est parfois compliqué d’en amener beaucoup avec nous.
Et pourquoi, après toutes ces aventures, n’êtes-vous pas retournés avec Fuzzorama qui a sorti vos albums précédents ?
Ryan Ferrier : On a sorti quatre albums avec Fuzzorama, on a décidé que c’était suffisant. Notre agence de booking pour l’Europe est Sound of Liberation et je crois que Heavy Psych Sounds et eux sont de grands acteurs pour la diffusion de la musique en Europe. Travailler avec les deux en même temps est donc une très belle opportunité d’avoir davantage de promotion et de couverture médiatique plutôt que de tout faire nous-mêmes ou de retourner avec Fuzzorama.
VALLEY OF THE SUN est un trio depuis quelques années et « Quintessence » était le premier album que vous avez fait sous cette nouvelle forme. Est-ce que « The Blacklight Sessions » est une façon d’affirmer le fait que cette formule est désormais celle qui vous apporte davantage d’épanouissement ?
Chris Sweeney : Oui, on a une autre façon d’écrire les chansons. J’aime aussi beaucoup le fait qu’on ne soit que trois parce qu’on est plus flexible avec ce qu’on peut faire. On peut changer plus facilement (rires).
Johnny Kathman : Oui, on n’a pas besoin de cuisiner aussi longtemps donc c’est plus amusant (rires).
Et comment cela a-t-il fait évoluer le processus de composition ?
Chris Sweeney : Particulièrement avec « Quintessence », on se demandait toujours jusqu’où on pouvait aller tous les trois.
Johnny Kathman : On a tous les trois beaucoup écrit en développant les idées des uns et des autres, c’était plus facile de s’aligner. Je crois qu’on a bien travaillé.
Ryan Ferrier : Au début de VALLEY OF THE SUN, on a été un trio pendant quelques années mais à ce moment, le batteur et moi faisions le travail en studio pour les premiers albums, sauf pour « Electric Talons of the Thunderhawk » en 2014. On faisait venir un bassiste en studio ou alors on avait un musicien supplémentaire pendant la tournée pour assurer les parties de basse. C’était des musiciens avec qui on était amis mais pas vraiment des membres du groupe. C’est pour ça qu’il y a eu quelques changements entre un format à trois ou quatre personnes. Mais quand on a fait « Quintessence », je crois que c’est le moment où on a décidé de s’engager pour un trio. C’était après « The Chariot » et on ne peut jouer qu’une seule chanson de cet album en tant que trio parce qu’il a vraiment été écrit pour un groupe de quatre personnes. Quand on a fait « Quintessence », on voulait vraiment que ça sonne grand, on voulait trouver des moyens pour tout remplir. Je crois qu’on s’en est plutôt bien sortis avec cet album.
Chris Sweeney : J’aime aussi beaucoup les moments où on chante tous ensemble.
Vous chantez tous les trois sur cet album ?
Johnny Kathman : Oui ! Je chante même un refrain en solo !
Ryan Ferrier : On dirait que je suis encore le seul à chanter mais ça n’est pas le cas ! Sur le refrain de "A Greater Meaning", c’est Johnny qui chante. Je crois qu’on ne l’a pas indiqué sur les crédits de l’album. On n’a pas été très précis sur cette partie, on voulait juste faire l’album et ne pas s’embêter avec beaucoup de mots (rires).
Johnny Kathman : L’art parle de lui-même (rires).

La pochette d’album change beaucoup par rapport aux précédentes : la palette chromatique n’est pas la même et sur celle-ci, on voit des gargouilles. Est-ce que ça montre aussi que vous avez fait l’album dans un état d’esprit différent ?
Ryan Ferrier : Pendant l’enregistrement, je n’allais pas très bien et je n’étais pas vraiment au meilleur de ma forme. Johnny n’allait pas très bien non plus et Chris a aussi ses démons, même s’il les a enterrés il y a longtemps. Sur la pochette, on peut voir un barbare qui combat des démons qui sont au nombre de trois, comme nous. On voulait représenter cette idée de combattre ses démons, c’est une iconographie à laquelle on a beaucoup réfléchi. Il y a aussi beaucoup de références à la violence, notamment sur le nouveau merchandising qu’on va sortir pour cet album. Beaucoup d’éléments qui sont liés à l’état du monde en ce moment. On n’a pas essayé d’être politiques, on essaie de rester en-dehors de ça autant que possible mais on est assez choqués de l’état actuel du monde. On a voulu représenter nos combats intérieurs et les trucs complètement incompréhensibles qui se passent en ce moment, surtout en géopolitique. On avait besoin d’exprimer ce mal-être interne et externe.
Surtout en sachant que vous êtes aux États-Unis…
Johnny Kathman : On y est...
Ryan Ferrier : Oui… On essaie de ne pas en discuter sur Internet, c’est une perte de temps d’essayer d’en parler avec des gens sur Internet mais on a des opinions très tranchées.
Est-ce que la pochette avait été influencée par Heavy Psych Sounds ? Elle reprend beaucoup de codes des pochettes du label...
Ryan Ferrier : C’était juste une coïncidence.
Chris Sweeney : Ça veut dire qu’on est à notre place.
Johnny Kathman : C’est une heureuse coïncidence. Je ne sais pas si tu vois qui est Bob Ross (animateur de télévision et peintre américain, connu pour son émission "The Joy of Painting" - ndlr) : on ne fait pas d’erreurs, seulement des accidents heureux.
Et lequel d’entre vous trois serait le Bob Ross du groupe ?
Johnny Kathman : Moi ! C’est moi qui fais le plus d’erreurs (rires) ! D’ailleurs, je suis moi-même un heureux accident !
Ryan Ferrier : Chris est le plus enjoué du groupe, c’est le plus chaleureux d’entre nous.
La chanson "The Whiskey Elf" rend hommage au rock de la fin des années 60. Vous pouvez nous en parler un peu ?
Ryan Ferrier : Quand je l’ai écrite il y a vingt ans, j’écoutais beaucoup TEN YEARS AFTER et GRAND FUNK RAILROAD donc c’est ce que j’ai imaginé, influencé par ces groupes de rock classique qui étaient assez nouveaux pour moi puisque j’écoutais davantage de metal à cette époque. C’est le bassiste de BLACKLIGHT BARBARIAN qui m’a fait écouter ces groupes, il m’a vraiment ouvert les yeux sur la musique, surtout en ce qui concerne le stoner rock. J’avais envie de jouer quelque chose de cette façon et voilà.
Votre tournée en Europe va arriver très vite ! Que peut-on attendre de vos concerts ?
Johnny Kathman : Je pense qu’on va jouer tout le nouvel album…
Ryan Ferrier : On jouera aussi tout « Quintessence » sauf les interludes.
Johnny Kathman : Et aussi quelques classiques.
Ryan Ferrier : On a trente-quatre ou trente-cinq chansons et on va laisser nos fans choisir les chansons pour la setlist chaque soir avec une feuille qui sera à la table de merch. On cherche encore la façon la plus efficace d’organiser ça mais on a envie que les fans puissent venir et voter pour la chanson qu’ils ont envie d’entendre. On écoutera et on élaborera le set qui soit le plus satisfaisant possible chaque soir. En ce moment, on répète trois soirs par semaine et on travaille vraiment dur parce qu’on n’a pas joué certaines chansons depuis des années ! On essaie d’être les plus préparés possible pour pouvoir tout faire. Je n’ai pas vérifié combien de temps ça allait durer mais je crois que ça dure plus de deux heures. Notre concert "normal" durera environ une heure et demi pour essayer de donner tout ce qu’on peut. Il y a parfois des restrictions de la part des lieux qui ont des couvre-feux à respecter mais, quand on le pourra, on jouera aussi longtemps que possible. On a joué pendant deux heures une fois et ça nous a vraiment fait mal (rires).
Comment comptez-vous vérifier si une personne vote une seule fois ?
Johnny Kathman : Je pense que ça pourrait être bien de voir, une fois que tout le monde a voté, de regarder ce qui a obtenu le plus et le moins de votes. Si une personne a voté pour une chanson qu’on ne joue pas en temps normal, alors que tout le monde a voté pour "Old Gods", je pense que ça serait génial de choisir cette chanson précise juste pour rendre cette personne heureuse.
Quelles sont les chansons que vous préférez jouer ?
Johnny Kathman : "I’ll See Them Burn", je l’aime beaucoup. Mais j’aime aussi beaucoup "Within The Glare", c’est ma préférée parmi nos classiques.
Ryan Ferrier : Il y en a quelques-unes qui font plutôt partie des trésors cachés de notre répertoire. Par exemple, "Empty Visions". Le chant monte vraiment haut et c’est un défi de la chanter mais je suis en très bonne santé en ce moment et ma voix va vraiment bien donc j’adorerais la faire et je ne me souviens pas de la dernière fois où on l’a jouée. Il y en a d’autres que je serais très heureux de jouer. J’aime toujours jouer "Hearts Aflame", elle est vraiment amusante. "Palus Somni" aussi.

